Grissom était enfin arrivé devant la porte de Sara, le concierge du bâtiment lui avait gentiment remis le double des clés après s'être assuré que son interlocuteur était bien « policier ». Il tourna la clé et entra calmement dans l'appartement. Il réalisa que c'était la première fois qu'il entrait chez elle, il ne connaissait pas les lieux. D'où il était, il ne pouvait pas encore voir Sara mais il entendait le bruit émanant de l'extérieur. Il avança doucement et se retrouva dans le salon, là où Sara se situait. Sara, ayant entendu un bruit derrière elle et à bout de nerf, fit un geste brusque, ce qui affola la foule en bas.
« C'est vous Grissom ?… N'approchez pas !… Restez où vous êtes !
-D'accord, je ne bouge plus. Calmez-vous Sara. »
Grissom obtempéra, il ne valait mieux pas la contrarier.
Les autres membres de l'équipe, tout comme les gens qui étaient à proximité des journalistes et quelques milliers de téléspectateurs devant leurs télévisions, assistaient à la scène, grâce à l'amplificateur de son, comme s'ils étaient aussi dans la pièce avec Grissom et Sara.
Grissom fixait Sara, il ne la quittait pas une seconde des yeux afin de pouvoir intervenir si des fois la situation lui échappait. Il s'adressa de nouveau à sa collègue pour la mettre en confiance :
« Et si on se tutoyait pour une fois, hein ? D'accord ?
-D'ac… d'accord » bafouilla t-elle, à bout de nerf.
Lui avait une voix qui se voulait rassurante, mais intérieurement il paniquait.
Catherine était très inquiète en bas car, pour parler à quelqu'un en détresse, Grissom était le dernier à savoir s'y prendre. Mais d'un autre côté, il était probablement le seul, du moins elle l'espérait, à pouvoir approcher Sara et la convaincre de ne pas sauter.
Grissom ne bougeait plus comme elle lui avait ordonné, il ne cessait de regarder la jeune femme. Il se demandait pourquoi Sara, une personne tout à fait lucide et réfléchie d'habitude, pouvait se trouver sur le point d'en finir avec la vie. Il ne trouvait pas de réponse :
« Sara, pourquoi en es-tu arrivée là ? »
Il tentait de lui faire vider son sac - pour guérir le mal, il faut savoir d'où il provient - bien que ce soit assez périlleux. Sara, voyant que Grissom ne bougeait plus, tenta de se calmer. Il attendait une réponse de sa part, mais sa raison le concernait lui aussi. Elle ne pouvait pas lui révéler les raisons comme ça. Elle essaya d'éviter sa question :
« La vraie question est pourquoi pas. » Répondit-elle.
Ses yeux étaient bouffis et tout rouge à cause des larmes qu'elle n'arrivait pas à maîtriser. Grissom ne paraissait pas satisfait de sa réponse, il attendait patiemment qu'elle veuille bien se confier à lui. Elle le mit alors sur la voie :
« Regarde autour de toi… qu'est-ce que tu vois ? »
En bas, l'équipe paraissait un peu plus calme depuis que Gil avait entamé la conversation. Sara semblait moins agitée. Catherine se demandait si c'était grâce à la conversation ou grâce à la présence de Grissom à ses côtés. Celui-ci ne comprenait pas où Sara voulait en venir, il n'était pas dans sa tête après tout. Un silence pesant régnait là-haut, il contrastait royalement avec le brouhaha provenant de l'extérieur. Sara savait que Gil était toujours derrière elle malgré son silence. Elle ne le voyait pas mais elle imaginait très bien quelle tête il pouvait faire à l'heure actuelle. Contrairement aux autres de l'équipe, il privilégiait les gestes à la parole. Grissom avait des mimiques qui lui étaient propres : quand il ne comprenait pas quelque chose ou qu'il attendait des explications par exemple, il relevait un sourcil. C'était cette mimique justement à laquelle Sara pensait et elle n'avait pas tort, Grissom attendait plus de précision.
« Que vois-tu dans cet appartement ? »
Grissom regarda alors autour de lui. Après un moment d'observation, il répondit à Sara :
« Je vois qu'il est très bien rangé, très propre,… tout semble avoir sa place, tout paraît organisé.
-Et qu'est-ce que tu vois d'autre ? »
Il regarda de nouveau il avait beau chercher, il ne voyait vraiment pas où elle voulait en venir. Décidément, les relations humaines n'étaient vraiment pas son fort !
« Je ne sais pas, je ne vois rien d'anormal. » Se résigna t-il à dire.
Il ne pouvait pas voir ce qui manquait également chez lui… Sara vint alors à son aide :
« … Des photos… il n'y a aucune photo : pas de famille, pas d'amis, pas d'homme dans ma vie, ni même d'enfants… Ma vie est comme cet appart', bien rangée, bien propre, mais vide ! »
A ces mots, une nouvelle vague de sanglots l'envahit, elle n'arrivait pas à se contrôler. Grissom la regardait, il savait maintenant, il comprenait mieux. Sara ne supportait plus sa solitude, elle ne supportait plus de n'avoir, comme lui, que son travail auquel s'accrocher. Il tenta de lui faire comprendre qu'elle n'était pas toute seule comme elle le croyait. Il lui dit le plus sereinement possible :
« Ce n'est pas parce qu'il n'y a pas de photos ici que personne ne se soucie de toi.
-Tout le monde se moque de moi, je le sais. » Elle s'en était convaincue.
En bas, les CSI paraissaient anéantis. Ils s'en voulaient de ne pas montrer à Sara plus d'intérêt en dehors du travail. Dans le fond, elle avait raison, ils se côtoyaient rarement en dehors du L.V.P.D., à part quelques fois pour aller manger entre deux affaires. Ils s'appréciaient pourtant les uns les autres, mais ils ne passaient pas de temps ensemble pour essayer de mieux se connaître. Peut-être s'ils se fréquentaient en dehors, ils ne penseraient à rien d'autre qu'à leurs affaires et aux côtés négatifs qui allaient avec. Ils ne se voyaient peut-être pas en dehors pour penser à la vie et non à la mort - visiblement ça n'avait pas empêcher Sara d'y penser. Grissom trouva une parade à ce qu'elle venait de lui dire :
« Vraiment ? Alors explique-moi pourquoi y a-t-il tellement de monde en bas qui souhaite, tout comme moi, que tu changes d'avis ? »
Sara n'avait pas pensé à cela, Grissom marquait un point. Sur le coup, elle ne lui dit rien, mais après quelques secondes, elle brisa le silence avec une phrase « choc » :
« L'homme que j'aime se moque totalement de mon existence. »
Elle s'ouvrait désormais à lui comme un livre et il savait lire entre les lignes.
« Sara, viens avec moi… sinon c'est moi qui te suivrai. »
Sara paraissait surprise de sa réponse, encore du double sens, Gil semblait en être l'inventeur. Il se rendit compte de ce qu'il venait de dire et pour être clair, il dit à sa collègue :
« Si tu sautes, je saute juste après. »
