Salut les gens! *se prend des projectiles dans la tronche*

Stoooop! Ecoutez, je suis vraiment désolée de ces quelques... 6 mois... que j'ai pris pour vous poster la suite. ç_ç Pardonnez-moi, ok? *yeux de chat potté*

En fait j'avais énormément avancé l'écriture du chapitre, mais je ne trouvais pas la force de le terminer, parce qu'il y a des périodes comme ça où je trouve que j'écris que de la m*rde et que ça me donne pas envie de continuer, et aussi parce que j'étais assez occupée (et qu'à la base je suis une grosse flemmarde) donc voilà :/

Je tiens à remercier les lectrices qui ont commenté le précédent chapitre, et ça m'a d'ailleurs surpris de constater que ma fic était toujours lue malgré des mois sans mise à jour.
Moi qui croyais qu'elle allait sombrer dans l'oubli derrière le nombre des fics uploadées chaque semaines xD

Un très grand merci à Tenshi Kamato, ma beta-lectrice qui a corrigé cette chose qui sert de chapitre 2 à ma fic avec rapidité et efficacité, et qui m'a aussi donné beaucoup de suggestions pertinentes *-*

/3615 my life bonjouuur/ A Lyon j'ai rencontré des étudiants japonais en échange universitaire (qui sont maintenant rentrés au Japon T^T) et devinez quoi? Deux d'entre eux sont originaires d'Osaka et parlent donc le dialecte du Kansai! Tout comme Zoro dans cette fiction (je précise pour celles qui auraient oublié, parce que depuis le temps hein xD) ^^

Donc moi qui étais très curieuse à propos de ce dialecte, pendant à peu près quatre mois j'ai eu tout le loisir de l'entendre et même d'apprendre à le parler un tout petit peu (mais vraiment qu'un peu xD).

Bref, tout ça pour dire que j'espère mettre à profit ces nouvelles connaissances dans l'écriture de cette fic *-* (même si pour l'instant je vois pas vraiment comment je peux faire ressortir les particularités du dialecte dans les répliques de Zoro, puisque la fiction est en français 'o')

Pour celles qui m'ont demandé si vous aurez droit à d'autres passages du journal intime de Sunny/Sanji, la réponse est oui ^^

Légende de la fic :

-Les mots et répliques en gras sont en français dans le texte, sinon c'est du japonais qui est utilisé.

-Les précisions ne sont plus entre crochets, mais désormais à la fin du chapitre. *conseil de Tenshi-sama*

Et... je crois que c'est tout ^^

Je vous souhaite donc une agréable lecture, en espérant que ça vous plaise et vous donne envie de lire la suite :3


Lorsqu'il rentra chez lui aux alentours d'une heure – dans une chaleur tellement insupportable qu'il pensait être une glace en train de fondre – et avec une faim de loup, ce fut l'odeur des yakisoba préparés par sa mère qui l'accueillirent.

Enfin, il ne se rappelait pas très exactement ce qui l'avait assaillit en premier dès qu'il avait ouvert la porte de sa maisonnée : les cris de sa sœur apparemment très heureuse de le revoir, ou l'odeur de la nourriture ?
Toujours est-il qu'il en oublia la chaleur et la fatigue de la matinée, Ambre dans ses bras et suivant le fumet des nouilles jusqu'à la cuisine, interrompant le flot de questions de son mini-lui pour demander à son tour :

- Maman est occupée ?

Les yakisoba. Un de ses plats favoris, mais aussi un des plats que leur mère faisait lorsqu'elle était occupée et ne voulait pas se prendre la tête pour cuisiner.
La voix d'Emma qui descendait les escaliers lui répondit à la place de sa sœur :

- Ton père a appelé pour dire que le planning du tournage du film a changé et qu'il doit partir une semaine à Miyazaki, tôt demain matin. Je préparais ses valises.

Elle sourit, et se baissa pour enlacer tendrement Sanji. Le jeune homme venait de s'assoir à sa place habituelle devant la table en hochant la tête, tandis que la petite brune s'était précipitée avec entrain dans la salle à manger pour ajouter plat de nouilles, eau et algues nori sur la table où assiettes et couverts avaient déjà étaient disposés.
Sanji avait l'habitude des plannings plutôt chargés et des changements quelques fois impromptues de son père cinématographe. Le cinématographe est celui qui décide de comment vont être prises les scènes, de quel point de vue, bref du rendu de l'image.
Le jeune lycéen était plutôt fier de son père et de ce qu'il faisait, mais ce qu'il préférait, c'était le voir derrière la caméra, là où il semblait le plus heureux.

Sanji n'avait jamais eu beaucoup l'occasion de l'accompagner sur les lieux de tournages, mais les souvenirs qu'il en gardait restaient vifs et se rangeaient sans aucun doute dans la catégorie des meilleures expériences qu'il ait pu faire dans sa vie.

- Comment s'est passée ta première journée de cours, mon ange ?

- Super ! Répondit le blondinet avec un grand sourire, avant de se mettre à trépigner d'impatience en voyant Ambre revenir avec le plat de yakisoba dans les mains. Oh, ce qu'il pouvait avoir faim !

oOoOoOoOoOoOoOo

La consultation du plan des lignes de trains, après avoir engloutit son généreux plat de yakisoba et avoir raconté les péripéties matinales à sa mère et sa sœur – toutes les deux ravies de son entrain – lui avait fait se rendre compte que s'il voulait être à l'heure à Sakuragi-chô il avait plutôt intérêt à se dépêcher…
Le trajet allait lui prendre approximativement une heure : bus jusqu'à la gare de Zushi et changement de train à la gare de Ôfuna pour prendre celui en direction de Sakuragi-chô.
Etrangement, Sanji stressait beaucoup moins à l'idée de partir en excursion dans des lieux inconnus au Japon qu'en France, dans les labyrinthes du métro parisien ou les gares presque toujours en grève de la SNCF.
Surtout qu'il venait de recevoir un mail de Luffy sur son portable, lui proposant de l'attendre à la gare de Zushi pour se rendre ensemble au lieu de rendez-vous commun, ce à quoi le blondinet ne vit aucun inconvénient et s'empressa d'accepter.
Il consulta les horaires du bus, et alla prendre une rapide douche et passer quelque chose de plus confortable – et de moins étouffant – que son uniforme avant de monter à nouveau la pente en direction de l'arrêt du bus.

A la gare, le jeune lycéen aux cheveux ébouriffés l'attendait, un grand sourire aux lèvres. Lui aussi avait troqué son uniforme contre des vêtements plus légers : un veston rouge à boutons dorés, un pantacourt en jean bordé de fausse fourrure, des tongs et un petit chapeau de paille à ruban rouge aux airs un peu vieillis.

Sanji enviait son pantacourt, mais n'avait pas pu se décider à mettre autre chose qu'un jean malgré la chaleur et l'humidité ambiante. Après sa transformation en jeune homme, il s'était dit que, tant qu'à faire mâle, autant ne plus s'épiler les jambes. Quand les poils eurent repris possession de leur territoire, son instinct originel de fille – honteux de cette forêt amazonienne, si blonde soit-elle – l'empêcha d'exposer ses gambettes et il ne tarda d'ailleurs pas à ressortir de son placard son attirail d'épilation pour déboiser le tout.
Cependant cette déforestation massive ne fit pas plus voir la lumière du soleil à ses désormais douces jambes, car le blondinet eut cette fois peur que les gens ne jugent un jeune homme sans poil aux pattes, un yéti sans fourrure.

Sanji était donc limité au jean en toute saison, ou du moins le temps qu'il s'adapte à sa nouvelle situation, s'il parvenait à s'adapter un jour. Heureusement qu'il pouvait encore se mettre en T-shirt.

- Je ne t'ai pas fait trop attendre ? Demanda le métis à Luffy.
- Oh non, Zoro m'a habitué à pire, shishishi ! Répondit-il en riant.

- Ah bon ?
- Yep ! Ah, au fait, Usopp m'a dit que tu habites dans le coin, c'pour ça que je t'ai proposé qu'on se rejoigne à Zushi, on fait toujours ça avec Zoro… Du moins, quand il vient ! ajouta le petit brun en fronçant les sourcils d'un air fort mécontent.
- Il habite part là lui aussi ? demanda Sanji avec un air légèrement indifférent – car il fallait bien le dire : que l'autre australopithèque habite à Okinawa ou Hokkaido il n'en avait pas grand-chose à faire, notre blondinet.

- Ouais, la route d'Akiya vers Hayama, tu connais ? répondit Luffy avec toujours autant de bonne humeur, tandis que les deux lycéens faisaient nonchalamment biper leur carte de transport et passaient les barrières automatiques de la gare.

Enfin, 'nonchalamment' était plutôt le cas de l'ébouriffé de service car Sanji, quant à lui, manqua de tomber sa carte sous le coup de la surprise.

- Akiya ?! demanda-t-il après avoir jonglé deux secondes avec sa carte avant de pouvoir la rattraper à pleine main. C'est là que j'habite !
- Ah bon !? répondit Luffy tout aussi surpris, mais avec un sourire encore plus large que celui qu'il avait plus tôt. Ça alors ! Tu habites plus près de mon meilleur ami que moi ! Quelle chance ! Je suis jaloux, conclu-t-il avec une moue boudeuse de gamin.

Elle eut d'ailleurs vite fait de disparaître lorsque Sanji le fit rire, en rétorquant que ça ne le dérangeait pas le moins du monde d'échanger de maison avec lui.

Leur train ne tarda pas à arriver et, tandis que les deux jeunes hommes attendaient patiemment que tous les passagers descendant soient sortis du train pour monter à leur tour, le petit brun chapoté se tourna brusquement vers Sanji en se souvenant de quelque chose :
- Eh, Sanji ! J'avais oublié de te dire : on va te présenter un ami, tu verras il est TROP cool et rigolo. J'suis sûr que vous allez bien vous entendre, shishishi !
Le métis blond hocha la tête en souriant avant de suivre son ami qui s'était dépêché d'aller s'affaler sur une banquette du train après avoir vérifié qu'aucune mamie ne se trouvait en manque de place pour s'assoir.

Quelques stations, un changement de train et plusieurs minutes plus tard, ils étaient à l'heure – ou presque – au rendez-vous et les autres les attendaient déjà devant la gare de Sakuragi-chô. Nami avait l'air satisfaite de les voir arriver, et Usopp répondait aux grands gestes de mains que leur faisait Luffy, comme si une centaine de mètres les séparaient alors qu'en réalité ils se trouvaient à moins de six mètres les uns des autres.

Le blondinet baissa le regard vers le garçon qui lui était encore inconnu et dont Luffy lui avait parlé. Il semblait essayer de se cacher derrière Usopp, sans grand succès car il s'y prenait dans le mauvais sens, laissant son corps apparaitre à la place de le dissimuler comme il aurait dû le faire.

Sanji l'observa avec curiosité. Il n'était pas très grand, avait des cheveux bruns et des yeux extraordinairement grands pour un asiatique, d'où deux magnifiques orbes noisettes semblaient briller de douceur. Il s'agissait en fait de circle lens – des lentilles coréenne faites pour agrandir les yeux – et le blondinet connaisseur eu tôt fait de s'en apercevoir. Cela l'étonna un peu, car il pensait que seules les filles mettaient ce genre d'accessoires.

'Douceur'. Parfois les personnes que nous croisons sans connaître, nous inspirent des émotions et des sentiments. C'était ce qui venait de se passer.

Alors qu'il regardait le jeune garçon, le mot « douceur » dansait dans le flot de pensées du grand blond, s'échouait sur une plage et partait se goinfrer de barbe-à-papa à la fête foraine du coin.

Il portait un pantacourt couleur framboise écrasée et un débardeur aux rayures blanche et orange abricot, ce qui aurait pu rendre un résultat complètement catastrophique si la tenue ne s'était pas mariée complètement au mot douceur. D'ailleurs, il faisait à présent un petit tour au stand des pommes d'amour dans l'esprit du lycéen blond.

Ce qui retenait le plus l'attention sur ce jeune garçon restait tout de même le drôle de chapeau haut de forme rose, orné d'un petit « X » blanc sur le devant. Luffy fit habilement remarquer en s'esclaffant au petit brun – toujours aussi mal caché – que tout le monde pouvait le voir et ce dernier décida finalement de s'approcher un peu de Sanji pour lui tendre la main, avec une gêne facilement identifiable comme étant de la timidité.

- Salut, je suis Chopper, enchanté.

- Sanji, enchanté aussi, répondit le jeune homme en lui serrant la main avec un sourire bienveillant, tout en se faisant la réflexion que, bien qu'un peu étrange, 'Chopper' était un nom plutôt mignon.

- … C'est tout ? demanda la métisse rousse avec un regard septique, lorsque les deux garçons se furent lâchés la main et que le lycéen aux cheveux bruns se fut écarté à nouveau à une distance qu'il jugea respectable.

Ce dernier leva des yeux méfiants vers Nami, « Quoi ? » demanda-t-il d'une voix toute aussi méfiante, ce qui eut don de faire à nouveau rire Luffy tandis qu'Usopp entreprit de compléter la présentation :

- Chopper est en première année à notre lycée, il est arrivé de Corée du Sud en première année de collège et comme il veut devenir médecin il apprend les bases auprès de l'infirmerie du lycée… et de moi, bien sûr, grand érudit sachant tout sur les maladies et les façons de… voulu enchaîner le beau parleur, mais Sanji qui réfléchissait depuis quelques secondes, se souvint de ce qu'il cherchait dans les tréfonds de sa mémoire et interrompit Usopp (ce qui commençait à devenir une habitude) :

- Annyeong ! salua-t-il Chopper avec chaleur dans sa langue maternelle.
Le première année afficha une mine surprise et il répondit de même en bégayant avant que ses joues ne rosissent et qu'il se mette à se dandiner d'un air heureux.

- Bref ! lança Luffy pour conclure l'instant présentation, et en levant le bras au ciel pour attirer l'attention du groupe : Je propose que nous allions d'abord au Cosmo World, puis au World Porters, puis au Musée du ramen, puis à l'Akarenga, puis au port voir le vieux bateau et à Yokohama Chukagai (1) aussi !

- Waw, c'est vrai qu'on va faire tout ça ?! demanda Chopper avec des étoiles plein les yeux.

- Euh, Luffy… commença Usopp avec un air perplexe.

- C'est impossible de faire tout ça en une après-midi, crétin ! ... Termina Nami, avec un nerf gonflé sur le front, et l'air de se retenir d'envoyer une énième fois son point dans la figure du singe au chapeau de paille.
Finalement ce fut-elle qui décida du programme, en accord avec le petit coréen qui sembla ravis à l'annonce de leur première destination : Le Cosmo World, petit parc d'attraction dont ils pouvaient apercevoir la grande roue et les autres manèges au loin.

Cela ne leur pris pas beaucoup de temps pour s'y rendre, et une fois sur place les trois garçons voulurent d'emblée monter sur une espèce de montagne russe, mais Sanji déclina l'invitation, malgré les incitations provocatrices (« Allez, ne me dis pas que tu as peur ! ») de la part de ses camarades. Les attractions à sensations fortes ne lui disaient trop rien, et s'il avait accepté de monter sur l'une des attractions du Cosmo World, ça aurait été la grande roue et rien d'autre. Pas dans une recherche de romantisme quelconque, surtout accompagné comme il l'était de cette joyeuse petite bande d'énergumènes, mais dans le but d'embrasser la ville du regard, le front collé contre la vitre.

Un autre jour, peut-être.

- Toujours aussi surexcités… soupira Nami, qui avait elle aussi refusé d'aller se faire secouer l'estomac dans tous les sens.

- Les garçons sont comme ça, répliqua posément le blondinet en s'asseyant aux côtés de la belle rousse qui tourna vers lui un regard amusé.

- Et toi, tu es différent Sanji-kun ?

- … On peut dire ça oui, répondit-il avec une légère hésitation.

Son interlocutrice haussa un sourcil. « Intéressant » dit-elle avec un autre petit sourire et un frisson d'inquiétude traversa le blondinet, lui faisant l'effet d'un léger électrochoc.

Nami n'était pas méchante, il pensait bien pouvoir l'affirmer haut et fort quand bien même il ne la connaissait que depuis une journée… et demie.

Pas mauvaise, mais intelligente. Trop intelligente, même. En l'espace d'un instant, le métis avait compris qu'il lui faudrait redoubler de précautions avec elle. Elle était une fille côtoyant un groupe de garçons au quotidien, et donc, elle était susceptible de s'apercevoir que quelque chose clochait chez leur nouveau camarade. Et, après tout, Luffy l'avait prévenu qu'elle était au club de journalisme.
Cette mise en garde, il devait en prendre compte, même si les « petits secrets » qu'elle avait déjà dévoilé dans le journal du lycée pouvaient tout aussi bien se révéler être de nature grotesque, du type « Luffy mange ses crottes de nez » ou « Usopp mets des caleçons rose bonbon ».

Tandis que les trois garçons s'éloignaient en courant comme des fous vers la billetterie du parc, où les prix annoncés indiquaient d'ailleurs clairement que le directeur de ces lieux se faisait des cou*lles en or, les deux jeunes gens se dirigèrent vers un petit stand de boissons. Sanji acheta un sirop Calpis pour la demoiselle et un simple thé glacé pour lui (« ma première bonne action en tant que membre de la gente masculine ! » pensa-t-il en ne sachant pas trop s'il devait se sentir déprimé, ou au contraire motivé d'avoir eu l'occasion de remonter un peu le niveau des australopithèques qui lui servaient de congénères).

Ils allèrent se poser sur un banc d'où ils pouvaient admirer leurs amis, qui hurlaient à s'en percer les poumons, emmenés à toute allure dans un tunnel sous une piscine et donnant l'impression d'y être avalés définitivement.

- Tu as déjà goûté du Calpis ? demanda soudainement Nami en buvant une gorgée de son sirop.

- Oui, mais je trouve que ça a un goût de Smecta, répondit le blondinet avec une petite grimace de dégoût.

- De Sumekuta ? tenta de prononcer la rousse en fronçant les sourcils et plissant son petit nez d'un air perplexe.

- Un médicament contre la diarrhée.

Cela fit rire la jeune femme.

- Et bien, dit-elle en croisant ses jolies jambes, tandis que Sanji se retenait à grand peine pour ne pas imiter cette position si peu masculine, le Japon devrait importer ce médicament, il aurait un certain succès auprès de la population.

Le métis eut un air dubitatif.

- Les gens en prendraient parce que ça a le goût de quelque chose qu'ils aiment, mais avec le temps les générations suivantes finiraient comme moi, à penser que le sirop Calpis a un goût de Smecta et non plus le contraire.

Nami considéra quelques secondes sa réponse avant d'approuver d'un hochement de tête.

- Si tu avais grandi au Japon tu aurais été un adepte du Calpis toi aussi, qui sait ?

Sanji sourit et leva les yeux vers le ciel d'un bleu uni où pas un nuage n'était en vue.

"Peut-être..." répondit-il évasivement.

On a coutume de dire qu'avec des « si » on pourrait refaire le monde, et il arrivait souvent à Sanji de remodeler sa propre vie avec ces mêmes « et si ». « Et s'il n'était pas né hermaphrodite? » cette simple question changeait tout le cours de sa vie. Il se disait que la vie de quelqu'un, son destin, était déterminé par beaucoup de critères. A commencer par le sexe. Qu'il soit né garçon, fille ou intersexuel, rien n'aurait été pareil, il en était sûr.

Le blondinet ne saurait dire si sa vie aurait été plus heureuse en tant que vraie fille ou que vrai garçon dès la naissance, mais pour lui, sa condition étrange l'avait privé de beaucoup de choses dans la courte vie qu'il avait menée jusqu'à présent.

Nami continuait de siroter tranquillement sa boisson, ayant sorti un petit éventail de son sac à main et l'agitant légèrement en direction de son visage. Boire une boisson en prenant son temps, ça fait beaucoup plus délicat qu'engloutir tout comme une assoiffée. Ne pas finir son plat lorsqu'on est à un rendez-vous galant est aussi preuve de délicatesse, car se faire passer pour une morfale ce n'est pas vraiment le meilleur moyen de se mettre en valeur face à celui à qui on tente de plaire.

Sanji avait lu tout ça sur un livre à propos du comportement des jeunes filles au Japon qu'il avait acheté par simple curiosité, en France, juste avant de partir. S'il avait su, il en aurait pris un sur les garçons japonais, cela lui aurait été plus utile.

En attendant, le blondinet pouvait toujours reconnaitre avec admiration que la jolie métisse avait un comportement conforme à ce qu'il avait lu, jusqu'à ses bras fins et pâles dépourvus de poils (c'est qu'il faisait une sacrée fixation sur les poils le Sanji, hein). Du moins lorsqu'elle ne tapait personne à coup de poing.

Une petite mélodie se fit entendre, et Nami bu la dernière gorgée de son breuvage avant de jeter un regard au message qu'elle venait de recevoir et qui la fit soupirer d'un air ennuyé.

- Un problème ? demanda Sanji en penchant la tête légèrement sur le côté, se rattrapant de justesse avant que la moue inquiète et mignonne, qui accompagnait généralement cette inclinaison du cou, ne se dessine sur son visage.

Il n'était pas censé être mignon, nom d'un petit poney ! Il était un homme, un vrai, un viril ! Enfin, ça c'était ce qu'il voulait faire croire aux autres.

Nami fit non de la tête en reportant son attention sur lui.

- C'est juste encore un de ces mails pour les questions que je dois te poser pour l'interview de lundi…

- Une interview ? s'étonna le jeune homme. Tiens, tu ne pourrais pas me dire quel type de questions ça sera, pour que je prépare un peu mes réponses ? demanda-t-il.

Il la questionna toujours en évitant de se laisser aller à faire une petite moue qui le trahirait, du type « Chat Potté » qui, il en était sûr, ne rentrait pas dans la liste des « manières » des mâles japonais (et des mâles tout court, d'ailleurs).

Mais la lycéenne se contentant de secouer négativement la tête une nouvelle fois, un petit sourire amusé sur les lèvres, qui ne rassura pas vraiment Sanji.

oOoOoOoOoOoOoOo

Luffy s'était plaint du « programme restreint » que la métisse rousse avait fini par leur imposer, mais Sanji n'avait pas vu le côté restreint de la chose, ayant eut à peine le temps de souffler durant les quelques heures qu'il avait passé avec ses nouveaux camarades.

Il avait pensé que les boucles et les descentes du Diving Coaster auraient assommés même le plus excité de la bande – Luffy pour ne pas le nommer – pour le restant de l'après-midi, mais non ! Ils avaient ensuite trainé Sanji à tous les étages du bâtiment du Game Center qui se trouvait dans l'enceinte du parc, le garçon au chapeau de paille en tête. Ce fut les quatre heures les plus éreintantes de la vie du blondinet.

Il ne faisait pas encore nuit car c'était l'été, mais l'estomac de Luffy était là pour leur rappeler l'heure du dîner. Le groupe d'amis finit donc par sortir du Game Center et décida de s'arrêter à un petit restaurant servant des Curry Rice, non loin de la gare de Sakuragi-chô.
Sanji connaissait le curry japonais, mais ne se doutait pas qu'il y en avait tant de différents. Pris de court, il hésita devant le menu une bonne dizaine de minutes avant de choisir un curry aux tempuras de crevette. Luffy et Usopp optèrent pour un curry au bœuf, Nami pour celui aux aubergines et Chopper choisit un curry « spécial mushrooms » en regardant avec gourmandise la photo du menu, qui montrait des champignons aux airs succulents.

Les plats arrivèrent rapidement et ils mangèrent en devisant joyeusement. Le temps fila si vite que Sanji ne le vit pas passer.

- On ferait mieux de rentrer, dit soudainement le coréen en regardant sa montre, alors qu'Usopp était pourtant en train de raconter comment il avait sauvé un restaurant de la faillite en remplaçant le cuisinier en chef le temps d'une soirée. C'est bientôt l'heure du couvre-feu !

- Du couvre-feu ? répéta Sanji avec des yeux ronds, se demandant s'il avait bien entendu.

Luffy acquiesça d'un air ennuyé en remettant son chapeau sur la tête et se mettant debout :

- Ouais, après 22 heures, les flics risquent de nous ramasser et de nous ramener direct à la maison… pratique pour ne pas payer les transports, mais après, s'ils appellent aussi le lycée ça devient nettement moins cool.

Le blondinet faillit rire en se disant qu'avec la bouille que tirait son ami, on pouvait dire que cela sentait clairement le vécu, mais le sérieux de la situation l'en empêcha de justesse.

Il fronça les sourcils et se mordilla la lèvre inférieure, n'aimant pas particulièrement l'idée d'enfreindre des règles, surtout avec toute la fatigue qui s'était accumulée depuis qu'il avait ouvert les yeux, très tôt dans la nuit.

- Et bien, je suppose qu'on devrait effectivement y aller alors, admit-il en se levant à son tour avant de jeter un regard circulaire autour de sa chaise pour vérifier qu'il n'oubliait rien.

En relevant la tête il croisa le sourire de Nami :

- Tu ne risques rien Sanji-kun ! Personnellement aucun policier n'a jamais osé venir vérifier mon âge, une tête d'étrangère comme la mienne, tu comprends, je ne suis même pas censée savoir parler Japonais.

Le ton de la jeune femme s'était légèrement teinté d'amertume alors qu'elle faisait une pause avant de rajouter, en agrandissant son joli sourire :
- Au pire si on te demande quoique ce soit, réponds en Français, au moins tu es sûr qu'on te lâche la grappe directement comme ça !

Ils payèrent l'addition, sortirent du restaurant et prirent le chemin du retour. Les yeux de Sanji brillaient et un sourire illuminait son visage. Le délégué aux cheveux ébouriffés s'en aperçu et passa un bras autour de ses épaules, le rapprochant de lui pour lui demander d'un air sérieux :

- Alors Sanji, ça t'as plu notre petite sortie ?

Autour d'eux les enseignes des grands magasins et les fenêtres des buildings avaient commencé à éclairer la nuit à peine tombée. Avec ses milliers de lumières, la ville semblait vouloir rivaliser avec les étoiles, les rendant même invisibles. A moins que ces dernières ne boudent de l'affront qui leur était fait.

Sanji avait toujours aimé les grandes villes et leurs illuminations nocturnes. Peu importe le bruit, la pollution et le nombre quasi-invivable de gens par mètre carré, lorsque la nuit tombait et la ville s'éclairait, tout le reste passait à la trappe. Il se souvenait parfaitement des quelques fois où ils étaient allés à Paris en famille, alors qu'Ambre n'était pas même encore née. Confortablement allongé sur la banquette arrière de la voiture, à moitié endormi, il observait avec ravissement les lumières multicolores défilant par la fenêtre au-dessus de sa tête. Dans ces moments-là, il avait vraiment l'impression de ressentir l'immensité de l'univers autour de lui et, au lieu de se sentir minuscule et effrayé, il sentait presque des ailes lui pousser pour lui permettre de s'envoler rejoindre les lumières, qui se reflétaient dans ses grands yeux bleus d'enfant.

Un enfant, c'était ce qu'il avait l'impression de redevenir, tandis qu'il marchait vers la gare, sur les pavés de Minato Mirai, il sentait cette même palpitation de joie dans sa poitrine, une joie amplifiée par les rires de ses nouveaux amis qui l'entouraient.

- Oui, je suis heureux d'être ici avec vous, répondit-il finalement, merci !

Luffy eut un rire satisfait, Nami et Usopp lui rendirent un grand sourire et…

- Je suis aussi très content d'avoir rencontré Chopper, ajouta le blondinet en croisant le regard du plus jeune.

Les petites joues rebondies de ce dernier qui s'étaient déjà rosées de plaisir, eurent vite fait de virer au cramoisie. Il répliqua aussitôt en se trémoussant :

- Oi ! C'est pas parce que tu dis ça que ça va me faire plaisir, crétin ! Euh, je veux dire, euh, Sempai…

Les yeux de Chopper étaient à présent écarquillés d'horreur, les mains devant sa bouche, et donnant l'impression qu'il allait s'évanouir à tout instant. Sanji n'aurait jamais pensé que transgresser la politesse due à un aîné pouvait entrainer ce genre de réaction. Les autres, eux, semblaient avoir l'habitude et riaient de bon cœur.

Et c'est ainsi que les passants devant la gare de Sakuragi-chô – qu'ils avaient finalement atteinte – assistèrent à une scène pour le moins insolite pour leurs mœurs et pudeur japonaises.

Sanji n'avait tout simplement pas pu résister.

Le petit coréen était probablement la personne la plus mignonne qu'il connaissait après, bien sûr, sa propre sœur. Non, il n'avait pas pu résister à l'envie d'attirer son kouhai dans une étreinte débordante d'affection. Le métis aurait sûrement regretté son geste, si Luffy n'avait pas lancé un « Trop cool, un câlin de groupe ! » enthousiaste avant de se jeter sur eux, entrainant Usopp sur son passage dans son étreinte étouffante.

Malheureusement pour les quatre garçons, la jolie rousse qui les accompagnait n'apprécia nullement les nombreux regards intrigués ou perplexes qu'ils attirèrent, et elle les sépara à coups de poings.

- Désolé Nami ! s'excusa le garçon au chapeau de paille, tandis que ses compères reprenaient leur souffle comme s'ils venaient de courir un cent mètres, pas fâchés que la jeune femme les ait sauvés de l'asphyxie.

Quelques minutes plus tard et ils se séparaient dans le hall de la gare, Chopper, Usopp et Nami prenant le train allant dans le sens inverse pour regagner l'immense gare de Yokohama où ils se disperseraient à nouveau dans les différentes lignes de trains. Dans le train en direction d'Ôfuna, Sanji luttait pour ne pas s'endormir. Luffy, lui, dormait déjà sur son épaule, d'un air tellement serein qu'il ressemblait presque à un bébé.

Le blondinet avait déjà pu le constater quelques fois, les japonais semblaient être dotés d'une sorte de quatrième sens qui les réveillait à temps pour qu'ils ne ratent pas leur station, et ce soir là encore il pouvait observer les brochettes d'endormis sur les banquettes latérales de leur wagon. Ah, qu'est-ce qu'il pouvait les envier à ce moment même. Sûr qu'un jour, il aurait assimilé leur méthode et qu'il pourrait faire de même, mais avec la journée bien remplie qu'il avait eu, il doutait fort que ce soit le bon moment pour passer à l'entrainement.

Ils arrivèrent à Ôfuna, cherchèrent les quais 7-8 de la Yokosuka-line d'un air endormi et s'affalèrent à nouveau sur une banquette du train direction Kurihama. Luffy se remit en mode veille automatique. Pour faire passer le temps, Sanji sortit les purikura pris durant leur folle après-midi de son portefeuille et les regarda en souriant.

Pour le premier shoot, Luffy les avait pris de court – Nami et lui – en choisissant l'option agrandissant les yeux au maximum sur les photos, ce qui donnait définitivement l'impression que les yeux des deux métis allaient exploser. Au second, la jolie rousse avait réussi à feinter pour empêcher le singe surexcité de les faire ressembler à des aliens avec cette stupide option. Mais l'animal s'était vengé par la suite au moment de décorer les petites images : il lui avait dessiné des moustaches et avait fini par mettre à profit son cours de Français du matin en écrivant 'dinde', 'viande' et 'côte de porc' avec une encre rouge bien voyante, avant de se lasser et de passer le stylet à Chopper.

Ce dernier s'était empressé de customiser les photos suivantes en collant des stickers de pâtisseries un peu partout, en ajoutant des oreilles de chat à tout le monde et en écrivant avec des encres aux couleurs pastel. Après leur petite séance photo, ils avaient soigneusement découpé les petites photos avec des ciseaux du Game Center et se les était réparties entre eux, avant d'aller tester les nouvelles arcades de jeux qu'Usopp et Luffy avaient repéré en entrant dans le bâtiment.
Sanji rangea, avec un autre sourire, les petites images colorées qui allaient à coup sûr venir illustrer les aventures du jour qu'il conterait dans son journal intime.

Kamakura, Kita-Kamakura, Zushi. Sanji se leva et secoua légèrement son ami par l'épaule pour le prévenir que sa station – Yokosuka – n'était plus très loin, juste au cas où.
Le petit brun releva son chapeau de paille – qui lui était tombé sur le nez pendant son demi-sommeil – et hocha la tête avec un sourire avant de bailler. « Bonne nuit, Sanji » réussit-il à articuler en ajoutant même un petit signe de main, auquel le blondinet répondit en descendant du train. « Bonne nuit à toi aussi, Luffy ! ».

Le lycéen blond se dirigea vers la sortie principale de la gare et alla s'assoir au banc de l'arrêt de bus qui faisait face à la gare, épuisé. Maintenant qu'il y pensait, il avait oublié de prendre ses cachets de testostérone au petit déjeuner, pas étonnant qu'il se sente aussi drainé de toute énergie, surtout avec le programme qu'il avait eu.

Il n'avait qu'une hâte, c'était qu'un des bus passant par son arrêt arrive et l'amène avant qu'il ne s'écroule de fatigue. Il aurait bien appelé sa mère pour qu'elle vienne le chercher, mais un des deux téléphones de la maison se trouvait dans la chambre parentale et il ne voulait pas prendre le risque de réveiller son père qui devait partir tôt à Miyazaki le lendemain. Enfin, selon ses calculs probablement pas très corrects au vu de sa fatigue et de ses faibles résultats en maths, le bus n'allait pas tarder à arriver… d'ici une dizaine de minutes.

Malheureusement ce ne fut pas une dizaine de minutes qui passèrent, mais beaucoup plus et ce ne fut que grâce à la générosité hésitante d'un salaryman – qui se demandait sans doute si le jeune homme occidental parlait le japonais et pourrait le comprendre – qu'il put se réveiller du sommeil dans lequel il s'était laissé sombrer sans y prendre garde.

Le japonais eut tôt fait de lui désigner le bus qui attendait à l'arrêt. Le numéro du bus clignotait en rouge, indiquant qu'il était le dernier, et le blondinet remercia rapidement son sauveur avant de se précipiter dans le bus, juste à temps avant que le chauffeur ne ferme les portes.

Cependant la victoire n'était pas complète. Oui, il avait réussi à avoir le dernier bus et à ne pas se retrouver comme un clochard devant la gare de Zushi ou à devoir payer un des nombreux taxis, qui affluaient en général après les derniers bus pour récupérer les passagers malchanceux, mais non le bus dans lequel il était monté n'allait pas jusqu'à chez lui.

C'était le bus de Hayama et, autrement dit, il n'irait pas plus loin que la résidence secondaire de l'Empereur et Sanji allait devoir marcher un bon bout de temps avant de pouvoir regagner son lit douillet.

« Bon, disons que ça me prendra à peu près une demi-heure si je marche vite » relativisa le blondinet en son for intérieur. Heureusement pour lui, la chaleur avait disparue pour laisser place à une fraîcheur marine et nocturne, douce et agréable, qui soufflait d'ailleurs par une vitre ouverte du véhicule.

Vingt minutes de somnolences plus tard il descendait à Hayama avec d'autres passagers qui se dispersèrent sur les trottoirs du carrefour. A peine le bus eut-il fait demi-tour en direction de la gare des bus et que Sanji eut fait trois pas résignés, qu'une voix l'interpella. Oh, l'impression de déjà-vu. Il se retourna pour voir Roronoa Zoro, dit le blaireau, qui traversait le passage piéton sur son vélo pour le rejoindre.

- Qu'est-ce que tu fais là ? L'apostropha-t-il avec son merveilleux accent du Kansai, lorsqu'il arriva à côté du métis.

Il descendit de son vélo et attendit sa réponse.

- Ce n'est pas évident ? J'habite par-là ! Et je peux te retourner la question, esquiva habilement Sanji pour éviter d'avoir à expliquer qu'il avait dû prendre le dernier bus par défaut après s'être lamentablement assoupis à l'arrêt de bus.

Il se remit à marcher et constata avec surprise que Zoro fit de même, poussant son vélo à côté de lui. Ça alors, Roronoa daignait faire un bout de chemin avec lui !

- J'habite aussi par-là, et suis à temps partiel au 7/11 (2) plus haut sur la route.

- Tiens donc, et t'étais pas censé avoir une réunion au club de je sais plus trop quoi à la base ? Et ils ont le droit de laisser travailler un lycéen après le couvre-feu ?

Il avait regardé l'heure à son portable en descendant du bus et avait remarqué qu'il était déjà plus de vingt-trois heures.
- De kendo. Oui, l'après-midi. Et bien sûr que non, je finis à 22 heures !

Cette réponse laissa le blondinet perplexe. Qu'est-ce que faisait Zoro dans les parages alors qu'il en avait fini avec son travail depuis plus d'une heure ?

- Roronoa ? fit brusquement le métis avec un sourire narquois sur les lèvres et les yeux brillants d'une lueur mutine fixés sur l'autre jeune homme.

- Quoi ? répondit ce dernier dans un grognement et en évitant de le regarder. Sûrement qu'il sentait la moquerie arriver, et qu'il se doutait aussi bien que sa fierté allait prendre un sacré coup.

- Ne me dis tout de même pas que tu t'es perdu sur le chemin du retour…

Il y eut un silence pesant et il continua :

- Je veux dire… Depuis le magasin il n'y a qu'à suivre la route principale, puis tourner à gauche au niveau de la résidence secondaire de l'Empereur.

Le blondinet s'arrêta quelques secondes de marcher pour réfléchir et se souvint de la direction de laquelle le vert venait, lorsqu'il l'avait aperçu en descendant du bus.

- Tu avais pris la droite, hein.

C'était plus une constatation qu'une question, et Zoro garda un silence obstiné en continuant d'avancer avec son vélo. Sanji se remit en marche pour le rattraper et, de nouveau à sa hauteur, lui demanda d'un air malicieux et légèrement moqueur :

- Alors comme ça t'as pas le sens de l'orientation ?

Le jeune homme aux cheveux verts le regarda avec des sourcils froncé et haussa les épaules.

- C'est ton passe-temps favori de te foutre de la gueule des autres ? répliqua-t-il en grognant par une autre question.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? répondit le métis en haussant un sourcil, perplexe.

- Enfin, ce n'est pas comme si je n'avais pas l'habitude qu'on se moque de mes cheveux de toute façon, continua l'autre en lui jetant un regard noir.

- Je ne me suis pas moqué de tes cheveux ! protesta Sanji avec véhémence et se demandant de quoi l'autre idiot voulait lui parler.

- Bien sûr que si ! Pourquoi t'as ri ce matin alors ?!

- Quoi !? Mais j'ai pas rigolé pour ça, et c'est toi qui a critiqué mon sourcil en premier !

- Il est vraiment louche !

- Tes cheveux le sont aussi !

- Sourcil en vrille !

- Tête d'algue !

- Dartboard !

- Brocoli !

Il y eut un silence, puis Zoro demanda :

- Sanji, c'est ça ?

- Ouais. Merci pour l'omamori au fait, ajouta le métis en se souvenant de la générosité de la pelouse vivante sur le chemin de la gare de Kanazawa-Hakkei.

- De rien. Même si ça m'a fait sacrément chié de le ramasser.

Le blondinet leva les yeux au ciel en se demanda comment il était possible d'être aussi désagréable.

La côte ouest de la ville de Yokosuka était peu habitée et peu éclairée, en comparaison à la côte opposée, qui bordait la baie de Tokyo et avoisinait Yokohama, partageant son agitation, ainsi que sa clarté électrique nocturne.
A Akiya, la route principale de la côte que les deux jeunes hommes étaient en train de longer, les étoiles ne boudaient pas, et le ciel était comme incrusté de milliers diamants étincelants de mille feux au-dessus de leurs têtes. Sur la gauche de la route, derrière les maisons aux architectures tantôt modernes et astucieuses, tantôt traditionnelles et empruntes d'un charme incomparable, la colline les surplombait, sombre et semblant gigantesque. A droite, la mer s'étendait à perte de vue, scintillante sous le clair de lune, et faisait entendre son chant apaisant.

- Sincèrement, je ne me suis pas foutu de tes cheveux ce matin, enfin si, mais ça c'est après que tu m'ais fait une réflexion sur mon sourcil.

- Alors pourquoi t'as ri comme un débile ?

- Qui est-ce qui rit comme un débile ?! s'écria Sanji d'un air offusqué, tandis que la tête d'algue observait sa réaction avec intérêt.

Il shoota dans un petit caillou qui s'en alla rouler plus loin dans la pente douce que les deux lycéens descendaient. Cette face de brocolis commençait vraiment à lui pomper l'air, et en plus il ne comprenait pas pourquoi il avait tenu à se lancer dans l'explication d'un malentendu aussi débile.

- Bon vas-y dis, insista l'algue en levant les yeux au ciel d'un air blasé quand il vit que Sanji était décidé à faire la gueule.

- Tu viens d'Ôsaka non ?

- Ouais, mais quel rapport ?

- Ben juste que t'as l'accent du Kansai.

- Et donc ce n'est pas de mes cheveux dont tu te moquais, mais de mon accent ?

- Non ! C'est juste que j'en avais beaucoup entendu parler et que ben, en t'entendant parler j'ai su que c'était ça et… ça m'a fait rire. C'est tout. Il n'y a rien de mal !

Sanji avait d'ailleurs beau trouver son camarade de classe désagréable, rien que d'entendre son accent et les quelques particularités du dialecte du Kansai qu'il n'avait cessé d'utiliser dans le Kanto, cela le rendait tout de suite plus intéressant.

- … T'es vraiment con, hein, dit Zoro après avoir observé le blond d'un air blasé. Non en fait c'est pas que t'es con, reprit-il avant que le métis n'ait pu rétorqué quoique ce soit, c'est juste que t'agis comme une vraie gonzesse.

Le blond ne répondit pas.

- Où est-ce qu'on va ? demanda soudainement le lycéen aux cheveux verts en s'arrêtant pour scruter les alentours, stoppant la vague de panique qui était sur le point de submerger Sanji après la remarque plutôt… pertinente qui venait de lui être faite.

- Je ne sais pas, j'te suivais, répondit le blondinet avant de se rendre compte de la gaffe intergalactique qu'il avait faite : suivre Roronoa Zoro, digne représentant des handicapés du sens de l'orientation ainsi qu'il avait pu le constater quelques minutes plus tôt ?

Il avait signé son arrêt de mort, il ne retrouverait jamais le chemin de sa maison et il serait condamné à errer pour l'éternité avec un idiot complet en guise de compagnon d'infortune.

(1) Le plus grand quartier chinois (China Town) du Japon.

(2) 7/11, à prononcer « Seven eleven » nom d'une chaîne de combini


Voilà ! Est-ce que ça vous a plu ? ^^' Je l'espère en tout cas et j'attends vos avis en continuant l'écriture du chapitre suivant (en fait j'ai dû couper le chapitre 2 en… ben en deux parce que sinon c'était vraiment trop long 'o')

A la prochaine !
Pocky :3