Coucou tout le monde.
Et de trois.
Ce texte refuse de me laisser tranquille et il gonfle au fur et à mesure que je l'écris. Steve et Bucky ont besoin de temps, de quelques instants volés, et je pense que j'ai tout autant besoin de leur laisser. Cette fic devait faire environ 5000 mots et elle a déjà presque atteint le double. Je devrais en avoir l'habitude, jamais aucun de mes textes ne reste dans les clous, mais je suis toujours étonnée de la manière dont ils m'échappent.
On verra ce que nos deux idiots (enfin surtout Steve pour le coup) ont prévu pour la suite, mais je pense avoir encore un, voire deux chapitres à écrire avant de terminer cette petite thérapie.
Un grand merci pour toutes vos reviews et vos mots d'encouragement : Kaelyan, Julindy, Nanthana, Nagron, KaraDraven, Breaking Wave (bienvenue à tous les deux) et Eleb.
Je vous laisse profiter du calme avant la tempête.
Bonne lecture
Ils arrivèrent au complexe en pleine nuit. Rien n'avait changé depuis qu'ils en étaient parti moins de trois jours auparavant. Enfin plutôt, tout avait changé, mais cela ne se voyait pas.
Natasha posa l'appareil sur le toit et ils sortirent tous à la suite de Rhodey. En l'absence de Stark, c'était lui qui dirigeait les lieux. Les bâtiments étaient vides, cet endroit qui représentait autrefois le centre des opérations des Avengers n'était plus qu'un coquille, hantée par ceux qui avaient signé les accords.
Pendant qu'ils se dirigeaient vers la salle de conférence principale, Steve se demanda si Tony était toujours vivant. D'après Bruce, il s'était embarqué avec le gamin-araignée et un magicien dans un vaisseau spatial. Ils n'avaient plus eu de nouvelles, d'aucun d'entre eux. Malgré ses différents avec le milliardaire, Steve espérait qu'il allait bien, où qu'il soit. Et qu'il arriverait à revenir sur Terre, ils auraient besoin de toute l'aide disponible et Stark était un atout indéniable.
Les lieux n'avaient pas changé durant sa cavale et il fut pris d'un puissant sentiment de nostalgie. Il avait rencontré des gens exceptionnels ici, il s'était battu à leurs côtés, avait créé des liens. Il y avait trouvé un but, quelque chose qu'il aimait faire, que ce soit partir en mission, qu'il avait choisit lui-même, ou entraîner de nouvelles recrues.
Et tout s'était arrêté avec les accords et la réapparition de Bucky. Non pas qu'il agirait différemment si la situation se représentait, Bucky passerait toujours en premier, quelque soit le prix à payer.
Pendant tous ces mois de cavale, il avait espéré pouvoir amener son petit ami ici. Cet endroit avait été ce qui ressemblait le plus à une maison depuis qu'il avait quitté New York pour rejoindre le front lors de la seconde guerre mondiale. Dommage que les circonstances lui permettant d'excauser ce souhait soient aussi douloureuses.
Les lumières du complexe s'allumaient sur leur passage et ils arrivèrent rapidement dans la salle de conférence. Rhodey brancha immédiatement l'écran géant au fond de la salle et ils observèrent quelques minutes les différentes vidéos qui y étaient affichées. Il y avait tellement à faire qu'il envisagea quelques secondes d'envoyer tout le monde récupérer de l'équipement puis de repartir directement. Mais ils étaient tous épuisés et ils devaient dormir avant d'envisager d'aider quiconque. Heureusement, il y avait de nombreux quartiers d'habitation dans le complexe, il éteingit l'écran et se tourna vers les autres :
"Nous ne ferons rien sans un peu de repos. Ca ne sert à rien de continuer à regarder ces vidéos. Rhodey, quelles chambres sont libres ? "
"Les votres sont toutes restées telles que vous les avez laissées. Les codes d'accès sont inchangés."
Cette nouvelle laissa Steve, Natasha et Bruce sans voix. Cela faisait des années qu'ils n'avaient pas mis les pieds ici. Rhodey remarqua leur choc et haussa des épaules :
"Tony a menacé des centaines de fois de tout coller aux puces après votre combat à l'aéroport et la Sibérie, mais il ne l'a jamais fait. Il a continué à y envoyer l'équipe de nettoyage une fois par semaine."
Le silence devint pesant. Jusqu'à ce que Bruce le brise :
"Je suis certain qu'il va bien et qu'il est déjà en train de bricoler quelque chose pour rentrer. Il va encore arriver comme une fleur et nous proposer des solutions plus dingues les unes que les autres. Je ne sais pas vous, mais j'ai besoin de dormir, alors je vous abandonne. Réveillez moi si les choses bougent."
Il se releva de son fauteuil et se dirigea vers la porte. Avant qu'il ne sorte, Natasha lui emboîta le pas :
"Je t'accompagne. Ce vol a fini de m'achever."
Bruce se figea et regarda la jeune femme avec un semblant de panique dans les yeux. Bucky les observa s'éloigner avant de se tourner vers Steve, un sourcil levé. Le blond haussa les épaules :
"Longue histoire, je te raconterai."
"Mais pas maintenant. Là tu vas me montrer tes quartiers, nous allons dormir un peu et décider demain matin de la suite des opérations."
Avant même qu'il ne puisse protester, Bucky l'avait pris par le bras et le tirait vers la sortie. Steve suivit son petit ami sans broncher pendant quelques mètres, puis il le força à s'arrêter.
"Attend Bucky, je ne peux pas aller dormir. Il y a trop de choses à faire. "
"Tu ne feras rien dans cet état, Steve. Tu tombes de sommeil. Tu l'as dit toi même, nous devrions tous dormir un peu et puis, tu oublies ce que tu nous répétais à longueur de temps, aux commandos hurlants et à moi-meme : se reposer faisait autant partie de la réussite d'une mission que le reste de sa préparation."
Il n'avait pas tord. Mais il ne pouvait pas se résoudre à suivre Bucky. Il n'avait pas le droit de se coucher à ses côtés, de profiter de sa présence et de sa chaleur. Pas avec ce qu'il avait fait.
"Tu as raison, je vais aller demander où tu peux t'installer, tu te reposeras mieux dans tes propres quartiers."
Il se dirigea à nouveau vers la salle de conférence, mais le soldat le rattrapa par le bras. Il avait l'air furieux :
"A quoi tu joues, Steve ?"
Il n'avait jamais su mentir, alors ce qui sortit de ses lèvres n'était pas crédible, même à ses propres oreilles :
"A rien, tu dormiras mieux, c'est tout."
Cela ne fit qu'empirer la colère de Bucky.
"C'est des conneries et tu le sais. On a du passer en tout soixante-douze heures ensemble depuis que je suis sorti de cryo. Si tu penses que je vais aller dormir tout seul, alors que je pourrai partager un lit avec toi, c'est que le coup que tu as reçu sur la tête était plus grave que ce que l'on pensait."
Derrière la colère légitime de son petit ami, Steve vit également de l'inquiétude et de l'incompréhension. Bucky le connaissait par coeur et son comportement actuel ne devait faire aucun sens. Il n'avait jamais cherché à le repousser. Même quand son amant devenait téméraire - ils avaient failli se faire attraper tant de fois durant la guerre, et quel bordel cela aurait fait, Captain America et son sergent partageant un lit - Steve ne lui avait jamais dit non.
Il savait qu'il ne dirait pas non cette fois non plus, pas avec la peine qui en train de prendre la place de la colère. Après un soupir, il lâcha :
"Je suis juste fatigué. Suis moi."
Il se dirigea ensuite vers l'appartement qu'il avait occupé lorsqu'il faisait encore partie des Avengers. Rhodey avait dit vrai, il était dans l'état dans lequel il l'avait laissé, le matin où il s'était envolé pour retrouver Bucky. Même son carnet de croquis était à sa place, posé sur la table basse, il y avait aussi la corbeille de fruits frais que le staff déposait chaque semaine sur le comptoir de la cuisine.
Pendant quelques instants, Steve s'imagina qu'il revenait de Sibérie, avec Bucky, avec Tony. Que les choses s'étaient déroulées différemment, qu'il n'avait pas passé les dernières années comme un fugitif pendant que son petit ami restait enfermé dans un caisson cryogénique.
Pendant quelques instants, il oublia que la moitié des habitants de l'univers avait disparu, que beaucoup de ses amis étaient morts, qu'il avait échangé une vie innocente pour en sauver une autre.
Mais très rapidement, la fatigue et l'énormité de ce qu'il avait fait firent éclater l'illusion en morceaux. Il se tourna vers Bucky qui explorait l'appartement : la pièce de vie avec la cuisine au fond et le coin télé, le mur de droite où Steve avait installé son chevalet et ses peintures et, à l'opposé, les deux portes menant à l'unique chambre et à la salle de bain.
Steve le laissa faire le tour et se dirigea vers la chambre. Ils n'avaient pas eu le temps de se changer au Wakanda et il n'avait qu'une envie : enlever son costume inconfortable et sale, prendre une douche, mettre des vêtements propres et se coucher. Il ouvrit la porte de son armoire et y trouva tous ses habits, lavés, repassés et rangés. Il attrapa deux boxers et deux T-shirt - Bucky allait devoir porter ses habits pour le moment - et déposa un ensemble sur le lit. Ce dernier était propre, même si les draps n'étaient pas aussi tendus que lorsque c'était lui qui le faisait.
Quand il retourna dans le salon, Bucky était en train de feuilleter son carnet de croquis. Il leva les yeux, tourna le cahier pour que Steve voit le dessin et dit d'une voix amusée :
"Tes collègues savent que tu dessines des hommes nus ?"
Steve ne put s'empêcher de rougir. Il avait commencé ce carnet à une période où Bucky lui manquait particulièrement, quelques mois après le projet Insight, quand il ignorait s'il était toujours vivant et où il se cachait. Il avait rempli des pages et des pages de croquis de l'autre homme. Dans certains, il avait son apparence de Washington, cheveux longs et barbe naissante, mais pour d'autres, Steve avait puisé dans sa mémoire et l'avait dessiné avant la mission dans les Alpes, à New York ou pendant la guerre.
Et une nuit particulière, quand Natasha et Bruce avaient passés la soirée à chuchoter dans un coin, quand Stark les avait quitté en coup de vent, rejoignant Pepper pour un dîner romantique dans un restaurant hors de prix et que Vision et Wanda avaient préféré s'isoler, la solitude avait été trop lourde.
Il avait alors dessiné Bucky, comme il s'en souvenait, la nuit avant qu'il ne parte pour la guerre : nu dans le lit qu'ils partageaient, une cigarette aux lèvres et la peur qu'il essayait de cacher derrière de la désinvolture et des paroles qu'il répétait en boucle, comme pour les rendre réelles : "Je vais revenir Stevie, je te promets et après on se trouvera un endroit sympa et on ne se quittera plus." Steve avait essayé de sourire ce soir là, mais il savait qu'il y avait peu de chances que cela se passe ainsi. Et le futur lui avait donné raison.
Bucky tourna à nouveau le carnet et quand ses yeux se posèrent sur le dessin, ils se firent plus nostalgiques. Ne voulant pas briser ce moment, Steve murmura :
"C'est la nuit où tu es parti."
Bucky leva les yeux.
"Pourquoi cette nuit là particulièrement ? Ça aurait pu être n'importe laquelle, j'ai toujours fumé une cigarette après."
"Parce que tu me manquais et que c'était la dernière fois où nous étions nous, tel que nous avions grandi. La dernière fois où j'ai pu dormir complètement entouré par toi. Avant le sérum et la guerre et …"
Il ne termina pas sa phrase. Mais les mots étaient là, dans leur esprit à tous les deux : avant de te perdre, et de te retrouver, juste pour te perdre à nouveau. Et quand enfin je t'ai récupéré, il y a eu la cryo et pour finir, cette attaque. Et j'ai failli te perdre. Encore. Définitivement.
Bucky referma le carnet et le déposa sur la table, il s'approcha et le poussa gentiment vers la salle de bain.
"Va te changer, nous avons besoin de dormir."
Steve obtempéra et fit couler l'eau de la douche pendant qu'il ôtait son costume. Il le jeta dans un coin et laissa l'eau chaude glisser sur ses muscles endoloris, enlevant la poussière wakandaise qui s'était accumulée sur sa peau. Bucky le rejoignit cinq minutes plus tard et Steve se laissa porter par le moment, bien trop fatigué pour protester quand son petit ami s'occupa de le laver puis l'envoya se sécher et se coucher pendant qu'il finissait sa propre douche.
Il était déjà entre les draps quand Bucky entra dans la chambre. Il éteignit le plafonnier avant de le rejoindre, la pièce seulement éclairée par la lampe de chevet du côté de Steve. Ce dernier se pencha pour l'éteindre et quand il reprit sa place dans le lit, son petit ami était déjà au milieu, près à s'installer pour la nuit. Tiraillé entre l'envie de se blottir contre lui et le sentiment fortement ancré qu'il ne méritait pas ce réconfort, il se raidit.
Malgré le manque de lumière, Bucky le remarqua. Il posa une main hésitante sur la poitrine du blond et chuchota :
"Stevie, qu'est ce qui se passe ? Ce n'est pas seulement le fait d'avoir échouer. Il y a autre chose."
Steve serra les paupières de toutes ses forces. Il ne pouvait pas lui dire, mais Bucky était bien trop observateur et perspicace pour qu'il puisse lui cacher encore longtemps. Il allait tout découvrir. Et ce jour là, Steve perdrait tout. Mais il pouvait tenir encore un peu, profiter de son petit ami, de son amour et de sa chaleur, avant qu'ils ne soient remplacés que par du dégoût, de la haine et de la froideur. Parce que cela ne faisait aucun doute, bientôt, bien trop tôt, cela arriverait.
Il poussa doucement Bucky sur le dos et posa sa tête sur son épaule. Il laissa sa jambe passer entre celles de son amant pendant que sa main se glissait sous son T-shirt et s'arrêtait sur son coeur.
Il murmura le même mensonge tout contre la peau chaude qui s'offrait à lui :
"Il n'y a rien de plus, je suis juste fatigué. Toi aussi. On devrait dormir."
"Mmmh. Bonne nuit."
Il sentit Bucky hocher la tête, mais il ne paraissait pas convaincu.
"Bonne nuit toi aussi."
Il déposa un baiser dans le cou de son amant et sentit, sous ses lèvres, le sang qui courrait à travers sa jugulaire. Ce même sang qui gardait son univers en vie et qui avait failli s'arrêter à jamais. La dernière pensée de Steve avant que le sommeil ne l'envahisse fut que, dans d'autres circonstances, il se serait endormi dans un lit froid et vide.
