Sa respiration était lente et régulière. Profonde. Elle prenait naissance au creux de ses reins, et remontait paisiblement, faisant se soulever sa poitrine de quelques petits millimètres. Harry les percevait tous. Le souffle poursuivait ensuite son chemin avant de s'extirper de ses lèvres entrouvertes. Son visage à queques cetimètres du sien. Une distance risible, en principe, dans la théorie. Mais dans son fort intérieur, c'était un gouffre que le Survivant avait à franchir, afin d'atteindre l'objet de toutes ses pulsions et de tous ses désirs. Mais il ne pouvait pas. Ses démons intérieurs le tiraient à eux, l'empêchant d'approcher plus.

Mais que faire quand le monde entier vous acclame en héros, alors que vous ne vous assumez même pas pleinement en tant qu'homme ? Que faire quand la toucher vous offrirait un instant de bonheur, mais la jetterait dans la gueule de Voldemort ? Que faire quand l'Amour n'a plus lieu d'être dans votre vie, puisque votre entourage vous veut vengeur haineux et prêt à affronter le Mal les yeux dans les yeux ? Que faire si être un homme normal était pour vous un crime, et céder à l'Amour le plus pur relevait du Mal lui-même ?

Une fois de plus, Harry ne dormit pas cette nuit-là. Tiraillé entre ces questions d'éthique que lui seul avait obligation de respecter, et l'instinct animal au seuil de toute vie, qui lui commandait de l'embrasser dans la seconde. Assis sur le lit d'Hermione, la regardant allongée tout près de lui sur son propre matelas, il n'aspirait plus qu'à vivre, plutôt que survivre. Mais il n'en avait pas le droit. Sa Vie n'avait d'importance que jusqu'à ce qu'il détruise le seigneur des Ténèbres. La sienne avait tellement plus de valeur !

Harry se faisait souffrir lui-même, et cela rendait chaque geste et chaque parole de sa meilleure amie totalement insoutenable. Mais voilà...il devait attendre encore. Ou pas !

Sa main trembla au contact léger mais brûlant de la peau de la jeune fille. Il la frôlait seulement, effrayé de la réveiller. Il s'arrêta bientôt, s'aperçevant que cela ne menait qu'à la lui faire désirer plus encore. Le noireaud retourna s'asseoir, et ferma les yeux pour ne plus voir cet ange venu des entrelas de l'Enfer pour le tourmenter.

Les heures avaient passé aussi lentement que des semaines, et il sembla à Harry que sa vie entière aurait eu le temps de défiler avant le lever de ce maudit soleil d'été. D'une humeur massacrante, il était décidé à n'en faire profiter personne. Des sons lointains lui parvenaient. Quelques bruissements de tissu. La vue cachée par les paumes de ses mains, il fuyait, sombrant dans ses pensées. Harry les trouvait bien plus sécurisantes que ce monde où tout lui paraissait insolite, même ce qu'il éprouvait. Ce qu'il redouttait arriva : une légère chaleur se posa sur son épaule, et il fut entouré d'un halo réconfortant. Plus elle restait à ses côtés, plus il s'engouffrait dans un havre de paix duquel il cherchait à s'échapper à tout prix.

Mais le désirait-il vraiment ?

Le jeune homme ouvrit les yeux à la lumière douce d'un été resplendissant. Avant même de tourner la tête vers elle, il sentit son regard. Prenant une grande inspiration, il l'affronta. Les questions muettes se succédèrent, des deux côtés. Les réponses ne suivirent pas, chacun refusant d'avouer l'inavouable. De dire les non-dits. D'exprimer ces sentiments qui les oppriment.

Harry rompit le contact, se levant et passant un jean, changeant de t-shirt. Comme si rien ne venait de se produire. Il sentit Hermione prendre ses affaires et se diriger vers la salle de bain.

Les jours qui suivirent ne furent qu'une succession de faux-semblants. Harry exécutait des gestes répétitifs, des sourires crispés et faux, et s'imposait une contenance. Malgré tout, il ne pouvait pas tout contrôler. Ainsi, une semaine après la nuit contée précédemment, il passa devant la chambre, et par réflexe, y jetta un oeil.

Ses jambes étaient fines, et se mouvaient avec une douceur ensorcellante. Légèrement cambrée, elle offrait son bassin et les courbes légères de son ventre et de ses reins. Bien que sa poitrine ne fut pas bien imposante, son soutient-gorge noir la rendait plus que belle. Elle retirait sa chemise d'un geste voluptueux, comme s'étirant. Sa chevelure coulait du tissus à son dos. Bientôt, elle se retrouva sans nulle autre arme que sa beauté, presque mise à nu sous le regard éberlué d'un homme. Se reprenant, il s'enfuit avec fracas. Il ne sut pas si elle l'avait vu, si elle l'avait entendu, ou même si elle se doutait de quoi que ce soit.

Il fonça tête baissée vers le jardin pour se calmer. Ciel, qu'elle était belle ! Même après l'avoir vue en nuisette, jamais il n'avait envisagé une telle plastique pour sa meilleure amie. Assis dans l'herbe, les yeux dans les nuages, sous le soleil rougit par sa disparition à venir, Harry ne pouvait retirer ces images qui déjà le hantaient. Le pire fut à venir, quand Hermione revint, portant une de ses chemises, bien trop grande pour elle, ainsi qu'un simple jean. Devinant les bretelles de son soutient-gorge à travers la chemise blanche, le Survivant se sentit fièvreux.

Ressentait-elle cette brulure au fond d'elle quand elle le voyait torse nu, ou simplement en short ? Au plus profond de lui-même, il l'espèrait sincèrement. Il feignit être aussi naturel qu'à son habitude, et sourit doucement à la jeune femme venue le rejoindre sur l'herbe jaunie.

C'est beau, tout ce rouge...chuchotat-elle.

Mmh...

Ne me dis pas que tu n'aimes pas le rouge ? plaisenta la brunette en se tournant vers lui.

Harry ne pu s'empêcher de penser "Sur toi, je préfère le noir, mais rouge ça doit pas être mal non plus...". Clignant des yeux violemment pour revenir à la réalité, il répondit à l'affirmative.

Je le savais..., murmura Hermione, les yeux pétillants dans le jour couchant.

Une voiture passa et se gara au niveau du parc en face de la maison. La musique avait été mise à fond, et les fenêtres ouvertes permirent aux deux sorciers d'en profiter pleinement. Du rock. Exactement ce qu'il leur fallait. La musique attendrissait les moeurs les plus dures. Et ici, Harry oubliait tout, sauf l'instant présent, seul avec elle.

Mr Granger ouvrit la fenêtre de la salle d'attente, et les appella à venir dîner. Une heure plus tard, rassasiés, les deux jeunes gens remontèrent rejoindre la chambre d'Hermione. Celle-çi s'absenta, et Harry resta seul, les yeux posés sur le lit de la jeune fille, perdu, sans aucune pensée, l'esprit vide de tout.

Harry ? l'appella une voix masculine.

Oui ? répondit le noireaud, se retournant vers Mr Granger.

Hum...je ne sais pas trop comment te demander ça, mais bon. Un de mes amis s'est fait..."jetter" par sa fillançée, et n'a trouvé de refuge qu'ici pour la nuit. Je me demandais si ça te gênerait de lui prêter le matelas durant quelques jours, le temps que sa situation conjugale s'arrange.

Harry réfléchit à toute allure. S'il prêtait son matelas, où dormirait-il ? Mais dans un sens, il était l'hôte, et se devait de remercier Mr et Mrs Granger pour leur accueil d'une manière ou d'une autre. Et dormir dans un placard à balais n'avait pas été pour lui un problème durant dix années de sa vie.

Aucun problème, monsieur, assura-t-il.

Le père d'Hermione sourit d'un air paternel, et lui affirma qu'il lui rendait un grand et fier service. Une fois le matelas descendu, il retourna dans la chambre, et s'accouda à la fenêtre.

Bah il est où ton matelas ?

Hermione était de retour, et le jeune homme passa trois minutes à bredouiller la vérité.

Et où tu vas dormir ?

Euuh...je...n'importe où, c'est pas un problème en soi !

La sorcière se retourna un main sur le front, chuchotant des "C'est ridicule." et des "Mais n'importe quoi..." à tout va. Finalement, après quelques instants, elle lui fit de nouveau face, se mordant la lèvre inférieure. Mais qu'attendait-elle ? Qu'est-ce qui lui prenait ? Il pouvait bien dormir à terre après tout ! Il n'allait tout de même pas...

Dors avec moi, lâcha-t-elle, le rouge aux joues.

Que...quoi ?

Il devait probablement avoir l'air d'une stupidité inébranlable, car sa surprise était d'autant plus marquée que ça ne l'arrangeait pas du tout ! En fait si...mais il ne devait pas y penser...enfin pas trop.

Durant les quelques minutes qu'Harry avait passé à mesurer le pour et le contre, Hermione s'était allongée dans son lit, et lui tournait le dos. Il prit une décision rapide. Oui. Il allait dormir avec elle, en tant que son meilleur ami...ou presque.

Retirant son t-shirt, il remarqua qu'Hermione ne bougeait plus du tout. Mais la connaissant trop bien, il savait bien qu'elle n'arrivait jamais à s'endormir en si peu de temps. Harry n'avait gardé que son caleçon sur lui. Il releva légèrement la couverture, et se glissa en dessous. De dos à lui, elle ne lui inspirait plus que l'envie irrésistible de la prendre dans ses bras. Et c'est ce qu'il fit.

Un des bras du noireaud alla se glisser contre le ventre de la jeune sorcière, qu'il sentit frissonner à ce contact. Il laissa passer quelques minutes, dans le doute, craignant qu'Hermione ne se dégage de ses bras, ne le repousse. Mais elle n'en fit rien.

Harry se demanda presque s'il n'aurait pas été préférable qu'elle le repousse, afin qu'il soit forcé de lui parler, lui avouer son amour, son désir... Mais elle n'en fit rien, se contentant de rester immobile. Les heures qui suivirent furent à la fois un pur moment de bonheur, et une véritable torture. Il était près d'elle, si près qu'il ressentait ses moindres respirations au plus profond de lui-même. Et si près qu'il se contrôlait plus que de raison afin que son corps ne le trahisse pas.

Mais le Survivant savait bien qu'elle ne dormait pas. Non, elle était bien éveillée. Son souffle n'était pas aussi régulier qu'il aurait dû l'être. Elle souffrait d'insomnie autant que lui. Qu'est-ce donc qui la tourmentait à ce point ?

Et soudain, il vit en face de lui ses yeux noisette, brillants de malice et de douceur...Mais le mirage n'en était pas un. Hermione venait de se retourner...

Salut à vous ! Je me suis fait attendre, je sais, mais quelques imprévus ont fait que j'ai fais passer mes vacances avant mon devoir. Veuillez m'en excuser. Le chapitre est un peu court, mais il relate un moment important de l'histoire, et cette fin...en suspence, laisse présager bien des choses...ou pas !

A bientôt, je l'espère. Saïka Garner.