Trois mois après son arrivée, Maria ne pouvait cacher sa satisfaction face à sa nouvelle situation. Malgré son jeune âge, elle s'était révélée une recrue exceptionnelle pour le cabinet, s'adaptant rapidement à ses fonctions et s'impliquant totalement dans les activités qui lui étaient confiées. Elle s'était découvert une passion pour le droit et le suivi des dossiers juridiques. Afin d'être au top dans son emploi, elle passait ses soirées à potasser livres et revues sur le sujet. Elle souhaitait véritablement se montrer à la hauteur en toute circonstance.
Elle vivait à Boston dans un studio meublé mais ce petit confort lui convenait pour l'instant. Ses maigres économies avaient été investi dans une garde robe adaptée à son nouveau statut professionnel et elle n'envisageait pas un déménagement à brève échéance.
Ce soir, elle était en train de lire un article sur les droits afférents à la liquidation d'une succession lorsque l'on sonna à la porte. Regardant dans l'oeilleton, elle aperçut Jesse à qui elle ouvrit aussitôt. Leur relation s'était encore renforcée depuis son arrivée à Boston, et elle considérait aujourd'hui que si une personne sur terre pouvait prétendre la connaître, c'était bien lui.
Jesse : Hello ma grande. Encore le nez dans les bouquins ?
Maria : écoutes, monsieur l'avocat, c'est pas à toi que je vais apprendre la nécessité d'étudier pour être compétent dans ce métier.
Jesse : Justement, le mont clé est étudier. Pourquoi ne reprends tu pas tes études afin de devenir avocat, toi aussi ?
Maria : Mais enfin, Jesse, tu es fou ! Je n'ai ni les capacités, ni le temps, ni les moyens financiers pour me permettre de faire ce genre de chose.
Jesse : Ecoutes moi bien ma grande. C'est ta voie, j'en suis certain. Nous en avons parlez en réunion de direction aujourd'hui : le cabinet est prêt à te libérer du temps et à financer en partie l'enseignement que tu suivras contre l'engagement que tu travailleras au cabinet, dès ton diplôme acquis. Tu vois, ils ont confiance en toi, comme moi d'ailleurs.
Maria regarda Jesse dans les yeux. Elle ne savait plus si elle devait rire de cette proposition, ou pleurer face à cette reconnaissance de ses capacités. Elle se jeta finalement dans les bras de son ami, lui hurlant « Merci » dans les oreilles.
Quelques années avaient maintenant passé. Aujourd'hui, maître DeLuca était une avocate reconnue dans la sphère juridique de Boston. Qualifiée de tueuse par ses confrères, elle donnait toute son énergie lorsqu'elle se trouvait charger d'un dossier, et l'on pouvait compter sur les doigts d'une main les affaires qu'elle avait perdu. A 25 ans, elle était aussi une femme d'une grande beauté et convoitée par de nombreux hommes. Les prétendants se pressaient pour la séduire, mais se voyaient la plupart du temps opposer une fin de non recevoir. Un seul était parvenu à percer la carapace de la jeune femme : il s'agissait de Josh Ellroy, un éditeur qu'elle avait défendu. Ce dernier avait su, à force de douceur et de compréhension, conquérir Maria et leur relation était officielle depuis maintenant 6 mois.
C'est d'ailleurs entre ses bras qu'elle s'était réveillée ce matin. Elle avait contemplé pendant quelques minutes son compagnon : Elle aimait sa peau légèrement ambrée aux parfums de musc, ses cheveux châtains ébouriffés, et cette moue mi sérieuse mi rieuse lorsqu'il dormait. Elle sentit tout à coup ses prunelles noisette se poser sur elle et décida qu'il était temps de partir.
Josh : Non, restes encore un peu ...
Maria : Tu sais bien que je n'ai pas le temps. Il faut que je passe chez moi, histoire de prendre une douche et de me changer avant d'aller à mon premier rendez vous.
Josh : Si on vivait ensemble ...
Maria : Arrêtes Josh. On en a déjà parlé et je ne veux pas me disputer avec toi de bon matin.
Elle déposa un léger baiser sur ses lèvres puis sortit du lit de son amant. Tout en s'habillant, elle repensait à l'obsession dont ce dernier souffrait depuis un mois. Vivre ensemble, cohabiter comme un vrai couple. Elle savait bien que pour faire avancer leur relation, il faudrait un jour ou l'autre sauter le pas mais elle ne se sentait pas prête. Non qu'elle n'était pas amoureuse de lui, mais cette étape lui faisait peur.
C'est donc perdue dans ses pensées qu'elle se retrouva dans son loft, et qu'elle se dirigea vers la douche. Laissant l'eau coulée sur son corps lui permit de reprendre le contrôle et c'est parfaitement sereine qu'elle s'observa dans le miroir avant son départ : tailleur jupe grise, chaussures à talons qui mettaient en valeur le galbe de son mollet joliment moulé dans des bas noirs, et chemisier blanc. Seule touche d'originalité : un foulard en soie vert pistache, qui faisait ressortir la couleur de ses yeux. Elle sourit à son image, se sentant heureuse.
Elle arriva au cabinet vers 9h30 et se dirigea directement vers le bureau de Jesse. C'était son rituel matinal : une bonne journée commençait toujours par un discussion avec son meilleur ami, son confident, son soutien. Il l'attendait déjà, une tasse de café posée sur son bureau.
Jesse : Et bien ma grande, tu as l'air en pleine forme ce matin. Bonne soirée avec Josh ?
Maria : Excellente. Et toi, tu as l'air en forme aussi. Ma filleule aurait elle enfin décidée de vous laisser dormir la nuit ?
Jesse optima de la tête. Après des années de latence pendant lesquelles le souvenir d'Isabel avait hanté toutes ses nuits, il avait fini par rencontrer Lucia lors d'une soirée de charité et cela avait le coup de foudre entre eux. Très rapidement, ils avaient décidé de vivre ensemble et une petite Anna était née cinq mois plus tôt. Jesse et Lucia avaient demandé à Maria d'être la marraine et c'était avec joie qu'elle avait accepté. Depuis, elle couvrait la petite fille de cadeaux, et tentait de passer le plus de temps possible avec « son petit rayon de soleil » comme elle l'appelait tendrement.
Maria : Bon, tu sais qu'après mon rendez vous avec Hanson pour cette affaire de contrat, je dois me rendre à l'aide juridictionnelle ?
Jesse : Oui, ne t'en fais pas, personne ne te sollicitera aujourd'hui.
Elle avait en effet insisté pour conserver une activité hors du cabinet, et face à sa détermination, les associés du cabinet lui avaient accordé ce privilège, de peur qu'elle ne décide d'intégrer une société concurrente. Elle aimait ce travail qui lui permettait de venir en aide à des gens dans le besoin, même si parfois elle se retrouvait à défendre des crapules, elle se sentait dans ce cadre en contact réel avec la société.
C'est ainsi qu'après avoir examiné les clauses d'un contrat d'association parfaitement barbant, elle partit le coeur léger vers le bureau de l'aide juridictionnelle. Elle fut accueillie par Jodie, la secrétaire, qui après l'avoir embrassé, lui tendit un dossier.
Jodie : T'arrives juste à temps, ce dossier vient de nous être confié.
Maria : Tu me briffes ?
Jodie : Il s'agit d'une affaire de vol, mais qui semble assez étrange. Un négociant en diamants qui affirme qu'on a voulu le cambrioler. Mais, on n'a retrouvé aucune arme sur le suspect, qui nie tout en bloc et affirme qu'il était venu pour vendre des pierres.
Maria : Je trouve mon client à quel endroit ?
Jodie : Commissariat de la rue Roosevelt, il passe en comparution pour le chef d'inculpation dans trois heures.
Dans le taxi qui la conduisait vers le lieu de la garde à vue de son client, elle commença à consulter le dossier qui lui avait été confié. Il était effectivement plutôt mince et les explications de la supposée victime loin d'être convaincantes. Elle réfléchissait à la manière dont elle allait abordé cette affaire, lorsque son téléphone sonna.
Maria : Oui ?
Josh : ma puce, je suis désolé de te déranger. J'ai une mauvaise nouvelle : mon auteur vedette qui est en Europe fait des siennes, encore. Je dois absolument aller le rejoindre à Londres. Je suis déjà en partance pour l'aéroport.
Maria : Oh ...
Josh : Vraiment navré, je vais devoir te laisser plusieurs jours. Je t'appelle dès que je peux ... je t'aime, tu sais.
Maria : Oui, je sais. Je t'embrasse.
Sitôt raccrochée, elle se replongea dans l'étude de son dossier. Peu d'éléments transparaissaient sur son client, si ce n'est qu'il s'appelait M. Garvin, et qu'il avait 25 ans. Le reste n'était que blabla plus ou moins utile. Célibataire, sans situation stable, allant de petits boulots en petits boulots, il semblait ne pas avoir de véritable attache dans cette ville où il n'était arrivé que récemment. Elle en était là de ses réflexions lorsqu'elle arriva à destination. Après avoir réglé la course, elle entra dans le vieux bâtiment de la rue Roosevelt et se présenta au policier à l'accueil.
Maria : Maître DeLuca de l'aide juridictionnelle. Je viens voir mon client M. Garvin.
Ce dernier grogna quelque chose qu'elle ne comprit pas, puis lui faisant signe de le suivre, il la conduisit dans l'une des salles d'interrogatoire. En entrant, elle ne vit son client que de dos, et lorsque la porte se fut refermer, elle se présenta.
Maria : M. Garvin, Maître DeLuca de l'aide juridictionnelle. C'est moi qui vais assurer votre défense lors de la mise en accusation devant le tribunal.
M. Garvin : Maria ?
Elle aurait reconnu cette voix entre mille, et avant même qu'il se retourne, elle sut que c'était lui. Complètement abasourdie, elle fit le tour de la table pour se retrouver face à son client.
Maria : Entre nous, ce sera Maître Deluca je vous prie.
Ses derniers mots sortirent de sa bouche alors qu'elle s'effondrait plus qu'elle s'asseyait sur la chaise placée en face de Michael.
