Need
Il y a ce moment de bonheur qui se produit entre le sommeil et la conscience, juste à l'instant où vous vous réveillez mais avant d'ouvrir les yeux, lorsque vous ne pouvez vous rappeler de faits arbitraires tels que la date, la saison, ou même la ville dans laquelle vous vous êtes endormi. Alors que John revenait lentement à la conscience, il voulut que ce moment dure éternellement. Une sensation de brulure dans son dos et un sentiment déchirant de culpabilité le tirèrent aussi loin qu'ils purent des bras de Morphée. Mais à quoi avait-il pensé ?! John se retourna légèrement. L'éclatante lumière matinale filtrant à travers les interstices des volets de la chambre de Sherlock lui piquait les yeux alors il les tint hermétiquement fermés.
Réalisant qu'il était seul dans le lit, John ouvrit provisoirement les yeux (cette chambre était beaucoup trop lumineuse) et soupira. Sherlock avait quitté la chambre. En même temps, John ne savait vraiment pas ce qu'il devait lui dire à propos de tout ça. Il ne savait même pas s'il finirait par le frapper ou non en fait. Il se demanda brièvement comment il s'était mis dans ce pétrin, il se demanda pendant un temps bien plus long comment était-il supposé se sortir de ce pétrin – et il continua à se poser des questions. Quelle heure était-il ? Il travaillait aujourd'hui n'est-ce pas ? Pouvait-il au moins marcher ? Sherlock y était allé fort avec lui… La canne ? Il l'avait toujours quelque part n'est-ce pas ?
Le réveil numérique de Sherlock (il se doit d'être numérique, John sait que son insomnie se détériore avec le tic-tac d'une horloge) affichait '08:48'. Merde. Il devait partir au travail dans 12 minutes. S'asseoir s'avéra être une expérience particulièrement douloureuse, et il ressentit la désagréable sensation de lubrifiant froid et de vieux sperme s'écoulant de ses fesses. Il grinça des dents. Il se sentait bel et bien dégoutant mais il n'avait pas le temps de prendre une douche, alors à la place il se nettoya du mieux qu'il pût avec des mouchoirs provenant de la table de chevet de Sherlock. Une recherche rapide de ses vêtements lui rappela que la plupart d'entre eux avait été éparpillée dans le salon, seul restait son slip, roulé en boule au pied du lit. Il l'enfila, essayant de ne pas trop penser à la petite tache nacrée présente sur le devant du sous-vêtement.
Il fixa la porte un moment, Sherlock était probablement derrière elle, dans le salon ou la cuisine… John ne savait toujours pas quoi dire ou faire mais une chose était certaine, il ne pouvait pas y aller portant seulement un sous-vêtement. Non, John Watson ne se réduirait pas lui-même à la marche de la honte dans son propre appartement, il n'était pas un adolescent idiot prenant des décisions maladroites concernant sa vie sexuelle pour l'amour de Dieu ! Il se saisit de la meilleure robe de chambre de Sherlock (la rouge) et l'enfila pour un peu de décence… bien qu'apparemment ils n'en aient aucun sens au 221b. Il eut un bref aperçu de lui-même dans le miroir, et souhaita que ce ne soit jamais arrivé. Ses cheveux formaient des angles bizarres, il y avait une grande marque pourpre sur son cou (John refusait de la reconnaitre comme un 'suçon') là où Sherlock avait revendiqué son territoire, dans l'ensemble il avait la panoplie complète post-coïtale et un visage honteux. Il resserra le vêtement autour de lui et sortit de la chambre.
Sherlock était recroquevillé sur le canapé, ne portant rien d'autre que sa seconde meilleure robe de chambre, une cigarette au coin des lèvres, les extrémités de douze autres reposant dans un cendrier à ses pieds. John fronça le nez, ignora le regard de reproche que Sherlock lui envoya et traversa la pièce, allant directement à l'étage vers sa propre chambre. Il choisit également d'ignorer les battements de son cœur alors qu'il s'habillait, il n'avait pas peur de Sherlock Holmes. Sherlock n'était qu'un enfant gâté qui n'avait pas l'habitude qu'on lui refuse quelque chose. Une fois de plus il souhaita avoir le temps de prendre une douche, il sentait le sexe et la culpabilité, mais le travail venait en premier, et en plus ça le ferait sortir de cette maison infernale pour quelques heures. Finalement il se dit qu'il n'avait plus aucune excuse pour rester ici à se brosser les cheveux au lieu de descendre voir Sherlock et d'affronter la tempête. Il se dirigea vers l'étage inférieur, le mode 'lutte ou fuite' entièrement engagé.
"Je vais travailler" annonça-t-il, attrapant son manteau au crochet. Sherlock leva les yeux de sa quatorzième cigarette, regardant soigneusement John. En temps normal, le docteur se fichait de la façon dont Sherlock le regardait, faisant roder ses yeux sur lui comme un faucon sur le point de dévorer une souris, mais aujourd'hui cela l'agaçait au plus haut point. Il serra les dents alors qu'l laçait ses chaussures.
"Nous allons devoir parler de ça" dit Sherlock. Ce n'était pas une question, ni une demande, c'était une simple observation.
"Ouais, nous le ferons" accepta John, saisissant sa canne depuis sa place à long terme près de la porte. Il avait oublié à quel point la canne le rendait paranoïaque… avec elle, les gens le regardaient, et la dernière chose qu'il voulait aujourd'hui était d'attirer encore plus d'attention malvenue. Il s'arrêta, se rappelant que la plupart des gens n'étaient pas comme Sherlock, ils ne pouvaient pas dire qu'il avait couché avec quelqu'un la nuit dernière juste en le regardant. John hésita un peu, se demandant s'il devait dire quelque chose. Sherlock se déplaça maladroitement dans son siège.
"Tu pourrais me prendre des cigarettes sur le chemin du retour ?" demanda-t-il. John commença à se retourner vers lui pour lui crier dessus mais décida qu'il avait juste besoin de sortir de ce fichu appartement avant qu'il ne blesse quelqu'un.
"Va te faire foutre" grogna-t-il, avant de se précipiter vers la porte avec autant d'énergie et de fureur qu'un homme présentant un boitillement post-sexe anal pouvait rassembler.
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John avait espéré que le travail apaiserait son esprit troublé. A midi, il avait mal diagnostiqué deux rhumes comme étant des infections pulmonaires et avait accidentellement prescrit le mauvais inhalateur à Madame Blakeley (elle avait remarqué l'erreur avant qu'elle ne quitte son bureau, heureusement). Il était plutôt reconnaissant d'arriver à sa pause déjeuner… enfin, jusqu'à ce que Sarah se mette à commenter assez gaiement.
"Nouvelle petite-amie alors ?" John se figea, sandwich (qu'il avait dû acheter à la cantine, il n'avait pas eu le temps de préparer un déjeuner ce matin) en main.
"Quoi ?" demanda-t-il, espérant que sa voix ne semblait pas trop choquée. Sarah sourit, et avec un air beaucoup trop joyeux continua avec:
"Tu as un suçon, juste là." Elle pointa l'emplacement correspondant sur son propre cou.
"Non" dit-il fermement. "Pas de nouvelle petite amie… euh… c'est une piqure d'insecte." Il savait à quel point cette excuse sonnait faible et il se rendit compte qu'elle n'en croyait pas un mot. Cela mit complètement de côté l'idée de lui demander un nouveau rendez-vous. Une femme semblait être une bonne idée à ce moment. Mais pas Sarah. Non. Elle en savait beaucoup trop.
Il ne pensait pas que c'était encore possible, mais son humeur se détériora tout au long de la journée. Il ne fut pas aidé par la troisième hémorragie cérébrale de Mr Ball ce mois-ci. Il n'était pas d'humeur à supporter des imbéciles, et plutôt que de dire gentiment au jeune homme qu'il ne devrait pas croire tout ce qu'il trouvait sur Google et lui conseiller de prendre deux paracétamols pour son évident mal de tête standard, John brisa tous les protocoles et lui dit clairement où il pouvait se coller son hémorragie cérébrale. Ce qui lui valut de se faire taper sur les doigts ("N'importe qui d'autre t'aurait viré ! Tu es de toute évidence énervé à propos de quelque chose, rentre chez toi et dort le temps que ça passe John. Tu peux revenir lorsque tu seras calmé." John s'était sentit suffisamment honteux de ses actions et choisit de ne pas dire à Sarah où elle pouvait se carrer son emploi).
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Après avoir passé la moitié de la journée convaincu qu'il ne voulait pas être au travail, il réalisa qu'il préférait être n'importe où plutôt qu'à la maison. La perspective d'avoir à parler à Sherlock à propos de la nuit dernière lui donnait des palpitations dont il n'avait pas souffert depuis ses derniers cauchemars à propos de la guerre. Il s'attendait à ce que la honte et l'embarras se développent sur le chemin du retour, il n'en fut rien. Elles cédèrent la place à la colère, une insurmontable colère dirigée directement envers le détective. Au moment où il entra dans l'appartement il tremblait de rage, comme un volcan prêt à entrer en éruption.
"Tu n'as pas besoin de t'inquiéter de ne pas avoir acheté de cigarettes" fit la voix de Sherlock à la minute où il franchit le pas de la porte. "J'ai trouvé ta cachette." John cligna des yeux – comment diable Sherlock pouvait passer par tout ça et être encore Sherlock ? "Très intelligent, les garder dans le sucrier…" Compliment détourné, ceux qu'il donnait habituellement quand il savait qu'il avait des problèmes. "Je ne regarde jamais là-dedans vu que tu fais toujours le thé…. Je suppose que je devrais faire du thé de temps en temps" songeait-il avec désinvolture. John enleva son manteau, il ne pouvait se résoudre à regarder le détective jacasser sur des choses stupides telles que les cigarettes et le thé. Il ôta ses chaussures et posa sa canne contre la porte.
"Parlons" offrit Sherlock en indiquant un siège. John serra les poings, irrité par le calme de Sherlock.
"Parlons" accepta John avec un grognement. "Parlons du fait que tu t'es JETÉ sur moi la nuit dernière !" cria-t-il en se tournant vers le détective, qui ne semblait pas le moins du monde surpris que John crie, comme s'il avait parfaitement anticipé le comportement du médecin. Bordel de merde, essayer d'obtenir une réaction de cet homme était pire qu'essayer de faire rire un mur de brique.
"Parlons du fait que je t'ai repoussé ! Parlons du fait que j'ai dit non !"
"Tu n'as pas dit non" dit simplement Sherlock, et John cligna des yeux. "Tu as dit que c'était une mauvaise idée… tu as dit que tu ne ressentais pas la même chose… tu n'as pas dit 'non'." Parce que c'était un trait très Sherlockien de se rappeler de conversations mot pour mot – surtout quand cela avait un intérêt dans une dispute. Petit con.
"Oh pour l'amour de Dieu, devais-je te l'épeler ? Je t'ai dit que je n'étais pas gay !"
"Et ensuite tu as eu des relations sexuelles gays avec moi" dit un Sherlock impassible. Son ton ne trahit pas son calme, pas plus que son visage.
"Je ne VOULAIS pas faire l'amour avec toi, j'avais été très clair !" John fit un pas en arrière, pensant – avec raison – que si Sherlock n'enlevait pas cette expression calme et froide de son visage il finirait par la lui enlever lui-même (et il n'éviterait pas le nez et les dents cette fois !).
"Est-ce que tu sous-entend que je t'ai violé ?" demanda-t-il, levant un sourcil. Il n'avait pas bougé de sa place sur le canapé.
"Non. Non, bien sûr que non. Parce que j'ai fini par dire oui n'est-ce pas ? Parce que je te dis toujours oui. Parce que les gens NE PEUVENT PAS te dire non, pas vrai ? Tu as pris ce que tu voulais sans penser une seconde aux conséquences, au diable les sentiments des autres tant que tu obtiens ce que tu souhaites !"
"Nécessaire" répondit Sherlock, la voix parfaitement assurée. "J'ai pris ce qui m'était nécessaire. Je t'ai dit pourquoi…"
"Oh oui, la grande révélation ! Tu es amoureux de moi, hein ? Monsieur asexué, 'marié à mon travail', foutu Sherlock Holmes ! Amoureux ? HA ! Tu ne dis pas à quelqu'un que tu l'aimes pour lui sauter dessus dix secondes plus tard et coller de force ta langue au fond de sa gorge !"
"Baisse d'un ton" gronda Sherlock. "A moins que tu ne veuilles que Madame Hudson n'entende ta petite crise."
"Crise !" siffla John, tremblant de rage – il voulait vraiment jeter quelque chose (de préférence quelque chose de lourd) à la tête de Sherlock. "Tu m'as manipulé Sherlock ! Tu savais EXACTEMENT quoi dire pour couper court à mes protestations, et tu as saisi l'opportunité ! Alors oui j'ai finalement consenti, mais tu avais ta main dans mon jean, et c'était très difficile de penser à ce moment-là" hurla-t-il, ne prenant pas la peine de baisser la voix. Merde, Madame Hudson était habituée à leurs disputes après tout.
Les mains de John étaient déjà serrées en deux poings, ses ongles entamant la peau de ses paumes.
"Sherlock, ce que tu as fait était égoïste !" commença-t-il.
"Je suis d'accord." Sherlock hocha la tête.
"Inapproprié !"
"Tout à fait" répondit-il avec un autre hochement de tête.
"Cruel" grogna-t-il.
"Peut-être" convint Sherlock.
"Mal" cracha-t-il.
"Ah… pas d'accord."
"Quoi ?! Quelle partie de 'contraindre un homme hétéro à coucher avec toi' est acceptable sur cette planète Sherlock ?!" demanda John.
"Veux-tu bien arrêter avec la partie 'homme hétéro' ? Je comprends que j'ai agi de façon inappropriée dans le feu de l'action, mais nous ne pouvons pas commencer à discuter comme des adultes tant que tu ne surmontes pas ta petite crise d'identité sexuelle." La voix de Sherlock commençait à montrer les premiers signes d'agacement et John se sentait comme si quelqu'un lui avait jeté de l'eau froide au visage.
"Ma 'petite crise d'identité sexuelle', bordel Sherlock je suis hétéro! Hétérosexuel ! Comme dans 'aime coucher avec des FEMMES'!" cria-t-il.
"Oh bien sûr, parce que tu étais 'hétéro' la nuit dernière lorsque tu me suppliais d'aller plus vite ? Et quand tu criais mon nom ? Quand tu priais une divinité ?" Le ton de Sherlock détenait encore quelques traces d'irritation et cela rendit John encore plus fou de rage, ce qu'il ne pensait pas possible. Au nom de quoi Sherlock pouvait-il être en colère contre lui ?
"Oh mon Dieu" gémit John.
"Oui, quelque chose dans ce genre-là" répliqua-t-il impudemment.
"Oh bordel de merde Sherlock !" John fit courir une main dans ses cheveux et regarda l'homme assis sur le canapé. "Tu… tu ne vois réellement pas pourquoi ce que tu as fait était mal ? N'est-ce pas ?" Sa voix baissa d'incrédulité. "Tu n'es pas bien dans ta tête Sherlock ! Ils m'ont prévenu ! Ils m'ont dit que tu n'étais qu'un putain de psychopathe !" Les yeux de Sherlock papillonnèrent sous le choc. Il avait entendu ce mot de la bouche de beaucoup de gens dans sa vie, mais jamais de John. "Je ne sais pas pourquoi j'ai cru que cela fonctionnerait ! Tu as besoin d'aide Sherlock ! Une sérieuse aide psychiatrique ! Je ne PEUX plus faire ça ! Je ne peux pas être ta putain d'infirmière psychiatrique, ok ! J'en peux plus !"
"Calme-toi" dit doucement Sherlock.
"Non je ne vais pas me calmer, je ne peux plus faire ça. J'en ai assez. Je pars. Bonne chance pour trouver un autre 'idiot' qui te suive partout dans Londres. Je démissionne !" Pour la première fois depuis le début de cette conversation il y eut une émotion sur le visage de Sherlock, une sorte de douleur ou de tristesse transforma ses traits, mais John tourna les talons et prit d'assaut l'étage avant que Sherlock ne lui fasse ses yeux tristes. Il ne voulait pas être manipulé à nouveau.
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Il se jeta sur son lit et avait déjà composé la moitié du numéro d'Harry avant d'avoir pris ne serait-ce qu'une seule respiration. Il y eut deux sonneries avant qu'elle ne décroche.
"Tu vas bien mon p'tit Johnny ?" demanda-t-elle gaiement, et il soupira. Non. Non il n'allait pas bien.
"Je peux rester chez toi quelques jours ?" implora-t-il en se frottant l'arête du nez. Tous ces cris lui avaient collé la migraine, même s'il avait été le seul à crier.
"Qu'est-ce qu'il a encore fait ? Si vous vous êtes encore disputés à propos des morceaux de cadavres dans le frigo…." fit la voix de sa sœur dans le combiné.
"Non c'est… c'est plus que ça… j'ai juste besoin d'un endroit où dormir jusqu'à ce que je me trouve un nouvel endroit où vivre" dit-il, la réalité le frappant de plein fouet. Merde. Trouver une autre colocation dans Londres allait être un enfer.
"Un autre endroit ? Oh mon chéri, qu'est ce qui s'est passé ?" Elle avait l'air un peu exaspérée, ce n'était certainement pas la première fois que John l'appelait après s'être disputé avec Sherlock.
"C'est… une longue histoire" marmonna son frère.
"Eh bien tu es un petit chanceux, j'ai tout le temps du monde." Il entendit le bruit d'une bouilloire qu'on remplissait à l'autre bout du fil et sut qu'Harry s'installait avec une tasse de thé, s'attendant à ce qu'il lui raconte toute l'histoire.
Il soupira. Après tout, s'il pouvait faire confiance à une personne c'était bien Harry.
"Nous avons en quelque sorte… dormi ensemble."
"Dormi ensemble dormi ensemble ou… la prendre dans le cul dormi ensemble ?" Ah, il avait oublié à quel point Harry pouvait être brutalement honnête. Tellement distinguée. Dans d'autres circonstances, il aurait probablement été affectueusement amusé par son attitude, mais là ça ne l'aidait pas.
"La deuxième…" murmura-t-il maladroitement.
"Ah ! Félicitations !" dit-elle gaiement, alors que la bouilloire s'éteignait. Il entendit un raclement de chaise.
"Tais-toi" grogna-t-il. "C'était une erreur, d'accord ? Et puis nous avons eu cette énorme dispute et…"
"Oh… oh ne me dit pas qu'il a changé d'avis ! Il n'a pas dit que c'était une expérience ou quelque chose de bizarre hein ? Le salaud…"
John la coupa avant qu'elle ne se lance dans une diatribe venimeuse sur son (ancien ?) colocataire.
"Non, non… c'était moi. Il… il s'est jeté sur moi Harry… je ne savais pas quoi faire ou dire… et je sais pas, c'est arrivé comme ça."
Il jura qu'il pouvait voir le regard perplexe d'Harry au téléphone.
"Bon… ok, tu vas devoir commencer par le commencement John, parce que je ne vois vraiment pas comment du sexe peut 'arriver comme ça'… ou pourquoi vous vous êtes disputés sur le sujet après coup." John s'installa confortablement sur le lit, ça allait prendre un certain temps.
"Eh bien… il est rentré tard hier soir… vers minuit. Il était sur une affaire avec Lestrade, et parfois quand il s'en va tout seul… enfin, sans moi, il finit blessé alors je suis resté debout pour être sûr qu'il rentrait bien."
"Ohh" roucoula-t-elle.
"Tais-toi ou je ne te raconte pas" la menaça John.
"Mes lèvres sont scellées. Continue" dit-elle rapidement alors que son frère se rappelait de la suite des événements.
"Il est rentré et… on aurait dit qu'il avait vu un fantôme. Il était vraiment pale et… et calme. Il n'est JAMAIS calme après une affaire Harry, il aime se vanter et raconter ses actes d'intelligence surhumaine… il y avait de toute évidence quelque chose qui n'allait pas. J'ai dit bonjour au moins deux fois et il restait là à regarder… à travers moi en quelque sorte." John déglutit en se rappelant ces yeux pâles qui avaient l'air plus hantés que jamais. "Il a ôté son manteau et son écharpe, et ses yeux ne m'ont jamais quitté… puis il a dit… il a en quelque sorte annoncé qu'il… 'Juste pour que tu saches…je ne pourrais pas supporter de te perdre. Je suis amoureux de toi.' et j'ai comme… figé ? C'était tellement inattendu et il ne semblait pas… bien. Il a traversé la pièce… j'étais assis sur le canapé à ce moment-là. Et puis… il était en quelque sorte partout." John savait que ses compétences pour raconter des histoires étaient plutôt faibles dans le meilleur des cas, c'était encore pire lorsqu'il était impliqué émotionnellement dans l'histoire.
"Qu'est-ce que tu veux dire par 'il était partout' ? demanda-t-elle en sirotant son thé.
"Il… il m'a embrassé mais il s'est en même temps emparé de mon visage et… il était partout. Il était assis à califourchon sur mes genoux…" John fit une pause parce que vraiment ça lui semblait étrange de parler de sa vie sexuelle avec sa sœur jumelle – il avait entendu parler de jumeaux proches mais… à ce point là ?
"D'accord…"
"Alors j'ai mis ma main sur sa poitrine en stoppant le baiser, doucement parce que je n'étais pas en colère contre lui… il était visiblement énervé à propos de quelque chose, tu vois ? Et son esprit… ne fonctionne pas de la même façon que pour les autres alors je… je lui ai dit calmement que c'était une très mauvaise idée."
"Et qu'est-ce qu'il a dit ?"
"Il a dit 'je sais' et il m'a embrassé à nouveau. Je n'y ai pas répondu… c'était… c'était vraiment bizarre. Il s'accrochait en quelque sorte à ma chemise. Je l'ai repoussé et j'ai dit un peu plus fermement cette fois 'Je suis désolé, je ne ressens pas la même chose' et il a juste… il m'a regardé droit dans les yeux et dit doucement 'je sais', à nouveau." C'était la première fois que John repensait vraiment au préambule de la nuit dernière. Il était devenu tellement obsédé par l'acte en lui-même qu'il ne s'était pas concentré sur ce qui les avait conduits à ça. Il y avait quelque chose dans le ton de ce deuxième 'je sais'… comme si Sherlock avait été vraiment bouleversé.
"Il m'a embrassé à nouveau, plus fort cette fois-ci… avec la langue et tout, c'était… très étrange – il n'avait même pas l'air de savoir ce qu'il faisait… il a raté ma bouche deux fois au moins."
"Peut-être qu'il était ivre ?" proposa Harry, ayant sa propre expérience des liaisons sous influence de l'alcool.
"Non… certainement pas. Je l'ai déjà vu ivre et ce n'est pas ça… en plus…" John fit une pause, ne voulant pas vraiment énoncer la phrase 'il n'avait pas le gout de l'alcool'. Il opta pour: "il n'y avait pas d'alcool dans son haleine. Je ne répondais pas vraiment au baiser alors c'est peut-être pour ça qu'il semblait si mauvais ? Je sais pas… Quoi qu'il en soit, je travaillais à la meilleure façon de le faire stopper quand ses mains… il a commencé à déboutonner ma chemise et j'ai un peu paniqué. J'ai frappé une de ses mains… je lui ai dit qu'il allait le regretter le lendemain et il a dit 'surement pas' et… il s'est en quelque sorte verrouillé sur mon cou ? Je sais pas, il était en train de me faire un suçon je suppose ?" John jeta un coup d'œil au miroir de sa commode et fit courir un doigt sur la marque violacée. "Il a ouvert ma chemise pendant que j'étais distrait avec sa bouche." Harry se mit à rire et il jeta un regard noir au combiné.
"Ecoute, comporte toi en adulte ou je jure que je raccroche et que je vais crécher chez Greg, ou autre." C'était une menace en l'air, Greg avait des problèmes avec sa femme et ils ne voulaient certainement pas de John squattant leur canapé – mais ça Harry ne le savait pas.
"Bien, bien… tout cela semble un peu bizarre mais c'est loin d'être la pire 'première fois', je ne vois pas pourquoi vous vous êtes embrouillés."
"J'ai essayé une fois de plus… je l'ai repoussé et lui ai dit clairement 'je ne suis pas gay'." Harry grogna dans sa tasse de thé et John envisagea sérieusement de mettre sa menace à exécution et de lui raccrocher au nez. "Il… il m'a regardé avec un air sérieux et dit 'j'ai besoin de toi'… je ne savais vraiment pas quoi répondre à ça… Sherlock n'a jamais eu BESOIN de personne… une affaire peut être ? Une distraction ? Mais il n'a jamais eu besoin d'une autre personne… S'il avait dit 'j'ai besoin de ça' ou 'j'en ai besoin' j'aurais compris mais il a dit qu'il avait besoin de MOI…" John soupira doucement, commençant déjà à se sentir un peu coupable d'avoir crié sur Sherlock – parce que même selon sa propre version, son consentement était 'douteux' au mieux. Sherlock avait raison… il ne lui avait pas réellement dit non.
"Ses mains erraient et il y a eu ce… ce moment… comme s'il me regardait droit dans les yeux, avec ses mains sur mon torse… et je sais pas ? Je suppose qu'il était peut être… en train de demander la permission ou quelque chose ? Je n'ai rien dit… bon sang, qu'étais-je censé dire dans cette situation ?"
"Joli cul, ta chambre ou la mienne ?" suggéra Harry.
"Harriet Watson, si tu n'arrêtes pas de répondre à mes questions rhétoriques je jure que je vais…"
"Ok, ok !" grommela-t-elle. "Dieu que tu es grognon, est-ce qu'il t'a gardé éveillé toute la nuit ?"
"QUOI QU'IL EN SOIT" intervint-il avant qu'Harry ne fasse quelques commentaires obscènes sur son endurance. "Tout devient un peu flou après ça… il a perdu sa chemise et il m'embrassait toujours et… je ne le touchais même pas – comme si ses mains étaient partout et il embrassait ma bouche fermée et c'était juste… vraiment maladroit. Et ensuite… sa main s'est retrouvée dans mon jean !" John détesta le fait que sa voix parte dans les aigus alors qu'il essayait de l'expliquer.
"Est-ce que tu étais dur ?" demanda Harry, une pointe d'amusement dans la voix. John rougit furieusement.
"Là n'est pas la question !" balbutia-t-il, incroyablement embarrassé.
"C'est tout à fait la question John" dit-elle fermement.
"Je ne vais pas discuter de ça avec ma sœur !" objecta le docteur et il entendit le tristement célèbre grognement made in Watson de Harry.
"Répond à la question, est ce que tu étais dur ?"
"Eh bien… oui, un peu !" admit John, sentant la chaleur dans ses joues. "Mais ça fait un moment ! Et il y avait 6 pieds d'un détective à moitié nu et frémissant sur mes genoux, et se frottant contre… des endroits… je ne cherchais pas à…"
"Et qu'est-ce qui s'est passé ensuite ?" demanda-t-elle.
"J'ai en quelque sorte… je suppose que j'ai gémi un peu ? Ou haleté ? Je sais pas… de toute façon j'ai ouvert la bouche et il a pris cela comme une occasion d'approfondir le baiser, et j'ai en quelque sorte… j'ai plus ou moins abandonné à ce point je suppose ?" John passa une main sur son visage. Vraiment, il ne pouvait pas blâmer Sherlock pour être confus au sujet du consentement… John n'avait pas exactement protesté de toutes ses forces.
"Puis le sexe est arrivé" conclut John. "Je ne vais pas dans le détail d'accord, c'est déjà assez flippant que je t'en ai raconté autant."
"Rabat-joie."
"J'ai partagé un utérus avec toi Harry, je ne partage pas le…" il gémit doucement. "Veux-tu SERIEUSEMENT les détails sanglants ?"
"Sanglants ? Attends, est-ce qu'il a vraiment des goûts spéciaux ou…" demanda-t-elle, de l'inquiétude dans sa voix, et John réalisa qu'il l'avait inquiétée par inadvertance.
"Non… rien de tout ça" répondit honnêtement son frère.
"Est-ce qu'il était violent avec toi ?"
"Pas vraiment" marmonna John, essayant de ne pas se souvenir des mains de Sherlock glissant doucement sur son corps. Pour être tout à fait honnête, aucune de ses anciennes petites amies ne lui avaient prêté autant d'attention, et c'était une pensée étrange et inconfortable. Le sexe en lui-même avait fait un mal de chien au début, mais il supposait que c'était normal…
"Alors… après 'le sexe est arrivé' que s'est-il passé ? Il est pour ainsi dire venu et repartit ?" demanda Harry, essayant de savoir où la colère et la dispute étaient entrés en jeu.
"Non… non il est resté couché avec moi. Plutôt accroché à moi pour être honnête… à chaque fois que j'essayais de parler, il me faisait taire… finalement il m'a dit de dormir. J'étais crevé Harry… j'avais attendu jusqu'à minuit et… je me suis endormi là dans son lit" admit John, se rappelant des 'Shh. Dort.' presque apaisants de Sherlock.
"D'a…ccord, alors… il en avait fini avec toi le lendemain ?" s'enquit-elle.
"Non… non il était plutôt calme… quand je me suis levé il fumait dans le salon…" marmonna maladroitement John, se souvenant à quel point Sherlock avait paru hésitant ce matin. Il avait même essayé d'agacer John en demandant des cigarettes… il avait fait ça pour obtenir une réaction, John en était certain.
"Bon… alors… pourquoi avez-vous eu une altercation tous les deux ?" demanda sa sœur, à court d'idées. John fronça les sourcils.
"J'étais… en colère, d'accord. Je n'ai pas vraiment dit oui la nuit dernière…"
"Tu n'as pas vraiment dit non, non plus" dit sèchement Harry.
"Oui, d'accord, rétrospectivement je m'en rend compte" marmonna-t-il sombrement. "J'étais seulement… j'étais énervé ok ? C'est beaucoup à gérer et je… je lui ai crié dessus."
"Bien…" dit-elle, le poussant à dire toute la vérité. Elle avait toujours été capable de lui tirer les vers du nez quand il ne racontait pas tout. Au diable Sherlock, aucune personne sur cette terre n'était aussi manipulatrice qu'Harry Watson.
"Je… l'ai accusé de m'avoir contraint à coucher avec lui… j'ai juré un peu… je lui ai ri au nez quand il a essayé de réitérer le fait qu'il m'aimait… j'ai… peut être sous-entendu qu'il avait besoin d'une thérapie… et je lui ai dit que je déménageais…" John s'arrêta, soudainement inondé de culpabilité.
"Bon, alors… pour résumer… ton meilleur ami te dit qu'il est amoureux de toi… ensuite vous vous débrouillez pour passer une nuit fantastique avec un moment câlins après coup. Le lendemain tu as changé d'avis… tu le traites de malade, lui dit plus ou moins qu'il t'a violé et que tu déménages parce que tu es hétéro et qu'il est cinglé ?" résuma Harry avec une honnêteté douloureuse. John soupira.
"J'ai été un parfait trou du cul, pas vrai ?" gémit-il doucement.
"Juste un peu, oui."
"Je ne sais pas quoi faire..."
"Eh bien, des excuses seraient un début !" insista Harry.
"Évidemment." John grimaça légèrement lorsqu'il réalisa à quel point il ressemblait à Sherlock en cet instant. "Je veux dire… écoute, il compte beaucoup pour moi, vraiment. Je suis le premier à prendre sa défense quand des gens essayent… Je sais ce que les gens pensent mais je ne suis vraiment pas gay…"
"D'accord. Tais-toi une minute" demanda fermement sa sœur. "Alors… juste pour une minute, prétend que Sherlock est une fille."
"Il n'est PAS une fille" grogna-t-il envers elle.
"Ferme ta gueule et fais semblait d'accord !" Elle le grondait dans sa manière toujours très féminine. "Alors tu as cette meilleure amie… elle vit avec toi, tu tuerais pour elle… tu mourrais pour elle, vous avez cette étrange connexion qui fait que vous savez ce que l'autre pense, c'est un génie et pour couronner le tout elle est belle à damner un saint… dit moi que tu ne serais pas à fond dessus ?"
"Eh bien, oui mais…" John fut interrompu.
"Exactement. Tu trouves ces qualités attrayantes. Tu serais éperdument amoureux s'il était une fille…"
"Il n'est PAS une fille Harry !" dit à nouveau John.
"Tu es attiré par sa personnalité, d'accord – alors c'est une incompatibilité entre les sexes ?" John hésita avant de répondre à ça… il n'était pas tout à fait sûr d'aimer la tournure que prenaient les choses.
"Oui, je suppose que je suis attiré par sa personnalité, mais…"
"John… la nuit dernière prouve que tu es sexuellement attiré par lui… en tant qu'homme."
"C'est faux ! C'était… c'était…" Il chercha désespérément une réponse avant de s'arrêter. "Oh merde." La vérité le frappa. Harry avait raison. Non seulement il avait eu une érection, mais il avait aussi eu un orgasme. Avec l'aspect sexuel éclairci, John repensa à tout ce qu'Harry avait dit à propos de leur amitié et gémit doucement. Oh, il n'était qu'un idiot. Le monde entier l'avait vu venir et lui pas. Il était amoureux de Sherlock Holmes. Merde. Putain de bordel de merde.
"Je savais que tu comprendrais un jour ou l'autre" dit Harry, un sourire évident dans la voix. John regarda ses mains, s'attendant à y voir un tremblement, mais il n'y avait rien – il n'y en avait jamais sous la pression. "Qu'est-ce que tu fais encore là, va lui parler !" l'exhorta-t-elle.
"Bon, ouais, salut." John raccrocha. Mince, il était censé la remercier n'est-ce pas ? Il la rappellerait plus tard.
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Bon sang. Il allait devoir faire amende honorable. Tout cela était très nouveau mais c'était juste – dans sa tête il savait que c'était juste. Cela avait été une prise de conscience soudaine, mais dès qu'il l'eut, il vit tout cela avec beaucoup de recul – chaque instant depuis celui où ils s'étaient rencontrés, chaque fois où ils avaient accidentellement flirté, ou lorsque des gens les avaient pris pour un couple… chaque petit sourire et regard en coin. Mon Dieu, son ignorance était écœurante. Il poussa un profond soupir et fit son chemin vers l'étage du dessous. Sherlock était toujours assis sur le canapé, désormais avec sa tête posée dans ses mains. John essaya d'être silencieux mais la troisième marche en partant du bas était cassée et elle craqua bruyamment. La tête de Sherlock se releva brusquement et il avait un air presque sauvage, il n'avait pas pleuré, c'était évident, mais il avait l'air affligé.
Avant que John puisse dire quelque chose qui ressemblait de loin à des excuses, Sherlock prit la parole.
"Dis-moi ce qu'il faut dire" plaida-t-il. "Tu es ma boussole morale. Chaque fois que je fais quelque chose de pas correct, tu me dis ce qu'il faut dire pour arranger les choses. Dis-moi ce qu'il faut dire pour résoudre ce problème et je le dirai." John se figea, regardant Sherlock pour la première fois depuis sa grande révélation. Il n'allait pas faire machine arrière maintenant, non. Sherlock était encore un imbécile manipulateur et exaspérant – définitivement. Il y avait aussi ce côté de lui, cependant, ce côté qu'il ne montrait pas à la plupart des gens. Cette innocence presque enfantine, l'homme qui n'arrivait véritablement pas à comprendre comment les êtres humains fonctionnaient.
"Que dirais-tu d'une tasse de thé ?" offrit doucement John. Sherlock se leva précipitamment de son siège pour se placer devant son compagnon.
"Que dirais-tu d'une tasse de thé ?" Il répéta mot pour mot et John sourit, il ne l'entendait pas de cette façon mais Sherlock faisait de toute évidence de son mieux pour faire amende honorable.
"Je…" Il était sur le point de corriger le détective mais il ne put s'en empêcher. Juste pour cette fois. "J'en veux bien une, oui." Il hocha la tête et Sherlock, dans sa hâte, prépara le thé dans un vacarme indescriptible.
John s'assit sur le canapé et quelques instants plus tard, lorsque Sherlock revint avec deux tasses de thé, il prit la sienne avec gratitude, permettant à ses doigts de frôler ceux de Sherlock dans une pitoyable tentative pour le rassurer.
"Viens t'asseoir." Le docteur pointa l'autre bout du canapé et Sherlock s'assit timidement près de lui – ne sachant pas s'il allait se faire crier dessus à nouveau. "Je suis vraiment un salaud désagréable quand je suis en colère" dit John en s'excusant. Sherlock fit un bruit évasif comme réponse, sentant qu'insulter John n'améliorerait en rien la situation. "Que dirais-tu d'avoir cette conversation d'adulte alors ?" John continua après une ou deux minutes de silence. "J'en ai fini avec les cris et les insultes, je te le promet."
"Je ne suis pas un psychopathe" l'informa Sherlock, il ne semblait ni contrarié ni offensé qu'il ait été désigné de cette façon, il était simplement en train de le corriger. John acquiesça.
"Je sais… Je n'aurais pas dû dire ça et je suis désolé." Sherlock sembla considérer cela comme suffisant, il porta sa tasse à ses lèvres et but une gorgée de son thé.
"Je ne comprends pas" admit-il sur un air de défaite. "Es-tu en colère à cause de ce que j'ai dit, de ce que j'ai fait, ou de ce que je suis ?" demanda-t-il, et John fronça les sourcils en se rappelant qu'il avait insulté Sherlock sur ces trois choses. Il n'avait pas répondu favorablement à la déclaration d'amour de Sherlock, à ses avances, ou au fait que ce soit un homme, et pour être honnête rien de tout ça n'était de la faute du jeune homme…. enfin, les avances étaient entièrement de sa faute. Qu'est ce qui l'avait conduit à ça d'ailleurs ?
"Je ne suis plus en colère" dit honnêtement John, ne sachant pas vraiment par où commencer. Eh bien… dans le doute, commencer par le commencement. "Que s'est-il passé la nuit dernière Sherlock ?"
"On a couché ensemble ?" suggéra Sherlock, incertain.
"Eh bien oui, j'étais là pour cette partie" répondit le docteur d'un ton qu'il espérait être léger. "Je voulais dire avant ça ? Il me semblait que tu étais sur une affaire avec Greg ? Qu'est ce qui… t'as autant effrayé ?" demanda-t-il avec curiosité.
Sherlock avait l'air d'être très mal à l'aise et il se décala maladroitement dans son siège.
"Je me suis trompé" avoua-t-il amèrement. "Je me suis trompé et quelqu'un est mort." Il détourna les yeux, soudainement fasciné par le contenu de sa tasse.
"Ne le prend pas mal, mais ça ne t'as jamais dérangé auparavant." John se rappelait très bien la vieille dame attachée à une bombe et l'absence de compassion du détective sur ce cas.
"Non" convint Sherlock. "D'habitude ça ne me dérange pas… les sentiments ne sont pas mon point fort."
"Alors… qu'est-ce qui a changé ? Qu'est-ce qui était tellement différent à propos de celui-là ?" Sherlock grimaça légèrement, il n'aimait pas admettre ses propres faiblesses et celle-là était importante.
"Le nom de la victime était John" dit Sherlock avec amertume. John fronça légèrement les sourcils, visiblement confus. Le brun poussa un profond soupir.
"C'est un nom assez commun…" risqua John.
"Historiquement, le nom le plus commun de la langue anglaise." Il grommela, dérangé par sa propre imperfection. "C'est le genre d'attachement émotionnel dont je sermonnerais n'importe qui, le genre de sentimentalité que je déteste chez les autres… mais je ne pouvais tout simplement pas vous dissocier." Son froncement de sourcils se renforça, comme s'il était déçu de lui-même. "Je joue à des jeux contre moi-même, dans ma tête" expliqua Sherlock, passionné une fois de plus de montrer à son colocataire comment son esprit fonctionnait. "Si je peux résoudre ce cas j'ai le droit d'insulter Anderson, si je peux arranger ce problème j'ai le droit à une remarque sur la pitoyable vie sexuelle de Lestrade. Immature je sais, mais c'est une façon de garder les choses passionnantes, ma façon de compartimenter. Celui-là était… j'étais tellement convaincu d'avoir raison – j'ai toujours raison." Il fronça les sourcils. "Je me suis dit que si je pouvais sauver ce John anonyme que je ne connaissais ni d'Eve ni d'Adam… je me suis dit que ça te garderait en sécurité." Il fixait désormais le sol, dégouté par sa propre logique.
"Tu es celui qui m'a dit qu'on ne pouvait pas tous les sauver, Sherlock." John espérait qu'il ne sonnait pas trop condescendant. Sherlock jeta un regard noir au sol.
"J'aurais PU le sauver cependant. Si j'avais juste arrêté et réfléchi… c'était évident que sa sœur avait utilisé sa voiture, le siège avait été ajusté pour sa taille et…" Sherlock serrait et desserrait le poing de sa main libre, et soupira. "Ça n'a pas d'importance, c'était complètement irrationnel de ma part de projeter mes propres peurs sur un étranger, mais quand nous sommes arrivés chez lui pour arrêter le meurtrier… 'John' avait été éviscéré. Presque complètement déshumanisé. Je… je n'ai pas supporté. Je suis parti, et je ne suis pas fier de ça. Je suis rentré directement à la maison et tu… tu étais là, à m'attendre. Prêt à me soigner si quelque chose avait mal tourné."
"Ouais…" Le recul est une drôle de chose, John s'attendait toujours à ce que Sherlock rentre à l'appartement blessé, il était toujours prêt à le recoudre ou à lui poser des bandages – mais il n'avait jamais vraiment réfléchi à quel point il serait inquiet si le détective ne rentrait pas chez eux un soir.
"C'est juste que… j'avais besoin que tu le saches. J'avais besoin de te le dire, alors je l'ai fait. J'avais besoin de te le montrer alors… je l'ai fait" dit-il clairement, et bien que John n'était pas d'accord avec ses méthodes, il ne pouvait guère en vouloir à Sherlock pour son raisonnement. C'est délicat lorsque vous réalisez que ceux que vous aimez ne sont pas immortels – qu'ils pourraient mourir à tout moment. John n'avait certainement pas l'intention d'aller quelque part dans les temps à venir.
"Tu en es sûr ? Que tu m'aimes ?" Il devait lui demander, même s'il connaissait déjà la réponse.
"Oui." Le détective n'hésita pas à répondre. "Positivement sûr. Je n'ai pas choisi de tomber amoureux de toi, je n'avais aucune intention de tomber un jour amoureux de quelqu'un. Enfin là encore, j'ai toujours pensé que je ne vivrais pas assez longtemps pour passer la trentaine alors…" Il soupira une fois de plus et leva les yeux pour regarder John, pour la première fois depuis le début de la conversation. "J'ai su dès le moment où je t'ai rencontré que tu étais différent, j'ai su au moment où tu as tiré sur le chauffeur de taxi que tu étais quelque chose de nouveau, je n'ai pas compris quoi jusqu'au jour où, recouvert de semtex, tu as sauté sur un maniaque, prêt à te sacrifier pour me sauver la vie. Une fois que j'ai mis un nom sur cette fichue émotion, je l'ai évitée comme la peste. Je n'avais pas l'intention de t'informer de mes sentiments."
Sherlock récupéra les dernières gouttes de thé dans sa tasse. "Je m'excuse…" Il hésita, il n'était pas très doué avec les excuses et il n'était toujours pas certain de savoir ce à quoi John s'était opposé. Il décida de viser large. "Si tu penses que j'ai banalisé ta sexualité. J'aurais dû en tenir compte avant d'imposer mes besoins sur…"
"Tais-toi une seconde" le coupa John, et il se tût aussitôt. "J'ai réfléchi et… eh bien. Je ne tirerais pas sur un chauffeur de taxi, ou ne sauterais sur des maniaques tout en portant une bombe, pour n'importe qui. Bon sang, je ne voudrais pas tuer ou mourir pour la plupart de mes ex petites amies…"
"Si tu le ferais" l'interrompit Sherlock. "Tu le ferais. C'est ta nature. Si tu as la possibilité de sauver quelqu'un tu vas tout faire pour, c'est pourquoi tu as été à la fois soldat et médecin." John se figea, il n'avait jamais vraiment pensé à ça comme ça, mais ce n'était pas le moment pour un plongeon émotionnel dans ses choix de carrière.
"Oui bon… ce que je voulais dire…" Il était coincé. Il savait très bien ce qu'il voulait dire mais c'était étonnamment difficile. Est-ce que ça avait été aussi difficile de dire à ses copines qu'il les aimait ? Avait-il jamais ressenti quelque chose d'aussi fort pour l'une d'entre elles que ce qu'il ressentait pour l'homme fou en face de lui ?
Il regarda Sherlock, qui avait l'air usé et épuisé.
"As-tu toujours l'intention de partir ?" intervint-il à nouveau avec un air impuissant.
"Non" jura John. "Non, je ne vais pas déménager."
"Je pensais ce que j'ai dit" dit fermement Sherlock, il semblait vraiment soulagé que John ne déménage pas pour s'éloigner de lui. "Je ne pourrais pas supporter de te perdre… et si je finissais par te perdre en raison d'actions mal avisées de ma part et bien…" Il s'arrêta, parce qu'ils savaient tous les deux ce qui arriverait dans ce scénario. Il s'effondrerait, reviendrait à ses vieilles habitudes.
"Sherlock, veux-tu bien la fermer, deux minutes." John espérait qu'il n'avait pas l'air trop irrité. Le détective hocha la tête avec précaution et John réfléchit à la meilleure façon de le formuler. "Comme je l'ai dit, j'ai réfléchi et…" Non, il avait déjà essayé celle-là. Zut, ça ne devrait pas être aussi difficile. Puis il fut frappé par un éclair de génie. Il allait le faire à la façon du détective…
Il se pencha et prit la tasse vide des mains de Sherlock pour la poser sur la table basse. Sherlock avait l'air curieux mais ne dit rien. John hocha la tête, confirmant sa décision dans son esprit avant d'avancer et d'embrasser le plus jeune. Il entendit très nettement le détective inspirer de surprise. Ce baiser était très différent des premiers de la nuit dernière, ils étaient tous les deux sur les nerfs et sensibles mais il resta doux. Les lèvres du docteur caressaient doucement celles de son colocataire, dans l'ensemble c'était très agréable, jusqu'à ce que Sherlock pose une main sur la poitrine de John et, dans un mimétisme parfait de la nuit dernière, repousse John. Il secoua la tête, faisant rebondir ses boucles.
"John, il y a quarante-cinq minutes tu ne voulais plus entendre parler de moi…" Sherlock était confus. John prit la main qui le repoussait dans les siennes et la porta à ses lèvres, embrassant doucement les doigts du brun.
"Tu es un crétin exaspérant et tu me fais tourner chèvre" dit-il à Sherlock qui acquiesça de la tête, regardant fixement sa main à l'endroit où John l'avait embrassé. Aucune raison de nier la vérité. "Mais… je ne te voudrais pas autrement. Ce que tu as fait la nuit dernière était, comme tu l'as dit, 'sauvagement inapproprié', les choses sont arrivées trop vite et je n'ai pas eu le temps de les assimiler, c'était écrasant, mais ça m'a forcé à réévaluer certaines choses et…." Il embrassa une fois de plus les doigts de Sherlock et leva les yeux vers lui. "Si tu veux de moi ?"
Sherlock pinça les lèvres et fronça les sourcils, il essaya de se dégager mais John ne lâchait pas sa main.
"Je suis en train de te dire que je t'aime aussi… tu pourrais avoir l'air un peu plus heureux à ce sujet" marmonna John.
"Je n'avais pas prévu le fait que ce serait réciproque" admit maladroitement le détective.
"C'est une mauvaise chose ?"
"Pas mauvaise juste… je ne suis pas entièrement sûr de pouvoir être ce que tu veux que je sois." Il prit une profonde inspiration, essayant d'expliquer du mieux qu'il pouvait. "Je n'ai jamais été le 'petit ami' ou le 'partenaire' ou 'l'autre moitié' de quelqu'un… je suis égoïste et j'aime contrôler, tu as dit toi-même que j'étais manipulateur." Il fronçait énormément les sourcils, pensant beaucoup trop.
"Tu ne veux pas qu'on soit ensemble ?" demanda John, évidemment perplexe.
"Si, je le veux" dit-il précipitamment. "Mais tu dois savoir dans quoi tu t'engages. Je ne changerai pas. Je serai toujours obsédé par les affaires, je serai toujours impoli envers les amis et la famille, je serai toujours…" John posa un doigt sur les lèvres de Sherlock, le réduisant au silence une fois de plus. Sherlock en arriva presque à loucher pour apercevoir le doigt en question, et avala sa salive pour essayer de réduire la tension.
"Je sais, d'accord. Je te l'ai dit, je ne te voudrais pas autrement. Nous n'allons pas être le genre de couple 'chocolats, fleurs et films ringards', je n'en attendrai pas plus de toi que ce que tu es déjà. Nous allons continuer à nous disputer à propos du fait que tu pars en courant en me laissant derrière, que tu mets des morceaux de cadavre dans le frigo, et je vais probablement continuer à vous séparer sur les scènes de crime, Anderson et toi. D'accord ?" Sherlock y réfléchit un instant avant d'hocher la tête.
"D'accord" agréa-t-il, continuant à hocher la tête, rappelant un peu trop à John le chien sur la pub pour les assurances automobiles.
Puis quelque chose d'étrange se produisit. Aucun d'entre eux et en même temps les deux se déplacèrent, aucun d'entre eux mais pourtant les deux initièrent la chose, tout ça était très confus, mais quoi qu'il en soit, ils se retrouvèrent avec leurs lèvres scellées et leurs mains saisissant la chemise de l'autre. Ce n'était pas aussi timide que le baiser précédent, pas aussi fougueux que ceux de la nuit passée, c'était un juste milieu, une exploration prudente de la bouche de l'autre, chargée d'intention et de désir. En se séparant, Sherlock posa son front contre celui de John, respirant doucement et traitant les événements de la journée.
"Et John ?" dit-il calmement.
"Hm ?"
"La prochaine fois que je la vois, rappelle moi de remercier ta sœur." John l'embrassa une fois de plus, juste pour effacer le sourire satisfait du visage du détective.
Et voilà pour le troisième chapitre ! J'espère qu'il vous a autant plu que les deux autres.
Merci pour toutes vos reviews, ça fait toujours autant plaisir :D
J'ai mes exams qui arrivent donc je vais être très occupée dans les semaines à venir, je sais pas trop quand je vais poster le 4 mais ne vous attendez pas à ce qu'il arrive tout de suite ^^
Note de l'auteur: Je suis désolée pour l'angst ! *se cache des reviewers en colère* Le prochain sera du pure fluff ! Je vous le promets ! *s'enfuit*
