Chapitre 3 :

L'Ordre du Phénix était en plein chaos. Seulement quelques jours après que Poudlard a fermé pour l'été, une série d'événements avait mené tous ceux de la vieille équipe à recommencer à vivre sans sommeil et avec un temps minimal pour ne serait-ce que manger. Une évasion d'Azkaban, organisée par Voldemort, sans aucun doute, avait libéré tous les prisonniers qui avaient été capturés au ministère seulement quelques semaines auparavant. Les détraqueurs, usurpés par Voldemort et qui désormais n'étaient plus les gardiens de la prison, avait été les responsables de pas moins de sept attaques différentes sur des moldus et des nés de moldus à travers le sud de l'Angleterre, durant les deux premières semaines de juillet. L'Ordre faisait tout ce qu'il pouvait pour assister le ministère, qui avait les mains occupées à garder les créatures à distance et à nettoyer derrière eux. Ils s'efforçaient aussi d'empêcher les moldus d'y regarder de trop près, ou de trop s'inquiéter à propos de ces étranges et anonymes attaques qui laissaient des victimes catatoniques ou mortes sans aucune blessure physique.

Malgré tous leurs efforts, le public paniquait quand même. Les vacances prévues pour la fin de l'été étaient avancées pour « le plus tôt possible », tant qu'elles étaient hors du pays, et des centaines de personnes affluaient vers la pointe nord. Une fois rassemblés cependant, ce n'était plus qu'une question de temps avant que Voldemort et ses mangemorts ne focalisent leur attention là et au milieu du mois de juillet, les journaux, moldus et sorciers confondus, rapportaient des attaques aux frontières, aux lacs et aux vallées.

Dumbledore était assis à son bureau, s'accordant cinq minutes bien méritées, et il fixait ses mains vieilles et noueuses. Les choses étaient passées de mauvaises à pire si rapidement. Et il venait juste de recevoir ce qui était de loin la pire nouvelle. Lentement, il retira ses lunettes en demi-lune et massa la douleur qui semblait toujours s'attarder entre ses sourcils ces jours-ci. Les yeux fermés, il réorganisa ses pensées. Les moldus à qui on avait confié la garde d'Harry avaient fait partie de ceux qui avaient quitté leur maison, bien qu'ils eussent été beaucoup, beaucoup plus en sécurité en restant dans le Surrey.

Avec tout ce qu'il s'était passé ces deux dernières semaines, Dumbledore avait retiré certains des gardiens de Privet Drive, une décision qu'il avait vite regrettée. Ce n'est que lorsque Arabella Figg l'avait appelé par cheminée, trois jours auparavant, pour lui faire savoir que la maison était totalement vide, qu'il avait compris qu'il y avait un problème. Au début, il avait pensé que Harry était parti avec les Dursley, bien que ceci soit en soi risqué, mais quand Tonks, Maugrey et Shacklebolt était allé vérifier le rapport de Figg, tout ce qu'ils trouvèrent fut les signes d'une lutte dans la chambre du garçon, de même que du sang sur le lit et le sol, un peu de celui-ci étant encore frais.

En raison de l'état du reste de la maison, il était clair que le garçon avait été laissé derrière par sa famille quelque temps auparavant. Ensuite il avait été enlevé, très probablement par force, par quelqu'un d'autre. Sans savoir où était le garçon, ils n'avaient aucun moyen de le sauver. Pour rendre les choses encore pires, il avait été dans l'incapacité de contacter Severus Rogue depuis plusieurs jours. Ces événements additionnés, il avait dû en conclure que Voldemort avait le garçon. Si c'était le cas, il n'y avait pas grand-chose qu'il puisse faire si ce n'était espérer, et il n'avait plus beaucoup d'espoir.

Glissant à nouveau ses lunettes sur le bout de son nez, Dumbledore se leva et alla vers la cheminée. Il était temps de dire au reste de l'Ordre quel idiot il avait été.

Des centaines de kilomètres plus loin, dans un large hall de l'un des domaines de Voldemort, Harry était allongé sur le sol, là où les mangemorts l'avaient déposé. Il rejeta la douleur fulgurante dans son front, la coinça derrière un mur qui ressemblait beaucoup à une porte de placard, ferma cette porte et la verrouilla fermement. Bien que sa tête le lance encore comme s'il était régulièrement frappé par une horde d'hippogriffe, il n'était plus aveuglé par la douleur. Son estomac était toujours aussi secoué, cependant, et s'il avait eu quoi que ce soit à manger récemment, il l'aurait immédiatement vomi. Prenant de rapides et haletantes respirations, il leva les yeux quand Voldemort se leva de son trône. L'homme baissa le regard vers lui, mais son visage étrangement lisse et semblable à celui d'un serpent, était trop brouillé aux yeux de Harry pour qu'il puisse voir l'expression de l'homme. C'est tout aussi bien, pensa-t-il. Comme si j'avais besoin de voir plus de folie.

Au-dessus de lui, Voldemort secoua la tête.

- Pauvre, pauvre garçon, dit-il d'une voix qui avait presque l'air triste. Ma Bella me dit que les méchants moldus t'ont laissé mourir seul.

Harry serra la mâchoire et ne dit rien, mais lutta pour se remettre sur pieds, détestant se sentir si exposé. Il parvint, après quelques mouvements frénétiques, à s'appuyer sur son flanc.

- Est-ce vrai alors ? Demanda la voix sifflante. T'ont-ils battu et affamé et fait pleurer ? Ou bien sont-ce les tendres soins de mes fidèles qui t'ont mis dans un tel état ?

Refusant toujours obstinément de répondre, Harry pressa à nouveau ses doigts contre sa poitrine, simplement pour essayer de respirer tout en se demandant où tout cela allait mener. Il avait pensé qu'il serait mort à ce stade, à dire vrai.

- Severus, siffla doucement Voldemort et une des figures vêtues de noir, tête inclinée, s'avança vers l'endroit ou reposait Harry. Je détecte les restes des effets du Doloris sur le garçon, mais faiblement. Je sais que tu as des raisons de le haïr. Est-ce de toi ?

- Monseigneur – la voix de Rogue était calme, respectueuse. Harry était sûr qu'il n'avait jamais reçu ce ton de l'homme – j'ai en effet donné au gamin une potion pour calmer des tremblements. Je ne savais pas s'il aurait survécu au portauloin autrement.

- Bravo, lui dit Voldemort. Mais dis-moi alors, qui a lancé le sort, alors que je me souviens de mon ordre explicite de ne lui faire aucun mal ?

Il ne regardait même plus Rogue maintenant, mais les mangemorts qui l'avait amené ici, et Bellatrix Lestrange, derrière eux.

- Monseigneur ! Cria-t-elle en se jetant près de Harry, prostrée devant Voldemort.

Elle pressa son front sur le sol tandis qu'elle rampait à ses pieds. Sa voix, cependant, était presque un grognement.

- Je ne faisais que me défendre ! Il a peut-être l'air frêle, mais avec sa baguette… je ne peux le laisser s'en tirer en vous insultant !

- Tu-tut, ma Bella. Quand je donne des ordres, je m'attends à ce que l'on m'obéisse. Tu m'as déçu.

Bellatrix haleta, mais ne releva pas la tête.

- J'implore votre pardon, monseigneur. Je suis à vos ordres.

- Ah oui, j'aime tant t'entendre supplier, douce Bella, dit doucement Voldemort.

Avec un mouvement de baguette et un Endoloris murmuré, il la fit se courber. En un instant, elle était en train de hurler, de supplier et de taper des talons sur le sol de pierre froid.

Harry serra fermement les yeux. La douleur dans son front était maintenant gérable, et il savoura ce minuscule sentiment d'espoir que ce manque de souffrance lui apporta. Pour ce qui était des sons près de lui, bien que ce soit Bellatrix recevant une punition pour l'avoir blessé, il ne put en sentir aucune satisfaction. Il ne connaissait que trop bien la douleur de ce sort et bien qu'il ait une fois essayé de le lancer, il ne pouvait imaginer le refaire.

Les cris de Bellatrix s'évanouirent quand le sort fut levé et elle s'étrangla en respirant. Harry ouvrit les yeux à temps pour voir Voldemort descendre de sa petite estrade et lui asséner un petit coup dans les côtés avec un de ses orteils nus, un peu comme elle l'avait fait à Harry dans sa cellule. Le renversement de situation était tellement inattendu qu'il dut étouffer un soudain rire.

Voldemort tourna un regard vif vers lui.

- Quelque chose t'amuse ? Demanda-t-il l'air tout sauf amusé.

Harry secoua la tête mais leva le regard pour croiser celui de l'homme.

- Contentez-vous de… continuer, murmura-t-il du seul son qu'il pouvait émettre.

- Oh, c'est ce que nous allons faire, promit Voldemort. Mais d'abord, j'aimerais que tu répondes à quelques questions.

- Vous… devriez… savoir, dit Harry entre des inspirations haletantes. Que je ne… vous dirai… rien.

- Tu m'as mal compris, cher Harry.

Il avait l'air presque amical, et Harry plissa les yeux vers lui, avec un mauvais pressentiment sur ce changement de ton.

- Je n'imagine pas qu'un garçon tel que toi ait quoi que ce soit de valeur à me dire à propos des machinations d'un vieil homme sénile et de ses tentatives pour me contrecarrer. Non, je veux en savoir plus sur toi.