Chapitre 2 :
Rêves et Réalité.
Tout était noir aux alentours. L'aube de la nuit triomphait et les étoiles dans le ciel miroitaient une obscure sérénade aux cris de désespoir environnants...
Naruto ré-émergea de son sommeil plein de sueur. Il s'assit à demi sur son lit de feuillage en se tenant les tempes qui lui brûlaient intensément. En regardant son poignet humide à côté de sa tête, il remarqua qu'il pleurait abondement et que des larmes perlaient continuellement de son visage. Pourquoi avait-il donc une telle migraine ?! Pourquoi ne pouvait-il se souvenir de ce qui s'était passé ?!
Il regarda alors autour de lui les yeux rouges sang pour reprendre ses marques, mais il ne voyait toujours personne, car il ne distinguait que le noir parmi la couche épaisse de ténèbres qui l'entourait. Le soleil ne s'étant pas encore levé, Naruto ferma les yeux longuement... Il avait si sommeil... Il pourrait toujours interpréter à ces rêves étranges plus tard... Il devait se reposer...
Il se rendormit finalement au bout de quelques instants exténué...
Un homme recouvert d'une toge épaisse brune munie d'une capuche marchait lentement sur un pont suspendu. Tout paraissait figé autour de lui. Des balles fluorescentes qui s'apparentaient à des bulles de savon tournoyaient autour de lui. A chaque pas qu'il faisait, certaines d'entre elles éclataient, et d'autres se créaient en une multitude de boules rebondissantes qui s'entrechoquaient inlassablement. Arrivé à l'extrême limite du pont qui était la seule liaison entre les deux falaises, il se retourna une dernière fois en arrière où seul transparaissait sous son épaisse et rugueuse cape un léger sourire.
« Attends-Sasuke ! Attends-moi ! »
Il hocha la tête en murmurant peiné ;
« Naruto... »
— Dégage de là, manant ! vociféra une voix énervée très proche.
— Hein ?! Euh... Quoi ? répliqua étourdiment Naruto en sentant un coup de sabot lui fendre le flanc.
Il roula instinctivement sur le côté emplissant sa tunique orange de poussière noirâtre. Lorsqu'il rouvrit les yeux encore embrumés, Naruto distingua finalement qu'il se trouvait toujours sur un sentier de terre emprunté par de nombreuses caravanes. Celle qui l'avait renversée se trouvait encore là et le meneur de la charrette lui dardait un regard détestable.
« Campagnard... », maugréa le pressé passant qui larda un coup de cravache sur la selle de ses chevaux de traits qui dégagèrent de la route rapidement.
Naruto se gratta la tête encore abasourdi puis observa son environnement. Il avait vraiment dû être fatigué pour n'avoir pu remarquer toutes les caravanes qui résidaient encore autour de lui. Il se trouvait dans une petite clairière clairsemée où tombait continuellement des feuilles fanées. Il pouvait apercevoir certaines personnes qui pliaient leurs bagages avec allégresse ou d'autres qui se dépêchaient de remballer leur tente et partir vite fait de cet endroit.
Parmi toute cette agitation, Naruto demeura sur son séant les yeux encore ensommeillés de cette nuit peu confortable. Il avait des courbatures épouvantables et des migraines qui lui perçaient périodiquement le crâne. Il n'en avait pas tenu compte la veille en raison de tous les événements s'étant déroulés les uns après les autres à une effroyable vitesse, mais maintenant qu'il était statique, il percevait ô combien il était démuni ici. Il se roula en boule en observant envieux les personnes environnantes qui elles, savaient où elles allaient, ce qu'elles allaient faire ensuite et surtout, qui avaient une compagnie.
Puis il éternua.
« Flûte, j'ai dû prendre un coup de froid... », diagnostiqua Naruto en reniflant sèchement.
« Hum Hum Hum... », se fit brusquement entendre derrière Naruto qui sursauta, n'ayant senti cette soudaine présence dans le dos. Du fait de ses réflexes de ninja, Naruto bondit rapidement de sa place tel un lapin en déroute et s'éloigna en vitesse pour prendre une position reculée par rapport à l'assaillant.
L'assaillant se retrouva être un vieillard en haillons portant un chapeau de paille et ayant pour ceinture seulement une corde qui dégringolait de sa défroque constellée de tâches. Lorsque celui-ci releva la tête et enleva la main d'où il avait poussé ses humements, Naruto s'attacha surtout à ses yeux narquois qui ruisselaient d'une évidente humeur joyeuse et l'on pouvait présumer d'une certaine hilarité à l'air souriant de ce vieux bonhomme amène. Ses longs cheveux noirs jais à leur bout et blancs à leur racine lui tombaient en cascade sur les épaules et jusqu'à son petit torse fluet.
Naruto rigola gêné d'avoir eu si peur d'un si apparent innocent et inoffensif vieillard et se nettoya rapidement de la poussière recouvrant sa tunique, avant de se rapprocher de lui pour lui tendre la main toujours embarrassé.
— Bo-onj-jour ! Puis-je sav-voir qui vous êt-tes et surt-tout, où je suis ? questionna Naruto en bégayant à la fois sous le froid et du fait qu'il n'avait plus l'habitude de parler à quelqu'un. Il fut rassuré cependant au sourire continu du vieillard où il y fut surpris d'y voir seulement des dents saines.
Celui-ci lui rétorqua sur un ton apparemment amusé.
— Gamin, tu ferais mieux de retourner une fois de plus ta langue dans ta bouche avant de parler. Et puis ; n'est-ce pas impoli de ne pas te présenter d'abord avant d'accoster ainsi le pauvre vieux que je suis ?
Naruto roula des yeux en poussant un soupir exaspéré. Il s'interrompit un moment en se figeant, puis sourit. Cela lui paraissait une éternité également qu'il avait eu une réaction naturelle.
Le vieil homme le regardait désormais perplexe de son subit mutisme.
— Qui-y-a-t-il ? Est-ce mon attirail qui te fait rire ? interrogea-t-il à Naruto en tirant sur ses vêtements décrépis.
Naruto rigola en hochant la tête.
— Ce n'est rien, et ce n'est pas de votre faute... affirma-t-il en tendant la main. Mon nom est Naruto Uzumaki, un ninja de Konoha. Et... vous ?
Le détenteur du chapeau de paille s'esclaffa avant de lui offrir également sa paume.
— Janov Pelorat, historien de son état.
Ils se serrèrent la main et Naruto ramassa sa tête toujours penaud.
— Puis-je savoir où je suis maintenant ?
Le vieillard le dévisagea.
— Tu n'es pas d'ici, pas vrai ? le cerna-t-il sur un ton accusateur.
Naruto acquiesça et l'autre homme soupira avant de continuer.
— Nous sommes en campagne comme tu peux t'en douter et comme tu me sembles avoir d'assez vagues notions en géographie au delà de toute le reste, il serait plus sage pour toi de te questionner sur l'identité des personnes ici présentes qui sont si pressées de partir plutôt que sur l'endroit où tu te trouves.
Ils toisèrent autour d'eux toutes les caravanes qui partaient et se dirigeaient vers l'autre flanc de la colline.
— Alors, qui sont-ils ?
Le vieillard haussa nonchalamment en retour les épaules et lui envoya un clin d'œil.
— Je ne sais pas non plus.
Naruto le regarda perdu en essayant de faire le tri dans le désordre de toutes les informations qui lui parvenaient.
Naruto reformula alors sa question minutieusement.
— Alors... Comment avez-vous donc atterri parmi eux ?
L'homme âgé haussa encore les épaules.
— Comme toi je suppose, je me suis endormi ici car c'était un petit coin bien confortable, bien que tu ne sois pas arrivé de la même manière ici, rétorqua-t-il en gloussant.
— Qu'entendez-vous par là ? ménagea dangereusement Naruto passablement agacé par cet excentrique historien.
— Je dois dire que le cochon qui t'a poursuivi s'est montré particulièrement insistant.
Naruto écarquilla les yeux et se mit à rouspéter en colère.
— Vous étiez là pendant tout ce temps ?! Vous aurez pu m'aider quand même !
Le vieil homme explosa alors de rire, et Naruto se mit également à rigoler malgré lui.
Quel étrange vieillard...
— Soit ! s'exclama l'ancêtre en haillons qui resserra sa corde autour de sa taille. Il convia à Naruto un sourire engageant ; ça te dit de faire un petit bout de chemin avec moi ?
Naruto soupira avant de refuser.
— Je dois aller quelque part, et je ne peux pas me permettre de dévier ma route... J'ai certains amis qui m'attendent...
Le ton qu'utilisa Naruto fut amer mais l'autre vieux ne fut troublé par celui-ci et questionna en retour curieux.
— Puis-je savoir où comptes-tu aller ?
Naruto ne vit pas les prunelles de son interlocuteur s'éclaircir légèrement à cette question puisqu'il souffla en fermant les yeux fatigué.
— Konoha...
Naruto sentit alors une main se poser sur son épaule. Il leva la tête et vit le vieillard lui envoyer un sourire étincelant.
— Je vais également à Konoha.
Naruto le regarda éberlué avant de sauter de joie.
— Vous venez de Konoha ?!
— Pas exactement... répondit mystérieusement l'autre homme toujours avec un grand sourire aux lèvres.
Il tourna alors son regard vers là où convergeaient toutes les caravanes. Il retourna son regard espiègle vers Naruto.
— Autant se mettre en route dès maintenant alors !
Naruto sursauta encore une fois.
— Quoi ?! Mais je ne sais pas où se situe Konoha justement !
— Tu n'es pas très observateur...
Naruto releva les bras croisés de Janov et sourit à son tour.
— Vous voulez dire...
Il acquiesça.
— Oui, gamin... À ton avis, où se dirigent toutes les caravanes ?
Naruto commença déjà à décamper, mais au moment de partir, il se retourna à demi vers le vieil homme, le regardant d'un air coupable.
— Je suppose que ce n'est pas très poli, n'est-ce pas ?
Le vieil homme acquiesça encore et Naruto soupira en pensant qu'après coup, cela lui éviterait de toute façon de se perdre.
— Je vais au moins vous accompagner jusqu'à là-bas alors. Puis-je vous tutoyer ? Je suis un peu gêné par toutes ces formalités.
— Bien sûr !
Sur ces paroles, le vieillard réunit ses affaires qui étaient placées à quelques pas de lui, et qui se résumaient simplement à un simple bâton de bois et à un petit sac noir qui contenait sans doute toutes ses affaires. Naruto était demeuré sur place à le regarder. Suivant le conseil de son aîné, il l'observa intensivement durant ce court laps de temps. Il remarqua que ce vieux avait au moins dû dans le passé avoir reçu une formation de shinobi à ses déplacements furtifs qui étaient le plus économe possible en énergie.
— Un problème ? interrogea le désormais guide de Naruto avec un sourcil arqué.
Il reçut comme réponse un poing vivement levé en l'air.
— Aucun !
Ils débutèrent leur voyage.
Ils longèrent d'abord des champs de riz, pour s'embarquer ensuite dans un sentier entouré de deux plantations de blé rayonnants au soleil. Ils discutèrent tout le long de choses ineptes sur comment était le temps par exemple, ou qu'est-ce qui les avait poussé à voyager.
Au cours de leur lente marche, Naruto avait dû s'adapter au rythme de son nouveau compagnon. Bien qu'il était exaspéré d'avancer si lentement, il était quand même content d'avoir finalement de la compagnie, même si c'était avec une personne qui ne lui était pas familière.
Ils arrivèrent finalement en haut d'une petite colline verdoyante où ils s'arrêtèrent pour déjeuner. Le vieillard sortit de son sac deux sachets de ramens instantanés, comme s'il avait deviné momentanément quel avait été le plat préféré du bougonnant blond qui fixait la petit casserole où cuisait le bouillon.
— Alors gamin, que projettes-tu de faire à l'avenir ?
Naruto s'étira longuement et allongea son dos sur la verdure de la pairie en contemplant les nuages dans le ciel.
— Je ne sais pas... Je souhaite d'abord retrouver mes camarades... Et aussi retrouver mes souvenirs...
— Tu es amnésique ? siffla surpris le vieillard aux yeux arrondis.
Naruto hocha la tête.
— Non, j'ai juste certaines cases qui me manquent... Comme si l'on avait extrait une partie de ma mémoire... Et j'ai aussi des fréquentes migraines et des crampes qui m'élancent parfois... attesta Naruto dépité en portant sa main à son front. Il rajouta mentalement : Et mon problème de chakra également...
Son congénère sembla réfléchir alors un moment en levant ses yeux vers le ciel également. Il claqua alors des doigts comme s'il venait trouver la solution à une énigme, puis il chercha dans son sac une petite besace qui contenait de la poudre blanche.
Il l'offrit à Naruto :
— Je ne sais ce que je peux faire concernant tes problèmes concernant ta mémoire, mais par contre, pour les maux de tête et autres rougeurs, j'ai des médicaments qu'une amie à moi aime préparer durant son temps libre.
Le vieillard dilua le sachet dans la gourde remplie d'eau de source et donna la solution à Naruto. Le blond lui adressa de grands yeux bleus reconnaissants en prenant des deux mains le récipient et s'abreuva du contenu.
Il nettoya sa bouche :
— C'est vrai que l'on se sent mieux après avoir englouti ça ! rigola Naruto.
Le vieillard s'esclaffa en retour en se tenant la panse.
— Soit ! Le repas est prêt ! déclama celui-ci.
Il déversa le contenu de la casserole dans un seul bol qu'il donna à Naruto.
— Vous ne mangez pas ? questionna l'adolescent troublé en prenant la porcelaine chaude des deux mains.
— Les p'tits vieux comme moi n'ont besoin que de peu de ressources. Et puis cela me revigore de voir un jeune au ventre gargouillant comme toi pouvoir se rassasier.
Naruto, qui n'avait que peu de connaissance du corps humain, haussa les épaules et commença à déguster le vermicelle avec ses deux nouvelles baguettes. Son bienfaiteur ne faisait que le regarder intensément durant son repas. Naruto le remarqua bien mais ne releva pas, bien trop affamé. Quand il eût fini, il s'allongea de nouveau sur l'herbe rase en s'étirant encore une fois. Le vieillard quant à lui se leva et sembla porter ses yeux au loin.
— De là, on peut voir Konoha.
Naruto se releva immédiatement.
— Où ça !? Où ça !?
— Là-bas, informa l'autre homme en pointant une petite ville de campagne, cernée entre de multiples valons. Naruto ne distingua pas cependant les caractéristiques particulières de son village d'origine. Il n'y avait ni les statues à l'effigie des Hokage, ni la montagne et même l'architecture ne concordait pas...
Naruto fut déçu et baissa les bras.
— Mais ce n'est pas Konoha, se plaignit-il.
Confus, le vieux personnage se retourna vers lui déconfit.
— Mais c'est Konoha. Je ne vois pas de quel Konoha tu veux parler.
Le vieillard toisa étrangement Naruto qui s'exclama :
— Je veux dire, ce n'est pas ma Konoha, la mienne est beaucoup grande ! déclama Naruto en élargissant de larges bras.
— Hmm, je ne sais pas si beaucoup de villes ou de villages portent ce nom particulier mais soit, rétorqua le vieux d'un haussement d'épaules.
Il ramassa ses affaires mais vit que Naruto ne suivait pas le mouvement.
— Que fais-tu, tu ne viens pas ?
— Ce n'est pas ma Konoha ! bouda Naruto en croisant les bras.
Le vieux s'esclaffa.
— Soit gamin ! Tu peux rester planté là pour toute l'éternité si ça te chante, mais en tout cas, moi, mon temps est précieux !
Voyant son compagnon en train de partir le sac à la main, Naruto courut vers lui ne voulant pas rester seul et décidant de toute façon qu'il pourrait bien trouver des informations utiles là-bas...
Ils arrivèrent aux portes de Konoha vers la fin de l'après-midi, celles-ci faisaient cinq mètres de haut et s'encadraient dans un pan de bois vermeil qui s'enlisait tranquillement dans l'enceinte de la ville qui ne paraissait plus si petite vue de près. Deux gardes qui portaient d'insolites objets en forme de deux tubes superposés étaient postés devant. Ceux-ci leur demandèrent de présenter leur papier d'immatriculation. Le bourlinguant au chapeau de paille sortit de sa poche un précipité qu'il leur montra et les deux représentants de l'ordre blêmirent en le voyant. Naruto curieux tenta de voir ce qui était marqué dessus, mais Janov rangea rapidement son précieux document. Naruto remarqua également que les deux autres individus s'apprêtèrent à se courber mais que son compagnon leur fustigea de n'en rien faire. Ils s'empressèrent de rentrer rapidement à l'intérieur de l'agglomération. En se retournant, Naruto vit que les deux gardes le regardaient bizarrement.
Naruto posa alors une question.
— Pourquoi tout ce remue-ménage ?
— De nombreux brigands parsèment les forêts ces temps-ci, répondit évasivement le vieil homme en haillons alors qu'ils traversaient un petit pont de pierre.
— Je ne parlais pas du fait qu'il y ait des gardes, mais pourquoi ont-ils été si surpris en scrutant ta pièce d'identité ?
Janov haussa les épaules.
— Les gens ici semblent respecter les hommes de l'art, que veux-tu ?
Naruto soupira, son interlocuteur ne semblait pas très loquace lorsque le sujet portait sur lui. Il tenta une autre manière de le faire parler :
— Quelles étaient les armes que portaient les officiers à l'entrée du village.
Janov se retourna vers lui interloqué.
— Je ne sais pas de quelle cambrousse tu sors, gamin... Mais soit ! Ce sont des carabines !
— Carabines ?
Le vieillard soupira et expliqua à un Naruto éberlué le fonctionnement de ces pièces en métal et leur apparition il y avait déjà dix ans de cela. Naruto qui n'en avait jamais entendu parler fut sceptique de ne pas connaître l'existence de si redoutables objets technologiques mais comme il avait d'autres soucis, il ne s'en préoccupa pas réellement.
Arrivés au centre ville, Naruto tendit la main vers le vieux.
— Je crois que c'est l'heure de nous quitter Janov, ce fut un bon petit chemin que nous avons parcouru ensemble, mais je dois partir de mon côté maintenant pour aller chercher mes compagnons.
Janov acquiesça avec un feint sourire.
— Soit ! Je vais également vaquer à mes affaires du coup. Je suis content de t'avoir connu ; Naruto. J'espère que tu trouveras ce que tu cherches ici.
— Moi de même, Janov. Ceci est un adieu comme je ne pense pas que nous aurons l'occasion de nous revoir.
Les pupilles de l'homme s'embrasèrent alors d'une certaine langueur.
— On ne sait jamais, petit, ce que peut nous réserver l'avenir, rétorqua le vieillard qui parut parler d'expérience. Et qui sait ? Qui sait si nous ne nous rencontrerons pas de nouveau un jour, puisque certaines personnes sont destinées à se rencontrer.
Naruto lança un regard équivoque à l'homme au chapeau de paille qui commençait déjà à s'en aller de son côté toujours avec sa démarche lente et chaloupée.
— Bizarre... murmura Naruto avant de hocher la tête et de s'engager dans la foule.
Naruto commença sa récolte d'informations, mais ne trouva aucun ninja auquel il aurait pu demander l'emplacement de son village caché, au bout pourtant de plusieurs heures de marche. Il fut de plus perturbé constamment par les différents stands qui offraient des fanfreluches partout où il allait. Il était étonné de voir une telle effervescence. Il vit plusieurs fois des enfants gambader avec gaieté dans les rues en portant des masques de renard. Cela rappela à Naruto combien la présence de son propre renard lui manquait.
Il soupira.
La lune commençait déjà à poindre dans le ciel bleuté parsemé d'étoiles, et Naruto décida d'aller manger dans un restaurant qui offrait des ramens. Il prit sa commande et s'assit sur une table en retrait. Il commanda plusieurs bols et les serveurs étonnés d'un tel appétit paraissaient faire une file pour servir le glouton sur pieds.
Puis au bout d'un moment, le propriétaire du restaurant vint à lui en le fixant d'un œil critique.
— Avez-vous de quoi payer... monsieur ?
La bouche pleine de pâtes, Naruto se retourna vers le chef.
— Grargh ! grargha-t-il en postillonnant involontairement sur le personnage en tablier qui écrasa énervé ses mains sur la table.
— Est-ce un oui, ou un non ?! questionna brutalement le cuistot.
Naruto avala tout ce qu'il avait dans la bouche et fouilla dans ses poches. Il avait oublié qu'il n'avait pas de monnaie sur lui. Remarquant son désarroi, le responsable de l'échoppe ordonna à ses serveurs de cerner le blond qui, en réponse, renversa la table en avant et prit littéralement la poudre d'escampette.
Naruto repu apparut subitement dans une ruelle et bailla farouchement en étirant ses bras. Il était surpris d'avoir pu réussir sa technique de déplacement rapide. Il remercia mentalement le remède du vieillard qui semblait avoir résolu quelques uns de ses problèmes physiques. Naruto choisit de régler ses soucis financiers plus tard. Il était si fatigué qu'il s'assagit en prenant place entre deux poubelles qui le camoufleraient de ses possibles poursuivants.
Il s'endormit rapidement.
D'épaisses volutes de fumée s'échappaient de la terre pour monter vers le ciel noir d'encre du fait des multiples feux de forêts se déclarant sous la nuit sans lune. Une bête hideuse aux multiples pattes et queues se dressait à l'horizon dans une cacophonie infernale en criant une complainte amère et haineuse. À chaque fois qu'elle ouvrait la bouche, de multiples balles obscures de destruction massive en émergeaient et détruisaient tout autour d'elles. Seul un chaos démesuré régnait dans ce lieu ravagé. Des montagnes de cadavres s'amoncelaient sur le terrain remanié par les différentes techniques à l'absurde puissance cataclysmique. L'air était teinté de sang, et on pouvait seulement entendre les râles d'agonies tournant en dérision le dernier effort de l'Alliance.
Ceci marquait la fin définitive des Ninjas, ainsi que la fin d'un cycle, et le début d'un autre...
Un bras se tendit soudain lorsque l'un des projectiles dévastateurs cingla le ciel vers la dense forêt au loin qui s'élançait sur des centaines de kilomètres. Un « Non ! » retentissant ainsi qu'un bras tendu se firent voir alors que tous purent voir l'explosion titanesque apparaissant dans une myriade de couleurs embrasées flottant vers le ciel.
« Non... Ce n'est pas possible... Cela ne se peut ! » objecta vivement une voix alors que la personne ayant prononcé cette phrase frappait de ses poings impuissants le sombre sol. Il leva les yeux devant lui et y vit ses amis qui versaient des larmes ensanglantés de rage et d'affliction.
« Tu nous avais promis Naruto ! Tu nous as menti ! »
Je vous ai menti...
L'adolescent blond se tint la tête et hurla.
Le hurlement de Naruto se réverbéra dans la réalité. Il se débattit un moment en cognant tout ce qui arrivait à sa portée. Il n'arrivait pas à reprendre le contrôle. C'était impossible. Il devait les sauver. Il devait les secourir. Il devait-
Boom !
Il rencontra nez à nez un mur qui lui fit reprendre ses esprits. Il se remémora qu'il était dans Konoha, une ville inconnue peuplée d'inconnus, une Konoha qui n'était pas la sienne. Pourquoi cette ville portait-elle ce nom ? Pourquoi ? Pourquoi tant de pourquoi ?
Naruto se recogna la tête contre le mur.
Il devait se calmer. Il devait reprendre son naturel. Il ne devait surtout pas désespérer. Ceci n'était que des rêves, des illusions ; ses craintes. Elles ne reflétaient aucunement la réalité. Oui. C'était sûr !
« Hahahaha ! Bien sûr que j'en suis certain ! Quelle question ! »
Il se recogna encore une fois la tête contre le mur pour se persuader.
Il se rendit alors compte que la paroi sur-laquelle dégoulinait son sang portait une affiche, un panneau de recherche plus exactement.
Recherché pour délit de fuite après avoir foutu le bazar dans un restaurant.
Génial...
Cette journée s'annonçait épique.
Et suprêmement chiante.
Il se releva en enleva toutes les peaux de bananes qui lui collaient aux basques en se rappelant où il était ; dans une ruelle déserte. La question maintenant, c'est comme allait-il pouvoir chercher des informations maintenant qu'il allait être poursuivi par les agents de l'ordre.
Il croisa les bras.
Il remarqua alors la présence d'une toge tôlée en voie de désagrégation, qui trônait majestueusement sur une poubelle.
Un de ses sourcils s'arqua.
« Je ne vais pas me rabaisser à ça, non ? »
Malheureusement si.
Il se vêtit de la chose qu'il espérait appeler blouson et se drapa intégralement. Il se boucha le nez aux effluves qui remontaient de son nouveau vêtement.
« Grargh ! »
Il jeta le machin au sol.
Toutefois, tout son tintamarre avait attiré une populace qui le regardait avec curiosité.
Et des soldats s'approchèrent.
Naruto tourna son regard et remarqua qu'il avait rapidement été cerné par une dizaine d'hommes armés de carabines.
« Rendez-vous sans vous battre ! »
Naruto rétorqua instinctivement par un coup de pied volé. Les armes se braquèrent sur lui, et Naruto qui se souvenait de ce que lui avait dit le vieil homme tenta d'esquiver les trajectoires des balles mais en reçut malheureusement une à l'épaule.
« Putain ! Ça fait un mal de chien ces trucs là ! »
Il s'accroupit alors, et fit un coup de pied rotatif autour de lui qui renversa neufs d'entre eux. Il saisit une des armes qui venait d'être rechargée et en braqua une sur le dernier d'entre eux qui le visait.
Il tira.
Et celui-ci tressaillit sur place à la vision qui le prenait. L'homme sur lequel il avait appuyé la gâchette tombait mollement au sol en se tenant convulsivement la poitrine.
Du sang s'échappa du torse de son assaillant...
Assassin...
Cela devait être rêve, un cauchemar même. Cela ne pouvait être la réalité, cela ne se pouvait !
Meurtrier...
« Hahahaha ! »
Il devint définitivement fou.
D'une manière ou d'une autre, il parvint à s'enfuir du contingent.
Le ciel pleurait continuellement des gouttes. Naruto, blessé, s'était retrouvé trépassant proche d'un cimetière. Sa défroque déchirée dégoulinait de sang. Il était perdu, souffrant et culpabilisé. Il entendait au loin les cris des hommes qui le pourchassaient. Il ne comprenait pas l'enchaînement des événements. Il voulait tant revenir dans le passé, pour comprendre ce qui s'était déroulé.
Alors, entre toutes les tombes, titubant lentement, il s'approcha d'une immense pierre qui lui rappelait bien des souvenirs.
Il baissa les yeux dessus.
« Mémorial »
Son corps se figea à ce mot, mais il ne put se retenir de lire la suite.
« En l'honneur de la naguère et verdoyante cité de la Feuille ; la Resplendissante, Konoha »
Et encore en dessous, il y avait des fleurs funéraires qui affichaient une date.
« Anniversaire des cinquante ans »
Naruto ferma les yeux.
Il rigola.
Amèrement.
Il était définitivement seul maintenant. Il le savait. Il ne pouvait plus revenir en arrière. C'était impossible.
Tout était fini.
Il arrêta de respirer.
« Gamin ! »
Il sentit une légère tape sur son visage.
« Gamin ! Réveille-toi ! »
Cette voix lui paraissait si familière...
« Naruto ! Réponds-moi ! »
Il ouvrit les yeux.
Vides.
Il se trouvait dans une pièce close, sur un lit, avec des bandages partout sur son corps.
« Où suis-je ? », questionna-t-il.
Son interlocuteur lui sourit.
« Eh bien gamin, on peut dire que tu m'as foutu une sacrée frousse. En tout cas, on peut dire que tu sais faire du grabuge- »
« Où suis-je ? », répéta-t-il.
« À Konoha voyons ! Moi qui avais cru que tu étais mort en te- »
« Vous mentez ! »
Silence.
« Vous mentez ! Le monde me ment. Ceci n'est pas réel, ceci- »
Quelqu'un le gifla.
« Première chose gamin ; je ne t'ai pas menti. Seconde chose ; tu arrêtes tout de suite ce cinéma. Et troisième chose, laisse-moi le temps de t'expliquer. »
Naruto s'assit et grinça les dents.
« Qui êtes-vous alors ?! »
« Janov Pelo- »
« Vous mentez encore... »
Silence...
« Et toi, qui es-tu ? »
Qui suis-je ?
« Je suis- »
Un ninja ?
...
« Je suis Naruto Uzumaki. »
Ceci était la réalité.
Une réalité inaliénable...
