Bonjour! Comment vont mes chers lecteurs en ce jeudi soir? Je publie aujourd'hui mon troisième chapitre. Profitez, savourez (enfin, seulement si vous aimez) car je ne publierai pas aussi fréquemment par la suite. A vrai dire, je n'ai pas encore écrit la suite, même si j'ai les idées, bien sûr. De plus, mes études me prennent un temps considérable. Et là, je me demande: POURQUOI ai-je choisi d'étudier en prépa, hein? Bref.
Pour répondre à Louise (the guest): Pourquoi Edward a-t-il été le premier à être allé voir Lila, et pas Jasper avec son soft don? Très bonne question, à laquelle j'ai des réponses. Tout d'abord, je suis moins à l'aise avec le personnage de Jasper, même si des fanfictions m'ont appris à l'apprécier. D'autre part, je ne veux pas dire, mais Jasper est du genre SUPER impressionnant. Du moins c'est ainsi que je le vois. Cela s'ajoute au fait qu'il a un peu de mal à contrôler sa soif, et qu'il a "toujours l'air de souffrir" (je cite le film ou le livre). Argument ultime: Edward comprend tout sans qu'on lui dise rien. C'est le côté pratique. Même s'il aurait pu le faire du rez-de-chaussée, je suis d'accord. Et en ce qui concerne des fictions avec le même genre d'intrigue, je n'en connais qu'en anglais, et Beneath The Twilight de KNeu21 est super, bien que plus gore que la mienne. Je ne sais pas si on a le droit de citer d'autres fictions comme ça, mais bon...
Bonne lecture à tous! N'hésitez pas à laisser des petits reviews, ça encourage.
Lila PDV
Je devais l'avouer, la maison était magnifique. Je fus surprise de l'atmosphère chaleureuse et accueillante qui régnait dans toutes les pièces de la villa. En plus, il y avait un magnifique piano à queue dans le salon, le rêve de tout musicien qui se respecte : c'est-à-dire, mon rêve. J'avais appris le piano à l'âge de trois ans avec ma mère et ma sœur, et je me débrouillais plutôt bien. Très bien, même, diraient mes professeurs de musique. On me disait « très bien » dans tout ce que j'entreprenais. C'était lassant. Tout le monde était toujours sur mon dos. J'aimais énormément mes parents, mais s'il y avait quelque chose que j'avais vite appris à détester, c'était leurs directives assommantes sur ce que je devais faire chaque jour, chaque minute, chaque seconde de ma vie. Je voulais juste être une petite fille normale. A cette pensée, mon cœur se serra. Que n'aurais-je pas donné pour entendre de nouveau la voix de mes parents.
"Tu veux jouer aux échecs ?" demanda Renesmée après le repas qui s'était révélé délicieux.
Comme quoi, les vampires savaient cuisiner, on ne pouvait pas leur enlever ça.
"Je gagne à chaque fois", soupirai-je.
"Ça tombe bien, moi aussi."
Elle sourit de son petit sourire en coin que je lui avais déjà remarqué.
"Enfin", ajouta-t-elle, "sauf contre mon père qui lit dans les pensées et contre ma tante qui voit le futur et voit tout ce que tu vas faire."
"Quoi ?!" m'écriai-je.
Lire dans les pensées? Et puis quoi encore? Voir le futur? C'était complètement insensé!
"Renesmée !" s'exclama Esmé de l'étage. "Je t'ai dit d'arrêter avec les révélations choc !"
"Il faut bien qu'elle se prépare !" Rétorqua Ness sans hausser la voix. "Toute la famille est trop chelou ! Allons, Lila, ça va, tu n'es pas en état de choc ?"
"Je… Je ne crois pas", répondis-je bien qu'incertaine.
"Tu vois bien, Grandm' !" lança-t-elle. "Tu t'inquiètes toujours pour rien !"
Renesmée et moi nous installâmes devant un échiquier sur lequel toutes les pièces étaient déjà en place. J'avais les blancs : je commençai.
Au bout de deux heures de jeu, le jour commença à tomber. J'avais gagné deux parties, Renesmée trois. J'étais soulagée, en vérité, de trouver quelqu'un de mon niveau ou même meilleur que moi – enfin. Je finissais par croire que j'étais la seule de la planète à utiliser plus de trois pourcents de mon cerveau. Bon, Renesmée était probablement aidée par ses gênes vampiriques, mais je sentais que nous allions très bien nous entendre, toutes les deux.
Le soir, Esmé me proposa de nouveau de manger, mais je déclinai poliment l'offre. A dire vrai, je ne me sentais pas très bien. J'avais mal au ventre et à la tête. Rien qui ne puisse pas passer après une bonne nuit de sommeil. Du moins le croyais-je. Quand je me réveillai en plein milieu de la nuit après un cauchemar, Renesmée était penchée sur moi, l'air inquiet.
"Ça va", la rassurai-je avant qu'elle n'ait pu prononcer un mot.
Elle posa sa main chaude sur mon front.
"Tu es trop chaude, ça ne va pas. Tiens, bois un peu", dit-elle en me tendant un verre, "moi je vais chercher Carlisle."
"Quoi ?" m'exclamai-je en me souvenant du nom de celui qui m'avait ramenée ici. "Mais pourquoi lui ?"
"Il est médecin."
"Je… Je ne me sens pas prête à le rencontrer, Ness. Je… La dernière fois que je l'ai vu, il… Oh, je crois que je vais vomir !"
Ness me présenta un récipient dans lequel je dégobillai.
"Lila, mon père est sorti et c'est le seul susceptible de te soigner à part Carlisle !" Fit Renesmée d'une voix paniquée.
Elle ne devait pas avoir l'habitude de voir quelqu'un vomir.
"Ça va, je vais bien", lui mentis-je.
"Non ! Tu n'as pas vu ta tête !" insista-t-elle. "Tu es verte !"
"Ça va passer", lui dis-je calmement.
"J'espère que ce ne sera pas la seule chose à passer !" S'exclama-t-elle. "Tu ne peux pas savoir comment tu fais souffrir Carlisle avec ton comportement puéril !"
Je hoquetai, surprise de la violence de ses propos.
"Ness, c'est au-dessus de mes forces ! suppliai-je presque. Les vampires ont tué toute ma famille et il en a achevé le dernier membre ! Je ne peux pas !"
"Combien de fois vais-je devoir te dire qu'il n'a pas tué ta sœur ? Je pensais que tu étais intelligente, que tu comprendrais ! C'est ta sœur qui lui a demandé de la tuer et de prendre soin de toi ! Refuser que Carlisle t'aide, c'est refuser que ta sœur t'aide ! Tu es égoïste et tu renies sa mémoire !"
"Laisse-moi ! LAISSE-MOI !"
Je ne pouvais plus l'entendre. C'était trop dur, même si je savais que c'était la vérité.
Renesmée PDV
Je sortis de la chambre en claquant la porte derrière moi, enragée. Je me stoppai dans mon élan en manquant de trébucher sur Carlisle qui était assis par terre, dans le couloir, la tête sur les genoux, complètement décoiffé, comme s'il avait essayé de s'arracher les cheveux – et c'était probablement le cas. Je fus heureuse qu'il ne se soit pas arraché la tête dans son geste. C'est toujours difficile à réparer.
"Grandp'", murmurai-je.
Je l'aidai à se relever et nous nous installâmes dans son bureau. Le couloir n'était pas le bon endroit pour parler et déprimer. Tous les autres étaient partis chasser, et Esmé ou Jasper, qui auraient été susceptibles d'aider le pauvre homme, étaient malheureusement absents. Je n'avais jamais vu grand-père dans un tel état de désespoir. Assis sur le sofa, il avait ce regard vide et désespéré des personnes qui ne savent plus quoi faire. A ce moment présent, je haïssais Lila.
"Grandp', ce n'est pas de ta faute", essayai-je de le consoler. "Elle est têtue comme une mule, mais elle va finir par se ranger à la raison. J'ai touché un point sensible, ce soir. Je ne pensais pas que tu écoutais."
"Je ne sais pas quoi faire", murmura-t-il. "Cela semble impossible qu'elle veuille me parler un jour."
"C'est peut-être encore un peu tôt pour elle", essayai-je de la défendre malgré tout. "Tu sais, elle n'est réveillée que depuis ce midi. Elle est si fragile."
"Ah, Renesmée, que ferais-je sans toi ?" demanda-t-il en levant les yeux vers moi.
"Tu t'es bien débrouillé sans moi pendant des siècles. Il ne faut pas te ramollir, mon vieux !"
Carlisle eut un petit sourire et se redressa.
"Je suis désolé que tu aies assisté à cela, Nessie. Cela ne se produira plus."
Un cri d'enfant s'éleva dans la maison, nous faisant frissonner tous les deux.
"Encore un cauchemar", commentai-je tristement.
Mais Carlisle leva la main, aux aguets. Il avait une meilleure ouïe que moi.
"Du verre brisé", murmura-t-il. "Ce n'est pas un cauchemar. Ne me suis surtout pas !"
Et il sortit de la chambre en courant.
Carlisle PDV
J'avais été tellement préoccupé par le fait que j'avais possiblement mal agi que j'avais relâché ma surveillance, et j'avais en même temps trahi la promesse faite à Miriam. Je jetai un rapide coup d'œil dans la chambre de Lila. Le lit était vide, la grande baie vitrée brisée sur la droite. Seul un vampire pouvait s'être rendu au deuxième étage et casser une vitre aussi solide. Tout en courant, je flairais l'odeur de Lila mêlée à celle d'un vampire. Je m'enfonçai dans la forêt, assez loin, redoutant ce que j'allais découvrir d'un moment à l'autre. Un hurlement de douleur se fit entendre, et j'accélérai.
Je débouchai finalement dans la vaste clairière que ma famille utilisait habituellement pour jouer au base-ball. Lila était là, recroquevillée sur le sol, toute tremblante, aux pieds d'un vampire de taille impressionnante, qui devait en effet mesurer dans les deux mètres vingt. La situation n'était pas à mon avantage : j'étais un vampire végétarien qui n'avait pas chassé depuis une semaine et demi, et j'étais totalement seul. Il était en effet hors de question d'inclure Renesmée dans le combat, et les autres devaient être bien loin d'ici. Je me pris à espérer qu'Alice vît ce qui allait se passer et prévînt les autres pour qu'ils arrivent à temps. Si non, je signais mon arrêt de mort, et pas seulement le mien : celui de Lila également. Je m'approchai doucement de l'intrus, tout en restant à une distance très raisonnable.
"Que voulez-vous ?" demandai-je aussi calmement que possible.
Je cherchais à gagner du temps. Cela pourrait changer la donne. Mon interlocuteur me regarda fixement avec un visage totalement inexpressif. C'était un nomade comme j'en avais souvent croisé : un être magnifique en loques, avec des brindilles et des feuilles mortes dans les cheveux.
"Vous savez pourquoi je suis ici", dit-il finalement d'une voix profonde de basse qui correspondait tout à fait à sa carrure.
"Je suis désolé, mais je l'ignore", mentis-je.
Après tout, il ne pouvait être ici que pour une seule et bonne raison.
"Vous l'ignorez ?" répéta l'inconnu. "Vraiment ? Eh bien, je vais me charger de vous rafraîchir la mémoire."
Je bandai mes muscles et me mis en position de combat, prêt à recevoir l'offensive adverse. A ma surprise, il ne fit pas un seul pas vers moi, mais se saisit de Lila par le col de son pyjama.
"Elle est impliquée, elle aussi", déclara-t-il. "N'est-ce pas, jeune humaine ? C'était bien ta sœur, l'autre soir, dont ma compagne voulait se régaler."
Lila ne répondit pas, terrorisée. Le vampire lui empoigna ses avant-bras et serra fort. J'entendis les os être broyés en même temps que les hurlements.
"Laissez-la !" ordonnai-je, ne pouvant plus longtemps contenir ma rage. "C'est moi qui ai tué votre compagne, c'est moi que vous voulez, pas elle !"
"Oh, vous vous souvenez, désormais. Bien."
Il jeta Lila sur le sol comme un vulgaire déchet, mais elle ne broncha pas. Je me demandai si elle était encore consciente. Maintenant qu'il s'était débarrassé de son otage, j'étais libre de l'attaquer. Cependant, me rappelant des leçons de combat de Jasper, je n'attaquai pas directement, me contentant de m'approcher comme un félin, formant un léger arc de cercle autour de l'ennemi. Celui-ci me regardait en souriant, et j'étais quasiment sûr que j'avais perdu d'avance. Sans prévenir, je me jetai sur lui. Bien entendu, il m'esquiva avec facilité et revint aussitôt à la charge. Je savais que j'étais en position de faiblesse, et mon but premier n'était pas de vaincre, mais d'éloigner le vampire de Lila, qui était en réalité - je pouvais le voir désormais - très consciente et regardait le combat avec de grands yeux ébahis et terrifiés.
"Grandp' !" entendis-je soudain.
Dans ma surprise, je laissai l'ennemi m'arracher un bras. Je poussai un léger cri de douleur, tout en pestant intérieurement contre l'apparition surprise de Renesmée. Elle pensait bien faire, mais je lui avais bien dit de rester où elle était. Mon attention se reporta sur le combat tandis que ma petite-fille se précipitait sur Lila.
"Va-t-en, Nessie !" entendis-je la voix faible de Lila ordonner. "Je ne veux pas voir une autre personne que j'aime mourir !"
Renesmée PDV
Va-t-en, Nessie ! Je ne veux pas voir une autre personne que j'aime mourir !
Si ces paroles me touchèrent au plus profond de mon cœur, je n'en obéis pas plus et restai auprès de mon amie. Je posai ma main sur sa joue pour lui montrer ce que je comptais faire. La vision ne dura pas plus d'une seconde et elle acquiesça rapidement. Quelle intelligence. Elle avait tout de suite compris que ces visions venaient de moi et non pas de sa propre imagination. Je trouvai une pierre aiguisée sous les feuilles, relevai légèrement sa manche et incisa assez profondément son bras pour que le sang coule abondamment. Elle ne semblait même plus sentir la douleur.
Comme je m'y attendais, le méchant vampire se détourna de Carlisle, ses yeux rouges devenus comme fous à la vue du sang. Je m'interposai entre lui et sa victime, toutes les dents dehors. Il me projeta sur le côté, et ma tête heurta violemment un tronc d'arbre au bord de la clairière. Je voulus revenir aussitôt à l'assaut, mais à ma grande surprise, un troisième vampire déboula sur le champ de bataille, frappant de plein fouet notre ennemi.
"Papa !" M'écriai-je en reconnaissant la chevelure cuivrée que j'avais héritée.
Il eut vite fait de lui arracher la tête et de la faire exploser contre un tronc d'arbre.
"Renesmée, ça va ?" demanda-t-il en se retournant.
"Tu sais bien que oui. Mais Carlisle a perdu un bras et Lila est gravement blessée."
Celle-ci semblait complètement perdue, et pas en forme du tout. Carlisle était déjà en train de recoller son propre bras avec du venin, une légère grimace de douleur sur le visage. Il ne tarda pas à se lever et à se précipiter vers Lila, qui saignait toujours.
"Lila, tu m'entends ?" Demanda-t-il.
L'autre acquiesça, les yeux presque clos.
"Reste avec moi, d'accord ?"
La pauvre gémit de douleur quand Carlisle la prit dans ses bras. Je courus entre lui et papa sur le chemin du retour. Les autres étaient à la maison, probablement tout juste au courant de ce qu'il s'était passé. J'étais surprise qu'Emmett ne se soit pas montré avec Edward pour tuer l'autre vampire. Sans doute à cause du sang de Lila, qui, je devais l'avouer, sentait bien trop bon. J'accompagnai Lila et Carlisle dans le bureau de ce dernier, où il l'allongea littéralement sur le bureau après avoir jeté tout ce qui l'encombrait par terre. J'allai chercher une couverture, des bandages, du fil et une aiguille.
"Merci, Renesmée, tu peux disposer", me dit mon grand-père.
"Non, Ness… Reste, s'il te plaît…" gémit Lila. "J'ai peur…"
"Je t'ai déjà dit que Carlisle ne te voulait aucun mal !"
"Je sais… Ce n'est pas de lui que j'ai peur… S'il te plaît, reste."
Je m'assis sur un tabouret à côté du bureau, veillant à ne pas déranger Carlisle.
"De quoi as-tu peur ?" demandai-je doucement. "L'autre vampire est mort."
En effet, papa lui avait mis le feu juste avant notre départ. Je voulais que Lila me parle pour oublier que Carlisle était en train d'imbiber une compresse humide de son sang sur son bras, là où je l'avais blessée.
"J'ai peur d'avoir mal", dit Lila.
"On va te donner de la morphine, n'est-ce pas Carlisle ?"
"Je suis désolée, j'ai utilisé ce qu'il me restait pour son épaule…" dit le médecin, navré. "Je ne pensais pas en avoir besoin de nouveau si tôt."
Je déglutis. Ses bras étaient totalement brisés ! Et quelques côtes aussi, probablement.
"Je suis là", la rassurai-je. "Je ne te laisse pas."
"Je… Je suis désolée", dit-elle en grimaçant alors que Carlisle recousait son bras.
"Désolée de quoi ?" Demandai-je, surprise.
"Pour ce que j'ai dit tout à l'heure. Je suis désolé Carlisle. J'étais aveuglée par ma colère envers ces autres vampires et je n'ai pas pu voir plus loin."
"Tout est oublié", la rassura le vampire en souriant gentiment. "Renesmée, si tu racontais une histoire à Lila ?"
En souriant, je posai ma main sur la joue chaude de Lila et lui montra les images d'une histoire que je venais d'inventer, celle d'une belette devenant amie avec un loup, comme un dessin animé mental. Lila, les yeux fermés, souriait, oubliant momentanément la douleur. Au bout d'un moment, elle ouvrit les yeux, alerte.
"Nessie, ça va ?"
En vérité, je fatiguais. Mais je fis bonne figure et répondit :
"Bien sûr, pourquoi tu me demandes ça ?"
"Tes images sont devenues floues. Tu n'as pas l'air bien."
"Je… Je…"
Je cherchai mes mots pour la première fois de ma vie. Carlisle leva les yeux de son travail, l'air inquiet. Je sentais mes yeux se fermer malgré moi.
"Edward", appela Carlisle en me soutenant pour que je ne tombe pas du tabouret.
"Non, ça va, je vais bien…" dis-je en me levant.
Je serais tombée si mon père ne m'avait pas rattrapée. Il me prit dans ses bras et m'emmena dans ma chambre, où je plongeai dans l'inconscience.
Lila PDV
En l'absence de Ness et de ses images réconfortantes, la douleur reprit une place plus importante dans mon esprit.
"Lila ?"
Je tournai la tête vers le vampire médecin.
"Je n'ai pas le matériel nécessaire pour te soigner ici. Tu ne m'en voudras pas de t'emmener à l'hôpital pour passer des radios et te mettre sous morphine ?"
"Faites ce que vous voulez", soupirai-je, résignée. "Du moment que je ne souffre plus."
Le lendemain, j'étais toujours à l'hôpital. J'avais passé une nuit douloureuse et traumatisante. Transportée d'urgence en chirurgie pour mettre des broches de métal dans mes bras, je venais de me réveiller dans une chambre sans fenêtre avec pour seule lumière le matériel médical électronique. Je voulus me redresser, mais une main froide m'arrêta, me faisant sursauter.
"Du calme", fit une voix près de moi, alors que les lumières s'allumaient. "Une bonne partie de tes côtes sont cassées, je te rappelle."
Carlisle était assis près de mon lit, un livre sur les genoux. Je m'en voulus d'être celle qui l'avait retenu à l'hôpital loin de sa famille alors que j'avais lancé contre lui plus d'injures – dites ou non – que je ne pouvais en compter.
"Je n'ose pas te demander comment tu te sens, je devine la réponse."
"Je préfère encore être là avec quelques os cassés qu'avec ce vampire horrible", murmurai-je. "Comment va votre bras, en fait ?"
Je voulais me faire pardonner, même si pour cela je devais faire la conversation.
"Comme neuf !" répondit-il en agitant sa main à côté de sa tête.
"Et Ness ?" Demandai-je en essayant d'ignorer l'étrangeté de la situation.
"Elle avait pris un coup sur la tête, l'adrénaline nous avait empêché de nous en rendre compte plus tôt. Son père s'est occupé d'elle, elle se repose."
"J'imagine qu'elle va vite s'en remettre, comme vous avec votre bras."
"Il y a des avantages dans le vampirisme. Il n'y a que des avantages à part notre régime alimentaire."
Je grimaçai. Je n'aimais pas vraiment parler de cela, mais j'étais tout de même curieuse.
"Mais…", commençai-je.
"Oui, Lila ? Je ne vais pas te mordre, tu sais."
Il sourit de sa propre plaisanterie.
"Comment pouvez-vous être médecin ? Vous… et Edward, vous êtes tous les deux médecins, n'est-ce pas ? Comment faites-vous pour ne pas devenir… comme l'autre vampire, à la vue du sang ?"
"C'est une question très intelligente. Pour te dire la vérité, je crois bien que je suis le seul vampire au monde à exercer la médecine. Edward n'est que depuis peu totalement… immunisé à la vue du sang. Il paraît trop jeune et ne peut malheureusement pas pratiquer la médecine comme je le fais. L'exercice de la médecine est le résultat de décennies, des siècles même, de lutte sans relâche, car la soif de sang est douloureuse, elle peut se faire si forte que l'on perd le contrôle, comme ce qu'il s'est passé hier soir lorsque Renesmée a incisé ton bras. Aujourd'hui, je n'éprouve plus aucune souffrance à soigner les humains. Cela me rend au contraire très heureux."
"Donc vous soignez les humains parce que vous aimez ça ? Vous êtes masochiste ?"
Carlisle éclata de rire.
"Je suis peut-être masochiste", dit-il en retrouvant son sérieux. "En tout cas, une chose est sûre : je ne veux pas être un monstre. Les vampires sont des prédateurs par nature, les prédateurs des humains. Je suis restée trop humain pour vouloir leur faire du mal. Donc je les aide."
Sur ces paroles, Carlisle monta au sommet de mon estime. S'il avait achevé ma sœur, c'était par humanité. Elle ne voulait pas être un monstre, et il était le mieux placé pour le savoir, lui qui avait tellement souffert pour ne pas l'être. Je comprenais désormais les paroles de Renesmée, qui m'avaient semblé si dures au début.
"Je suis tellement désolée", murmurai-je.
"Je te l'ai dit, tout est oublié", répondit Carlisle, comprenant tout de suite de quoi je parlais.
Il y eut un long silence.
"Je vais rester à l'hôpital longtemps ?" Demandai-je soudain.
"Non, nous attendons qu'il soit neuf heures. Il est actuellement sept heures et demi. Ton petit-déjeuner ne devrait pas tarder."
"Et après ?"
"Eh bien, nous rentrons à la maison."
"Oui, mais… Mais qu'est-ce que je deviens ? Vous n'allez pas toujours me garder avec vous, si ?"
Carlisle soupira.
"Je ne pensais pas avoir cette conversation si tôt. On en parlera un peu plus tard, d'accord ?"
"J'ai peur."
"Je sais que tu as peur", répondit-il d'une voix compatissante. "Tout ce que je peux te dire pour l'instant, c'est que tu n'as pas à avoir peur de moi et des membres de ma famille. Nous sommes là pour t'aider, d'accord ? Pour l'instant, tu dois te focaliser sur ton rétablissement, qu'il soit psychologique ou physique. Et tout rétablissement commence par un bon petit-déjeuner…"
Justement, une infirmière d'une cinquantaine d'années entra dans la chambre avec un plateau de petit-déjeuner.
"Oh, docteur Cullen, je suis désolée !" S'exclama-t-elle en voyant que j'avais de la compagnie.
"Tout va bien Madeleine", fit Carlisle en souriant. "Je ne suis pas là en tant que médecin."
"Pour une visite, alors ? Les heures de visite n'ont pas commencé…"
"J'ai dit que je n'étais pas là en tant que médecin, pas que je n'utilisais pas mon titre pour entrer où je voulais !" répondit le vampire en riant. "Mais si cela vous pose un problème, je m'en vais."
"Non !" M'écriai-je aussitôt.
Je ne voulais pas le dire ainsi, et j'eus soudain honte de ma conduite. En vérité, j'étais terrifiée à l'idée de me retrouver seule. Un gentil vampire, c'était toujours mieux que personne du tout, pas vrai ?
"Bon, ça va pour cette fois", dit l'infirmière en posant le plateau sur une table à roulette qui pouvait se mettre au-dessus du lit. "Ça va, ma puce ?"
J'acquiesçai rapidement, n'ayant pas envie de converser avec elle.
"Je prends juste ta température pour voir si tout est en ordre", déclara-t-elle avant de glisser un thermomètre sous ma langue.
Elle le retira au bout de quelques instants.
"Trente-huit cinq. J'imagine que c'est dû à l'anesthésie."
"Je lui donnerai du Tylenol quand on sera à la maison", dit Carlisle.
L'infirmière lui lança un regard surpris. Elle devait se demander pourquoi il me ramenait chez lui.
"Euh… Bien, docteur Cullen, voulez-vous aider la miss à manger ? Vous comprenez, ce sont les vacances et nous sommes en sous-effectifs…"
"Pas de problème, Madeleine", répondit chaleureusement le médecin.
"Dans ce cas, je vous laisse. N'hésitez pas à sonner si vous avez besoin de quoi que ce soit."
"Merci."
Je me retrouvai de nouveau seule avec le vampire, mais j'en étais plutôt soulagée. Je n'aimais pas être le centre d'attention de trop de personnes à la fois.
Carlisle PDV
L'infirmière sortie, je redressai le lit pour que Lila soit en position assise. Elle grimaça discrètement, croyant que je ne la regardais pas. Quelle petite fille étrange… D'habitude, les enfants font tout pour se faire remarquer, pour montrer aux autres qu'ils ont mal, qu'ils sont en colère, qu'ils sont tristes. Lila, à dix ans, agissait déjà en adulte responsable. Elle était bien trop avancée pour son âge, génie ou pas.
"Alors, que veux-tu manger ?" Demandai-je.
"Je n'ai pas vraiment faim, en fait."
"Vraiment ? Tu ne veux pas manger ne serait-ce qu'un yaourt ? Pour me faire plaisir ?"
Elle secoua la tête négativement. Têtue, en plus du reste.
"Je ne vois pas en quoi ça pourrait bien vous faire plaisir", grommela-t-elle.
"Le bien-être des gens constitue mon plaisir. Un jus d'orange avec un croissant, alors ?"
Je voulais qu'elle mange quelque chose pour ne pas la retrouver anémique un peu plus tard dans la journée. De nouveau, elle refusa.
"Lila, je veux que tu manges quelque chose. Tu n'es déjà pas bien grosse, mais je ne veux pas que tu deviennes rachitique, c'est très mauvais pour la santé."
"Mais je n'ai pas faim !"
"Très bien !" Fis-je d'un ton énervé.
Je fis semblant d'être irrité et de me replonger dans mon livre. Je sentais son regard peser sur moi. Je luttai pour ne pas sourire.
"Bon, euh… d'accord, je veux bien manger un peu", dit-elle au bout d'un moment.
Je relevai la tête vers elle, tout sourire.
"Vous saviez que je réagirais comme cela, n'est-ce pas ?" demanda-t-elle.
"Même si c'était le cas, tu ne peux pas revenir en arrière désormais ! Qu'est-ce que tu veux manger ?"
"Mmm…" fit-elle en examinant le plateau. "Voyons, un jus d'orange, puis un yaourt, puis un croissant."
Je n'aurais pas pu espérer mieux.
Nous n'avions jamais eu à nourrir Renesmée. Bébé, elle buvait seule son biberon – sauf les trois premiers jours. Dès qu'elle en avait eu marre, elle était passée directement aux fourchettes et couteaux – ou aux animaux de la forêt : elle était née avec ses dents. Avec six « enfants », je n'avais jamais eu l'occasion de faire manger un bébé ou un tout petit. C'est un peu hésitant que je fis boire le verre de jus d'orange à Lila, et que je mis dans sa bouche les cuillerées de yaourts. Elle n'avait pas l'air très à l'aise non plus, mais ce n'était pas comme si elle avait eu le choix : elle ne pouvait plus du tout bouger ses bras, qui étaient immobilisés dans des plâtres.
"J'en ai pour combien de temps dans cet état ?" Demanda-t-elle, l'air malheureux.
Et là, je compris quel était son problème. Ce n'était pas que Lila n'avait pas faim et qu'elle ne voulait pas manger, c'était qu'elle ne voulait pas qu'on l'y aide. Elle devait détester se sentir tellement dépendante des autres.
"Environ deux mois", répondis-je.
Elle ne dit rien, mais lorsque j'approchai le croissant de sa bouche, elle détourna la tête en murmurant qu'elle n'avait plus faim.
"Je suis désolé", dis-je. "Tes os sont en pleine croissance et tes bras sont fracturés à tellement d'endroits que l'on doit prendre toutes les précautions possibles."
"Je suis fatiguée", dit-elle en tournant la tête pour ne plus avoir à me faire face.
Elle ne put retenir un sanglot. Je ne savais pas trop quoi faire face à cette enfant solitaire. En quatre cent ans d'existence, la consoler semblait une des choses les plus dures à faire.
"Lila, ma puce, veux-tu rentrer à la maison pour voir Renesmée ?" Lui demandai-je.
Pas de réponse.
"Lila ?"
"Elle… Elle se sentira obligée de s'occuper de moi, elle aussi… Je ne veux pas qu'on s'occupe de moi !"
"Ça, je pense que je l'avais compris. Mais tu sais, des fois, quand on a besoin d'aide, il faut accepter de se faire aider. Ce n'est pas toujours facile, je te l'accorde, mais quand on accepte, ça devient moins difficile."
Je n'arrivais pas à croire que je disais cela à une gamine de dix ans. Elle ne réagit pas à mes paroles.
"Il faut te laisser faire, et accepter d'être dépendante des autres pendant un certain moment. Et puis, ça créé des liens."
"Mmm."
Je sentis qu'elle n'était pas encore prête à se laisser aller. Je pouvais la comprendre, sa famille venait de se faire tuer sous ses yeux, il lui faudrait un certain temps pour faire de nouveau confiance à quelqu'un, en particulier à des vampires.
"Ça va aller…" rajoutai-je plus pour moi-même. "Esmé t'a acheté des vêtements, je vais appeler une infirmière pour qu'elle t'aide à t'habiller."
Aussitôt, Lila secoua la tête, presque effrayée.
"Je sais que tu ne veux pas d'aide, mais…"
"Vous ?" Me coupa-t-elle timidement.
Je fus agréablement surpris de la confiance que je lui inspirais désormais. Certes, elle s'était par deux fois excusée de m'avoir accusé d'avoir tué sa sœur – ce qui n'était pas totalement faux – mais je ne m'attendais pas à ce qu'elle accepte que je la touche. Mes mains froides, en effet, ne pouvaient que lui rappeler de mauvais souvenirs. Pour ne pas l'effrayer plus que de raison, je lui retirai doucement sa chemise d'hôpital.
