III
Les avions, c'est bien, mais on s'y emmerde. Désolée pour le vocabulaire, mais ça ne réussit à personne d'être enfermée là-dedans trop longtemps. Encore moins avec une hôtesse sur le dos…
Je sais, c'est son job de s'assurer que je ne manque de rien, mais elle est aussi épuisante que les enfants en voitures qui demandent toutes les deux minutes « C'est quand qu'on arrive ? ». C'est d'ailleurs ce qui me gratte depuis les quinze dernières minutes. Quand est-ce qu'on arrive ?
Comprenez, que j'y aille pour les vacances, ou parce que ma cousine est morte, l'avion reste un enfer pour moi. Je n'ai pas peur, non, là n'est pas le problème. C'est juste désespérément long.
« Dors. »
« Regarde un film. »
« Lis ton livre. »
Sympas le papa. J'ai dormie. J'ai regardé le seul film inédit à mes yeux de la collection que possède l'hôtesse. Et tenez-vous bien : j'ai fini mon livre.
Ma vie craint. (N'oublions pas que je n'ai que 16ans et que cette phrase gratte affreusement à cet âge !)
Il n'empêche qu'il y a quelque chose que je peux faire. Je n'en ai pas encore l'habitude, et j'admets que c'est de la violation de vie privée, mais je dois savoir où ils en sont. Et pour ça, il faut que je me débarrasse de l'hôtesse.
Je suis seule, contre le hublot, dans le compartiment des mineurs. (Quand je dis 16ans, j'arrange un peu, en fait j'ai 16ans dans deux semaines et quatre jours, ce qui fait que je n'ai légalement que 15ans et tous les pourboires imaginables et possibles n'empêcherons pas cette femme d'être sur mon dos.)
A nous six, on a une seule hôtesse. Il me suffit de m'assurer qu'elle s'occupe un certain temps de l'un de nous en particulier. Donc réfléchissons… Qu'est-ce qui pourrait obligé l'hôtesse à se concentrer durant un minimum de cinq minutes sur un seul et unique passager…
Aïe… Désolée pour toi, gars assis deux hublots devant moi… La meilleure méthode, c'est que tu nous rendes ce qui te rend malade depuis le décollage…
C'est un peu crade, mais je n'ai pas d'autres idées…
Du coup, il ne me reste plus qu'à réfléchir… Dans mon sac, j'ai un échantillon de parfum, mes lunettes de soleil, du rouge à lèvres, mon livre, de la crème pour les mains, mon portefeuille et du désinfectant… Mis à part le parfum, je n'ai pas de grandes chances de m'offrir cinq minutes sans surveillance…
Après… Oh, et puis laissez tomber je vais vous épargniez ce triste spectacle.
Me voilà assise dans la voiture, conduite par le « garde du corps » qu'avait engagé mon père pour me superviser. Nous avions quitté l'aéroport depuis une bonne heure et il nous en restait encore une petite avant d'arriver à Beacon Hills. Il était à peu près onze heures désormais, heure locale, et quand je m'étais assurée de comment ils allaient, l'horloge pointait aux environs de huit heures.
A cette heure, ils étaient tous au poste, et expliquaient un à un au shérif ce qu'il s'était passé, répétant plus ou moins que tout s'était passé si vite…
Une fois arrivée, je devrai me rendre chez elle, chez Alli', et attendre Chris… Si je me pointais comme une fleur au commissariat, j'attirerais trop de vautours, trop de questions…
Qui es-tu ?
Pourquoi es-tu ici ?
Comment as-tu su ?...
Bref, mauvaise, très mauvaise idée.
Avec le décalage horaire dont je ferai bientôt les frais, je me décidai à dormir un peu, histoire d'être au taquet quand j'en aurai besoin.
Cependant, mon téléphone sonna, affichant le visage et le nom d'Oncle Chris… Et j'étais assez surprise. Je pensais qu'il appellerai mon père plutôt que moi, mais apparemment… Après quelques secondes d'hésitations, je finis par répondre.
-Allo ?
-Capucine, bonjour, c'est Chris. Dis à ce chauffeur de faire visiter le canyon, et assure-toi de ne pas être à Beacon Hills avant ce soir.
Bon, il l'avait en effet appeler.
-Quoi ? Mais de quoi tu parles ? Je suis au lycée là, de quel canyon parles-tu ?
Je vous l'accorde, je me ridiculisai presque avec cette tentative, mais il fallait au moins tenter…
-Je t'arrête tout de suite, je ne suis pas d'humeur à rire. Donc épargne moi tout ton argumentaire.
-Bien. Pourquoi ne veux-tu pas que j'arrive maintenant, mais ce soir ? Qu'est-ce que ça change ?
-Tout. Le nogistune ne doit pas te voir, ni savoir que quelqu'un comme toi est dans les parages.
Mouai… Dis plutôt que tu ne veux pas que j'interfère…
- J'accepte. Mais ne mets pas trop en avant, je ne veux pas me retrouver à assister à d'autres obsèques…
- Tu n'as pas à t'en faire.
- Peut-être que si. Surtout si tu me veux loin de ce qui semble s'orienter vers un Coup Divin.
- Il suffit. Tout ce que je te demande, c'est de rester loin de Beacon Hills jusqu'à ce que ce soit régler. Tiens-toi en à ça. On se voit demain.
Et avant que je puisse dire quoi que ce soit, il avait raccroché. J'avais donc demandé au chauffeur de m'emmener ailleurs, vers la plage, ou bien le Grand Canyon, selon ce qu'il lui plaisait le plus…
Nous avions finalement déjeuné dans un fastfood, ce qui me fit du bien, car après tout, les frites, de temps à autres, ça fait du bien au moral ! Nous étions ensuite aller m'acheter quelques affaires pour nous rendre vers le Grand Canyon, où, sous le soleil, Hall, l'homme de main qui devait s'occuper de moi, m'avait entraînée un peu au corps à corps puis au bâton. Il m'était plus facile de me défouler que de me promener…
Plus de douze heures s'étaient écoulées depuis qu'Allison nous avait quittés… Peut-être même quinze… Et je n'étais pas sûre de vraiment réaliser… Il faisait désormais nuit, et je n'avais accepté de retarder mon arrivée que jusque-là, donc…
En cherchant bien, je réussissais enfin à me « connecter » à Scott quand Hall me cria de me couvrir la tête, quelques secondes à peine avant que la voiture ne heurte quelque chose, nous sortant de la route…
De loin, assez engourdie et avec une vision des plus vaporeuses, je vis quelqu'un, quelque chose, s'approcher de moi et me sortir de la voiture, et plus j'en étais loin, mieux je pus entendre une voix qu'il me semblait connaître crier.
J'allais presque me souvenir de qui il s'agissait quand je finis par perdre connaissance.
Je fus réveillée par une odeur très désagréable d'épices bon marchés, peut-être même périmés, ce qui me fit me redresser dans une quinte de toux.
Une fois ma toux calmée, j'ouvris les yeux et vit que me situais au beau milieu de la route, et qu'à quelque mètre de moi se tenait le cadavre de la voiture dans laquelle j'avais passé une bonne partie de la journée. De la fumée s'en dégageait.
- Hey ! Blondie, ça va ?
Je réalisais alors que quelqu'un se tenait à ma droite, accroupi à mes côtés, et que plus loin, à ma gauche, quelqu'un d'autre tournait en rond au téléphone, semblant inquiet.
- Hey ! Nan, sans blague, ça va ?
Je reposais alors mes yeux sur lui, ce gars, qui n'était alors qu'un inconnu à mes yeux.
Liam.
