CHAPITRE 3 : Quand tu n'as plus la force ni même le désir
« C'est dégueulasse ! »
La moue de dégoût qui s'était formée sur le visage de Tonks assura Remus qu'elle pensait réellement ce qu'elle était en train de dire. Ils étaient assis dans le salon à savourer en tête à tête quelques minutes de répit. Bientôt, l'Ordre allait se déplacer au Terrier et Remus devait s'avouer qu'il n'avait pas envie d'en arriver là. Certes, l'absence de Sirius donnait à la vieille maison des Black une ambiance plus que lugubre, mais c'est un hommage à son ami disparu, un hommage qu'il ne parvenait malheureusement à partager qu'avec Tonks.
Et d'ailleurs, celle-ci venait juste de se lever.
« On va aller trouver Dumbledore et lui dire qu'il faut annuler cette mission.
_ Laisse tomber.
_ Non ! Remus, tu vas te faire tuer ! »
Il haussa les épaules. A quoi bon de toute façon ? Si Greyback le mettait à mort, à qui manquerait-il ?
« Tu ne vas quand même pas accepter ?
_ J'ai déjà accepté, Nymphadora. »
Elle le foudroya du regard mais il se demanda si c'était à cause de la promesse qu'il avait faite à Dumbledore ou bien l'emploi du prénom tant détesté. Il lui envoya une grimace désolée et elle se laissa tomber dans le canapé qu'elle venait à peine de quitter.
« Je ne te comprends pas.
_ Il n'y a rien à comprendre, c'est comme ça, c'est tout.
_ Arrête, il t'envoie dans…
_ La gueule du loup. »
La plaisanterie ne la fit même pas sourire. Il se pencha en avant, appuya ses coudes sur ses genoux.
« Tonks, je n'ai pas envie de refuser cette mission.
_ Mais pourquoi ?
_ Parce que Dumbledore compte sur moi, parce que personne d'autre que moi ne peut le faire et parce que… »
Il déglutit, hésita à prononcer les derniers mots.
« Parce que quoi ? »
Il y avait une certaine note d'amertume dans la voix de la jeune auror. D'ailleurs, elle était tellement contrariée que ses cheveux généralement roses étaient devenus d'un gris terne. Son visage avait pris une teinte cendrée.
« Parce que je n'ai pas envie de me battre.
_ Tu vas te battre contre des dizaines de loups-garous, il est bidon ton argument.
_ Non, ce n'est pas ça. Je n'ai pas envie de me battre avec Dumbledore, avec moi-même avec… je n'ai pas envie de me battre avec toi. »
Elle le dévisagea, les yeux écarquillés et la bouche entrouverte comme si elle s'apprêtait à lui rétorquer quelque phrase mordante mais qu'elle n'était pas parvenue à la formuler.
« Remus, souffla-t-elle, mais qu'est-ce qui t'arrive ? »
Il se passa une main tremblante dans les cheveux.
« Je ne sais pas.
_ Ne me dis pas que tu es train de lâcher prise. »
Il se mordit la lèvre inférieure. Voilà que ses yeux le brûlaient maintenant. Et quoi ? Il allait se répandre en pleurs devant Tonks et lui déballer à quel point sa vie était misérable ? Il allait lâcher le morceau ? A quoi bon de toute façon ? Ça n'améliorerait pas sa condition. Il cligna des yeux pour chasser les larmes qui menaçaient de poindre. Non, il était meurtri mais il avait encore sa dignité.
« C'est injuste, continua Tonks sur le même ton. C'est injuste que ça tombe sur toi. Tu n'as jamais rien demandé ni…
_ Que ce soit moi ou quelqu'un d'autre, ça ne change pas grand-chose au final.
_ Tu as déjà assez souffert. Chacun son lot.
_ Mais on en est tous là, n'est-ce pas ? »
Il eut cette fois le courage de lever les yeux et de la regarder en face. Ce qu'il vit sur son visage ne le rassura cependant pas. Tonks ne souriait pas et ses yeux brillaient à la fois de dépit et de colère.
« Est-ce que tu ne crois pas que c'est injuste pour Harry aussi ?
_ Mais Harry trouve la force de se battre. Il n'est pas écœuré de sa propre vie au point où toi tu en es arrivé.
_ Harry ne se transforme pas en monstre une fois par mois et il a des amis, lui. »
Il réalisa un tout petit peu trop tard ce qu'il venait de dire et regretta immédiatement ses dernières paroles. Cette fois, les traits de Tonks s'étaient contractés sur un masque de colère. A bien y réfléchir, les métamorphomages n'étaient pas gâtés non plus. Ils n'avaient vraiment aucun moyen de masquer leurs émotions.
« Parce que tu me prends pour ton animal de compagnie peut-être ? cracha-t-elle.
_ Bien sûr que non. Mes paroles ont dépassé ma pensée et…
_ Pas la peine d'essayer de te justifier va. »
Elle se leva, avec cette fois l'air de celle qui avait fait tout ce qui était en son pouvoir mais qui avait tout de même échoué.
« Tu crois que je passe la soirée avec toi parce que j'ai pitié de toi ? Que ce n'est pas par amitié ? Tu crois que je n'avais pas envie de rester avec toi ? Dumbledore a demandé à te parler en privé, j'aurais pu faire comme les autres, partir et te laisser fermer la maison tout seul. Mais je suis restée. »
Il se retint à grand peine de lui dire qu'il n'en valait pas le coup et qu'elle avait certainement perdu son temps. Mais il se contenta de pincer les lèvres et de secouer la tête.
« Je n'ai jamais vu une tête de sombral comme toi, on dirait, parfois, que ça te plaît d'être malheureux.
_ Et qu'est-ce que tu veux ? Que je danse de joie ? Ouais ! Génial ! Je suis un loup-garou ! Regardez-moi, c'est trop drôle ! J'ai pas les moyens de bouffer, je suis en train de crever et je vais aller me faire égorger par Greyback ! Quelle joie ! »
Le silence retomba entre eux.
« Le cynisme ne te va pas, Remus. »
