"La haine est une force, elle libère. Elle rend parfois plus lucide ou plus fort.
La haine est une armure. Elle se cultive de la même manière que l'amour mais vous transforme en une forteresse imprenable".
Cette litanie monotone hantait les pensées de Derek tandis que son regard désenchanté se perdait dans la contemplation de la beauté des lieux.
Debout sur le ponton, les mains enfoncées dans les poches de son jean, le visage voilé par une émotion indéfinissable, le brun retournait le problème Stiles Stilinski en boucle dans sa tête. Et chaque fois qu'il pensait à Stiles il se sentait oppressé et agacé. Il n'y avait semble-t-il, aucune solution à ses soucis. Il commettait sans doute la pire erreur de sa vie, mais quel autre choix avait-il ?
Pourtant, il commençait à éprouver quelques regrets. La culpabilité l'envahissait. Pas qu'il changerait d'avis sur le fait de garder captif un jeune homme bien trop bavard, mais il doutait fortement qu'il puisse sortir indemne de cette situation.
Mais il s'en fichait. Il n'avait absolument rien à perdre puisque rien dans sa vie n'avait plus de valeur que le fils du Shérif. Et il comptait bien garder prisonnier aussi longtemps qu'il le faudrait celui qui incarnait ses pires tourments mais également ses désirs les plus fous.
Cela faisait maintenant deux jours et deux nuits que Stiles avait disparu de la ville de Beacon Hills et Derek ne cessait de recevoir des appels du matin au soir. Scott, son béta, passait son temps à le harceler de coups de fils et de messages tous plus menaçants et pressants les uns que les autres. Ce dernier savait qu'il avait emporté Stiles contre son gré, un professeur, leur coach apparemment, l'avait vu le trainer de force et quitter l'enceinte du lycée sous les beuglements du jeune homme. Il en avait d'ailleurs informé le shérif qui lui-même bombardait l'alpha d'appels. Derek ne donnait pas chère de sa peau si le père de Stiles venait à lui mettre la main dessus. Il serait bon pour écoper de quelques années de prison.
Irrité, Derek avait fini par envoyer un message à Scott pour lui dire que Stiles allait bien. Clair et concis. Pas de chichi, ni de blabla inutile, puis avait tout simplement éteint son téléphone choisissant de se couper du monde. Il avait même hésité à le jeter dans l'étang. De toute façon, jamais personne ne les trouverait ici car personne ne connaissait cet endroit. C'était comme si ce lieu n'existait pas. Car ce petit coin de paradis n'existait que dans son coeur.
Néanmoins, même si la culpabilité submergeait Derek qui réalisait avec amertume que l'hyperactif manquait très certainement à son père et ses amis, son animosité envers lui demeurait, tout autant que son amour qui se faisait toujours plus grand, plus envahissant et plus déroutant. Il ne cessait de croitre et de se renforcer, et ça le dérangeait. Il ne savait plus quoi faire. Car comme tout un chacun le sait, la haine est l'envers de l'amour et il n'y a qu'un seul pas entre les deux. Un seul pas qui peut tout changer.
Derek soupira, frustré et tourmenté.
Chaque rencontre avec l'hyperactif se terminait en un violent combat de mots. Les portes ne faisaient que claquer sur leur désaccord. Combien de temps passeraient-ils encore à se détruire ? Ils n'avaient de cessent de s'en foutre plein la tête, des paroles inutiles et des regards assassins. Sincèrement, il n'avait aucune idée de comment toute cette histoire se finirait.
Quand le brun se détourna du paysage levant des yeux blasés sur la maison, il rencontra le regard réprobateur d'un certain jeune homme retenu captif.
Les bras croisés sur la poitrine, Stiles l'observait depuis sa chambre à l'étage.
Deux jours qu'il était là et deux jours entiers qu'il n'avait pas mis le pied dehors. Le loup ne le laissait même pas roder dans la maison, se contentant de le maintenir enfermer dans sa chambre et n'allant le voir que pour lui porter de quoi se nourrir. Mais l'humain ne touchait guère à sa nourriture pétant même un plomb à force de rester cloîtrer dans cette chambre. Il avait déjà cassé à plusieurs reprises tout ce qui se trouvait autour de lui balançant ses plateaux repas contre la porte une fois refermée. A cette allure, s'il refusait de s'alimenter, il tomberait malade et ce n'est absolument pas ce que Derek souhaitait. Certes, il haïssait l'hyperactif de toute son âme mais il ne pouvait s'empêcher de l'aimer de tout son cœur.
Déviant le regard, le loup secoua la tête et entra dans la maison, direction la piaule de Stiles. Une nouvelle discussion s'imposait.
Il devait savoir. L'hyperactif devait lui répondre parce que cette maudite question le taraudait et l'empêchait de trouver le sommeil.
Quand le plus vieux pénétra dans la chambre, le jeune homme venait de s'allonger sur son lit, les bras sous la tête, les yeux fermés. Derek jeta un coup d'œil au petit déjeuner posé sur la table. Stiles n'y avait pas touché tout comme il n'avait pas changé de vêtements depuis son arrivée ici. Pourtant, le plus vieux avait pris des risques à retourner au domicile du Shérif pour chiper quelques vêtements et le nécessaire de toilette de son précieux fils. Et ce dernier semblait refuser catégoriquement de se changer et même carrément de se laver. Quelle tête de mule !
- Qu'est-ce que tu veux Derek ? Interrogea l'hyperactif sans même ouvrir les yeux. Si tu es ici pour me soumettre à tes éternelles questions, tu perds ton temps. Ca ne te regarde pas. Je n'ai pas envie de te faire la causette.
Derek lâcha la poignée de la porte qu'il ne se savait pas retenir et fit quelques pas dans la pièce.
- Tu comptes te laisser mourir de faim ?
- Peut-être bien. Répondit le plus jeune étouffant un soupir.
- Tu n'es qu'un idiot, tu le sais au moins ?
Derek manquait cruellement de souplesse et de diplomatie. Quel chieur ! Avec lui, il fallait sans cesse afficher une assurance au moins égale à la sienne, éviter de donner prise à la critique, de manifester le moindre signe de faiblesse au risque d'encourir son mépris.
Les yeux clos, Stiles s'efforça vainement de l'ignorer. Hélas, malgré lui, il restait conscient de sa présence, sentant la tension qui rendait l'atmosphère de la pièce quasi irrespirable. Depuis son entrée, il avait l'impression de manquer d'air.
Cependant, n'y tenant plus, il dévoila deux prunelles brillantes, se redressa sur ses coudes et sauta sur ses pieds pour faire face à Derek.
- Qu'est-ce qui me vaut l'honneur de ta visite Derek ? Demanda-t-il à nouveau.
- Je veux que tu répondes à ma question !
- Quelle question ?
Derek ne pipa mot se contentant de le fixer avec insistance.
Stiles souffla, sentant l'irritation poindre violemment. Il l'a connaissait déjà sa question. Cela faisait deux jours entiers que Derek la lui posait à chacune de ses visites, et il n'avait aucune idée du pourquoi d'une pareille demande, et encore moins de ce que ça pouvait bien lui faire. C'était bizarre et… non, c'était juste bizarre. Mais ça avait le don de le rendre particulièrement nerveux.
- Dis-moi ! Qu'est-ce que ça t'apportera de le savoir ?
- Ce ne sont pas tes affaires !
Stiles fourra les mains dans ses poches et secoua la tête en reniflant bruyamment.
- Mouais ! Comme toujours, les affaires du grand méchant loup ne me regarde pas. Pourquoi ça ne m'étonnes pas !
- Stiles ! Grogna le loup.
- Tu sais Derek. Reprit le jeune homme faisant fi de son grognement. Il y a des manières de demander. De plus, la question que tu me poses est très personnelle et gênante, et très franchement, je ne vois pas bien en quoi ça peut t'intéresser. Ce n'est pourtant pas ton genre de fourrer ton nez dans les histoires de cœur des adolescents.
- Réponds ! Le coupa le brun, ses yeux rougeoyant l'espace d'un infime instant.
- Très bien ! Se résigna l'adolescent. Mais après ça, je veux que tu fiches le camp d'ici. Ton ptit manège ne m'amuse pas et je n'ai guère envie de passer plus de temps avec toi.
L'hyperactif aurait avoué n'importe quoi pour être débarrasser de son odieuse présence. Derek était un tyran et un acharné. Et Stiles le détestait. Il le détestait de le traiter de la sorte, le détestait de l'obliger à lui révéler la vérité et surtout, il le détestait de ne pouvoir le mépriser.
Pourtant, furieux d'être ainsi harcelé, il reprit d'un ton exaspéré :
- Je ne te le dirais qu'une seule fois, alors ouvre grandes tes oreilles lupines : NON Derek, je n'ai plus aucun sentiment pour Lydia. Avoua-t-il, catégorique. Rien, zéro, nada. Satisfait ?
- Tu en es sur ? S'enquit Derek, suspicieux.
Stiles secoua férocement la tête. Le brun commençait vraiment à lui taper sur le système. Non seulement il avait enfin répondu à sa putain de question, à savoir s'il était toujours amoureux de Lydia Martin, mais en plus il avait le culot d'insister. Il baissa les yeux en soupirant, horripilé par tant d'acharnement.
- Écoute, je me fiche pas mal de ce que tu penses Derek, tout comme je me fiche de toi. Éructa-t-il.
Ses mots et son détachement sonnaient étrangement faux. Sa voix n'avait pas tremblé mais ses prunelles chocolat semblaient hurler le contraire de ses propos. Et son coeur... son coeur avait tressauté.
Le brun plissa les yeux et étudia le visage de son vis-à-vis avec attention l'incitant tacitement à examiner l'ironie de ses mots. Gêné, Stiles détourna les yeux du regard inquisiteur qui l'interrogeait en silence. Il avait la sensation de marcher sur des charbons ardents, s'en voulait d'avoir énoncé cette vérité sous le coup de la colère et craignait que Derek ne parvienne à lire entre les lignes ce qu'il s'efforçait de cacher à tout prix.
Avec une grimace de dépit et un léger coup de poing dans la poitrine du loup, Stiles tourna les talons et traversa la pièce pour aller se poster devant la fenêtre. Il ne se sentait pas très bien.
Distraitement, il jeta un coup d'œil au travers des rideaux voulant oublier la présence de Derek et faire taire les sentiments qui l'animaient en ce moment même. Des sentiments qui n'avaient pas leur place et qui lui embrouillaient l'esprit.
- De toute manière, quoique je dise, quoique je fasse, tu ne me laisseras pas partir d'ici. Affirma-t-il.
- En effet !
Stiles baissa la tête et soupira tandis qu'il croisait les bras sur sa poitrine. Il se tourna à demi vers Derek, lui jetant un regard attristé qui déstabilisa le loup.
- As-tu seulement pensé à mon père ? Dit-il, la voix parfaitement calme. A son inquiétude ? Et Scott ? Il a surement dû tenter de te joindre. Peut-être sont-ils même déjà au courant que tu es derrière tout ça. Tu as été dans ma chambre Derek, tu as récupéré mes affaires et laissé ton odeur. Que feras-tu s'ils l'apprennent ? Où crois-tu que tu iras quand ils nous auront retrouvés ? Tu as vraiment envie de passer ta vie en prison ?
La tête un peu penchée, Derek le scrutait de ses yeux aussi froids que l'iceberg de son cœur. Sans cesser de l'observer il lui ordonna sèchement de se taire. Il savait tout ça. Il connaissait sa situation par coeur. Il y avait déjà maintes fois réfléchi. Et ça lui crevait le cœur d'admettre qu'il était dans une impasse.
Stiles vit très nettement les muscles du dos de Derek se contracter quand celui-ci se retourna sans un mot pour quitter la chambre. Mais s'arrêtant sur le seuil, le brun pivota pour lui faire face le fixant sans rien dire, le visage insondable et le corps inerte. Puis il se détourna à nouveau et quitta la pièce laissant la porte grande ouverte.
Perplexe mais soulagé, Stiles décroisa les bras et alla s'échouer sur son lit en soufflant, le regard perdu dans le vague. Bon sang, qu'est-ce qui allait se passer maintenant ? Pourquoi est-ce que Derek agissait de la sorte ? Il le haïssait, ça il l'avait bien compris. Mais à quoi bon le séquestrer ici ? Pourquoi ne pas le tuer et tourner la page ? Ce type était une putain d'énigme. Mais qu'à cela ne tienne. Stiles aimait les énigmes.
Et voilà. Chapitre 3 terminé et je laisse la main à ma chère Diane pour les deux prochains chapitres.
Bien à vous
Pouki
