Chapitre II : A letter to Dad.
Avec les années, Harry s'était surpris à penser de moins en moins à ses parents. Ils lui manquaient encore parfois, mais il avait désormais sa propre famille qu'il s'était empressé de fonder avec Ginny. Trois merveilleux enfants nés coup sur coup, comme pour réparer au plus vite les torts que la vie avait joué à Harry.
Bien sûr, il aurait aimé avoir son père auprès de lui pour nouer sa cravate et lui dire combien il était fier de lui, le jour où il avait épousé Ginny. Il aurait voulu voir les yeux de sa mère s'emplir de larmes, comme ceux de Molly Weasley lorsqu'il avait passé l'alliance au doigt de sa femme. Mais à la place il avait eu Ron, son témoin, tellement ému qu'il n'avait pas été capable de faire son propre noeud de cravate, et que Harry avait aidé avant qu'ils ne se tombent mutuellement dans les bras et ne jurent d'un ton viril en essuyant une larme au coin de l'oeil de ne jamais évoquer cet instant devant quiconque. A la place il avait aperçu Hermione, les yeux humides, se serrer contre Ron pendant la cérémonie, pensant que bientôt ils seraient tous une grande famille.
Evidemment le jour de la naissance de son premier fils, il s'était senti plus proche que jamais de son propre père, pensant qu'il devait ressentir les mêmes sentiments que James avait ressenti vingt-cinq ans auparavant en serrant dans leurs bras un nouveau-né qui leur ressemblait tant... Puis il se demanda quelle tête aurait fait James en sachant qu'il le faisait grand-père à seulement quarante-cinq ans ! La première année, à chaque première fois de son fils, Harry se sentait nostalgique. Il avait l'impression de se rapprocher de son père en devenant père à son tour, mais il ne pouvait s'empêcher de souhaiter que James et Lily soient là pour voir leur petit-fils. Et puis un deuxième fils était né, et une petite fille ensuite, et Harry s'était retrouvé père d'une fratrie de trois. Plus âgé que ses parents ne l'avaient jamais été, il commençait à prendre conscience qu'il les avait en quelque sorte dépassés. Jamais ses parents ne s'étaient inquiétés de savoir à quelle école primaire moldue envoyer leurs enfants, jamais ils n'avaient eu faire justice entre leurs trois enfants qui se chamaillaient, jamais ils n'avaient eu à les voir partir toute une année à Poudlard, à leur expliquer comment on faisait les bébés, ni à se faire du mauvais sang à 22h le soir pendant les vacances lorsque leur ado était encore dehors. Jamais ils n'avaient eu de telles responsabilités au ministère, James n'avait probablement jamais senti sa femme s'éloigner de lui en se demandant ce que le futur réservait pour eux, jamais ils ne fêteraient leur trentième anniversaire ni s'inquiéteraient de se voir vieillir. Et ce soir-là, est-ce que James aurait su comment dire à sa petit-fille que sa mère les avait quittés, mais que ce n'était pas pour ça qu'elle ne l'aimait plus ? Oui, avec les années Harry pensait de moins en moins souvent à eux, mais ce n'était pas pour autant qu'ils ne lui manquaient pas cruellement. Il était toujours aussi seul dans ces moments-là. Ou presque.
Assis dans le salon, un verre de firewhisky dans la main, la lettre d'adieux de sa femme dans l'autre, il ne vit pas sa fille qui s'était relevée et la sentit au dernier moment venir se lover dans ses bras. Il sourit.
"Tu ne devrais pas dormir toi ?" demanda-t-il en posant son verre sur la table basse pour serrer Lily fort contre lui.
"Je suis là moi, je reste avec toi. Et l'année prochaine quand je partirai à Poudlard, on rentrera toutes les vacances avec James et Al. On est une équipe tous les quatre, on ne laisse jamais personne derrière !"
Il avait trois merveilleux enfants, plus jamais il ne serait seul, et cette pensée le réconfortait bien mieux que le firewhisky. Harry embrassa sa fille et la porta dans son lit, pensant qu'il allait falloir qu'il appelle Teddy pour qu'il vienne faire du baby-sitting quand Harry aurait besoin de s'éloigner pour des missions du ministère.
Harry n'allait jamais à Godric's Hollow. Trop de "Et si" devant cette maison en ruines, qui avaient abrité les meilleurs moments de sa petite enfance dont il était incapable de se souvenir, mais aussi les pires. En revanche, depuis la fin de la guerre, il avait pris l'habitude de parler à ses parents. De temps en temps. Il leur racontait ce que devenait sa vie, pour qu'ils en fassent un peu partie. La pierre qu'il avait fait mettre pour Sirius, juste à côté de la leur, tous ces morts qu'on ne pouvait pas oublier, mais qu'il fallait ranger dans un placard pour avancer, ces aspics qu'il avait fini par passer, le monde sorcier qui se reconstruisait dans la douleur. Puis la stabilité, Ginny, ces petits garnements qu'il avait appelés comme eux, un petit James et une petite Lily bien vivants qui couraient et jouaient, dans ce monde en paix dont ils avaient tellement rêvé, leur chair et leur sang. Il leur avait raconté Albus qui était sorti plus vite que prévu de Sainte-Mangouste, toujours un peu plus fragile que les autres, mais un vrai petit soldat qui s'était battu pour entrer dans la vie. Lily qui avait appris à faire du vélo sans petites roulettes avant Albus, mais qui s'était écorché le genou au bout de l'allée. Les dimanches entiers qu'il passait à aller ramasser des champignons et plantes magiques avec ses trois enfants, les escargots poisseux qu'ils adoraient ramasser au passage. Le jour où James était parti à Poudlard, le vide qu'il avait laissé à la maison, Albus et Lily qu'il avait retrouvé recroquevillés sur le lit de leur aîné le soir. Albus qui était parti l'année suivante, et Lily qui s'était retrouvée sans ses frères. Les vacances quand ces trois-là étaient réunis, la maison qui résonnait de cris et de rires, des histoires fabuleuses que les garçons racontaient à leur soeur. Puis Ginny qui était partie à son tour et Teddy qui avait emménager pour Lily.
Depuis que ses trois enfants étaient au collège, Harry travaillait beaucoup plus, il rattrapait le travail qu'il avait souvent mis de côté lorsque James, Al et Lily étaient petits. Et ce soir il racontait à ses parents que James avait écrit dans sa dernière lettre qu'il avait une petite amie à présenter à son père. Le midi, Harry avait déjeuné avec Teddy au ministère et avait amené le sujet dans la conversation. Son filleul avait souri, il en savait manifestement plus sur le sujet mais n'avait rien voulu laisser échapper. Harry était impatient comme un gamin. Il avait déjà discuté de filles avec James et Al, mais aucun de ses garçons ne lui avaient encore jamais présenté leurs petites amies... Teddy lui fit un clin d'oeil en rangeant son plateau
"Ne t'en fais pas, tu vas l'aimer cette petite. Et James, il est mordu !"
Papa, maman, regardez comme ils ont grandi vite vos petits-enfants ... Bientôt j'essuierai une larme en leur faisant leur noeud de cravate...
NB : Je dois reconnaître l'influence d'Alain Souchon et de sa chanson "18 ans que j't'ai à l'oeil" qui m'a donnée envie d'écrire sur Harry...
