Acte III : Les Trois coups

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Si Andromeda n'avait pas réagi si vivement à l'interrogatoire, Bellatrix aurait sans doute lâché le morceau. Elle avait, après tout, très rarement vu Ted et sa sœur ensemble. Mais elle venait de comprendre que ce qu'elle avait pensé être une méchante boutade avait une résonnance particulière pour sa sœur. Elle doutait que ce Tonks s'intéresse à elle, mais il était évident qu'Andromeda, elle, s'intéressait à lui.

Elle commença par tenter de distraire Andromeda. Elle lui fit rencontrer à intervalle régulier Rabastan et les autres garçons de son âge, elle espionna sa correspondance, et surtout, elle ne dit rien. La vengeance est un plat qui se mange froid, mais elle n'aurait peut-être même pas besoin d'affronter ce Tonks à la rentrée : il suffisait qu'Andromeda l'oublie pendant l'été. La distance et l'absence avaient raison de relations bien plus solides et réciproques que la leur.

Mais le plan « Amour d'été » ne fonctionna pas. Bellatrix elle-même devait admettre que les garçons de l'âge d'Andromeda étaient très immatures.

Alors Mrs Black, qui avait la même idée que son aînée, autorisa Andromeda à sortir à Pré-au-Lard avec Sirius et ses amis. Le fils Potter ou le fils Pettigrew étaient toujours de meilleures fréquentations qu'un Né-moldu, et dans ce village exclusivement magique, elle ne ferait pas de « mauvaise rencontre ».

Un jour qu'ils marchaient entre cousins dans les collines qui surplombaient le village et donnaient une superbe vue sur le parc de Poudlard, Andromeda expliqua à son cousin qu'elle avait trouvé des brochures au Manoir qui lui laissaient penser qu'ils ne se verraient pas en août.

- Mère a trouvé une colonie de vacances qui prône les vraies valeurs, grimaça Andromeda. C'est agréé par le Ministère, sous la couverture « conservatrice », donc la brochure reste assez vague… ça n'a rien d'un camp lavage de cerveau, mais clairement, en sélectionnant les participants du camp, ils ne risquent pas d'avoir de voix dissidentes s'ils ont des discours… grindelwaldiens…

Sirius n'en attendait pas moins de sa tante et de son oncle.

- Mais il y a la coupe de Quidditch ! dit-il très pragmatiquement.

Elle avait lieu en Espagne, mais Sirius, comme beaucoup d'Anglais, comptait y assister en personne. Orion Black aimait trop le Quidditch pour refuser un match à ses deux fils.

- Oh, ils ne nous refuseront pas une rediffusion… dit Andromeda, amère.

- Mais… !

- Hé, tu prêches une convaincue… Je garderai la tête sur les épaules, Sirius. Ils n'arriveront jamais à me faire changer d'avis sur l'essentiel.

- J'espère, dit-il, l'air tout de même inquiet.

- Je suis plus inquiète pour Narcissa. Elle vient aussi, et elle, risque de bien trop aimer ce qu'on dira là-bas.

- Bah. Elle n'entendra rien là-bas qu'elle n'ait entendu mille fois à la maison.

- Mais profs disent que l'apprentissage vient de la répétition, dit-elle, pensive.

Sirius ne trouvait rien à redire. C'était leur tragédie à eux, adolescents du monde magique des années 1970. Ils savaient tôt ce qui se passait, mais ils étaient trop jeunes, impuissants et dépendants de leurs parents pour faire quelque chose.

Andromeda savait que Sirius rêvait d'indépendance. Il ne s'en cachait pas. A l'âge où les troisième année pensait à demander leur propre accès Cheminette pour Noël, lui, parlait déjà de quitter la maison.

Elle, supportait tant qu'elle pouvait. Mais elle commençait déjà à se demander si, à terme, elle ne suivrait pas la voie du cousin rebelle. Dans un premier temps, elle pourrait demander à vivre chez l'oncle Alphard. C'était le plan A de Sirius et le meilleur qu'elle ait trouvé jusqu'ici.

Mais pour l'heure, le Camp Joie de la magie l'attendait.

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Il correspondit à ce à quoi elle s'attendait. Beaucoup de Quidditch, des petits bals pour adolescents, des groupes de discussions pour se réapproprier les valeurs de leurs familles, quelques cours d'« histoire alternative », qui critiquait implicitement le Code International du Secret magique ou leur faisaient répéter les devises des familles les plus anciennes. Des fois qu'Andromeda n'ait pas suffisamment entendu le « Toujours pur » des Black à la maison.

Narcissa adora et se fit un certain nombre d'amis étrangers avec qui elle garda contact. Beaucoup venaient de Durmstrang et n'en étaient pas peu fiers. Andromeda resta aussi taciturne qu'à Serpentard et ne s'amusa qu'en jouant au Quidditch. Mais elle prétendit avoir aimé. Mrs Black fut satisfaite et Andromeda put s'occuper de sa rentrée sans être soumise à sa surveillance. Celle de Bella ne fléchit pas, mais la jeune sorcière (ou diva, selon Sirius) passa l'essentiel de ses après-midis chez des amis. Bien assez de temps pour qu'Andromeda prévienne les Poufsouffles.

Elle n'avait pas réussi à écrire à Ted. La surveillance qu'exerçait ses parents sur sa correspondance n'était pas en cause : il aurait suffi de passer par Sirius. Sans lui, elle n'aurait d'ailleurs pas pu envoyer le formulaire d'options pour les BUSEs sans que ses parents sachent qu'elle s'inscrivait en Etude des Moldus. Non, si elle n'avait pas réussi à écrire, c'est parce qu'elle peinait avec les mots. Un « Salut c'est moi ! » ou « Comment vas-tu ? » lui semblaient trop légers. Et puis comment expliquer ses vacances sans le choquer ? Quoique ça pourrait provoquer l'éloignement nécessaire à le protéger de Bella…

Finalement, ce fut Ted qui écrivit le premier. Son hibou entra en pleine nuit par la fenêtre qu'Andromeda avait laissé ouverte et vint lui picorer la main.

Ted avait utilisé un pseudonyme (Terry Shues) mais elle reconnut le style. On sentait son amour des belles phrases.

Sans grande surprise, il avait été nommé préfet de Poufsouffle. Être populaire, sérieux et respectueux du règlement étaient des critères sûrs. Bella n'avait tenu que deux mois à ce poste : elle avait beau être bonne élève et très respectée des élèves, elle méprisait trop les autorités qui ne dépendaient pas de ses idées pour rester préfète.

Andromeda voulut lui répondre et le féliciter, mais au même moment, elle entendit Bella se retourner dans son lit, dans la chambre d'à côté. Andromeda fourra la lettre sous son matelas et se força à se rendormir. Elle rêva d'un monde libre à l'odeur de pluie, d'un été éternel où personne ne portait de baguette magique et où les relations humaines étaient vraies et franches.

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Elle s'était fixé 3 règles pour cette troisième rentrée.

Ne pas faire de vagues. Jouer la parfaite petite Black aux yeux de Bellatrix.

Ne pas voir les Poufsouffles.

Ne surtout pas voir Ted Tonks.

Elle lui avait écrit. Elle lui avait expliqué. En code.

Il lui avait réécrit pour lui annoncer qu'il serait sur le Chemin de traverse avec ses amis le dernier week-end d'août avant la rentrée. Elle mit longtemps avant de lui répondre. Elle serait sans doute à Londres à ce moment-là, mais avec toute sa famille. Comment lui expliquer qu'ils se croiseraient sans doute mais qu'elle devrait les ignorer, pour leur propre sécurité ?

Alors elle lui envoya ceci :

Macbeth, IV, 1, v. 89

Macbeth IV, 3, v. 37-41

et

Songe, V, 1, v. 404-405

R&J, I, 2, v. 75.

Ménagère Apprivoisée, I, 1, v. 240

Décoder ces extraits de Shakespeare donnait quelque chose comme :

« Ecoutez mais ne parlez pas. »

« Ne vous offensez pas. Je ne parle pas ainsi par défiance absolue de vous. Je crois que notre patrie s'affaisse sous le joug elle pleure, elle saigne, et chaque jour de plus ajoute une plaie à ses blessures.»

« Pas une souris ne viendra déranger cette maison sacrée »

et

« S'ils te voient, ils te tueront. »

« Tu comprends ? »

Elle vérifia. Aucun sort de Révélation ne pouvait percer le code. C'était trop moldu et manuel pour la magie dans son état actuel.

Elle espérait qu'il comprendrait. Le danger à lui écrire. Le danger à l'approcher. Et surtout, que le rejet ne venait pas d'elle.

Sa réponse arriva la veille de la rentrée, à la maison de Londres, sous cette forme :

Richard III, III, 7, v. 103.

Songe, V, 1, v.106

Il avait choisi deux des pièces qu'il lui avait prêtées pour les vacances. Ça rendait le message un peu plus sibyllin, mais elle fut agréablement surprise qu'il suive son manège.

Par précaution, elle lança un Immobilus totalus à Narcissa, avec qui elle partageait une des chambres d'ami et qui semblait dormir. Elle alla chercher les livres dans sa malle et les compara sa lettre. Ça se suivait mal, mais elle comprenait le sens global.

« Mon seigneur, il n'y a pas lieu de vous excusez. »

« Ce compliment, je l'ai reçu de leur silence même », un passage qui parlait d'exprimer beaucoup avec peu de mots.

Ted et elle ne se croisèrent pas sur la voie 9 ¾, ni dans les couloirs, ni quand elle alla acheter des bonbons au chariot à friandises. Au banquet de rentrée, il ne se retourna pas une seule fois vers la table des Serpentards.

Mais le lendemain, il l'attendit à la sortie de son cours d'Herbologie, en revenant de Soin aux Créatures magiques : les Serpentards les plus âgés n'avaient pris aucune de ces deux matières, et les chances d'être vus étaient d'autant plus faibles qu'une nappe de brume flottait sur le parc depuis la matinée.

- Mes sœurs ont adoré chercher les références avec moi. Toute la famille s'y est mis, sourit Ted.

Ses cheveux blonds ondulaient avec l'humidité de l'air.

- Je suis vraiment désolée de toute cette histoire.

- J'ai parlé aux autres. Il y a plein d'endroits où des Serpentards ne nous verraient pas.

- Je suis interdite de chorale.

- Est-ce que les Serpentards savent que la chorale a été déplacée jusqu'à nouvel ordre dans la salle de Flitwick ?

Elle sourit.

- Je serai intouchable dedans, mais pas dehors. Pareil pour vous.

- Ça vaut le coup de tenter, non ?

Elle hocha la tête. Le fait qu'il fasse autant d'efforts pour une simple amie lui plaisait beaucoup.

Il regarda vers le château.

- Je dois partir devant, c'est ça ? Pour qu'on ne nous voit jamais ensemble ?

Elle acquiesça d'un air désolé. Lui hocha les épaules. Elle le soupçonnait de trouver ce petit jeu très divertissant.

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Elle put revoir les Poufsouffle régulièrement, une fois qu'ils eurent convenu d'un système.

Il existait vraiment des endroits que les Serpentards ne fréquentaient jamais ou des horaires où ils étaient trop occupés par leurs clubs (équipe de Quidditch, danse de salon, billard version sorcier) pour la croiser dans les couloirs. Ils se passaient des papiers en classe avec des lieux de rendez-vous simples mais inattendus à l'approche de l'hiver : le bas des remparts, le pont suspendu, les couloirs qui menait à la Salle commune de Poufsouffle et aux cuisines (où aucun Serpentard n'avait de raison de traîner).

Narcissa la croisa une fois à la sortie de la classe de Flitwick, mais Andromeda savait qu'elle ne dirait rien. S'il y avait une chose que Narcissa ne voulait pas, c'était attiser les tensions entre ses deux sœurs. Elle n'avait constaté la dégradation de leur relation qu'en arrivant à Poudlard. Et être prise entre les deux était difficile. Elle, s'était parfaitement bien intégrée aux Serpentards. Elle se contentait de leur petite société. Andromeda la soupçonnait même d'attirer les regards de Lucius Malefoy vers elle.

Le problème n'était pas que ses fréquentations deviennent publiques, mais qu'Andromeda n'arrivait pas à cacher le bien qu'elles lui faisaient. Qu'il lui faisait.

Et pas qu'à elle.

Ted ne se rendait à l'évidence pas compte que Marisa était amoureuse de lui, mais c'était une évidence pour elle. Peut-être le savait-il et voulait-il préserver leur amitié en feignant d'ignorer les signes. Ou peut-être était-il intéressé mais trop timide pour faire le premier pas ? Cette perspective la terrorisait bien que plus que Bella et toute sa troupe réunis.

Plus Andromeda passait de temps avec les Poufsouffles, plus elle se sentait bien. Et plus elle était heureuse, plus Bellatrix était irritée et soupçonneuse. Andromeda partagea ses impressions avec Ted.

- C'est parce que quand tu es contente, tu es lumineuse. Et elle, elle se repait des ténèbres ! dit-il dramatiquement.

Elle rit. Mais il ne croyait pas si bien dire.

Elle voyait sa sœur changer mois après mois. Durcir ses positions. Devenir de plus en plus sélective dans ses fréquentations. De plus en plus menaçante avec ceux qu'elle jugeait inférieurs. Et même, avec ceux de son statut de sang qui se montraient moins radicaux qu'elle. Ils représentaient, pour elle, une menace à son autorité plus importante que ceux dont l'avis ne comptait pas.

Elle commença à s'opposer de plus en plus à Sirius, James et leurs amis. Elle prit particulièrement Alice Eyre en grippe. Andromeda n'entendit jamais Alice en parler, mais elle savait par les rumeurs de la Salle commune que les deux filles s'étaient affrontées à de nombreuses reprises pendant leurs tours de ronde de préfets, sans qu'aucun professeur n'en soit informé.

C'était la réalité de sa génération. Des tensions très fortes mais encore discrètes à l'école. Mais une fois sortis de l'école, les élèves choisissaient leur camp et révélaient des positions parfois radicales mais bien cachées à l'école. Andromeda savait quel côté sa sœur embrasserait.

Et elle savait déjà qu'elle ne suivrait pas la même route.

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Le groupe d'amis de Ted accueillit deux nouveaux membres, Simon Abercrombie et Esther Livingstone. Tous deux Sangs-mêlés, et rejetés par leurs amis Serdaigles.

En même temps que les étudiants affermissaient leurs positions, d'autres élèves se sentaient trop menacés pour rester à Poudlard et se faisaient transférer dans des écoles du continent connues pour leurs idées plus progressistes. Il y avait déjà eu trois départs depuis la rentrée, et on n'était qu'au mois de novembre.

Andromeda n'arrivait pas à savoir si sa sœur se réjouissait de cet exode. C'était à la fois la victoire de ses idées et de sa pression, mais aussi plus d'élèves qui s'échappaient de sa zone d'influence et de son terrain de chasse.

- Tu es la sœur de Bellatrix Black ?

- C'est si étonnant ?

- Oui ! fut Simon.

- Tu es bien le seul à ne pas nous trouver identiques…

Ted protesta en riant.

- Tu trouves que vous vous ressemblez ? C'est le jour et la nuit !

Marisa et Clemens confirmèrent.

C'est pas un peu étrange d'appeler sa fille Bellatrix ? fit Esther. La Guerrière ? Ça me donne envie de l'appeler la Sanguinaire...

Tu ne serais pas très loin de la vérité.

Tu es sûre que tu es bien une Serpentard ?

Oui… Et malheureusement, je n'ai jamais entendu parler de transferts de maison en cours de scolarité…

Et si elle devait être tout à fait honnête, elle savait qu'elle était une Serpentard. Elle n'était pas une de ces têtes brûlées de Gryffondor, un de ces rats de bibliothèque de Serdaigle, ni un de ces vrais gentils de Poufsouffle. Leur compagnie lui suffisait. Au fond d'elle, il y avait une certaine fierté, et un certain sens de l'ambition, même si elle ne désirait pas atteindre ses buts en écrasant les autres.

- Vous avez lu la dernière Gazette ?

Malheureusement, oui. Le silence s'installa pendant quelques secondes.

- Vous allez au prochain week-end à Pré-au-Lard ? tenta Amaryllis.

L'animation et la joie reprirent aussitôt dans les conversations.

Seuls Ted et Andromeda restèrent silencieux, surpris de la rapidité avec laquelle leurs pairs pouvaient passer d'un sujet à l'autre. Ils échangèrent un regard plus mal à l'aise que complice. C'était de ça dont Andromeda avait parlé récemment avec Lily Evans. La capacité à retenir le positif de son quotidien était bonne en soi. Mais rejeter systématiquement tous les signes de menace était dangereux. Peu d'élèves, en particulier parmi les plus jeunes, comprenaient que Poudlard était l'espace le plus protégé du monde magique. Qu'au dehors, les choses s'assombrissaient et devenaient ingérables. La Gazette était à cette époque fiable, mais les enquêtes coupaient court quand le nom de Voldemort était prononcé.

- Alors, tu vas à Pré-au-Lard ? lui glissa Ted après deux minutes de silence.

- Oui, sourit-elle.

Les nouvelles du monde extérieur ne la réjouissaient pas, mais c'était la première année qu'elle pouvait sortir le week-end. Elle n'allait pas laisser un mage noir l'atteindre dès ses années d'école.

- Cool ! dit-il, l'air sincèrement heureux.

Andromeda adorait quand ses pattes d'oie se creusaient. Ils avaient tout le temps pour les rides d'inquiétude.

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Le samedi suivant, Andromeda eut la joie d'entendre Bella et ses amis dire qu'ils profiteraient de l'autorisation de sortie pour aller ailleurs qu'à Pré-au-lard. Elle ne connaissait pas le lieu exact mais tout ce qui lui importait était qu'elle serait tranquille pour sa première sortie au village.

Elle visita le village avec Bérénice, les Serdaigles et les Poufsouffle puis ils dévalisèrent ensemble la boutique de Mr Honeyduke. Andromeda connaissait, mais elle avait rêvé comme tous les jeunes élèves de Poudlard d'y dépenser son argent de poche sans avoir à affronter le regard réprobateur de ses parents. Narcissa lui avait passé commande, et Andromeda explosa le budget.

Honeyduke profita du premier weekend avec ses clients réguliers pour faire une dégustation-test de nouveaux produits. Andromeda nota les sucettes au sang d'un 1/10 parce que la seule idée lui donnait des haut-le-cœur, mais elle trouva excellent les gnomes au poivre et les sucres candis en forme de corne de licorne très sympas. Ted lui parla longuement des friandises du monde moldu. Pour lui, les mille goûts du magasin n'étaient pas si détonants : la chimie permettait l'équivalent… Non, ce qu'il aimait, c'était les bonbons à effets spéciaux, ceux qui bougeaient, comme les Carte de Chocogrenouille, ceux qui vous faisaient voler ou parler une autre langue, … En fin de journée, ils se rendirent aux Trois Balais pour la traditionnelle Biéraubeurre. Les élèves les plus âgés les offrirent aux plus jeunes. On rit beaucoup.

Ensuite, parés à affronter le froid et le chemin du retour, ils redescendirent la rue principale.

Ted et elle s'étaient écartés du groupe, sans y penser. Aucun de leurs amis ne fit de remarque. Le fait qu'ils aient une relation privilégiée était un acquis.

Quand il aperçut un groupe de Serpentard dans une rue transversale, il changea son apparence et colora son écharpe de vert et argent pour qu'ils n'attirent pas l'attention.

- Je m'inquiète pour ta réputation, lui glissa-t-il avec un sourire en coin.

- Trop aimable...

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- Héraclès Abercrombie ne t'a jamais vu en cours de Soins aux créatures magiques.

Andromeda cilla. En général, c'était à Narcissa qu'il était difficile de mentir.

- Héraclès Abercrombie ne trouverait pas ses neurones même avec une boussole …

Flûte. Faire référence à un objet moldu n'était peut-être pas la meilleure idée qu'elle ait eue. Parce que Bellatrix additionna très rapidement deux plus deux.

- Quels sont tes options de BUSE ? exigea-t-elle de savoir.

- Ça me regarde, répliqua-t-elle par principe.

- Potions, Arithmancie, Botanique, Métamorphose, Sortilèges et Défense contre les Forces du mal.

Elle n'aurait pas été capable de citer une seule formule d'Arithmancie, mais avec un peu de chance, Bella non plus.

- Seulement ?

- Oui.

Elle réfléchit très vite. Bellatrix ne se renseignerait pas directement auprès du professeur d'Etude des Moldus, qui aurait été le plus facile à convaincre de ne rien dire. Aucun Serpentard ne se serait abaissé à étudier les Moldus (surtout dans la perspective progressiste que donnait le professeur actuel à la matière). Heureusement qu'aucun des cinq élèves de son année à avoir choisi cette option n'avait d'intérêt à crier sous les toits qu'ils s'intéressaient au monde non-magique et qu'il y avait une Serpentard dans leurs rangs…

Bellatrix se tournerait donc vers…

Bombabouse.

Slughorn. Bella jouerait la grande sœur intéressée et il tomberait dans le panneau à coup sûr.

Le regard de Bellatrix se fit mauvais, mais elle ne dit rien et tourna les talons.

Andromeda commença à sentir le sang battre dans ses oreilles.

Elle avait le temps de courir prévenir Slughorn. Malheureusement pour elle, elle ne réussit pas à voir le professeur avant le lendemain soir. Elle l'attendit à la fin des repas, mais Slughorn passait souvent par la porte située derrière la table des professeurs ou discutait si longtemps avec un collègue qu'elle devait abandonner pour ne pas être en retard.

Pour ne rien arranger, les invitations au ruban rouge du club de Slughorn arrivèrent le lendemain. Comme la quasitotalité des Serpentards un tant soit peu bons élèves, elle fut conviée.

Bellatrix semblait enchantée par sa détresse mais elle ne criait pas explicitement victoire, ce qui intriguait Andromeda. Il était pourtant évident pour elle qu'elle s'était trahie. Mais Bellatrix ne fit aucun commentaire. Elle aida même ses sœurs à se préparer. Sans surprise, les trois sœurs Black avaient eu trois interprétations différentes du thème « Magie de Noël ».

Andromeda faillit en rire. Bellatrix était sans surprise dans une robe noire. Narcissa était la Reine des neiges incarnée : robe de débutante blanche et fard à paupières bleu glacier. Et Andromeda avait une robe courte en velours rouge, chatoyante comme elle se l'imaginait Noël depuis qu'elle avait lu Dickens et Louisa May Alcott. Elle savait qu'elle avait une jolie silhouette pour son âge. Elle passait facilement pour une fille de 15 ans et non de 13 ans et demi. Mais il irait pourtant seule à la soirée.

Du reste, aucun cavalier n'était requis. Mais Bella était tout de même suivie par son toutou de service, Rodolphus, et Narcissa avait choisi Lucius parmi les trois garçons qui avaient proposé de l'accompagner à la soirée. Andromeda se sentait bien plus libre de ses mouvements que ses sœurs avec aucun garçon à ses côtés, mais chacun ses priorités.

Le gigantesque bureau de Slughorn avait été transformé avec goût en une salle de réception. Comme d'habitude, des invités de l'extérieur avait été conviés, et Slughorn présentait, comme une abeille passant d'une fleur à l'autre, ses élèves les plus âgés à des recruteurs potentiels.

Andromeda, elle, se mit à la recherche de compagnie plus jeune et moins intéressée.

Elle rejoignit Alice et Lily, qui lui firent la conversation.

James Potter les rejoignit, ravis d'avoir paru suffisamment âgé pour le ponch, et les fit éclater de rire avec ses blagues bêtes comme chou, encouragées par les raisonnements alambiqués de Sirius. Andromeda trouvait que Remus avait mauvaise mine, mais il lui dit aller bien quand elle lui demanda. Il avait toujours été timide en sa présence.

- Par Merlin, vous avez vu ce sorcier avec la barbichette ? On dirait un crochet…

- Tu veux que j'y accroche quelque chose ? proposa Sirius.

- J'ai cru que tu n'allais jamais y penser…

Lily éclata de rire en voyant une boule de Noël s'élever du sapin le plus proche de l'homme et s'accrocher délicatement à la barbiche du sorcier.

- Ça ne tombe même pas ! dit Peter, déçu.

- Il doit utiliser de la laque spéciale…

Les yeux d'Andromeda s'arrêtèrent sur Bellatrix. On aurait dit que sa sœur attendait son regard pour passer à l'action.

Bellatrix se tourna lentement vers Slughorn, avec un sourire onctueux.

La mine composée d'Andromeda avait pâli, mais elle continua de parler du Club de Flaquemare avec Remus.

- Ta sœur n'a pas l'air contente, lui glissa Alice du bout des lèvres.

Andromeda se retourna et vit sa sœur rejoindre ses amis, l'air visiblement très irritée. Ou déçue.

Elle vit le regard appuyé que Slughorn lui lança. Il fit tchin-tchin à distance avec elle. Andromeda n'alla pas tout de suite le voir : sa sœur la surveillait toujours du coin de l'œil.

Elle profita du moment des danses pour se rapprocher du professeur de Potions. Tout le paysage tournait autour d'elle, alors même qu'elle n'avait bu qu'un peu de Biéraubeurre : Remus et Lily, Peter et Alice, Bellatrix et Rodolphus, Narcissa et Lucius, Bérénice et un Serdaigle qu'elle connaissait de vue, James et Sirius… James et Sirius ?

Elle faillit recracher le contenu de son verre, de rire. Au moins, ces deux-là lui offraient la diversion parfaite.

- Bonsoir monsieur… J'ai vu ma sœur vous parler tout à l'heure. Vous ne lui auriez pas parlé de mes options de cours par hasard ?

Slughorn sembla soudain très vieux.

- Miss Black. Les seules raisons pour lesquelles votre mensonge tient sont le fait que vous préparez suffisamment de BUSES pour que l'Etude des moldus passe inaperçu, et le fait que vous êtes bien entourée.

- Donc vous n'avez rien dit ?

Elle avait l'impression que son sang recommençait seulement à circuler dans son corps.

- Pour qui me prenez-vous… ? soupira Slughorn. Mais il faudra bien que vous vous présentiez aux examens… Ou bien votre sœur prendra sur elle et parlera à votre professeur. Ou bien elle fera pression sur vos camarades de classe. D'une manière ou d'une autre, elle finira par savoir. Et je ne parle même pas de vos parents… je suis normalement tenu de les prévenir. Mais comme il semble que vous ayez rajouté votre inscription après qu'ils aient signé le bulletin…

Au moins, Slughorn prenait la mesure du personnage. Mais il n'avait pas l'air plus avancé qu'elle sur comment l'arrêter.

- Le plus tard sera le mieux.

- Elle a encore trois ans à étudier ici.

Visiblement, ça ne l'enchantait pas plus qu'elle.

- La situation aura peut-être beaucoup changé dans trois ans, monsieur.

- En mieux ou en pire, Miss Black, en mieux ou en pire…

Andromeda s'éloigna à la prochaine chanson. Son professeur d'Etude des moldus fit un geste pour la saluer, mais Andromeda se força à l'ignorer. Le pauvre homme se planta, vexé mais l'air résigné, au buffet.

Lily la croisa cinq minutes plus tard aux toilettes, en train de pleurer de honte. Andromeda aurait tant aimé vivre dans un monde où elle pouvait saluer tous ses professeurs sans distinction, où son statut de sang avaient moins d'importance que son caractère et ses blagues. C'était cela, la justice à laquelle elle aspirait. La société qu'elle voulait. Celle qu'elle venait chercher dans le groupe d'amis de Serdaigle et de Poufsouffle mélangés qui l'accueillait chaque jour sans la juger.

Ces amis du hasard, qui ne s'étaient pas choisis parce qu'ils venaient du même milieu ou qu'ils étaient liés par des liens de cousinage éloignés, mais parce qu'ils se ressemblaient. Parce qu'ils partageaient les mêmes valeurs humaines.

- Ça va ?

Ted l'attendait à la sortie des toilettes. Elle devait avoir l'air d'une pauvre fille avec ses yeux et son nez rouge, mais au moins, elle n'avait plus d'yeux de panda.

- Lily a dit que tu ne te sentais pas très bien.

Elle lui raconta l'histoire de son inscription secrète en Etude des moldus et de Bellatrix qui se doutait de quelque chose.

- Qu'est-ce que je dois faire, selon toi ?

- Tu vas commencer par aller t'expliquer avec ce pauvre professeur Houdini, parce qu'il ne t'a rien fait et qu'il n'a pas à être aussi malheureux au buffet que toi ici.

Elle se sentit beaucoup mieux une fois réconciliée avec son professeur. Il fut étonnamment compréhensif et promit de discuter avec Dumbledore de la non-communication de ses notes à ses parents. Ça relevait après tout de sa sécurité.

- Vous savez, Miss Black, vous n'êtes pas seule dans cette situation… dit-il d'un air plutôt triste.

- Non, ça, je le sais, dit-elle mais en souriant.

Elle avait Ted. Elle avait Bérénice. Elle avait Sirius. Et tous les autres. C'était beaucoup.

Peut-être pas autant que les mini-Bellatrix en puissance, mais bien assez pour le moment.

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- Salut Andy !

- Salut Sirius !

Il n'était plus le seul à l'appeler comme ça. Tous les Gryffondors s'y mettaient. Elle aimait ce surnom masculin qui la changeait du rôle de plante verte ou d'épouse-potentielle-de-Sang-pur qu'on lui donnait les trois quarts du temps. Mais elle aimait encore plus quand Ted l'appelait Dromeda.

Parce qu'elle commençait à accepter le fait qu'il lui plaisait. Qu'être son amie ne lui suffisait plus comme avant. Qu'elle voulait qu'il le regarde comme Marisa le regardait l'an passé, avant qu'elle ne donne sa chance à Simon.

Ted se réjouissait toujours des couples qui se formaient autour de lui. Il n'était pas inquiet à l'idée que cela éloigne ses amis et amies de lui. Pour lui, l'amour était cool.

Selon Marisa, c'était un grand romantique. . Un peu fantasque aussi. Selon Clemens, « tous ces livres moldus lui avaient ramolli le cerveau ». Andromeda n'avait jamais pensé à la lecture comme un défaut.

- C'est le monogame ultime, quoi ! Il rêve de n'avoir qu'une femme pour toute sa vie, l'épouser et tout et tout… Elle est où la liberté sexuelle dont tous les magazines moldus parlent ?

Il dit en avoir lu chez une de ses cousines, l'été précédent.

- Tu n'es pas d'accord ?

Andromeda haussa les épaules. Sincèrement, elle avait été élevée dans une famille très traditionnelle, et le simple fait d'entendre le mot « sexuel » la faisait rougir. Et puis Teddy la nourrissait de ces classiques moldus qui donnent envie de croire au grand amour… Elle était plutôt avec lui sur ce coup-là. Simon était plus dans l'air du temps, comme Sirius. Du haut de ses treize ans, il avait eu plusieurs petites amies, et ça convenait parfaitement à Marisa.

Andromeda tenta un regard vers le château. Les vitres de Poudlard étincelaient sous le soleil de mai.

Elle savait que Bérénice se joignait à eux surtout pour lui faire plaisir, qu'elle n'était pas très à l'aise avec les gens. Les examens lui avaient donné le prétexte idéal pour se rapprocher davantage des Serdaigles de son année et de la solitude de la bibliothèque.

Quant à Ted, il n'était toujours pas revenu de son entraînement de Quidditch.

Pour la première fois depuis longtemps, Poufsouffle était en finale et l'équipe travaillait d'arrache-pied. Andromeda doutait cependant qu'ils battent Serpentards. Mrs Bibine distribuait toujours les pénaltys par dizaines : Serpentard était beaucoup de choses, mais pas fair-play. Andromeda ne désapprouvait l'envie caractéristique de gagner de sa maison que dans le cadre du Quidditch. Tricher n'est pas jouer, et les Serpentards savaient très bien jouer sur les nuances.

- J'ai peur que ça tourne au règlement de compte, admit Amaryllis en regardant elle aussi vers le stade, où l'équipe noir et jaune volait.

Elle savait à quoi elle pensait. Des Serpentards parmi les plus âgés de l'école, contre une maison réputée comme absolument indifférente au statut de sang de ses étudiants, ça risquait de faire des étincelles…

- Dumbledore et tous les professeurs seront là, répliqua Andromeda, plus pour se rassurer que parce qu'elle y croyait.

Elle était assez découragée. Changer les choses à son niveau lui semblait impossible.

L'entre-soi des Serpentards rendait leurs idées impossibles à nuancer, et pire, impossibles à ne pas partager. Un sorcier ou une sorcière venue d'une famille très attachée à la pureté du sang qui était réparti à Gryffondor, Serdaigle ou Poufsouffle côtoyait des sorciers de toutes origines et avait l'occasion de se faire sa propre idée. Un Serpentard du hasard arrivait dans une maison bâtie sur l'idéologie de Salazar. S'il ne faisait pas partie des Serpentards standards, il devait se couler dans le moule pour ne pas être persécuté. Les Serpentards acceptaient plus facilement un Sang-mêlé qui adhérait à leurs idées (et même, ça c'était déjà vu, un Né-moldu qui acceptait de harceler ses pairs pour se faire bien voir de ses camarades) qu'une Sang-pur qui reniait son rang.

C'était sa tragédie à elle.

- Baisse-toi, fit Marisa.

Ils étaient assis dans l'ombre d'un chêne, en bas des remparts de Poudlard. Du château, personne ne pouvait la voir, mais dès qu'ils voyaient des groupes d'élèves traverser le parc, ils faisaient se baisser Andromeda et la couvrait avec une cape ou leur sac. C'était devenu un réflexe, une habitude qu'ils avaient prise en rigolant mais qu'ils tenaient sérieusement.

C'étaient eux, ses petits remparts contre les regards extérieurs.

Aujourd'hui, cependant, il ne suffit pas.

Des grands de septième année avaient décidé de venir embêter les gentils petits troisième et cinquième année qu'ils étaient. Une histoire de provocation en cours de Défense contre les Forces du mal qu'ils allaient maintenant régler en dehors de la classe.

Andromeda n'avait pas prévu de s'en mêler. Mais Malcom et Wilkes la reconnurent et elle décida d'arrêter de se cacher.

- Tu n'as pas des personnes plus fréquentables à aller voir ? fit Wilkes en lançant un regard venimeux à Simon et Esther.

Andromeda lui lança un Immobilus Totalus sans sourciller et reprit la lecture de son livre. Non mais.

Les Serdaigles et Poufsouffle furent tellement soufflés par son aplomb qu'ils éclatèrent de rire. Malcolm n'aima pas beaucoup ça. Il eut seulement le temps de brandir sa baguette que…

Boum ! fit le balai de Ted sur sa tête.

- Oups. Comment on va expliquer ça ?

Marisa proposa un Oubliettes, mais c'était trop dangereux, même exécuté par une élève aussi douée qu'elle.

Une fausse quinte de toux dans leur dos les fit tous se retourner. C'était Mme Bibine.

- Malcolm et Wilkes les ont attaqués, Madame.

- Je vous ai surtout vu assommer Mr Malcolm avec votre balai, Mr Tonks. Puisque vous semblez vouloir le détourner de sa noble utilisation, je vous interdis de match.

- Quoi ?

Les autres protestèrent. Ted resta étonnamment serein.

- Vous ne jouerez pas le match contre Serpentard.

D'un coup de baguette magique, elle libéra un Wilkes à l'air ravi, et attendit que les deux garçons soient partis vers le lac pour reprendre sa route.

- Pourquoi tu n'es pas plus fâché ? s'exclama Andromeda.

Ted tourna doucement la tête vers elle.

- Parce que vous l'êtes bien assez pour moi, sourit-il. Et que c'est ce qui compte. Wilkes et Malcolm doivent penser qu'ils m'ont bien punis.

- Je ne comprends pas.

- Je me suis cassé les deux coudes à l'entraînement de la semaine dernière. Mrs Pomfresh m'a interdit de jouer le match. Selon elle, même avec des renforcements magiques, les os restent fragiles. J'ai seulement droit aux entraînements.

- Tu veux dire que… Bibine le savait et a choisi sa punition en fonction ?

- Je crois bien.

- Je trouvais bizarre aussi qu'elle ne nous ait pas enlevé de points…

Ted afficha une mine réjouie avec eux, puis plus sombre à table, pour donner le change aux Serpentards. Ceux-ci semblaient ravis du mauvais tour joué à ce Né-moldu, qui, il fallait le dire, faisait partie des meilleurs joueurs de Poufsouffle.

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Braver un interdit à la fois, c'est la clé… pensa Andromeda en passant les tribunes.

Elle ne connaissait aucune règle qui interdise de supporter une autre équipe de celle de sa maison et qui lui interdise l'accès aux gradins qui n'étaient pas les siens.

Les Poufsouffle eurent tôt fait de faire d'elle l'une des leurs. Enrubannée dans une bannière jaune et noire, elle hurla avec eux :

- POUFSOUFFLE ! POUFSOUFFLE !

C'était bien la seule maison à ne pas avoir de slogan attitré… Avec « oufle », les rimes étaient limitées… « Ça époustoufle » ? « Ça débaroufle » ? « Ils débarquent pas en pantoufles » ? Non, vraiment, autant d'abstenir.

Malefoy marqua les deux premiers points sous les acclamations des supporters vert et argent. Andromeda se prit au jeu d'encourager les plus faibles. Ce match était très agréable : elle se réjouissait autant des points marqués par Serpentard que par Poufsouffle. Tout bénéf' !

Poufsouffle reprit vite l'avantage, pour le grand déplaisir des Serpentards.

- Pénalty pour Poufsouffle ! répéta McGonagall pour la troisième fois en une heure de jeu.

Le coup de sifflet de Bibine fut sans appel.

- Carton rouge ! Goyle, vous êtes disqualifié ! Croupton entre sur le terrain !

Les protestations plus ou moins colorées d'instulte n'atteignirent pas un instant le professeur de vol. Madame Bibine avait le cuir solide : être arbitre devait forcer le caractère. Ou rendre sélectivement sourd.

- Faute ! hurla Andromeda avec les autres quand Achille Meliflua, le Batteur de Serpentard, joua des coudes et précipita un ami de Ted à terre. Faute !

Bibine accorda un nouveau pénalty et Mrs Pomfresh se précipita sur l'élève. Elle fit signe à Mme Bibine qui relança le match quand le garçon eut été évacué. Andromeda avait rarement vu autant de sang. Il avait dû se casser le nez et quelques dents. Edgar Bones, un septième année, entra sur le terrain.

Ted sourit.

- C'est un peu notre arme secrète, glissa-t-il à Andromeda quand elle lui demanda pourquoi il avait l'air si réjoui. Il est seulement remplaçant cette année parce qu'entre ses ASPICs et ses rondes de préfets, c'est compliqué, mais il joue vraiment très bien…

Andromeda se souvenait en effet de quelques passes impressionnantes l'année passée.

La sœur et le frère d'Edgard, Amélia et Timothy, étaient à côté d'eux et hurlèrent des encouragements à leur grand frère.

- Allez !

Comme Poursuiveur, Edgar était en effet redoutable. Le match durait, mais la foule en eut pour son argent : il relança complètement la dynamique de Poufsouffle, qui s'était laissé perturbé par la perte de deux de leurs joueurs habituels, assis au rang des blessés. Dans les deux heures suivantes, Poufsouffle remonta suffisamment pour égaliser.

Dorcas Meadowes, l'Attrapeuse de Poufsouffle, était surveillée de près par l'Attrapeur de l'équipe adverse et par la foule. Andromeda était persuadée qu'elle avait vu plusieurs Serpentards tenter des Informulés sur elle, mais Dorcas resta en scelle. Sans doute que quelques Gryffondors comme Sirius ou Frank Londubat surveillaient les tribunes vertes et lançaient des Bloclangs et des sorts de Confusion aux plus mauvais joueurs.

Il était presque 18 heures quand Dorcas accéléra en une impressionnante chandelle dans les airs, et referma sa main gauche sur la petite balle dorée.

- Pousouffle l'emporte avec 320 points, contre Serpentard 150 points !

Au coup de sifflet, Andromeda hurla un :

- Vous avez gagné ! VOUS AVEZ GAGNE !

Andromeda eut peur de paraître hystérique.

Ted la trouva radieuse.

Elle le prit dans ses bras, ou il la prit dans ses bras, qu'importait : ils sautillaient sur les gradins de Poufsouffle tandis que le monde autour d'eux explosait en rires, en mouvements jaunes, en cris et en danses. Ted chanta un petit air de musique qui fut repris en écho par tous ses amis. Les Gryffondors et les Serdaigles reprirent en écho ce We will rock you du monde des sorciers, sous les mines déçues des Serpentards.

De dépit, un des Batteurs de l'équipe de Serpentard, le capitaine, frappa un banc et le cassa. Dumbledore prononça un Reparo et lui retira quelques points. Andromeda était devenue si peu « patriotique » qu'elle s'en réjouit. Mme Bibine eut toutes les peines du monde à lui faire serrer la main de Marshall Abercrombie, le capitaine de l'équipe de Poufsouffle, comme il était d'usage.

Andromeda rit en voyant le regard meurtrier de sa sœur. Ses cheveux étaient dressés comme les têtes de la Gorgone, mais Andromeda la trouva pour une fois plus ridicule qu'impressionnante. La distance, peut-être.

Ted ne l'avait toujours pas lâchée.

- Oh, pardon…

- Ne t'excuse pas, fit-elle, rouge comme un œuf de Serpencendre.

Ils furent emportés vers la sortie par la foule colorée qui portait l'équipe à bout de bras et la Coupe étincelante de Quidditch.

A l'endroit où la foule débouchait sur le parc de Poudlard et le chemin de l'école, deux yeux noirs s'arrêtèrent sur l'écharpe jaune et noire que quelqu'un lui avait enroulé autour du cou.

Clairement, Bellatrix aurait aimé serrer cette écharpe. Leeeeeentement. Looooongtemps.

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La mise au ban d'Andromeda par les Serpentards commença dès le lendemain.

Ça passa par le fait de ne plus lui communiquer les mots de passe de la Salle commune, refuser de se mettre en binôme avec elle pendant les cours, ou lui tourner résolument le dos si elle s'asseyait près d'un de ses camarades pendant ses repas.

Alors elle passait ses repas à lire. C'était assez grisant, en fait.

Seule Narcissa était autorisée à l'approcher.

Parce qu'elle était irréprochable. Parce qu'elle était la protégée de Lucius. Parce qu'on aurait ri au nez du premier qui douterait de ses convictions. Parce qu'elle répétait inlassablement que « La famille est sacrée » et qu'on n'avait rien à opposer à ça. Un « Regulus a bien coupé les ponts avec son grand-frère » fusa bien une ou deux fois, mais comme Regulus n'avait pas l'air plus heureux que ça de sa propre situation, l'objection s'éteignit d'elle-même.

Andromeda avait craint la situation. La menace. Et finalement, elle ne s'était jamais sentie aussi libre que depuis qu'elle était bannie par sa maison. Elle pouvait enfin cesser une bonne fois pour toute de s'inquiéter de ce que les autres pensaient d'elle.

Tant et si bien qu'elle en oublia toute prudence.

- Tu joues avec le feu, Andromeda, pense à la devise de Poudlard… tenta de lui dire plusieurs fois Sirius, quand elle faisait des pieds de nez évidents à sa sœur.

Draco dormiens nunquam titillandus. « Il ne faut jamais réveiller le dragon qui dort. »

Elle s'était toujours demandé comment la devise pouvait s'appliquer à une école… à Bellatrix, en revanche…

- Je suis prudente.

- C'est faux, sourit Sirius.

Elle le trouvait mal placé pour lui donner des leçons, mais elle savait qu'il s'inquiétait pour elle. Lui était à Gryffondor. Elle, se retrouvait en terrain ennemi passé le couvre-feu, et Slughorn ne mettait jamais vraiment le nez dans la salle commune. Comme tous les directeurs de maison, il se reposait sur les préfets, et dans le cas présent, les préfets n'étaient pas du côté d'Andromeda.

- Tant que je ne fais pas de provocations, ils me laisseront tranquille.

- Ce n'est pas ce que j'entends, dit Sirius, l'air étonnamment soucieux.

- Tu espionnes les Serpentards maintenant ?

- A l'occasion… disons que je n'aime pas les entendre prononcer ton nom avec leur langue fourchue… Sache que pour eux, tu es la provocation, Andy.

Hé… je suis l'enfant du milieu, tu te rappelles ? L'enfant terrible, celui qui ne trouve pas sa place… et qui met la misère aux aînés et aux benjamins.

Andromeda la Brave, rit-il.

L'étymologie de son prénom manquait un peu de féminité mais elle aimait ce courage qu'il lui prêtait.

- Allez, file en cours, cousin…

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C'était le dernier jour de l'année scolaire. Ted et les autres avaient fini leurs BUSEs la veille du départ du Poudlard Express. Ils étaient visiblement tous très fatigués et paressaient dans les compartiments du dernier wagon du train. Clemens Abercrombie dormait carrément dans le porte-bagage pour qu'Esther puisse en faire de même sur une des banquettes. Andromeda faisait les mots croisés du Balai Magazine d'Amélia Bones, et Ted chantonnait les partitions que Flitwick lui avait donné avant de partir. Il avait été promu chef de chorale pour l'année suivante et n'en était pas peu fier.

- « Lourd, l'air sombre, armé » en 5 lettres ?

- Rogue, grommela Marisa.

Andromeda sourit pour la forme, mais fut un peu gênée par cette méchanceté inhabituelle de la part d'une Poufsouffle. Le Serpentard n'avait jamais été ouvertement odieux avec elle.

- Troll ? dit Ted.

Ça correspondait.

- « Nom intime de magizoologiste » ?

- C'est une blague ? fit Ted avant d'exploser de rire.

- Nope.

- Norbert, dit Bérénice, l'air presqu'agacée du bruit qu'ils faisaient. Pour Norbert Dragonneau.

- Merci.

Ce petit jeu continua jusqu'à ce que les 4 cerveaux éveillés du wagon aient rempli les grilles de la Gazette et de Sorcière Hebdo. Ils allaient sortir un jeu de cartes quand on leur annonça qu'ils approchaient de Londres. Ils chatouillèrent Clemens et Esther pour les réveiller, et riaient encore quand la locomotive rouge atteignit la voie 9 ¾.

- Bonnes vacances Simon !

- Bonnes vacances Ted !

- Salut Andy !

- Salut ! Bon camp de Quidditch !

- Merci !

Andromeda allait fermer le compartiment quand elle aperçut un livre posé sous la banquette du compartiment.

Roméo et Juliette de Shakespeare. Une des rares pièces qu'elle n'avait pas encore lues. L'oubli était signé Ted, mais elle ne le voyait déjà plus sur le quai et empocha le livre.

C'était l'effusion typique des 31 juin : Andromeda ne sortit pas tout de suite au milieu des embrassades de parents, des cris de joie des jeunes frères et sœurs, des cris d'hiboux et des feulements de chats enfermés depuis trop longtemps.

L'accueil des Black fut beaucoup plus froid. Andromeda devinait que Bellatrix avait écrit à la maison et qu'elle passerait un sale quart d'heure en arrivant au manoir.

Elle ne pouvait pas dire qu'elle n'avait pas été prévenue.

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