Mayunaise le 21 novembre 2015
Bonsoir bonsoir ! Je remercie tous ceux qui prennent la peine de reviewer et tous ceux qui suivent cette histoire :)
Précédemment : Harry se réincarne en bébé Voldemort. Il badde, il désespère, puis il s'y fait. Les années passent. Tom et lui, comme deux frères fusionnels, coulent des jours heureux, jusqu'au jour où ils sentent dans leurs doigts les fourmillements de la magie.
En réponse à Guest : Tu verras que Tom n'utilisera pas beaucoup la magie jusqu'à son entrée à Poudlard. Pour ce qui est de parler à un serpent ou de la rencontre avec Dumbledore, oui, oui, mais pas tout de suite. Et quand est-ce que Tom apprendra (toute) la vérité... Pas tout de suite non plus. Le rythme de l'histoire sera plus lent, désormais. En tout cas, c'est cool que t'aimes bien l'image de profil, j'imagine que mes dessins et mon écriture s'accordent :) Et merci d'avoir joué le jeu des suppositions, c'est agréable !
En réponse à L'Abrutie : Hey, c'est cool de te retrouver. Et oui, leur relation sera vite étouffante et mortifère, surtout quand la puberté arrivera :) J'aime peu les personnages OOC donc Tom, malgré sa mignonnitude d'enfant et la présence de Harry, malgré leur big love (haha) deviendra ce qu'il deviendra. Bien entendu, ce qui m'intéresse, c'est comment. Merci pour ton message !
En réponse à L.L.P : Il y a évidemment une explication à ce retour dans le passé. Pour ne pas ruiner le plot, je peux pas vraiment en dire plus. En tout cas, pas de la boucle temporelle (si tu penses à une histoire qui se répète à l'infini). L'intrigue est linéaire et elle s'arrêtera à un moment donné. Désolée si mes réponses sont vagues, je vais essayer petit à petit d'incorporer des indices. Pour l'instant, il vaut mieux faire comme si tout ça était un A.U et que Tom avait toujours eu un petit Harry dans sa tête :) Merci pour ton message, tes commentaires positifs et tes questionnements interpellants. Pour ce qui est de la ponctualité, j'espère qu'elle tiendra !
ANIMUS, ANIMA
Découverte de la magie (1934 / 7 ans)
Chapitre 2 : Le même regard franc et fier
Tom et Harry se coiffaient devant la glace de leur armoire, comme tous les matins. Pour une raison inconnue, une mèche de cheveux s'obstinait à se la jouer anarchiste, irritant les nerfs du petit maniaque.
Je comprends pas, bougonnait-il. D'habitude, tout est toujours parfait !
Calme-toi, lui conseilla Harry, l'agaçant encore un peu plus.
Tom, à seulement sept ans, était un garçon très propre et coquet. Ses vêtements étaient usés mais jamais tachés, ses genoux n'affichaient aucun hématome. Il limait ses ongles régulièrement, se savonnait entre les fesses et les orteils et changeait de caleçon tous les jours.
S'il avait pu le faire, il aurait certainement lavé son linge lui-même mais personne n'aurait laissé un enfant, même s'il a un ami imaginaire majeur et vacciné, plonger ses bras dans les cuves pleines de savon et d'eau chaude pour battre vigoureusement les habits. C'était une des règles de l'établissement : chacun sa place.
Ce matin-là, le garçon tentait de dompter un épi rebelle, les yeux rivés sur son reflet moqueur, quand quelque chose d'étrange se produisit. Sa main droite, celle qui tenait le peigne, fut soudain prise de fourmillements. Et l'épi disparut.
Tom n'avait pas été frappé par la foudre, mais il avait l'impression que ce qu'il venait d'expérimenter était similaire. Une force mystérieuse était passée dans ses doigts, violant sans scrupule toute son intimité. Il se sentait entièrement changé, comme si on l'avait vidé de tous ses organes pour ensuite les remettre à la hâte à leur place. Quelque chose avait chamboulé tout ce que son abdomen cachait jalousement, inversant poumon droit et gauche, emplacement de la rate et du pancréas. Est-ce que c'était venu de l'extérieur, de l'intérieur ? Il n'en savait rien. Mais c'était pas normal.
xXx
T'as senti ? demanda Tom, d'une voix mentale inquiète.
D'autres pensées, moins intelligibles, se chamaillaient entre elles : Qu'est-ce que c'était–On aurait dit un éclair–Harry me répond pas–Pourquoi il me répond pas–Est-ce que je vais mourir ?
Harry, lui aussi, réfléchissait à toute allure. Malheureusement, comme il réfléchissait en utilisant des mots, Tom entendit clairement toutes ses pensées paniquées.
Merde merde merde–Comment faire–C'est forcément la magie–C'est trop tôt–Oh Merlin que faire ?
Qu'est-ce que tu dis ? De quoi tu parles, je comprends pas ! s'énerva silencieusement l'enfant, les yeux rivés sur son reflet.
Harry fut bien obligé de regarder lui aussi dans la glace.
Tom et lui se coiffaient devant tous les matins mais, pour la première fois, le Survivant réalisa que l'enfant qui se tenait en face de lui, c'était Tom Riddle. Il s'était tellement habitué au garçon qu'il en avait presque oublié son identité. Tom avait son petit caractère, certes. Il n'était pas facile à vivre, surtout vingt-quatre sur vingt-quatre. Il se montrait capricieux, du moins avec Harry, et parfois carrément insupportable. Jusque-là pourtant, Harry ne l'avait jamais considéré sérieusement comme un Voldemort en herbe.
Enfin, merde quoi, je lui lis des histoires avant qu'on s'endorme !
Comment croire qu'un garçon qui n'avait même pas encore appris à lire pourrait, un jour, tuer ses parents, torturer des Moldus, détruire des villages ? Comment imaginer que le gamin qu'il avait appris à aimer comme un petit frère, comme un fils, comme un jumeau, était l'homme qui avait tenté un nombre effrayant de fois de l'assassiner ?
Mais le garçon dans le miroir, même s'il était de quelques années plus jeune que celui que Harry avait vu dans la Pensine, avait le même regard franc et fier. Pas de doute : Voldemort était à la fois son passé, son présent et son futur.
xXx
Merope Gaunt, si elle avait encore été en vie, aurait pu nourrir un amour incestueux pour son propre fils. Il n'avait que sept ans mais il était déjà beau. Ses joues encore rondes promettaient d'éclore en pommettes dures. Ses lèvres minces et pâles souriaient souvent de façon charmante. Sans doute que Harry projetait sur lui des images de sa version plus âgée, lisant dans ses traits enfantins le charisme du Préfet-en-Chef qu'il avait rencontré dans la Chambre des Secrets.
Mais les candidats à l'adoption eux-mêmes disent qu'il est beau, que son visage est raffiné... Non, c'est pas exactement ça. Ce qu'il a de vraiment incroyable, c'est ses yeux.
Les yeux de Tom étaient d'un brun très banal. C'était pourtant eux qui faisaient de Tom un tout harmonieux et complexe, en perpétuel écho. C'était eux qui lui conféraient son allure de fantôme, son étrange délicatesse.
Harry avait compris, avec le temps, qu'un regard à la couleur exceptionnelle séduisait sans difficulté, sans même le vouloir. Il suffisait d'avoir les yeux bleus ou verts pour qu'ils attirent et retiennent naturellement l'attention. Ainsi, il semblait que la seule chose dont on se souvenait de Lily Potter était le vert lumineux de ses yeux. En tout cas, c'était l'impression que donnaient tous ceux qui l'avait connue.
Ça l'avait toujours frustré et attristé qu'on lui parle de James comme d'un gars extraordinaire, et de sa mère seulement comme d'une belle rousse aux yeux verts.
Bon okay, Slughorn était fan d'elle, même si elle était Née-Moldue. Mais là n'est pas le propos.
Là où il voulait en venir, c'était que les yeux de Tom Riddle n'avaient pas l'avantage d'avoir une teinte hors du commun. Ils aguichaient par leur seul contour délicat, par leur profondeur presque gênante chez un enfant. C'était comme s'ils mettaient tout en œuvre pour compenser la banalité de leur couleur. Ils n'en étaient que plus captivants.
Comme deux gouffres, ils aspiraient le monde et promettaient à celui qui oserait y plonger un vertige astral. Ils invitaient à lâcher prise, à abandonner la prison du corps pour pénétrer dans les abysses. Dans ce monde intra-oculaire, la lumière ne pouvait entrer. Les grandes profondeurs étaient un lieu nocturne et glacial, où l'homme qui s'égarait n'avait que peu de chance d'un jour revenir à la surface. Déchiqueté sans bruit ni remous par une horde de créatures sans nom, celui qui croisait le regard de Tom avait soudain froid.
xXx
Tom Riddle à sept ans n'était pas vraiment beau : quelque chose de trop puissant se diffusait de ses traits. De loin, il était identique à tout enfant. Sa silhouette ne se distinguait pas des autres. Mais dès qu'on l'approchait, sa présence faisait vibrer les contours du monde.
J'ai du charisme, c'est vrai, murmura le reflet avec une lueur indescriptible dans les yeux. Mais je suis un être si complexe qu'à la fois, j'attire et j'effraie. Appelle-moi « Feu-follet » !
Il y avait ceux qui étaient attirés par l'aura de l'enfant. La petite Margaret, neuf ans, avait le béguin pour lui. Harry l'avait remarqué, pas Tom. Pourtant, la fillette le bouffait avec les yeux. Quant à Ivy, la cuisinière, elle lui accordait toujours une portion plus grosse que celle des autres, prétextant que manger, c'était le début du bonheur.
Il y avait ceux que sa présence effrayait un peu. C'était le cas de Madame Cole et de quelques adoptants. Tom avait l'air trop intelligent pour un enfant, son regard était trop grave. Et Harry, en observant les traits tendus de leur reflet, réalisa que c'était en partie à cause de lui. Le garçon abritait dans sa tête une conscience qui avait plus de deux fois son âge biologique et c'était ça qui tourmentait certains adultes.
Ce qui est flippant, c'est pas vraiment Tom, comprit Harry, abasourdi. Ce qui est flippant et attirant dans les yeux de Tom, c'est moi ! Ce qui le rend si présent dans une pièce, c'est moi !
Je comprends rien à ce que tu penses depuis tout-à-l'heure ! l'interrompit Tom. Réponds-moi, qu'est-ce que c'était dans nos doigts ? Harry !
xXx
Tom n'était certainement pas aussi anormal que Madame Cole le prétendait mais il restait un gamin autoritaire. Il exigeait des réponses de Harry de la même façon qu'il avait ordonné à Dumbledore, dans la Pensine, de lui prouver qu'il était un sorcier. Harry réalisa que l'armoire qui prendrait momentanément feu, impressionnant le futur Lord Voldemort, était justement celle devant laquelle Tom se tenait. Tom était... Harry se censura juste à temps.
Je comprends pas, Harry ! grogna Tom. Qu'est-ce que c'est « dumbledore » ? Et « voldemort » ? Pourquoi tu penses que mon armoire va prendre feu ? Qu'est-ce qu'on a senti tout-à-l'heure dans nos doigts ? Réponds-moi !
Le garçon était tellement en colère que ses lèvres se tordaient malgré lui. Son reflet ne montrait plus un visage harmonieux mais un regard torturé, une bouche qui se parlait à elle-même, un enfant qui cherchait des réponses dans des yeux qu'il ne pouvait pas voir.
Tom avait beau fixer le miroir, ce n'était pas Harry en face de lui mais seulement son reflet. A quoi ressemblait Harry, d'ailleurs ? Avait-il une apparence ?
Harry, appela-t-il avec le plus de calme possible. Harry, dis-moi si tu sais quelque chose, s'il-te-plaît.
Cette pensée d'apparence maîtrisée ne dissimulait pas toutes celles qui s'agitaient devant, après, derrière elle. Celles-là allaient trop vite pour que le Survivant les assimile, mais elles signifiaient les mêmes choses : un état de panique, un sentiment de trahison, d'incompréhension. Quelque chose n'allait pas et Harry, pour une raison ou une autre, détenait des réponses.
Harry était incapable de répondre. Ses pensées à lui n'étaient pas plus ordonnées que celles de Tom. Il régnait dans leur tête commune une cacophonie éprouvante et étouffante, mais il n'arrivait pas à prendre de décision.
J'ai peur, pensa Tom, au même moment où il cria « Parle ! » à son reflet.
Le reflet ne fit que crier en même temps que lui et fermer la bouche en même temps que lui.
Mais gueule pas ! s'énerva finalement Harry. Tu crois qu'on a pas déjà une sale réputation ?
Parle, pensa l'enfant silencieusement. Tu m'abandonneras pas, hein ? J'ai peur. Est-ce que je vais mourir ? C'était quoi, ce courant électrique ? Pourquoi tu réponds pas ? D'habitude, tu sais toujours tout !
xXx
Pour la première fois de sa vie, Tom Riddle désirait que son Harry soit palpable, qu'il soit un vrai garçon... Si ça avait été le cas, il aurait pu le remuer dans tous les sens, le gifler, ou encore l'enfermer dans l'armoire et jeter la clef. Mais comme Harry n'existait que dans sa tête, il lui était impossible de le forcer à faire quoi que ce soit et c'était désespérant.
Qui était Harry, que faisait-il là ? Et pourquoi pensait-il des mots qui n'avaient pas l'air d'exister, comme « pensine » ou « dumbledore » ? « Sorcier », pourquoi Harry avait-il pensé que Tom était un sorcier ?
Est-ce que Harry, qui avait jusque-là été son infaillible allié, même quand il désapprouvait ses actions, se retournait contre lui ? Est-ce qu'à l'instar de certains enfants de l'orphelinat, il le croyait malade de la tête ? C'était ça que voulait dire « sorcier », n'est-ce pas ?
Mais enfin, si ses camarades le traitaient de « taré », c'était justement à cause de Harry ! Quand il parlait tout seul, c'était que, trop enthousiaste, il oubliait de garder ses pensées pour lui. Et si son regard effrayait les autres, c'était parce qu'il appartenait aussi à Harry, son ami imaginaire. C'était comme s'il avait quatre yeux.
Harry, toujours rassurant, intrinsèquement familier, son autre lui-même, Harry pensait des choses incompréhensibles et qui étaient forcément liées au fourmillement étrange dans leurs doigts, un instant plus tôt.
Et si Harry était le diable ? Et s'il n'existait pas ? Et si Tom était fou ?
xXx
Toutes ces années, Tom ne s'était jamais demandé d'où est-ce que Harry venait et pourquoi il était avec lui. Soit il avait eu beaucoup de chance à la naissance, soit il avait été élu – cette option lui plaisait particulièrement –, mais il n'avait pas osé se poser plus de questions que cela, de peur qu'on lui retire son bienfaiteur.
Il n'en avait jamais parlé à qui que ce soit, Harry le lui ayant déconseillé. Harry avait affirmé que les autres personnes n'avaient pas deux consciences et que ça leur ferait peur. De toute manière, tous deux se rappelaient de l'adolescent que les parents avaient abandonné à l'orphelinat, parce qu'il était dérangé. Mais même Madame Cole n'en avait pas voulu, elle l'avait déposé à l'asile.
Pourquoi Tom aurait-il cherché à savoir d'où lui venait son plus grand bien, alors qu'il était si facile de simplement en profiter ? Il s'en fichait d'où Harry lui venait, s'il venait même de quelque part, tant qu'il était là. Harry était lui-même, au même titre qu'il avait deux bras. Il n'allait pas rejeter son bras gauche sous prétexte qu'il avait déjà un bras droit.
Bien entendu, il avait récolté quelques informations sur Harry, à force, sans effort. Harry était un garçon, comme lui. Son ton était plus grave, plus mûr que le sien. Il n'avait pourtant pas la voix chevrotante du prêtre : il était un grand, mais pas un trop grand. Il savait beaucoup plus de choses que Tom. Heureusement d'ailleurs, car Tom ne se voyait pas être ami avec quelqu'un d'inférieur. Il tremblait d'effroi quand il s'imaginait qu'il aurait pu tomber sur une conscience sotte, comme celle de Billy Stubbs.
Harry aimait raconter des histoires et faire des plaisanteries stupides. Il était souvent très bavard même si, parfois, il pouvait ne pas penser pendant des heures et laisser Tom s'occuper presque tout seul de son corps. Presque, car il suffisait que Tom l'appelle pour que son ami se manifeste.
C'était assez étrange, mais ils n'avaient absolument pas les mêmes goûts, alors qu'ils partageaient leurs papilles gustatives. Harry bavait mentalement dès qu'il entendait le mot « fromage ». Tom trouvait ça dégoûtant mais il se forçait toujours à finir son assiette car il s'était aperçu que ça faisait plaisir à son mai.
Une fois, la voix lui avait dit : Dans une autre vie, j'ai un peu trop souffert de la faim pour supporter la vue de nourriture qui va partir à la poubelle.
Au fil du temps, Harry avait donc laissé échapper assez d'indices pour que Tom comprenne qu'il avait eu une vie avant lui, dans un monde lointain. Ça semblait logique car Tom n'avait que sept ans alors que Harry en avait... plus.
Il avait trouvé ça encore plus génial. Son ami, en plus d'être intelligent, protecteur et toujours fidèle au poste, venait d'ailleurs ! Tom était vraiment privilégié, l'élu des dieux.
Néanmoins, le petit Tom était ce qu'il était. Même s'il adorait littéralement Harry. il n'avait jusque-là pas trouvé utile de chercher à en savoir plus sur sa vie passée. Ce n'était pas important, tant que Harry restait pour toujours dans sa tête. Pourquoi s'intéresser à son identité ? C'était son ami, c'était son autre lui, et Tom trouvait ces titres suffisants pour définir son identité.
xXx
C'était bête de penser que Harry n'existait pas et que je l'avais inventé, admit Tom. Il utilise des mots que je connais pas, il m'apprend des trucs que je connais pas. Ça veut bien dire qu'il existe en dehors de moi, qu'il a une vie à lui. Je peux pas non plus croire qu'il est le diable. Le diable est méchant. Harry est mon ami. Mais il me cache quand même des choses. J'aime pas ça.
Tu t'es calmé ? demanda doucement Harry. Je tiens à préciser que mes plaisanteries ne sont pas stupides.
Explique-moi, pensa Tom d'un ton geignard qui se voulait arrogant. Si t'es pas le diable ou une invention, dis-moi tout. C'était quoi, dans nos doigts ? Tu sais des choses.
C'est vrai, concéda Harry. Mais tu es si jeune...
Tom était encore un enfant, mais Harry n'agissait-il pas comme Dumbledore, en le surprotégeant, en lui cachant la vérité ? Il ne lui faisait pas du bien. Et puis, pourquoi ne pas lui dire, tout simplement ? Pas tout, bien entendu, mais...
Qui est Dumbledore ? demanda à nouveau Tom. Tu penses beaucoup à lui.
Je peux pas tout te dire, répondit Harry, en mobilisant ses faibles qualités d'Occlumens.
C'était assez aberrant d'essayer de fermer son esprit à soi-même mais c'était mieux que de laisser Tom apprendre que...
Apprendre que quoi ?
Harry soupira si fort que le corps de Tom soupira avec lui. Il se sentait épuisé et ils venaient à peine de se lever. Ils n'étaient même pas encore allés pisser.
Viens, on se couche et je te raconte ce que je peux, proposa-t-il.
Le garçon acquiesça à son reflet, posa son peigne en corne sur la table de chevet et s'allongea. Il ferma les yeux. C'était comme ça qu'il pouvait le mieux se concentrer sur les murmures de son autre. Sa respiration devint lente, comme s'il allait s'endormir. Il pouvait presque s'imaginer un spectre aux lèvres froides chuchotant à son oreille.
Tu sais, ce qu'on a ressenti dans nos doigts, tout-à-l'heure ? Et bien, c'était de la magie. Tu es un sorcier, Tom.
xXxxXxxXx
Harry raconta à Tom tout ce qu'il put – c'était beaucoup et peu de choses à la fois. Il lui parla d'abord de la magie et du monde sorcier qui cohabitait avec celui des Moldus, les personnes non-magiques. La magie se manifestait dès l'enfance, souvent quand le petit sorcier était contrarié et qu'il ne trouvait pas de solution. Tom n'arrivant pas à dompter son épi avec son peigne, sa magie lui avait donné un coup de pouce.
Mais les enfants ne contrôlent pas bien leurs pouvoirs alors tu ne dois absolument pas chercher à les utiliser. Ça pourrait causer des catastrophes, insista Harry.
De temps en temps, Tom ressentirait ces picotements mystérieux et sûrement que ses épis disparaîtraient. Sous le coup de la colère, les vitres trembleraient un peu. Il faudrait cependant qu'il attende d'entrer à l'école de sorcellerie pour maîtriser tout ça. De toute façon, sans baguette magique, il n'irait pas bien loin.
Okay, okay, j'ai compris ! souffla Tom. C'est comment, l'école ?
Il n'existait pas d'école primaire sorcière : soit les enfants sorciers allaient à l'école moldue, soit ils bénéficiaient de l'enseignement de leurs parents à domicile. Tom, lui, entrerait à l'école primaire moldue du quartier en septembre prochain.
C'est à onze ans que les enfants sorciers commençaient leur scolarité à l'école de sorcellerie. La plus renommé du Royaume-Uni, Poudlard, se trouvait en Ecosse. C'était un pensionnat où l'on restait sept ans et où l'on apprenait toute sorte de choses, mais surtout à maîtriser et à utiliser intelligemment la magie, à l'aide d'une baguette.
Dès que Harry sentait ses pensées s'aventurer trop loin, il se rabattait sur des informations futiles. Il y en avait beaucoup et Tom l'écoutait penser avec avidité.
Les élèves de Poudlard avaient droit à un animal de compagnie, soit une chouette, très pratique pour échanger du courrier, soit un crapaud, soit un chat. Il y avait deux examens officiels organisés par le Ministère de la Magie : les BUSES, à la fin de la cinquième année, et les ASPICS, qui clôturaient la dernière année. A dix-sept ans, un sorcier devenait majeur et pouvait choisir de continuer ses études dans une école supérieure spécialisée ou d'entreprendre une formation plus courte, ou enc...
Harry, l'interrompit Tom. Comment tu sais tout ça ?
Tu me crois, alors ? s'étonna malgré lui Harry.
Le souvenir de sa conversation avec Dumbledore, à la fin de leur deuxième leçon privée, lui revint en mémoire sans qu'il puisse rien y faire. A ce moment-là, il s'était déjà étonné de la rapidité avec laquelle Tom Riddle avait accepté sa nature de sorcier. Il s'efforça immédiatement de penser à autre chose, espérant que Tom n'avait pas entrevu quelques images du futur. Ce serait désastreux, s'il apprenait que Harry venait de si tard.
Le pire serait qu'il découvre notre relation dans mon ancienne vie, songea le Survivant, conjurant dans son esprit d'imposantes images de chatons.
xXx
Il semblait que l'autre garçon ne s'était aperçu de rien, car il répondit :
Je te crois bien sûr, vu que je me mens pas à moi-même. Et tu es moi. Je crois en moi. Qui est Dumbledore ?
Pourquoi tu tiens tant à le savoir ?
Pourquoi tu me réponds pas ? rétorqua Tom.
Tu as gagné, admit Harry. Il y a sûrement pas de mal à lui dire ça–Dumbledore est le plus grand sorcier de tous les temps. Il est le Dir–Il est professeur à Poudlard.
Ha, dit simplement Tom. J'en étais sûr.
Harry fit semblant de le croire, Tom fit semblant de croire que Harry le croyait et ainsi de suite. Pendant quelques instants, aucun des deux ne pensa distinctement, puis Tom s'exclama :
Arrête de faire ça, j'ai l'air bête !
Harry était tranquillement en train de sourire, satisfait. Le ton scandalisé du garçon le fit sourire de plus belle et il laissa même échapper un rire.
Si quelqu'un nous entend rire tout seul, on va nous mettre à l'asile, le gronda Tom.
Harry se calma.
Tu dois t'en douter, je suis moi aussi un sorcier, dit-il sobrement.
T'étais élève à Poudlard, avant de renaître avec moi ? demanda Tom, comme s'il rencontrait quotidiennement des personnes possédant des pouvoirs magiques.
Harry s'étonna encore une fois de la facilité avec laquelle Tom s'était approprié les tout nouveaux termes. Lui, il lui avait fallu bien plus de temps pour y croire...
C'est à peu près ça, oui, répondit évasivement Harry.
Est-ce que tu es mort ?
Harry hésita. Oui et non. Il n'en était même pas sûr lui-même.
Comment ça, oui et non ? insista Tom.
C'est vraiment pas pratique de réfléchir quand quelqu'un entend tout ce qu'on pense !
Je sais bien, remarqua l'enfant. T'es pas sûr d'être mort et maintenant, tu vis avec moi. Est-ce que... Est-ce que tu avais un corps, avant ?
Bien sûr. Il y a des fantômes à Poudlard, mais j'étais un garçon normal, avec un corps et une seule conscience, avant. Pas comme toi.
A quoi tu ressemblais, alors ?
Cela faisait longtemps que Harry n'avait pas songé à son apparence antérieure. Il s'était accoutumé à sa nouvelle existence en tant qu'esprit pas tout-à-fait incarné. Il se voyait comme une sorte d'aberration scientifique, un truc nacré flottant dans le cerveau de Tom, ou quelque part dans le vide métaphysique qu'était son âme-cœur. Il avait presque du mal à croire qu'avant, il était tout seul dans sa tête, et qu'il avait un corps à lui. Ce genre de vie lui semblait définitivement trop solitaire. Comment avait-il pu passer ses journées sans une autre conscience pour lui tenir compagnie, sans Tom ?
xXx
Harry dévisagea leur reflet dans le miroir et répondit, choisissant bien ses mots :
Curieusement, je te ressemblais un peu. J'avais les cheveux noirs, j'étais assez maigre. Pas très grand.
Tom sourit avec satisfaction.
Arrête ça, on a l'air stupide, plaisanta Harry.
Je suis juste content que tu me ressembles, se justifia le garçon. C'est normal, nous ne sommes qu'un. C'est plus facile de t'imaginer comme mon jumeau.
Si on allait petit-déjeuner ? proposa Harry, en faisant se lever Tom. Madame Cole va nous gronder. Et parler autant m'a donné faim.
Tom refusa de descendre dans la salle à manger avant d'avoir terminé sa toilette. Il fut, comme l'avait prédit Harry, grondé très fort pour être arrivé si tard, et n'eut droit qu'à un verre de lait et un morceau de pain de la veille. Mais il s'en fichait.
Il était un sorcier ! Et Harry lui ressemblait !
C'était seulement dommage, très dommage, qu'il ne puisse pas encore utiliser ses pouvoirs. Peut-être que s'il insistait, Harry lui apprendrait quelques tours...
Même pas en rêve, commenta implacablement Harry. Et maintenant, allons écrire en cursive les lettres « b » et « d ».
Mais tu sais que je les confonds !
Justement.
xXxxXxxXx
Les jours suivants, Tom, d'ordinaire si assidu, les passa totalement perdu dans ses pensées. Les yeux vitreux, fixant des mondes imaginaires, il marmonnait dans son absence de barbe. Dès que quelqu'un lui demandait si ça allait, il répondait par un regard noir. Il disait être très occupé et que surtout, « laisse-moi tranquille ! Je pense. ».
Il fit pleurer Margaret, qui le traita de méchant garçon avant de s'enfuir dans sa chambre. Harry le réprimanda vaguement mais il n'aimait pas beaucoup la fillette. Neuf ans, n'était-ce pas un peu tôt pour regarder un garçon avec avidité ?
En réalité, Tom passait son temps à discuter de la magie avec Harry. Comme il ne pouvait pas l'utiliser, il se consolait en apprenant le plus de choses possible sur elle. Comme ça, quand il entrerait à Poudlard... Car Harry lui avait promis, après l'école moldue – il prononçait ce mot nouveau avec mépris – ils iraient à Poudlard ! Personne ne saurait qu'il était né-Moldu. Tout le monde le prendrait pour un enfant de famille sorcière, un enfant qui aurait presque tout appris de la magie avant même d'avoir commencé l'école.
Oui, il fallait qu'il patiente encore quelques années et il serait en route pour le monde dans lequel il trouverait sa place, le monde de la magie !
xXx
Jusque-là, il n'avait jamais rêvé de partir de l'orphelinat avant sa majorité. En effet, la plupart des enfants, orphelins ou abandonnés, ne s'en allaient pas avant. Ils étaient scolarisés jusqu'à quatorze ans et, ensuite, ils commençaient à travailler. Quand ils atteignaient vingt-et-un ans, ils empaquetaient leurs maigres affaires et quittaient définitivement l'établissement.
Il avait cru être condamné à vivre dans ce trou encore le triple de son âge. Les rares candidats à l'adoption se tournaient vers les bébés. Et quand un couple s'intéressait à lui – après tout, il était propre, mignon, bien élevé –, Madame Cole les en dissuadait d'un regard angoissé.
De toute façon, il n'avait jamais voulu être adopté. Il préférait la semi-liberté qui lui était actuellement accordée que l'amour forcé de parents inconnus. Il ne respectait et n'avait besoin de personne d'autre que Harry et il était persuadé qu'il en serait ainsi toute sa vie.
Les jours où vivre à l'orphelinat lui pesait trop, il élaborait des grands plans de fugues. Même si Harry prétendait qu'il ne l'aiderait jamais à s'enfuir, Tom savait qu'il ne le laisserait pas tomber, car si l'un mourrait, l'autre ne survivrait pas.
Mais voilà que Harry lui promettait un avenir bien plus grandiose que celui d'Oliver Twist ! Quand il aurait onze ans, on viendrait le sortir de là. Il lui suffisait de patienter sagement. Accompagné de Harry, il entrerait à Poudlard, ce château gigantesque et enchanté, où il apprendrait des maléfices, des contre-sorts et l'art des potions !
xXx
Il avait tellement hâte qu'il y pensait toute la journée. Malheureusement, il y avait toujours un imbécile pour le sortir de sa rêverie et lui rappeler qu'il lui restait encore quatre années à vivre dans la médiocrité.
– Va-t-en, Dennis ! cria-t-il au seul garçon qu'il considérait doté d'un cerveau, Dennis Bishop.
Non mais ça va pas ? l'engueula Harry.
Tom l'ignora.
– Oh, calme-toi, Tom, répliqua le grand enfant blond. C'est l'heure du couvre-feu, je voulais t'avertir.
Tom regarda autour de lui avec stupeur et se rendit compte qu'il était plongé dans le noir. Il venait de passer une heure à parler avec Harry de balais magiques.
– Merci de m'avoir prévenu. Et désolé, tu m'as surpris, lança Harry avec un sourire contrit qui ne ressemblait pas du tout à Tom.
Tom monta dans sa chambre en rouspétant mentalement contre son ami imaginaire, qui prenait bien des libertés. Harry, pour sa part, le sermonna sur ses mauvaises manières.
Ils eurent beaucoup de mal à s'endormir.
Avant, Tom ne détestait pas vraiment la vie à l'orphelinat car il croyait que c'était la seule possible. Et puis, c'était pas le luxe, les autres enfants étaient niais, mais Harry était avec lui, donc ça passait. Cependant, depuis que Harry lui avait parlé du monde incroyable des sorciers, où il pourrait réaliser tellement plus de choses que dans celui-ci, il avait commencé à haïr l'endroit où il vivait.
C'était si frustrant de savoir que tout ça existait, que quelque part dans la ville il y avait le Chemin de Traverse, sans pouvoir y aller ! C'était si frustrant de savoir qu'on est un être exceptionnel sans pouvoir le montrer aux autres ni même se le montrer à soi-même.
Dès que ses pensées se faisaient trop amères, heureusement, Harry était là pour le rassurer.
Tu verras Tom, ça va vite arriver. En attendant, demain, tu entres à l'école primaire, alors tachons de bien nous reposer.
xXxxXxxXx
Ça va, t'es pas trop stressé ? demanda Harry d'un ton inquiet.
Tu me prends pour qui ?
Mais bien sûr, Tom ne pouvait pas lui mentir. Harry entendait ses pensées bordéliques, il sentait leurs mains moites et leur cœur battre fort, indices de l'état d'anxiété de l'enfant. Cependant, il savait que Tom prendrait très mal les mots de réconfort bateau qu'il avait en tête. Alors, il lui pressa simplement le bras droit.
Au fil des années, ils avaient implicitement convenu que Harry pouvait utiliser le bras gauche pour s'exprimer. Il le faisait rarement, car c'était étrange pour l'un comme pour l'autre mais, dans certains moments particuliers, tous deux faisaient comme s'ils étaient deux personnes séparées et Harry posait leur main gauche sur leur joue ou leur épaule.
Ces gestes signifiaient simplement : « Même si tu ne me vois pas, je suis là ».
– Tom, dépêche-toi, l'appela Anne. Et viens par ici, Billy ! Non mais sérieux, ces marmots alors !
Anne était une vieille femme qui avait au cours de sa vie occupé tous les postes de l'orphelinat. Quand Tom était encore bébé, Harry se rappelait qu'elle reprisait les chaussettes et tricotait les pulls et écharpes. Quand Tom avait commencé à parler, c'était elle qui gérait les stocks de savon, de nourriture et de tous les produits dont les enfants avaient besoin au quotidien. Quand Tom avait quitté les couches, elle s'occupait des nouveau-nés. Et quand Tom avait appris à s'habiller tout seul, elle était ambassadrice de l'orphelinat.
Le premier jour d'école de Tom, elle était son représentant légal.
Billy et Tom suivirent docilement leur accompagnatrice. Tous les trois pénétrèrent dans l'école, collés les uns contre les autres. Devenir écolier, ça arrivait pas tous les jours. Mais ce qui les intimidait vraiment, c'était tous ces enfants inconnus autour d'eux. En effet, à part à la messe, ils n'avaient jamais l'occasion d'en rencontrer.
Certains semblaient avoir leur âge, d'autres étaient plus grands. Il y en avait qui couraient de partout, s'interpellant les uns les autres. Il y en avait qui serraient leurs cartables avec un air inquiet. Tous étaient accompagnés d'une femme : leur mère ou leur nourrice.
De temps en temps, quelque chose venait rappeler à Harry qu'il était en plein milieu des années 1930. Ça pouvait être le style vestimentaire, bien sûr, la technologie sommaire ou encore les injustices sociales, qui étaient bien plus marquées qu'à son époque à lui. Aucun homme ne travaillait à l'orphelinat, c'était un travail de femme. Et, vraisemblablement, aucun homme n'accompagnait son gamin pour son premier jour d'école, c'était la tache de sa femme.
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Anne mena, d'un pas pressé, les deux enfants dans les couloirs de l'école primaire. Elle semblait bien connaître les locaux car elle n'hésita à aucun tournant. Tom aurait bien voulu prendre le temps d'examiner les alentours, mais ils se trouvèrent très vite devant une porte, où était écrit, selon Harry, « Bureau du Directeur ». Tom le crut sur parole.
Anne et le Directeur parlementèrent pendant dix minutes, que Tom et Billy passèrent à arpenter le couloir. C'était une école primaire très ordinaire, avec ses longs couloirs qui distribuaient des salles de classe remplies de pupitres, ses escaliers aux marches usées et ses couleurs rose, beige et jaune, censées rendre le lieu lumineux et accueillant.
Harry regardait tout ça avec la même curiosité que Tom. Si une chose l'étonnait vraiment, c'était que l'école soit mixte, mais il ne développa pas plus cette pensée, de peur d'éveiller les soupçons de son autre.
Le garçon, de toute manière, était trop occupé à regarder à l'intérieur d'une classe vide pour faire attention à Harry. Tout était exactement comme dans les livres ! Les pupitres en bois, avec leurs emplacements pour les encriers, les fenêtres sur toute la longueur de la pièce, l'estrade, derrière le bureau professoral et l'indispensable tableau noir, où les craies crisseraient bientôt. Il y avait une carte en couleurs du Royaume-Uni pendue au mur ainsi qu'une grande photo représentant, supposa Harry avec un frisson, des avions de la Royal Air Force.
Harry, même dans une école moldue, on apprend beaucoup de choses ?
Les Moldus ne sont pas stupides, soupira Harry. Tu vas voir, l'école, c'est très intéressant.
Tom acquiesça. Il faisait entièrement confiance à Harry. Mais Harry était bien moins sûr de lui qu'il n'en avait eu l'air. Ses propres souvenirs de l'école primaire se résumaient à une seule activité : courir assez vite pour échapper à Dudley.
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Tom s'adapta très vite à son nouvel environnement. La maîtresse l'avait placé au second rang, un peu sur la gauche et ça lui allait très bien. Elle avait aussi mis Billy à côté de lui, sûrement pour que les deux orphelins ne se sentent pas trop perdus. Mais Tom n'avait pas besoin de Billy. C'était un benêt.
Typiquement un Moldu, pas comme Harry et moi, pensait Tom avec suffisance, avant de se rattraper, car il entendait les pensées furieuses de Harry : Pardon, excuse-moi, Harry ! Mais avoue, il est crétin.
Il décida de prouver à la maîtresse qu'il n'avait pas besoin de sa condescendance. Ce n'était pas parce qu'il vivait à l'orphelinat qu'il allait forcément être victime de brimades. Il n'était pas comme Billy qui ne s'était fait aucun ami au bout de trois jours. Lui, à la fin de son premier jour d'école, connaissait les noms de la moitié de ses nouveaux camarades, qui étaient tous naturellement venus à lui.
Harry le forçait néanmoins à faire le chemin tous les matins et tous les soirs avec Billy Stubbs.
Vous habitez au même endroit et allez à la même école, avait dit Harry. Si tu veux avoir l'air d'un enfant normal, agis comme un enfant normal. Billy n'est pas méchant.
Okay, avait répondu Tom de mauvaise grâce, mais ses autres pensées ne laissaient aucun doute sur ce qu'il pensait de cette corvée.
Il allait donc à l'école en compagnie de Billy. Dès qu'ils franchissaient les grilles noires de l'établissement, Tom traçait à toute vitesse pour rejoindre leur salle de classe, malgré les protestations silencieuses de Harry. Et le soir, dès que Billy et lui entraient dans l'orphelinat, Tom s'éclipsait dans sa chambre sans avoir adressé un mot à Billy.
Harry n'osait pas lui en demander plus car Tom faisait déjà une montagne de ces trajets quotidiens, qu'il disait dépasser les limites de sa bonté.
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Au bout d'une semaine, Tom évoluait si aisément dans la salle de classe qu'on aurait dit qu'il était scolarisé depuis des années.
La plupart du temps, il n'adressait pas la parole aux filles parce qu'il avait découvert que, contrairement à l'orphelinat où tout le monde pouvait se parler, à l'école, c'était mal vu. Pourtant, s'il était devant une fille, il prenait soin de lui tenir la porte et si une fille faisait tomber sa gomme, il se penchait toujours pour l'attraper. Ce n'était pas de la gentillesse. C'était comme ça qu'il fallait faire pour être intégré tout juste comme il fallait.
Harry le félicitait pour son éducation et Tom se félicitait pour son intelligence.
Très vite, il s'imposa comme l'élève parfait. Il travaillait consciencieusement, apprenait à lire et à écrire à une vitesse prodigieuse et levait souvent la main pour répondre aux questions de la maîtresse. Il gagnait bon point sur bon point. Au lieu de les échanger contre une image quand il en avait dix, il les rangeait tous dans une petite boîte qu'il gardait dans son armoire, à l'orphelinat.
Harry connaissait cette boîte, c'était celle qui contenait, dans le souvenir de Dumbledore, les petits trésors dérobés par Tom au fil des années. Pour le moment, elle ne renfermait que des coupons tamponnés honnêtement mérités. Harry avait alors encore de l'espoir : Tom ne pouvait pas devenir Voldemort.
Il n'oubliait donc jamais de le féliciter, à chaque fois qu'il avait tout juste à une question ou un exercice :
Bien joué, Tom !
Et inlassablement, l'enfant répondait : Merci, Harry.
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Tom avait d'abord trouvé le système de l'école amusant, avec ses sonneries, ses récréations, ses exercices, ses devoirs et son matériel spécifique. Il aimait la brosse qui servait à effacer le tableau, que tous les soirs un élève était chargé de dépoussiérer. Il aimait voir ses camarades lever timidement leurs doigts et commencer toutes leurs phrases par « Maîtresse ».
Il était heureux d'avoir un pupitre à son nom, dans lequel il laissait ses cahiers, ses manuels de lecture et ses outils d'écriture. A l'heure du déjeuner, on lui offrait parfois un verre de lait, dans lequel il trempait les biscuits de l'orphelinat.
Mais il trouvait le rythme de la classe lent, sans se rendre compte que c'était lui qui, grâce à l'expérience de Harry, était trop avancé. Il avait été content de découvrir un nouveau lieu de sociabilisation, en dehors de l'orphelinat et de l'église, mais il s'ennuyait déjà.
C'était trop facile. Il n'avait pas fallu grand chose pour que ses camarades lui mangent dans la main. Dans la cour, les gamins des autres classes l'invitaient à jouer aux billes – qui étaient en argile, avait remarqué Harry –, à la marelle ou à des jeux de mains. Même la maîtresse ne tarissait pas d'éloges à propos de lui. Et les exercices étaient définitivement trop simples.
Poudlard, se répétait-il à longueur de journée. Poudlard.
Bientôt, ne pouvait que répondre Harry.
Mais Tom n'enchaînait pas.
Les mois passant, son excitation du début était retombée. Lui qui avait bombardé Harry de questions sur la sorcellerie n'avait plus rien à lui demander ou même à lui dire. A quoi bon avoir des pouvoirs, si on est coincé à l'école avec des Moldus, à lire des histoires stupides où des petites filles pointaient des chiens du doigt en répétant « Regarde, Dick, regarde. » et où le fameux Dick répondait « Je vois, Jane, je vois. » ?
Il en voulait à Harry de lui avoir parlé de la magie. Il l'avait fait trop tôt ou trop tard. Il n'aurait jamais du lui dire. Si Tom n'avait pas su, il n'aurait pas souffert à chaque fois qu'il ouvrait les yeux dans son lit de l'orphelinat qui n'était pas à baldaquins.
A Suivre...
Chapitre 3 en ligne mardi 1er décembre, pour raison universitaire. Il s'appelle Le premier incident.
N'hésitez pas à laisser un mot pour spéculer, réagir, critiquer l'immaturité et maturité de Tom... J'espère que le chapitre vous a plu :)
