Kyo : Je Saigne

Il a le droit de poser ses mains sur ton corps
Il a le droit de respirer ton odeur
Il a même droit aux regards qui le rendent plus fort
Mets-moi la chaleur de ta voix dans le coeur

Et ça fait mal, crois moi, une lame enfoncée loin dans mon âme
Regarde en toi, même pas l´ombre d´une larme
Et je saigne encore, je souris à la mort
Tout ce rouge sur mon corps
Je te blesse dans un dernier effort

Il aime caresser ton visage quand tu t´endors
Et toi tu te permets de dire encore encore
Je sais que ce qui ne tue pas nous rend plus fort
Mais moi, mais moi je suis déjà mort

Ca fait mal, crois moi, une lame enfoncée loin dans mon âme
Regarde en toi, même pas l´ombre d´une larme
Et je saigne encore, je souris à la mort
Tout ce rouge sur mon corps
Je te blesse dans un dernier effort

Mais je saigne encore, je souris à la mort
Mais je saigne encore,
Tout ce rouge sur mon corps
Tout ce rouge sur mon corps
Tout ce rouge sur mon corps

CHAPITRE I

Un peu plus de un an. Cela faisait un peu plus de un an qu'il vivait au ralenti. Un peu plus de un an qu'ils les voyaient tous les deux ensembles. Qu'il le voyait sortir de sa chambre les traits du visage détendus. L'air heureux et satisfait. Son regard bleu brillant. Sortir avec l'odeur d'un après-rasage différent de celui qu'il portait d'habitude. Et lui ? Et bien lui ne faisait que survivre dans le manoir. Il vivait malgré qu'il n'ait plus de cœur dans sa poitrine. Il avait laissé son cœur dans cette chambre alors qu'il avait encore osé lui refuser ce qu'il attendait. Et tous les jours, il entendait son cœur hurler quand il se fait piétiné par les deux mâles.

Encore une fois, il était planqué dans une niche dans le couloir aux statues. A quelques pas de la porte de sa chambre. Il attendait. Qu'est ce qu'il attendait ? Et bien il l'attendait lui. Il attendait sa sortie pour pouvoir le regarder de tous son soul. Pour pouvoir se noyer dans sa perfection. Pour pouvoir regarder le mâle qu'il avait perdu au détriment d'un autre. Au détriment d'un membre de son ancienne famille.

Au détriment de son cousin. Saxton.

Lorsqu'il vit la poignée de la porte tourner, il se redressa dans l'ombre de la niche. Attendant aux aguets la sortie du vampire qu'il aimait plus qu'il n'était possible d'aimer. Mais il se raidit soudain, quand il vit la lumière se refléter dans des cheveux blonds. C'était Saxton, qui quittait la chambre. Impeccablement habiller comme à son habitude. Et un attaché-case dans la main. Et au vu du sourire qu'il affichait sur ces lèvres, il savait très bien se qui c'était passer dans cette chambre.

— Je te retrouve ce soir mon beau guerrier ?

Putain, même sa voix avait des consonances érotiques. Languissantes pour ne pas dire. Et cela lui donnait envie de vomir sur le tapis.

Une voix douce, repue de plaisir et pourtant terriblement masculine lui répondit :

— Ce soir je suis de patrouille. Je t'enverrais un texto pour te prévenir de mon retour.

Puis son cousin disparu et il entendit ses pas descendre l'escalier. Il l'entendit saluer les membres de la Confrérie ainsi que leurs shellanes, puis il l'entendit partir. Sans attendre, il avança lentement dans le couloir. Se faisant le plus discret possible. Puis il se plaça dans l'ombre juste en face de la porte ouverte de sa chambre et il le regarda pour la... il ne se rappelait même plus combien de fois il le regardait en cachette. Il avait arrêté de compter à la millième fois. Il se perdit dans la contemplation du mâle en face de lui.

Il contempla les traits virils et parfait de son pyrocant. Il regarda son nez droit. Ses pommettes seyantes bardées de tâche de rousseur. Cette bouche pulpeuse, renflée. Cet appel aux crimes pour ne pas dire. Son regard dériva sur son large cou, ses épaules massives, son torse. Il était indéniablement la perfection. Blay était la perfection faite mâle. Il n'y avait aucun défaut en lui. Non, absolument aucun. Et il avait tous gâché en ne l'acceptant pas. En ne lui avouant pas son amour. En... se refusant à lui. Il s'était borné dans son mensonge. Il s'était voilé la face en voulant une shellane et des jeunes. L'un de ces vœux allait être exaucé, puisque l'élue Layla attendait son jeune. Sa fille. Celle qu'il avait vue lorsqu'il était aux portes de la mort au cours de cette terrible nuit où il avait subit cette garde d'honneur. Sa fille qu'il avait de nouveau vue quand il allait lui prendre son sang. Mais comment pouvait-il être heureux alors que la seule personne qu'il aimait était avec un autre.

Il ne pouvait tous simplement pas.

Il continua donc de le regarder avait de se figer d'un seul coup. Blay regardait un point fixe sur le sol. Là où il avait laissé son cœur cette putain de nuit merdique et fatidique. Et des larmes coulèrent le long de ces joues. A cet instant, il donnerait n'importe quoi pour être à genoux devant lui et effacer de ces pouces les larmes qui coulaient.

Un long soupir sortit de sa bouche et...

— Je t'aime Qhuinn. Peut importe où la vie nous mènera tous les deux, je ne cesserais jamais de t'aimer.

Et Qhuinn s'effondra littéralement dans le coin sombre. La main sur la poitrine, les joues baignées de larmes. C'était ça. C'était donc ça cette douleur que Blay avait ressentit en permanence et pendant ces longues années. Il la ressentait et ça faisait un mal de chien.

Puis lorsqu'il vit Blay relever la tête pour sonder les profondeurs du couloir, il s'enfonça un peu plus dans la niche. Il n'était pas question qu'il sache qu'il était là à le regarder. Il n'avait pas besoin de savoir.