Bonjour, bonsoir, nous voilà enfin sur cette troisième et dernière partie ! Ça fait un mois que je n'avais pas uploadé cette histoire, je m'en suis rendu compte il y a peu et je me suis donc donnée un bout coup de pied aux fesses pour remédier à ça. Ça passe drôlement vite, un mois et je vous remercie de votre patience ! Je n'aurais jamais pensé écrire quelque chose d'aussi long, j'ai même hésité plusieurs fois à transformer Amy en véritable fanfiction, mais finalement, j'ai opté pour garder la forme de three-shot. Je tiens également à remercier Erienna, Ours, Ritournelle et Lollie Lovegood d'avoir suivis cette petite aventure, qui l'ont parfois mis en favoris et je te remercie toi aussi, lecteur fantôme ou non de venir découvrir la conclusion aux bêtises de la petite Amy.

Je vous souhaite une bien bonne lecture !

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La surprise laissa place à la gêne et Andrea retrouva peu à peu ses moyens. Elle fronça d'abord les sourcils, avant de tourner la tête vers Daryl et, son air de parfait poisson rouge hors de son bocal qui lui confirma qu'elle avait bien entendu la question d'Amy. Bon Dieu, elle, enceinte, par les temps qui couraient ? Et qui lui avait foutu cette stupide idée en tête ? Au fur et à mesure que le silence durait, l'avocate commençait à voir les pièces du puzzle s'assembler : l'enfermement dans une cellule, l'étrange discussion de Carol et les sourires idiots qui ne semblaient plus vouloir quitter les lèvres des survivants. Elle le leur aurait bien fait ravaler, tiens.

« Enfin, Amy, ce n'est pas possible, commença-t-elle avec douceur. »

Elle la sermonnerait plus tard pour avoir fait courir une fausse rumeur aussi importante que celle-là, parce que la fillette arborait un énorme sourire qui faisait briller ses petites mirettes. Hershel posa l'une de ses mains sur l'épaule d'Amy.

« Elle a raison, ce n'est possible, répéta-t-il avant d'adresser un sourire à la blondinette. »

Andrea faillit le remercier de rétablir la vérité, mais elle se contenta juste de répondre à son sourire.

« Il est trop tôt pour connaitre le sexe du bébé, reprit-il. »

Le sourire de l'avocate se crispa tandis qu'instinctivement, elle portait une main à son ventre. Ah ah ah. Elle avait une furieuse envie de rire –sarcastiquement- tant la situation était ridicule et quand bien même elle aurait eu un mioche là-dedans, elle n'aurait même pas été au courant. Après tout, son retour datait de moins de deux semaines et sa dernière relation sexuelle avait été avec Shane. Certainement pas la meilleure, mais son audace et la peur de se faire surprendre par un rôdeur avait rendu la chose excitante. Enfin bon, là n'était pas la question, et Andrea relaya bien vite ce souvenir tout au fond d'un tiroir.

« Elle n'est pas enceinte, déclara alors Daryl qui semblait avoir recouvré la parole. (Puis, il lorgna à son tour son ventre, les sourcils légèrement froncés.) Enfin, j'crois pas, pas d'moi, en tout cas, se corrigea-t-il en s'emmêlant les pinceaux. »

Andrea lui fit les gros yeux et elle se retint de justesse de lui envoyer un coup dans le bras pour ne pas l'avoir soutenu comme il se le devait. Il haussa les épaules d'une manière désinvolte, ne comprenant pas pourquoi elle avait l'air soudainement furax contre lui. Il n'était pas censé deviner qu'elle ne s'était faite sauter par personne depuis des mois. La jeune femme posa son regard sur la petite Amy. Cette dernière avait perdu son sourire alors qu'elle dévisagea longuement son ventre tout en grattouillant le crâne de Miss Piggy. Elle fronça les sourcils puis se mordit les lèvres avant de lever les yeux sur Andrea.

« Je ne vais pas avoir de petite sœur ? »

L'avocate secoua la tête.

« Mais… Pourquoi ? questionna-t-elle en ayant presque les larmes aux yeux. »

Andrea s'agenouilla pour lui faire face, puis posa ses mains sur les hanches de la petite. Elle prit le temps de réfléchir quelques instants afin de trouver les mots justes.

« Parce que je n'ai pas d'amoureux, ma puce. »

Amy renifla dédaigneusement avant de braquer son regard sur Daryl. Elle le regarda longuement, le faisant ainsi s'agiter plus que de raison, pas très à l'aise devant une mioche.

« Ben si, c'est lui ton amoureux ! Vous faisiez même des bébés, je vous ai vu.

- Alors ça, ça m'étonnerait ! répliqua immédiatement Andrea avant de rire à cause de l'absurdité de sa phrase. »

Le chasseur ne répondit rien malgré son regard insistant. Il savait que la réplique de la blonde n'était pas méchante, mais il ne put s'empêcher de se sentir vexé. Elle se releva, épousseta son chemisier, puis se retourna vers les autres survivants qui n'avaient pas perdu une miette de la conversation.

« Désolée, mais il n'y a absolument rien qui sortira de là, déclara-t-elle en pointant, de ses index, son entre-jambe. (Elle posa ensuite une main sur sa hanche, arquant un sourcil.) Et c'est pour un tissu de mensonges que vous nous avez laissé moisir dans une cellule ? »

Le ton était accusateur et elle vit Carol baisser les yeux. Andrea regretta immédiatement sa question. Elle pensa un instant à s'excuser une nouvelle fois avant de réaliser que, non, ce n'était clairement pas elle qui était en tort.

« On s'est peut-être un peu emballé, avoua Beth avec un demi-sourire en parlant au nom du groupe. Tu comprends, une bonne nouvelle comme celle-ci, ça nous a fait espérer des jours meilleurs.

- Ouais, ouais, coupa Daryl en balayant d'un revers de main ses propos. Occupez-vous d'vos affaires, la prochaine fois. J'm'en contrecarre de savoir qui baise qui. »

Et, sur ses charmantes paroles, il quitta la pièce sans attendre une seconde de plus. L'atmosphère était devenue plus lourde, plus pesante et Andrea imagina sans mal que l'ambiance allait être tendue durant quelques jours. Elle esquissa un maigre sourire à Beth, tentant ainsi de lui faire pardonner ce qu'il lui avait asséné avant de sortir à son tour. Amy, quant à elle, n'avait pas bougé d'un pouce. Quand Daryl avait haussé le ton, elle s'était tout bonnement pétrifiée sur place et, c'est les yeux humides qu'elle leva le regard sur Hershel.

« J'ai encore fait une bêtise ? couina-t-elle d'une petite voix. »

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La fraicheur de l'air lui mordait les joues, mais elle s'en fichait pas mal. Andrea esquissa même un sourire tandis qu'elle inspirait une grande bouffée d'oxygène par les narines. Quel bonheur de sentir le vent soulever ses cheveux, d'entendre les branches des arbres danser un ballet reconnaissable entre mille…

« Putain. »

… Et la belle prose de Daryl. Elle ouvrit les yeux qu'elle avait momentanément fermés pour les diriger sur son ami. Elle voulut lui dire qu'agresser Beth de la sorte n'avait servi à rien, mais le regard qu'il lui adressa la gela sur place. Elle fronça les sourcils. C'était quoi son problème ? C'était tout juste s'ils ne décapsulaient pas des bières ensemble, une heure auparavant.

« T'apprendras à ta gamine à s'taire. »

Puis, il la planta là, hébétée devant une telle réaction. Ses yeux bleus ne le quittèrent pas alors qu'il s'approchait du grillage, de cette démarche qui le caractérisait tant. Toujours sans un mot, Andrea le regard passer par la brèche par laquelle elles étaient entrées quelques temps plus tôt, puis, s'enfoncer dans les bois.

« Ouah, souffla-t-elle. »

Elle non plus n'avait pas été spécialement enchantée par la rumeur qu'Amy avait propagée, mais une réaction si vive la laissait tout bonnement sur le col. Dans quelques jours, elle en rirait de cet emprisonnement, mais en vue des propos qu'il venait de tenir, elle doutait que ce soit le cas pour le chasseur. Son esprit dévia alors sur Amy et elle se mordit la lèvre inférieure. La petite allait tout bonnement s'en vouloir d'avoir empiré la situation.

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Les jours suivants furent simplement catastrophiques.

« Coucou Daryl, avait un jour salué Amy avec un grand sourire. »

Il s'était arrêté dans sa marche, l'avait regardé puis avait marmonné un vague « S'lut » avant de continuer sa route. Elle avait cligné des yeux, ne s'attendant visiblement pas à ça comme réponse, puis elle l'avait rapporté à Andrea qui lui avait juste ébouriffé les cheveux. Elle avait oublié l'incident en fin de journée, se disant que Daryl était dans ses mauvais jours. Puis, elle avait continué à lui dire bonjour avec une moue adorable et lui, avait remplacé ses « S'lut » par des grognements. Amy avait donc arrêté de lui adresser la parole, purement et simplement, il ne s'en était pas formalisé tandis que le groupe s'était contenté d'observer ce petit manège, à la fois impuissant et incrédule à l'idée qu'un gaillard comme Daryl puisse en vouloir à une gamine de cinq ans.

C'est Carol qui creva en premier l'abcès, au détour d'un couloir.

« Ça ne peut plus durer, déclara-t-elle en le forçant bien à lui faire face. »

Daryl eut un mouvement de recul avant de froncer les sourcils. Il ne comprit pas immédiatement son insinuation jusqu'à ce qu'elle ne précise :

« Amy. »

Ce simple prénom lui fit rouler des yeux. C'était plus fort que lui.

« Ce n'est qu'une enfant, elle pensait bien faire. Regarde, pourquoi tu m'adresses encore la parole alors que c'est moi qui l'ai aidé à monter son plan, fit-elle remarquer en miment des guillemets pour le dernier mot. »

Sa remarque le laissa sans voix durant quelques secondes avant qu'il ne passe une main évasive dans ses cheveux. Okay, il avait peut-être été un peu ridicule, mais plutôt crever que de l'admettre. Devant son manque de réaction, Carol posa ses mains sur ses hanches, fronçant les sourcils. Elle avait la vague impression de remonter les bretelles de son fils qu'elle n'avait jamais eu.

« Entre vous deux, c'est bien Amy, la plus mature, ajouta-t-elle avec un petit air de défi. (Puis, son ton s'adoucit.) Tu ne peux plus fuir devant les problèmes qui se dressent devant toi, tu ne peux pas ignorer une petite fille en pensant que cela n'affectera personne parce que tu imagines que nous t'accordons que peu d'importance. Tu fais parti du groupe, Daryl, tu en es même une pièce importante. »

Elle le vit s'agiter, sans doute gêné et cela la fit sourire.

« Tu es important pour nous tous, pour moi, que tu le veuilles ou non. Alors tu vas abandonner ton sale caractère dans la forêt et redevenir celui qu'on a appris à connaitre, celui qu'on a appris à apprécier. »

Carol lui déposa un bref baiser sur la joue avant de partir. Daryl l'observa s'éloigner le long du couloir, toujours muet par cette conversation. Il sentit la colère monter en lui, mais la refoula rapidement, bien décidé à ne pas se laisser aller à ses plus bas instincts. Elle avait raison, sur toute la ligne, et c'était bien ça qui l'ennuyait. Elle avait toujours mis dans le mille avec lui, lui qui n'était pas pourtant pas un livre ouvert et il eut la désagréable impression de l'avoir déçue. C'était bien la dernière chose qu'il souhaitait parce que, même s'il ne l'avouerait jamais, l'avis de Carol importait beaucoup pour lui. Alors lorsque que, quelques heures plus tard, il se trouva dans une supérette en compagnie de Rick et Glenn, il enferma sa rancœur et son sale caractère dans une boite de gâteaux bouffés par les mites.

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Comme à son habitude, Amy traînait dans le potager de la prison en compagnie d'Hershel. Avec une petite pelle en plastique que le groupe lui avait ramené lors d'un raid, elle s'évertuait à creuser une tranchée. Bien évidemment, le vieil homme repassait derrière elle avec une vraie pelle, l'air de rien, donnant ainsi l'illusion à la petite qu'elle avait fait tout ça toute seule. Amy, c'était un peu la petite-fille qu'il n'aurait jamais. Encore un peu, et elle allait l'appeler papy.

« On va planter des fraises ? questionna-t-elle en se retournant vers lui. Parce qu'en été, on en mangeait tout le temps, avant.

- Ce n'est pas une mauvaise idée, répondit-il, pensif. »

Il y avait tant de choses qu'ils pouvaient se permettre de cultiver sur un terrain aussi large.

« Trop cool, déclara Amy avec un large sourire avant de se remettre à creuser. »

Et elle continua de retourner la terre jusqu'à ce que, une demi-heure plus tard, elle n'annonce qu'elle était fatiguée et qu'elle souhaitait rentrer. Hershel ne la retint pas et c'est en trottinant à cloche-pied qu'elle traversa le jardin. Le bruit d'un moteur l'arrêta net dans sa progression. Sa main en visière, Amy observa la voiture franchir les barrières et s'arrêter plus loin dans la cour tandis que Maggie et Carl refermaient les grilles. Rick, Glenn et Daryl sortirent de l'habitacle et la petite fille ressentit un immense soulagement sans en connaitre réellement la cause. Elle pensa que c'était peut-être parce qu'elle commençait à tous les apprécier et que son ventre se nouait à chaque fois qu'elle les voyaient quitter la prison. C'est alors qu'elle se sentit quitter le sol, ses pieds pataugeant dans l'air et elle poussa un cri de surprise qui ne manqua pas de faire converger tous les regards sur elle.

« Qu'est-ce que tu fais dans le jardin toute seule, toi ? questionna Andrea en la portant correctement. »

Amy avait renommé le vague terrain de broussailles ainsi et la prison, la maison. L'avocate avait juste adopté son vocabulaire.

« J'allais rentrer, promis, répondit-elle en faisant une moue adorable. Me regarde pas comme ça, c'est vrai, en plus ! s'exclama-t-elle en faisant les gros yeux.

- Eh bien, vous en faites du bruit, commenta Glenn en arrivant à leur hauteur.

- Coucou China ! salua Amy avait un grand sourire. »

Sa réplique laissa un immense blanc. Andrea écarquilla les yeux avant de réprimer un rire.

« Ma puce, pourquoi tu l'appelles comme ça ?

- Daryl l'appelle tout le temps comme ça, répondit-elle en haussant les épaules. »

Puis sa bouche s'ouvrit en grand et elle la cacha de ses deux mains.

« C'est un gros mot, c'est ça ? »

Glenn, pas vexé pour un sous, se permit de laisser un rire s'échapper de ses lèvres.

« Nan, nan, c'est juste un surnom, s'empressa-t-il de répondre, lui ébouriffant les cheveux. »

Elle protesta en riant puis le Coréen s'éloigna, non sans avoir lancé un « A tout à l'heure, crevette ! » qui la fit d'autant plus rire. Sans qu'elle ne s'y attende et, pour la deuxième fois de la journée, Amy fut soulever dans les airs. Tout comme Andrea, ses yeux s'écarquillèrent en découvrant qu'il s'agissait de Daryl. Il la tenait maladroite, ses mains se trouvaient sous ses aisselles et ses bras étaient presque tendus, si bien que l'avocate porta sa main à sa bouche, cachant ses lèvres qui s'étiraient en un sourire. Elle oublia leur dernière conversation houleuse, elle oublia son attitude enfantine avec Amy. Finalement, ne sachant pas vraiment comment la porter, il la hissa sur ses épaules.

« Ce sont des excuses ? questionna Andrea en croisant les bras. »

Il ne répondit pas et haussa les épaules et la blondinette interpréta ce geste comme un oui. A peine plus loin, Carol observait cet étrange un tableau, un franc sourire jouant sur ses lèvres. Ce n'était pas si difficile que ça de mettre les choses à plat, finalement. Rick arriva à sa hauteur. A son tour, son regard se dirigea vers les trois survivants qui rentraient dans la prison.

« Si on m'avait dit qu'un jour, je verrais Daryl porter une enfant sur ses épaules, commenta-t-il en les suivant des yeux.

- La vie est pleine de surprise, ajouta Carol. »

Il lui offrit un maigre sourire en pressant son épaule puis poursuivit sa route. Elle le regarda s'éloigner et elle ne put s'empêcher de penser qu'ils en avaient traversé, des choses, pour arriver jusque-là. Alors qu'elle allait le suivre, un bruit si particulier attira son attention. Un bruit qu'elle n'avait plus jamais entendu depuis qu'elle avait été forcée de quitter le lotissement dans lequel elle habitait avec sa famille. Un bruit si familier et lointain en même temps. Derrière elle, Carl faisait rebondir un ballon de football sur le sol, des étoiles plein les yeux. Il releva la tête, leurs regards se croisèrent et il prononça ce qu'elle n'osait pas demander :

« On joue ? »

S'il n'était que deux à s'envoyer la balle, au départ, Maggie ne tarda pas à les rejoindre. Puis ce fut au tour de Glenn qui était, à la base, à la recherche de sa petite amie. Deux équipes furent constituées tandis que Hershel avait quitté son potager pour venir les regarder. Il fut désigné comme arbitre à l'unanimité et il ne put refuser cette tâche. Rapidement, cet échange de passe devint une réelle compétition. Des buts de fortune furent créé à l'aide de la chemise de Carol, de la pelle en plastique d'Amy, du chapeau de Carl et d'un seau rempli d'eau, servant à irriguer les plants de tomates. C'était une petite partie d'eux qu'ils mettaient dans ce jeu, aussi enfantin soit-il.

« Et buuut ! s'exclama Glenn en se jetant à genoux, relevant son tee-shirt. »

Son coéquipier, Carl, ne put s'empêcher d'improviser une petite danse la joie. Quatre à un, ils menaient largement la partie, mais les deux femmes n'étaient pas prêtes à abandonner. En réalité, ils avaient décidé que l'équipe qui perdrait serait de corvée de vaisselles durant une semaine et c'était suffisant pour les motiver. Bientôt, le bruit attira le reste du groupe et, croyez-le ou non, mais un véritable match fut organisé. Comme on pouvait s'y attendre, les équipes furent entièrement masculine et féminine et, même si Glenn avait fait remarquer qu'ils étaient plus nombreux qu'elles, Maggie l'avait regardé d'un air de défi, rétorquant que ce serait bien suffisant pour les rétamer à plate couture. Daryl avait ronchonné, en déclarant que c'était stupide de jouer au football par les temps qui courraient, mais il avait tout de même accepté sous les supplications de Carl de faire parti de son équipe. Amy, quant à elle, s'était installée en tailleur un peu à l'écart, tenant fermement Judith qui était assise sur ses jambes repliées, son dos contre son torse. C'était la première fois qu'elle tenait une aussi petite fille et elle comptait bien montrer qu'elle était assez grande pour s'en occuper correctement. Bien sûr, Hershel était venu prendre place à ses côtés, s'assurant que tout irait bien pour la petite Judith, mais toujours en laissant l'impression à Amy qu'elle s'en occupait toute seule.

« Okay, je rappelle les règles, déclara Maggie en se positionnant au milieu du groupe. La première équipe qui arrive à dix buts gagne le match. L'équipe qui perd se chargera de la vaisselle pendant une semaine et sans se plaindre. Pas de violence gratuite, non plus, d'accord ? »

Tous acquiescèrent jusqu'à ce qu'elle ne rajouta :

« Evidemment, vu que nous sommes en minorité, nous partons avec trois points d'avance.

- N'importe quoi, protesta Glenn.

- Un problème, Rhee ? répliqua-t-elle en lui lançant une œillade mauvaise. »

Il déglutit et secoua la tête, sachant pertinemment que s'il se plaignait, aucun moment de tendresse ne lui serait accordé le soir-même. Maggie se détendit et posa le ballon sur l'herbe, fin prête à commencer ce match. Andrea et elle se trouvaient en première ligne tandis que Carol se trouvait plus en retrait et que Beth s'occupait des cages, préférant ne pas jouer des coudes avec les hommes. Hershel signala le début du match en sifflant et les deux attaquantes n'attendirent pas une seconde de plus pour se lancer. Pendant une demi-heure, le groupe n'exista plus. Les hommes ne mirent pas beaucoup de temps pour rattraper le score, Carl –qui s'avéra être plutôt bon- en marqua un et Glenn mit les deux autres. Sans le vouloir, Maggie donna un puissant coup de pied dans la cheville de son petit-ami qui dû se poser quelques minutes en dehors du terrain, le temps que la douleur passe. Pas plus inquiètes que cela pour le Coréen, les femmes prirent rapidement l'avantage et ce fut Carol qui, contre toute attente, marqua le premier réel but. (Elle apprendra plus tard que T-Dog avait volontairement plongé trop tard pour l'intercepter.) Andrea, quant à elle, n'hésitait pas à faire des corps à corps. Hargneuse, ses mains agrippaient d'elles-mêmes les tee-shirt de ses adversaires tandis que ses pieds ne cessaient de donner des coups, cherchant à tout moyen de dégager la balle Dieu seul savait où.

Il ne fallut qu'une demi-heure aux hommes pour les écraser à plat de couture et marquer les sept buts restant. Malgré la douleur à sa cheville, Glenn fut celui qui en marqua le plus –cinq-, suivi de Carl et Daryl –deux chacun- et enfin, Rick –un seul-.

« Oh, elles ont perdu, commenta Amy en observant les hommes se faire de franches accolades. C'est parce que ce sont des filles.

- Les filles sont moins fortes ? questionna alors Hershel. »

Elle secoua la tête.

« Non, c'est les meilleures. Pour faire plaisir à papa, maman le laissait toujours gagner. C'est pour ça que Chi-… euh, Glenn, a marqué autant de buts. (Judith émit un petit gazouillement.) Même elle dit que j'ai raison. »

Rick ne tarda pas à reprendre sa fille dans ses bras, puis Andrea vint s'asseoir à côté de la petite Amy. Elle avait le visage rouge, essoufflée d'avoir tant couru, si bien qu'elle s'allongea dans l'herbe. La brunette l'imita automatiquement avant de poser la question qui lui brûlait les lèvres.

« Moi aussi, je vais devoir faire la vaisselle ?

- Non, ria-t-elle doucement. Tu n'atteins même pas le lavabo. »

Amy parut soulagée. Parce qu'encore, se retrouver avec les mains pleines de terre, elle pouvait encaisser, mais devoir toucher à la saleté des autres, ça, c'était hors de question. Ça lui fichait même des frissons de dégoût.

« Eh, 'Drea, le nuage est en forme d'éléphant, remarqua-t-elle en pointa le ciel. »

Andrea tourna la tête dans le même angle que la fillette, puis acquiesça. Bientôt, poussé par le vent, le nuage se disloqua en deux parties.

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Habituée au silence, Andrea était toujours autant surprise de voir à quel point les repas étaient animés à la prison. Les murs apportaient une sorte de sérénité, où chacun se sentait libre de parler haut et fort sans craindre de rameuter une horde de rôdeurs. Cette fois-ci et pour la première fois de l'année, le dîner avait été dressé dehors. Les vieilles tables en bois qui traînaient sous un porche avaient été réquisitionnées, elles étaient un peu miteuse, mais faisaient l'affaire. Comme on pouvait s'y attendre, la discussion était principalement orientée sur le petit match qu'ils avaient eu dans l'après-midi. Pas de conversations sur les prochains raids, sur les grillages à consolider, ni sur les rôdeurs, non. Pour une fois, c'était un sujet agréable à écouter où Glenn ne cessait de déblatérer, s'arrêtant seulement pour boire une gorgée d'eau.

« Vous auriez vu la tête de Maggie ! s'exclama ce dernier. J'aurais eu un appareil photo, je l'aurai mitraillé. »

La concernée lui adressa un regard noir, mais personne n'était dupe : elle se forçait à ne pas sourire. C'était si rare de voir son petit-ami si enthousiaste, si heureux d'avoir gagné un stupide match de football, qu'elle ne lui en tint pas rigueur. Parce que, mine de rien, si Glenn était de bonne humeur, elle l'était aussi. Le repas continua ainsi. Des éclats de rires fusaient, parfois, tandis qu'Amy écoutait attentivement et pour la cinquième fois, au moins, Carol raconter comment elle avait réussi à marquer un but –bien qu'elle y avait assisté-. Elle ne put s'empêcher de penser que c'était triste qu'elle n'avait pas d'enfants, parce qu'elle aurait fait une super maman. Puis, la nuit tomba doucement. Comme promis, les femmes furent de corvées de vaisselle, sauf Amy qui somnolait sur une chaise, à peine plus loin. Andrea essuyait ses mains dans un torchon humide avant de porter la petite fille. Cette dernière papillonnait des yeux, marmonnant quelque chose d'incompréhensible avant de se rendormir aussi rapidement. Avec une douceur qu'elle ne se connaissait plus, elle la coucha dans le lit et déposa un baiser sur son front.

Comme à son habitude, elle retrouva Carl dans le hall. Il mélangeait des cartes et son regard sembla s'illuminer quand il la vit arriver. Elle s'installa en face de lui, il distribua les cartes et la bataille put commencer. C'était une sorte de rituel tacite qu'ils avaient passé depuis le premier jour. Elle allait coucher Amy puis venait s'asseoir à l'une des tables où se trouvait déjà Carl. Parfois, ils parlaient des mois qui s'étaient écoulés quand ils étaient séparés, d'autre fois ils jouaient, comme aujourd'hui. Le silence ne durait jamais longtemps entre eux et, prévisible comme il était, Carl relança le sujet du match et de leur victoire.

« On vous a é-cla-té. »

Andrea arqua un sourcil..

« On était moins que vous, se justifia-t-elle en balayant sa phrase.

- Pff, toujours les mêmes excuses, rétorqua-t-il en souriant.

- Tu vas voir qui va t'éclater aux cartes, gamin. »

Et l'avocate tenu sa promesse puisque le pauvre garçon perdit rapidement la partie. Une revanche fut donc réclamée, mais l'intervention de Rick les interrompit et Carl lui fit promettre que, le lendemain, il gagnerait haut la main. Le shérif prit donc sa place tandis qu'Andrea rangeait les cartes.

« C'est gentil de ta part de passer du temps avec Carl, remercia-t-il.

- J'aime bien être avec lui, c'est un chouette gosse. »

Rick lui adressa un regard surpris.

« Quoi ? répliqua-t-elle en fronçant légèrement les sourcils.

- C'est juste que… Eh bien, il a onze ans, répondit-il. »

Elle haussa les épaules, déclarant qu'il était bien plus intéressant que certains hommes qu'elle avait croisés dans sa vie. Il ria doucement, puis s'éclipsa après lui avoir souhaité une bonne nuit.

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« Hey, déclara Andrea en entrant dans le mirador. »

Daryl tourna la tête dans sa direction, pas le moins du monde surpris de sa venue. Il s'y attendait plus ou moins, elle l'avait déjà rejoint plusieurs fois avant leur moment de froideur.

« S'lut. »

Il était assis à l'envers sur une chaise, son torse contre le dossier, tandis que ses bras reposaient également sur ce dernier. C'était loin d'être la position la plus confortable, mais elle avait au moins le mérite de le tenir éveillé.

« Tu n'dors pas ? questionna-t-il. »

Puis, il se rendit compte de la stupidité de sa question. Les lèvres d'Andrea s'étirèrent en un sourire moqueur et il devina qu'il allait avoir le droit à une de ses légendaires remarques.

« Si, bien sûr que si, ça ne se voit pas ? J'ai eu un peu de mal à venir jusqu'ici, d'ailleurs. Je pense qu'Amy ne devrait pas tarder à arriver, tu sais ô combien elle adooore dormir en marchant.

- Tss, typiquement l'genre de trucs qui n'm'avait pas manqué chez toi, soupira-t-il, néanmoins amusé.

- Pourquoi, certaines choses t'ont manquées ? répliqua-t-elle rapidement. »

Sa question le prit au dépourvu et, gêné, il ouvrit la bouche sans qu'aucun son n'en sorte. Andrea gloussa alors qu'elle s'installait sur un tabouret à côté de lui. Elle planta son regard dans le sien avant d'ajouter, sur le ton de la taquinerie :

« Moi, par contre, il y a une chose qui m'a manqué chez toi. »

Elle avait prononcé cette phrase si lentement, détachant bien les syllabes, qu'il en avait senti ses oreilles se réchauffer. Elle pinça brièvement les lèvres, puis esquissa un vague sourire aguicheur, pas certaine que ce dernier fasse le même effet qu'autrefois.

« Tu sais ce que c'est ? »

Daryl ne fit aucun mouvement, pétrifié. Bordel à quoi jouait-elle, encore ? Il était censé surveiller l'horizon, pas se retrouver dans l'incapacité de détourner le regard de ses yeux verts. Il était comme suspendu à ses lèvres, à la fois curieux et embarrassé.

« Ton arbalète, minauda-t-elle avant de tout bonnement éclater de rire. »

Le chasseur cligna des yeux durant quelques secondes avant de percuter le sens de ses mots. Son arbalète. Bien sûr. Elle avait encore réussi à le manipuler et il était une fois de plus tombé dans le panneau, comme lorsqu'elle l'avait forcé à traîner Amy dans les bois. Finalement, un léger rire s'échappa de ses lèvres et il s'autorisa même à la pousser de manière amicale, sans imaginer un seul instant qu'elle puisse perdre l'équilibre. Sous le coup inattendu, Andrea bascula sur le côté tandis que son rire mourrait dans sa gorge. Elle tendit les bras pour se rattraper, mais seul l'air glissa entre ses doigts. Le tabouret se renversa également et ce fut son postérieur qui rencontra en premier le sol dur, avant qu'elle ne s'étale de tout son long. Durant quelques secondes, il n'y eut plus aucun bruit dans le mirador.

« Merde, ça va ? demanda Daryl en se levant précipitamment. »

L'avocate s'appuya sur ses coudes pour se relever. Elle frotta sa nuque, puis saisit la main que lui tendait le chasseur.

« Je ne m'y attendais pas, répondit-elle une fois qu'elle fut sur pieds.

- 'Scuse, marmonna-t-il, un poil gêné de l'avoir poussé de la sorte alors qu'ils avaient déjà fait bien pire.

- Je ne suis pas en sucre, rétorqua-t-elle avec un sourire. »

Ça, c'était clair, il n'en avait jamais douté. L'atmosphère devint plus légère qu'auparavant, moins lourde en raison d'un flirt idiot. Il hocha la tête puis se rassit. Andrea remit en place son tabouret et l'imita. Ils ne parlèrent plus pendant un long moment, peut-être même une heure avant que la jeune femme n'étouffe un rire en se remémorant une discussion de la journée. Daryl releva la tête de ses bras pour poser son regard, l'incitant à expliquer son rire.

« Tu sais comment Amy a appelé Glenn, aujourd'hui ? »

Il secoua la tête.

« China. »

Elle l'entendit étouffer un rire qui venait vraisemblablement du cœur et cela la fit sourire. C'était agréable d'avoir de nouveau une conversation avec lui même si, habituellement, c'était elle qui parlait le plus et lui qui l'écoutait, sans jamais lui ordonner de se taire. Elle n'avait pas menti lorsque, quelques minutes en arrière, elle avait déclaré que quelque chose lui avait manqué chez lui. Sa présence, tout simplement. Parce que depuis qu'elle avait passé tous ses mois à cavaler, elle se sentait plus proche de Daryl que de Carol.

« On l'a bien élevé, acquiesça-t-il, un sourire amusé jouant sur ses lèvres. »

Andrea tilta à l'emploi du pronom. On. Elle le connaissait suffisamment pour savoir qu'il n'y avait pas de sous-entendus, pas de double sens derrière ça, mais juste une promesse. Elle n'était plus seule et elle ne le serait plus.

« J'espère que tu ne vas pas trop déteindre sur elle, répliqua-t-elle. »

Il haussa les sourcils, tournant la tête vers elle.

« Je vais en faire une vraie guerrière. »

Andrea gloussa.

« N'importe quoi, fit-elle en détachant bien les syllabes. Elle adore aider Hershel, elle sera une mini-fermière.

- Pourquoi ne pas la laisser choisir, plutôt ? proposa alors une voix qui les fit tous les deux sursauter. »

Glenn se tenait derrière eux, les bras croisés, et appuyé contre le mur.

« Je viens prendre la relève, en fait, expliqua-t-il devant leur regard interrogateur. »

Oh. Il était déjà si tard. Étrange comme ils n'avaient pas vu le temps passer. Daryl récupéra donc son arbalète qui traînait à ses pieds puis sortit tandis qu'Andrea se levait à son tour. Elle pressa le bras du Coréen en guise de salut, il lui glissa de passer une bonne soirée. Elle arqua un sourcil.

« Une bonne nuit, plutôt, non ? rectifia-t-elle. »

Il secoua doucement la tête, ses lèvres s'étirant en un sourire.

« On sait très bien tous les deux que tu ne vas pas te coucher de sitôt.

- Et pourquoi pas ? répliqua-t-elle en haussant les sourcils.

- Parce que je te parie tout ce que tu veux que Daryl est en train de t'attendre en bas, répondit-il, comme si c'était une évidence. »

Sa réponse la surprit puisqu'elle lui fit prendre conscience qu'au fond d'elle, elle avait espéré que le chasseur l'attende plus bas et ne s'enfuit pas tel un voleur. Elle tenta de sonder Glenn, songeant que c'était étrange qu'il lui fasse une remarque pareille puis, il esquissa de nouveau un sourire.

« Bouge tes fesses, il ne va pas t'attendre trois plombes, non plus. »

Comme il l'avait prédit, Daryl l'attendait devant le mirador. Ils se firent face de longs instants, sans que ni l'un, ni l'autre, ne trouve quoique ce soit à dire. Daryl commençait à se dire qu'il aurait mieux fait de rejoindre sa cellule, au lieu d'observer bêtement ses pieds. Les nuits étaient de plus en plus chaudes et celle-là ne dérogeait pas à la règle. Bien qu'étant habillée d'un chemisier, Andrea ne frissonnait pas. Elle se sentait même plutôt à l'aise dehors, si elle omettait le silence pesant qui s'abattait sur eux. Finalement, et comme toujours, ce fut elle qui le rompit :

« Tu veux marcher ? Je comptais faire un petit tour. »

Il acquiesça et les deux se mirent à marcher dans le vague terrain. La blondinette se retrouva quinze ans en arrière, lorsqu'elle arpentait les avenues du camping où elle avait l'habitude de passer ses vacances. Les mêmes sensations l'envahissaient. Celle d'avoir la vie devant elle, d'être immortelle et de penser qu'elle serait toujours jeune. Elle sentit un poids s'ôter de ses épaules tandis qu'elle fermait les yeux pour mieux apprécier la sérénité de la nuit. Elle revoyait son amie, Juliette, couchée sur le macadam d'une route que les voitures n'empruntaient que très rarement la nuit, avec seulement le bout de sa cigarette se consumant comme point de repère dans la pénombre. Juliette était en vie, elle en était sûre. Elle était certainement mieux préparée que quiconque, à engloutir des tonnes de séries et de jeux vidéo sur des hypothétiques apocalypses. S'il y en avait bien une qui s'était attendue à ce genre de choses, c'était elle.

« J'suis même pas crevé. »

La voix de Daryl la sortit de ses pensées et elle ouvrit les yeux pour diriger son regard sur lui.

« On s'habitue vite à ne dormir que très peu, commenta-t-elle. »

Elle non plus, ne l'était pas d'ailleurs et les paroles de Glenn prirent enfin un sens. Elle s'arrêta dans sa marche pour s'allonger dans l'herbe et, s'il la dévisagea d'un drôle d'air au départ, il finit par faire de même.

« La dernière fois que j'ai regardé les étoiles, je devais être à l'université, fit-elle remarquant avant de rire doucement. Mon Dieu, ça ne me rajeunit pas.

- Pareil. »

Elle tourna la tête dans sa direction avant de changer de position pour se mettre sur le ventre.

« Le grand Daryl Dixon a osé fouler le sol d'une université avec son petit sac sur le dos, stylo et carnet en main ? se moqua-t-elle gentiment.

- Nop. Le grand Daryl Dixon a dormi pendant trois mois au fond d'un amphithéâtre avant de comprendre que c'genre de connerie, c'était pas pour lui, corrigea-t-il sur le même ton.

- Trois mois, hein, répéta-t-elle. »

Elle se souvenait qu'à l'université, trois mois était une période qui s'écoulait beaucoup trop vite. Désormais, trois mois ressemblaient à trois longues années.

« Ouais. Y'avait une nana qui m'plaisait alors j'suis resté juste pour elle, continua-t-il, pensif. Mais elle en avait rien à carrer, de moi. »

Andrea pouffa de rire, avant de s'excuser platement. Non pas qu'elle se moquait de lui, mais c'était tellement risible de l'imaginer courir après une fille.

« J'espère qu'elle était jolie, au moins, déclara-t-elle finalement, les yeux toujours rieurs.

- T'as même pas idée, renchérit-il, un soupçon de sourire sur le visage. »

La blondinette changea une nouvelle fois de position pour se remettre sur le dos, le regard rivé en direction du ciel dégagé. Lorsqu'elle habitait en Floride, les étoiles se cachaient derrière un épais voile de pollution, mais ici, elle avait l'impression de pouvoir les toucher juste en tendant les bras. Cette fois-ci, le silence les enveloppant fut bien différent des précédents. Il avait un petit quelque chose de reposant, de beau, tout simplement. Si elle fermait les yeux, ne serait-ce quelques secondes, elle était certaine de sombrer dans les méandres du sommeil, quand bien même la fatigue ne la guettait toujours pas. Alors elle les garda grand ouverts durant un long moment, avant de jeter un regard en biais à son ami qui n'avait plus décoché un mot. En regardant de plus près, elle se rendit compte que Daryl s'était tout bonnement endormi, un bras replié sous son crâne tandis que l'autre main ne lâchait pas l'arbalète. Encore une fois, Andrea ne put s'empêcher de sourire devant ce spectacle puis, elle redirigea ses yeux sur les étoiles avant de les fermer, à son tour. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire elle s'était, elle-aussi, assoupie.

Ils ne furent pas réveillés délicatement, bercés par les premières lueurs du soleil, non. Ça, c'était dans les films. Daryl et Andrea furent tirés brusquement de leur sommeil par une belle averse de pluie, une petite heure plus tard. La jeune femme se réveilla en sursaut, avant qu'une goutte ne tombant pile dans son œil ne la fasse brusquement refermer ses paupières. Elle marmonna quelque chose d'incompréhensible, même pour elle, tandis que le chasseur se relevait déjà. Elle l'imita rapidement, époussetant ses vêtements plein de terre puis, l'averse se transformant petit à petit en pluie battante, ils rentrèrent se mettre à l'abri en trottinant. L'air s'était soudainement rafraîchi, si bien qu'Andrea venait à regretter de n'avoir vêtu qu'un pauvre chemisier fin qui lui collait à la peau en raison de la pluie. Elle était bien capable de choper un rhume en plein été.

« J'étais en plein rêve, grommela-t-elle en poussant doucement la porte du hall pour ne pas réveiller les autres.

- On s'est endormi comme des merdes, ajouta Daryl. »

Ce n'était pas exactement la comparaison qu'aurait utilisé Andrea, mais l'idée était là. A la fois fatiguée et bougonne d'avoir été tirée de son sommeil de la sorte, elle bailla tout en s'étirant avant de déclarer qu'elle allait rejoindre sa cellule. Il acquiesça et semblait déjà sur le point de partir lorsque la blondinette se hissa sur la pointe des pieds pour l'embrasser en guise de bonne nuit, comme elle le faisait avec les autres survivants. Mais Daryl n'était pas les autres survivants, et surpris par son geste, il tourna la tête. Au lieu de sa joue, ses lèvres épousèrent donc le coin de sa bouche, mais elle ne s'en rendit même pas compte, bien trop crevée pour penser correctement. En revanche, lui, s'en rendit bien trop compte et il resta immobile durant quelques secondes, tel un idiot, alors qu'elle entrait dans sa cellule en trainant des pieds. Intérieurement, il jura de se sentir aussi peu… Dixon quand elle lui faisait face et disait ou faisait des choses dont elle n'avait pas conscience de la portée. Merde !

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« Pourquoi tu me regardes comme ça ? demanda Andrea à Glenn qui s'arrêtait constamment de charger sa voiture en armes et munitions pour lui lancer des regards en biais. »

Elle avait bien remarqué qu'il avait ce sourire idiot qui illuminait son visage à chaque fois qu'ils se croisaient, et ça commençait sérieusement à l'agacer. Elle lui lança une bouteille d'eau qu'il attrapa in-extremis puis s'avança pour l'aider à refermer la benne du pick-up.

« Je n'ai pas le droit de te regarder ? rétorqua-t-il, amusé.

- Non, pas comme ça, grimaça-t-elle. Et crois-moi, je vais te faire bouffer ton sourire si tu continues. »

Il lui donna un coup de coude amical et elle plissa les yeux, cherchant à percer son petit manège.

« Allez, raconte.

- Racontez quoi ? répéta-t-elle, en ayant peur de comprendre ce qu'il insinuait.

- On ne m'la fait pas, à moi ! s'exclama-t-il en prenant une pose théâtrale. »

Andrea se fit violence pour ne pas lui adresser une œillade meurtrière, peu désireuse d'entrer dans son jeu.

« Rentre-nous en entier, déclara-t-elle finalement dans un soupir. »

Puis, elle le planta là pour retrouver Amy, n'ayant pas le moins du monde envie d'entendre une énième bêtise sortir de la bouche de Glenn. Un peu plus loin, la fillette creusait un trou pour y mettre son premier plant de framboisier, bien que le moment de sa première floraison était déjà passée. Daryl la secondait avec une patience qu'il ne se connaissait pas et il se retint même de sourire lorsqu'elle leva la tête vers lui après s'être étalée, sans le vouloir, de la terre sur le visage en se grattant.

« On dirait que tu as fait la guerre, commenta l'avocate en arrivant à leur hauteur, en référence au camouflage des militaires. »

Amy fronça les sourcils, ne comprenant pas pourquoi elle disait cela.

« Ben non, j'fais pas la guerre, moi, rétorqua-t-elle, sans aucun second degré. T'as vu, Daryl m'a ram'né un framboisier, c'est trop coool ! s'exclama-t-elle avant de retourner à sa tâche. »

Andrea ne put s'empêcher de sourire devant son enthousiasme. Elle n'était peut-être pas très utile au groupe pour le moment, mais au moins, mettait-elle de la joie dans cette froide prison.

« Je pensais que tu voulais en faire une guerrière, déclara-t-elle à l'intention du chasseur.

- Dans cinq ans, ouais. Quand elle sera plus grande qu'un plant d'tomates.

- Pas sans mon accord, ajouta-t-elle d'un sourire entendu.

- Chut, interrompit Amy en plaçant son index contre ses lèvres. (Les deux adultes froncèrent les sourcils.) Hershel dit toujours que les plantes aiment le silence. »

Daryl se retint de justesse de lui faire remarquer que le vieil homme avait certainement dit ça pour calmer son flux de paroles qui était relativement élevé. Alors, d'un commun d'accord, ils s'éloignèrent du potager, tout en gardant la fillette à portée de vue, au cas où quelque chose lui arriverait.

« Un framboisier ? questionna-t-elle. »

Il haussa les épaules, ne sachant quoi répondre à cela. Il était partit tôt dans la matinée pour attraper deux ou trois lapins et finalement, il était revenu avec un plant de framboisier qu'il avait déterré, faisant même attention à ne pas arracher trop de racines pour qu'il puisse repousser ailleurs. Ça c'était imposé à lui, il l'avait vu au pied d'un chêne puis s'était dit qu'Amy serait contente d'en planter un et avant même qu'il ne s'en rende compte, il s'était retrouvé à genoux dans la terre humide. Puis, alors qu'Andrea continuait de lui parler, le souvenir de la veille lui revint en mémoire, lorsqu'il avait malencontreusement tourné la tête. Son regard descendit sur ses lèvres qui déversaient quantité de mots avant de détourner les yeux, de peur de s'être fait grillé. Elle déblatérait, encore et toujours, mais il était bien incapable de comprendre un seul traître mot, trop obnubilé par les grands gestes qu'elle faisait pour ponctuer sa tirade ou même par la manière dont elle avait de ramener toujours cette même mèche blonde derrière son oreille. Pour sûr, Andrea était une belle femme, mais elle n'avait rien d'exceptionnel en soi. A vrai dire, s'il l'avait croisé dans la rue, il ne se serait même pas retourné après son passage. Déjà, parce qu'il ne le faisait jamais et ensuite, parce qu'elle était relativement commune. Alors pourquoi, encore une fois, n'arrivait-il pas à faire abstraction de son visage pour mieux écouter ses paroles ?

« Qu'est-ce tu fous, Darlena ? T'es en train d'penser comme une gonzesse, s'esclaffa Merle qu'il n'avait plus entendu depuis bien longtemps. »

S'il se concentrait, il pouvait presque l'imaginer derrière l'avocate, en train de mimer des gestes obscènes. Il voulut lui crier de dégager, mais il aurait été ridicule et le groupe l'aurait certainement pris pour un taré. Le tournis le prit soudainement et il essaya, tant bien que mal, d'ignorer son frère qui venait lui susurrer à l'oreille des phrases sans queue ni tête. N'y tenant plus, le chasseur ferma les yeux pour se couper du monde extérieur et ainsi ne plus le voir. Finalement, ce furent les mains froides d'Andrea qui entrèrent en contact avec ses joues qui mirent un terme à sa folie. Il ouvrit brusquement les yeux avant de remarquer que la voix de Merle ne résonnait plus dans ses tympans. Il avait tout simplement disparu de son champ de vision.

« Daryl, ça va ? Tu es en train de tourner de l'œil, s'inquiéta-t-elle en ayant les sourcils légèrement froncés. »

Cette fois-ci, il parvint à comprendre ses paroles. Il se dégagea de son emprise, pas très à l'aise par ce contact si franc, puis recula de quelques pas, baragouinant qu'il allait très bien. Mais il savait pertinemment que quelque chose ne tournait pas rond dans sa tête et, remarquant le regard que lui lançait la jeune femme, il devina qu'elle n'était pas dupe non plus. Durant un court instant, il pesa le pour et le contre de lui avouer que son frère venait parfois le hanter, espérant qu'elle ne poserait pas trop de question là-dessus, mais contre toute attente, il balança la conclusion à laquelle il était parvenu hier soir, dans sa cellule.

« Tu m'perturbes, lâcha-t-il. »

Andrea ouvrit grand les yeux, surprise.

« C'est une bonne ou une mauvaise chose ? demanda-t-elle, un brin hésitante.

- J'en sais rien, répondit-il avec honnêteté. »

Il détourna le regard sur Maggie qui montait dans un pick-up avant de soupirer longuement. Cette situation commençait sérieusement à l'embêter, lui qui n'avait jamais eu pour habitude de s'étendre sur des sujets pareils. La blondinette, quant à elle, avait beaucoup de mal à comprendre où il voulait en venir et croisa les bras sous sa poitrine, bien décidée à mettre tout ça au clair.

« Tu veux que je m'en aille ? questionna-t-elle.

- Pourquoi ? rétorqua-t-il.

- Je ne sais pas, à toi de me le dire. Un jour, on est amis et les jours qui suivent, tu me snobes comme si j'avais fait quelque chose de grave. J'avoue avoir un peu du mal à te suivre, parfois, termina-t-elle en fronçant les sourcils. »

Daryl se rendit compte que c'était exactement ce qui était en train de se passer. Ils avaient passé une bonne soirée, la veille, et aujourd'hui, il érigeait de nouveau des barrières entre eux.

« C'est quoi ton souci, au juste ?

- Mon souci, c'est toi. »

Les mots avaient fusé sans même qu'il ne puisse les contrôler. Andrea ne répondit rien, quelque peu blessée par sa réponse. Elle lui adressa un regard d'incompréhension avant de partir rejoindre Amy. Le chasseur roula des yeux tout en soupirant puis la talonna.

« Andrea, c'est pas c'que j'voulais dire, l'appela-t-il alors qu'elle continuait à avancer. »

Il l'interpella une nouvelle fois, mais bornée comme elle était, elle ne daigna même pas lui adresser la moindre œillade. Alors il accéléra le pas et attrapa son poignet, pour la forcer à lui faire face. Elle le foudroya du regard, il ne put empêcher un sourire railleur de naître sur ses lèvres, tant l'Andrea qu'il avait en face de lui, lui renvoyait l'image de son propre reflet. Toujours à s'énerver pour un rien, à ne pas se rendre compte de l'importance qu'elle avait dans le groupe.

« En fait, si, c'est bien c'que j'voulais dire : c'est toi mon souci, après les rôdeurs, déclara-t-il en la pointant d'un doigt qui la fit loucher. (Elle voulut se dégager, mais il resserra son emprise.) J'sais pas si t'as conscience du jeu auquel tu joues avec moi, mais t'as pas l'droit de débarquer comme ça, d'flirter comme une lycéenne et d'te changer de sujet comme si ça t'étais égal. Et l'souci, c'est que ça m'perturbe beaucoup trop. »

Le visage de la jeune femme s'était détendu, toute trace de colère ayant presque disparu.

« Donc ouais, reprit-il. T'es peut-être pas un problème pour les autres, mais t'es mon casse-tête. »

Andrea arqua un sourcil alors qu'il n'était toujours pas décidé à la lâcher puis elle plissa les yeux, tentant de sonder s'il cherchait à l'énerver ou s'il s'agissait juste de maladresse. Elle opta pour la seconde option lorsqu'elle remarqua que son regard ne cessait de s'agiter, sans jamais s'arrêter sur un point précis. Cette constatation la fit se détendre d'autant plus et elle s'autorisa même à sourire.

« C'est une drague foireuse que t'es en train de me faire, là ? »

Comme toujours, la situation s'était envenimée pour trois fois rien, puis était redescendue aussi rapidement. Daryl fronça légèrement les sourcils avant de se détendre à son tour, relâchant Andrea. Cette dernière massa son avant-bras rougi par sa forte poigne.

« Moi, te draguer ? Tss, ridicule, rétorqua-t-il en secouant la tête, néanmoins amusé. »

Ça ne l'avait même pas effleuré l'esprit avant qu'elle n'y fasse allusion.

« Ton casse-tête, hein ? répéta-t-elle. Je pense pouvoir m'accommoder de ce petit surnom. »

Il la poussa doucement tandis qu'un éclat de rire parvint jusqu'à ses oreilles. Puis, maladroitement, il la ramena vers lui en passant son bras autour de ses épaules et ce simple geste les surprit autant l'un que l'autre.

« Je pense pouvoir m'habituer à ça, aussi, ajouta-t-elle sur un ton prêtant au flirt. »

Cette fois-ci, il se prêta également au jeu en lui embrassant le haut de son crâne alors qu'à quelques mètres de là, Amy esquissait un grand sourire.

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Aarf, ça me fait tout drôle de clôturer Amy... Et cette fin qui n'était absolument pas prévue, mon Dieu ! Je l'ai changé je ne sais combien de fois parce qu'elle ne me satisfaisait jamais, horrible. Autant tout vous dire, ce chapitre était sensé faire la moitié de ce que vous avez lu, mais encore une fois, je me suis emballée et je n'ai pas pu m'arrêter. Voilà, voilà, j'espère que toute cette petite histoire vous a plu, malgré cette fin niaise à souhait et j'espère qu'on se retrouvera sur un prochain Andrea x Daryl, eheeh.

Merci d'avoir lu, j'vous aime !