Disclaimer: Not mine... comme d'hab' quoi !
Je vais finir par avoir des cauchemars à force de regarder SPN tous les soirs pour me mettre dans l'ambiance. Le pire, c'est l'épisode de l'asile...
Bon, on s'en fiche de ta vie, Aly. Allez zou ! On continue !
Black Jack, roulette, dés... Que choisir ?
En fait, Dean n'avait pas vraiment envie de jouer. Le jeu, c'était excitant sur la route, au coin d'un bar, assis sur une table de billard. Mais ces tapis verts qui rayonnaient par dizaines, ces quidams concentrés sur le gain, la mise, le hasard, ça n'avait rien de drôle. Ici, jouer était une industrie à haut rendement qui frôlait le taylorisme. C'était insipide, hors de propos, hors de la réalité. Pas d'horloge, aucun repère temporel. Tout était préparé pour faire oublier au joueur où il était et ce qu'il faisait.
La salle du casino étincelait. Là-bas, un bolide rouge vif brillait de mille éclats, prix d'une loterie qui devait certainement durer depuis deux ans. Les machines scintillaient, tintaient, sonnaient. Pas un temps, pas un instant de silence ou de repos.
Le jeune homme se promenait dans les allées, entre les bandits manchots multicolores. Parfois il s'arrêtait, glissait cinquante cents dans l'un d'eux et tirait sur le manche qui dépassait à droite. Il regardait les symboles défiler et se figer en une combinaison aléatoire: ou quand hasard et probabilités se confondaient...
Qu'est-ce que Sam fichait ?
Lassé, il alla s'asseoir à l'un des bars qui surplombaient l'immense salle de jeux et se paya le luxe de prendre un vrai scotch. Puis il examina les lieux en dégustant ce nectar. Et soudain il fronça les sourcils.
Elle ? Ici ?
Sa présence lui parut tout d'abord presque naturelle. Mais à bien y réfléchir, il n'en était rien. Son comportement était en totale contradiction avec celui dont il avait été le témoin auparavant. Désireux d'en savoir plus, Dean termina son verre, paya et s'enfonça dans la foule pour rejoindre la silhouette qui l'avait tant interpellé.
Rosanna Lawrence !
Elle marchait à travers les rangées de machines, s'installant parfois à l'un d'elles pour jouer durant quelques minutes. Son amusement ne faisait aucun doute, et l'on entendait parfois son rire cristallin s'élever lorsque les pièces ruisselaient jusqu'à elle. Exit la jeune fille nerveuse et apeurée. Dean avait l'impression d'avoir affaire à une autre personne. Cette assurance insolente... Elle lui rappelait Meg, dans un autre genre. Elle lui rappelait de mauvais souvenirs.
La jeune femme joua pendant un long moment de part et d'autre du casino. Le fait qu'il pût la suivre sans se faire repérer conforta Dean dans l'idée qu'elle n'était pas possédée. Mais tout à sa filature, il finit par entrer en collision avec un joueur qui venait en sens inverse. Confus, il s'excusa et se pencha pour ramasser le journal qu'il avait fait choir des mains du quidam. Puis il s'arrêta soudain.
« C'est l'édition d'aujourd'hui ?
- Bien sûr, de quand voulez-vous qu'elle soit ?
- Je peux vous l'emprunter quelques minutes ?
- Gardez-le si vous voulez; je l'ai déjà lu.
- Merci. » Fit le jeune homme en s'éloignant, le quotidien déjà à moitié déplié.
Il quitta le casino au pas de course, sortit et alla s'asseoir sur un muret d'enceinte, au soleil. Son esprit se plongea dans la lecture du journal aux nouvelles fraîches avec tant d'application qu'il sursauta quand son portable se mit à sonner de toutes ses forces.
« Dean ? J'ai fini. Où es-tu ?
- Au Metropolitan Casino.
- Je suis là dans dix minutes. J'ai du nouveau.
- Dean hocha la tête et replia sa gazette.
- Moi aussi figure-toi. »
« Alors, quoi de neuf ?
- Que du vieux, plaisanta l'aîné. Non, plus sérieusement... Je viens de lire le journal de ce matin. L'hôtel où on était hier soir...
- Oui ?
- Il y a eu huit morts, huit morts et une vingtaine de nouveaux cas de folie. Je retire ce que j'ai dit: à ce rythme-là c'est vraiment du carnage.
Sam stoppa à un feu rouge. Il se mit à pianoter nerveusement sur le volant.
- On en est déjà à dix morts et on ne sait toujours pas à quoi on a affaire. C'est grave, c'est très grave.
- Il semblerait que la spécialité de cette chose soit les hôtels.
- Ca ne nous avance pas beaucoup. Dans cette ville, les deux tiers des bâtiments sont des hôtels, et le reste est composé de casinos et de maisons particulières. Bien sûr c'est un peu stéréotypé, mais c'est à peu près ça.
- Qu'est-ce que tu as trouvé chez les fous ?
- Qu'ils répètent tous la même phrase.
- La même ?
- Disons qu'ils ont chacun leur leitmotiv. Ils ne savent dire qu'une chose, quelque chose qu'ils ont fait, souvent quelque chose de mal. Le médecin m'a dit avoir deux cas de tromperie, trois de vol, une trahison, un homicide involontaire, deux escroqueries et même un cas de viol. J'ai vu Lilian Rosenberg. Elle reste prostrée sur son lit toute la journée, sans manger, presque sans dormir. Elle entend à peine ce qu'on lui dit.
- Sam. Le feu est vert. »
Le jeune homme secoua la tête pour en chasser l'image de Lilian et démarra.
« Qu'est-ce qu'on fait ?
- Il faut qu'on se trouve un autre point de chute. On ne peut pas vivre dans la voiture.
- Un autre hôtel ? C'est prendre des risques, fit remarquer le cadet.
- Il faut s'éloigner de la ville. Direction Carson City.
- Tu veux les abandonner avec cette chose ?
- Il ne t'es pas venu à l'idée que c'est peut-être nous qui l'avons attirée hier ? Pour l'avoir dévisagée un peu plus longtemps que toi, je peux te dire qu'elle ne nous veut pas du bien.
Sam ferma les yeux l'espace d'une seconde.
- Ca ne va pas ?
- J'ai... Il y a trop de théories qui me viennent à l'esprit.
Dean posa une main sur l'épaule de son frère et la serra.
- Arrête-toi, on va se recharger en sucres lents. »
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« Seigneur, veille sur tes brebis. »
Les flammes des cierges frémirent.
« Si peu d'entre elles trouvent le chemin... Éclaire-les, Seigneur. Aide-les à trouver la voie, à se libérer pour avancer vers la lumière. Aie pitié, Seigneur. »
Le père Helley priait ainsi chaque soir dans son église du sud de Reno. Chaque nuit, vers vingt-trois heures, il fermait les portes de l'église puis allait s'agenouiller près de l'autel, comme un simple fidèle, pour parler à Dieu. Ce rituel était aussi immuable pour lui que l'office du samedi et du dimanche.
Ce moment... C'était aussi le moyen de se vider du vécu de chaque journée. Dans la ville du mariage, du divorce et du jeu, tous les trois à bas prix, le prêtre recevait sur ses vieilles épaules le poids des multiples confessions de tous les croyants et non croyants. Il entendait tout et ne disait rien... Mais il fallait bien qu'il nettoie sa conscience envahie par les secrets des autres. Et Dieu... Dieu était là, toujours. Merci Dieu.
« Je prie pour leurs âmes, Seigneur. Je prie pour leur salut; que votre grâce leur soit accordée. »
Ce que tu es...
« Prend pitié, Seigneur. Vois leur détresse, soulage leurs cœurs et accueille-les dans ton royaume. Ouvre-leur les portes de la paisible éternité. »
Ce que tu es... C'est si appétissant, si nourrissant. Je n'entendais pas encore ton âme hier. Mais cette nuit elle domine toutes les autres.
« Béni sois-tu Seigneur. Merci de me soutenir en cette journée si dure... »
Criiiiiii...
« Qui est là ?
Le père Helley se retourna vers l'entrée de l'église. Mais non, la porte était bien fermée. Il n'y avait jamais de courants d'air de toute façon, alors comment ce bougeoir était-il tombé ? Et pourquoi la moitié des cierges s'étaient éteints ?
- Il n'y a rien à voler ici. Venez à la lumière si vous voulez parler.
Personne ne répondit. Le vieil homme s'efforça de conserver son calme pour faire taire l'accès de panique qui le prenait au coeur. Il y parvint presque, mais quelque chose lui frôla soudain la jambe avant de s'enrouler autour. Un hurlement de peur s'échappa brusquement de ses lèvres.
- Laissez-moi ! Laissez...
- Mwaou.
Miaou ? Depuis quand le démon se prenait-il pour Félix le chat ? Mais point de démon en ce lieu saint: c'était juste Alfy, le vieux chat noir, qui lui rendait une petite visite nocturne et venait emberlificoter sa queue autour de sa cheville.
- Alfy ? Que fais-tu ici, vieux matou ? Madame Kern ne te nourrit-elle pas assez ?
- Rooon, fit le félidé en se frottant à nouveau contre son ami humain.
- C'est toi qui a renversé le bougeoir, coquin. »
Mais le père Helley se tut, mal à l'aise. Certes le chat pouvait avoir fait chuter l'objet. Mais les flammes soufflées, ce n'était certainement pas lui. Il se retourna et scruta l'obscurité.
Tu aurais dû parler, tout révéler.
Les yeux du vieil homme s'agrandirent soudain. Un dernier cri s'échappa de sa gorge douloureuse.
« Oh mon Dieu ! »
To be continued...
