Comme d'habitude, je remercie Manuka pour son soutien et ses corrections.
Découragé, l'adolescent se recroquevilla sur lui-même pour trouver un peu de chaleur. Il voulait comprendre… Il devait comprendre. Qui était cette femme ? Pourquoi il se sentait si proche d'elle ? Les derniers mots qu'elle avait prononcés revenaient inlassablement dans son esprit, tels une litanie.
« Mon ange », « mon cœur » : ces mots il ne les avait pas entendu depuis dix ans, depuis qu'il avait perdu sa mère. Ces mots c'étaient les surnoms affectueux qu'elle lui donnait lorsqu'elle le prenait dans ses bras, lorsqu'elle l'embrassait, lorsqu'elle le berçait, lorsqu'elle voulait le rassurer comme cette personne venait de le faire.
Elle avait aussi parlé d'un lien qui les unissait. Voulait-elle parler des liens du sang, du lien de parenté ? Et elle avait ajouté qu'elle faisait partie de lui… Parlait-elle des gènes, de l'éducation qu'elle lui avait transmis ?
Instinctivement il saisit la croix qu'il portait autour du cou. C'était le plus précieux trésor qu'il possédait, et pas seulement parce qu'elle était incrustée de pierres précieuses. Pour lui c'était avant tout le seul souvenir qu'il gardait de sa mère. Peut-être que c'était ce bijou le lien dont elle parlait, que c'est à travers lui qu'elle lui avait transmis sa force ?
Il aurait tellement aimé que ce soit elle qui soit venue l'aider. Mais repenser à sa mère le replongea dix ans plus tôt, lors de ce drame qui l'avait marqué à jamais, lors de ce moment où sa vie jusque là si heureuse avait basculé dans l'horreur, lors de cet instant tragique où sa mère était morte devant ses yeux.
Elle avait toujours tout fait pour lui cacher sa maladie, pour ne pas l'inquiéter, pour préserver son insouciance, son innocence Aussi n'avait-il pas eu le temps de se faire à l'idée que bientôt il serait seul. Il n'avait commencé à se douter de quelque chose qu'au moment où sa mère lui avait donné la croix, les yeux remplis de tristesse. Les deux jours suivants les visiteurs avaient défilé à la maison, chacun le regardant avec un air de pitié, lui mentant en disant que tout allait bien alors qu'il entendait sa mère tousser de plus en plus souvent, respirer de plus en plus mal. Pendant ces deux jours on l'avait empêché de la voir, sous prétexte qu'elle devait se reposer. Ce ne fut que le troisième jour que sa mère demanda à le voir. Monsieur Lougovoy, le chef et médecin du village lui avait fait sa toilette et l'avait maquillée pour rendre sa pâleur et sa maigreur moins choquante. La jeune femme lui avait alors fait ses adieux et Hyoga lui avait tenu la main jusqu'à ce qu'elle ferme les yeux. Il se souvenait de ses derniers mots : « Ne pleure pas mon cœur… Je dois te quitter pour rejoindre les étoiles d'où je pourrais veiller pour toi… Je t'aime petit ange ! ». Les mêmes mots que la voix avait prononcés. Et elle était partie après lui adressé son plus beau sourire.
Après le décès de sa mère, il avait été envoyé dans un orphelinat au Japon, que son soi-disant père qu'il n'avait jamais connu dirigeait. Là-bas il s'était retrouvé avec une cinquantaine d'enfants, tous des fils du célèbre Mitsumasa Kido, éduqués pour devenir les futurs gérants de ces entreprises. Tous seraient dirigés par celle a qui il avait tout légué : sa petite fille Saori Kido. Lorsque le milliardaire était décédé avant d'avoir pu achever ses projets, tous avaient subi des tests physiques, psychologiques et intellectuels pour ne garder que les meilleurs. Lui avait eu à peine le temps d'apprendre les mots les plus importants de la langue japonaise, premier mauvais point pour le niveau intellectuel. Physiquement, il avait toujours paru plus chétif que les autres. Le pire restait au niveau psychologique : on le jugeait associable, instable, capable de passer d'un extrême à l'autre en quelques secondes, plein de contradictions, à la fois farouche et sauvage.
Dès le début, il avait compris qu'il n'avait vraiment pas le profil recherché et qu'on allait le réexpédier aussi vite possible en Russie. Quelque part, il en était heureux car lui qui avait toujours manqué d'argent, qui connaissait la valeur des choses et surtout de la vie, il ne comprenait pas qu'on puisse miser de telle somme en bourse au risque de tout perdre, il ne comprenait qu'on expulse de pauvres gens pour revendre leur maison. Le plus dur pour lui avait été de quitter Seiya, Shiryu, Shun et Ikki, tous les deux frères. Ce fut les quatre seuls garçons avec qui il avait réussi à créer une amitié. Seiya et Shiryu avait réussi les tests haut la main. Ikki avait disparu du jour au lendemain après avoir annoncé à Shun qu'il viendrait bientôt le chercher et Shun avait eu la chance d'être adopté par une famille bourgeoise très aimante.
Lorsqu'il était revenu sur le sol russe, un soldat l'attendait. Il lui avait demandé s'il avait des choses à faire avant de pénétrer dans le camp pour un très long moment et le jeune russe avait exprimé le souhait d'aller sur la tombe de sa mère. Lorsqu'ils furent arrivés au cimetière, Hyoga fut stupéfait de voir que les villageois avait sculpté un cercueil de glace rien que pour elle, pour que le froid intense conserve sa grande beauté. Monsieur Lougovoy qui était en train de fleurir le cercueil, lui expliqua que le cercueil était transparent pour lui permettre de revoir sa mère lorsqu'il reviendrait en Russie puisqu'il ne se doutait pas que ce serait si tôt. Malheureusement, le jeune russe n'avait pas eu le temps d'en profiter. Le soldat l'avait agrippé pour l'emmener tout en lui disant ses mots cruels : « Allez petit, dis adieu à ta mère une seconde fois, je sens que tu n'es pas prêt de la revoir ».
Les larmes qui coulaient à présent ses joues et lui piquaient les yeux le ramenèrent à la réalité. Il ne savait plus s'il devait écouter la raison qui lui disait que sa mère était morte ou son cœur qui voulait croire à un miracle. Un léger coup de vent vint lui caresser la joue, l'invitant à se ressaisir. Il avait promis qu'il prendrait soin de lui pour que la voix n'ait pas à s'inquiéter et puisse se reposer et il comptait bien tenir parole, il devait bien ça à la voix.
Il se releva pour aller chercher du bois et fouilla dans son sac. Il se félicita d'avoir pensé à voler un peu d'eau et de la nourriture avant de partir et surtout… une boîte d'allumettes toute neuve, car le bois étant humide, il avait du en user un bon paquet avant que le feu accepte de prendre.
Une fois son paquet de biscuit avalé, il se coucha près du feu, allongé sur le côté, la tête sur son bras en guise d'oreiller. La position n'était pas vraiment confortable mais de toute façon il s'avait qu'emporté par ses cauchemars, il ne ferait que s'agiter toute la nuit pour finir par se réveiller haletant et en sueur.
Alors, une idée de qui est "la voix" ?
