Les étiquettes à-pleurs-ou-à-paillettes
Isabella était pleines de convictions. Dont une, essentielle à être rappelé pour pouvoir poursuivre notre narration : Isabella ne se voyait tout simplement pas comme une Isabella. Ce prénom, elle le trouvait trop aristocratique, trop exotique pour elle, qui se pensait être la personne la plus commune de l'univers. Dès qu'elle atteignit l'âge où la raison commence à s'exercer, elle le fit entendre à ces parents. Après tout, un prénom est arbitraire et elle revendiquait une liberté qu'elle estimait être son juste droit. Sa mère, néanmoins, refusant de croire à la banalité de sa fille, continua comme elle avait commencé jusqu'à être emportée par la maladie. Son père se moqua gentiment de son acharnements et l'appela Bells, comme, dit-il « le tintement des cloches de ton esprit si vif ». Et quand sa seule amie reprit ce surnom, cela devint son nom.
Isabella était quelqu'un de profondément bienveillante. Mais elle avait quelque chose qui entravait sa bienveillance, elle était remplie d'angoisses et d'hésitations. Elle fait subie ce cauchemar des jeunes années d'être le vilain petit canard de ces camarades. Ca pouvait encore passer quand on la surnommait «Beak Beak ». Quand on coinçait du papier toilette dans sa jupe, quand on gribouillait ses livres et ses devoirs. Quand on la bousculait dans le couloir où qu'on renversait son plateau à la cantine. Bien sûr, elle pleura quelque fois, mais elle se disait toujours que, si elle ne pouvait être une Isabella, elle demeurait tout de même une Bells, et elle trouvait consolation dans ces carillons.
Mais sa tristesse ne put se taire quand la seule personne qu'elle s'autorisait à appeler amie, la désavoua en déchirant sa robe de promo, appartenant jadis à sa mère, et en rejoignant d'un bon en arrière et d'un rire gras le tas dont elle était isolée. Depuis ce jour, elle n'arrivait pas non plus à se voir comme une Bells, intelligente et courageuse, mais elle n'eut pas la force de le dire à son père.
Elle n'avait donc pas vraiment de nom à elle durant un an.
C'est donc avec étonnement qu'elle accueillie le petit nom qu'Alice Brandon lui donna quand elles allèrent boire un verre ensemble pour la première fois après les cours. Elles venaient toutes deux de passer en deuxième année et Alice fut sa voisine dans leur premier cours d'amphi.
- « Ta remarque a été géniale, tu sais.
- Arrête, c'était rien, j'espère qu'elle ne m'en a pas voulu…
- T'es sérieuse ? Bien sûr qu'elle l'a mal prise !
- Tu crois ? commença-t-elle à paniquer. Je vais aller m'excuser et …
- T'excuser ? Bon Sang, cette Lauren Malory, c'est juste une pimbêche coincée du clito, j'te jure !
- Alice !
- Non mais, t'excuse surtout pas de ce que t'as fait ! Isa tu m'as tuée et tu l'as tuée aussi ! »
Ceci-dit, elle partit dans fou rire interminable. Isabella commença à sourire aussi, d'une part car sa nouvelle amie était désopilante, d'autre part car elle aimait beaucoup cette nouvelle étiquette, Isa.
