Hey ! Aujourd'hui, un texte un peu plus court, je n'avais pas trop d'idée du coup bah… voilà, j'espère que ça vous plaira néanmoins, désolé.


Alors que la nuit se finissait tout juste et que le matin déployait déjà quelques plumes de lumière sur la couche de neige qui recouvrait les toits. Sur le bureau de bois, une bougie éteinte depuis longtemps, des tâches d'encre et de nuit, des feuilles roulées en boule plus noires que beiges, des crayons brisés, des montagnes de documents qui s'empilent les uns sur les autres et semblent toujours sur le point de s'effondrer et, une main pâle dans ses boucles noires et l'autre traçant des lettres et des schémas qui se superposaient, prenant des mesures et remplissant les unes après les autres les feuilles de papier de son écriture fine et serrée qu'il glissait ensuite dans une des piles qui vacillait dangereusement.
Ses yeux noirs étaient lourdement cernés, comme si on y avait attaché des poids. Il était vêtu d'une tunique grise et d'un pantalon de soie. Malgré sa fatigue apparente, il continuait à se concentrer sur les documents qu'il avait devant lui et ne laissait pas la brise hivernale tirer hors de sa tâche.

On frappa à la porte. Il répondit rapidement et elle s'ouvrit, laissant passer un homme en arme qui vint s'agenouiller devant l'Intendant de la Vieille Tour, lui tendant un message encore scellé.

- De la part de la Guilde des Intendants, seigneur Bragg.

- Merci bien. Passez aux cuisines et reposez-vous.

Le messager se releva et sortit de la chambre de l'Intendant en prenant bien soin de fermer la fenêtre par laquelle commençaient à rentrer des flocons au passage.
Bragg posa la lettre sur son bureau et la descella, renversant au passage un encrier et jurant discrètement. Il la lut en faisant les cent pas dans la pièce, ouvrant le fenêtre tout juste fermée en passant.

« Salutations Seigneur Bragg, Intendant de la Vieille Tour.

Cela fait maintenant plusieurs mois que vous travaillez de concert avec le chevalier Vlad sur les gemmes de pouvoir et les Codex et nous n'avons pas encore reçu de rapport de votre part et voulions nous assurer que vous pensiez à les rédiger et nous les envoyer. Le conseil du Cénacle est impatient, vous le savez, et au vu des fonds débloqués pour vos expériences, nous vous suivons de très près.
Vous êtes un homme intelligent et nous n'avons nul doute que vous nous ferez parvenir à temps vos premières impressions et hypothèses.

Nous vous informons aussi par cette lettre de l'arrivée imminente de Camille Hannibal à la Vieille Tour à la demande du chevalier Vlad. D'après les rapports de nos agents, ce ne serait qu'un nom d'usage, destiné à cacher sa véritable identité. Il vous aidera dans vos recherches et supervisera les liens avec le chevalier.

Vous seriez bien avisé de prendre cet homme et votre mission au sérieux.

Respectueusement, le Conseil du Cénacle. »

Bragg soupira et s'assit sur la fenêtre. Il déchira la lettre et laissa ses morceaux s'éparpiller dans le vent et la neige. Un vent froid soufflait dehors, et le ciel était couvert de nuages épais et pourtant d'apparence légère. L'horizon s'ouvrait loin, écrasait le sol de sa splendeur.

Il ferma les yeux et laissa le vent le mordiller. Il glissa dans les ténèbres. Une lueur rouge éclairait la salle autour de lui. Elle se refléta dans un regard haineux et épuisé qui lui était adressé. La femme femme le dévisageait, immobilisée dans un énorme tube cristallin. Elle était encore en vie. L'Intendant détourna le regard, préférant se tourner vers les autres tubes, où les corps ne bougeaient plus. Le liquide qui les entourait semblait s'être solidifié. Des mains noircies par les ombres ouvrirent les tubes. Les corps s'évaporèrent. Quelques gemmes résonnèrent en tombant contre le sol.

Il regarda ses mains. Elles étaient poisseuses de ténèbres. Il continua à fixer les ténèbres.

- Désolé.

Le reflet disparut. Il se retourna pour voir le liquide se solidifier. Une aura étrange se dégageait du corps de la femme. Il prit note mentalement du phénomène, ramassa quelques gemmes et retourna travailler dans son bureau, chassant ces images de sa mémoire.

Il se réveilla soudainement, beaucoup plus proche du vide que ce qu'il pensait. Pris d'un vertige, il se précipita jusqu'à une bassine d'eau pour se laver les mains et le visage. Mais elles restaient poisseuses. Les cernes se creusèrent encore un peu davantage.