Bonsoir à tous ! Comme promis, me voilà de retour, deux semaines après le chapitre 1 pour la suite ! J'espère que vous allez tous bien et que ce début de Fanfiction vous plait. Un grand merci à tous ceux et celles qui m'ont laissé des reviews, comme toujours, ça me remplit de joie !

Voilà voilà donc sans plus attendre, la suite !

Bonne lecture.


Mancipium Carnis

Chapitre 2

Harry laissa échapper un soupir de contentement en sentant deux doigts glisser timidement dans ses cheveux. Il ne put retenir un sourire amusé face à la retenue qu'il ressentait chez le jeune homme assis près de lui.

Cela faisait plus d'une heure qu'ils s'étaient retrouvés dans le salon d'Harry, comme ils en avaient pris l'habitude depuis un mois. Cette fois-ci, le brun était allongé sur le sofa, la tête posée sur un coussin, à quelques centimètres du blond. Cette position lui permettait de jeter des coups d'œil furtifs vers le Guérisseur, dont le regard se perdait souvent aux quatre coins de la pièce, observant l'environnement du brun.

Ce soir, la conversation avait tourné autour de la coupe d'Europe de Quidditch, et chacun y était allé de son pronostic. Fidèle à lui-même, Harry misait tout sur les Chudley Cannons, son équipe favorite. Draco ne s'était pas gêné pour lui assurer qu'il serait mieux pour lui qu'il s'attende à être terriblement déçu. D'après lui, cela faisait quatre ans que les Chudley Cannons n'avaient pas dépassé les quarts de finale.

Après s'être longuement chamaillés à ce sujet, le silence avait enveloppé la pièce. Néanmoins, il ne s'agissait pas d'un silence embarrassant ; il leur arrivait souvent de rester un moment sans parler.

Alors qu'Harry fermait les yeux pour mieux savourer cette caresse inattendue, la voix du blond s'éleva, basse et légèrement rauque.

"Tu n'as jamais pensé à devenir joueur de Quidditch ?"

Les yeux toujours fermés, Harry fronça les sourcils et réfléchit quelques secondes.

"Si. En fait, je l'ai souhaité pendant quelques années, surtout après avoir vu la Coupe du monde. Et puis, j'ai découvert le métier d'Auror, et j'ai su que c'était ce que je voulais faire."

"Je ne savais pas que c'était une vocation." Répondit le blond. "Je pensais que tu avais saisi le premier poste qu'on t'avais proposé à ton retour du monde moldu."

"Non, j'ai voulu être Auror dès ma quatrième année à Poudlard. C'était le seul métier qui m'aurait permis de m'armer contre Voldemort."

Il sentit la main du blond se contracter sensiblement, mais ce dernier ne releva pas.

"Mais une fois toute menace éliminée, pourquoi devenir Auror après tout ?" Demanda-t-il.

A nouveau, Harry prit le temps de réfléchir. Il s'était déjà posé ces questions, mais n'y avait jamais vraiment répondu.

"Je pense que...dans un certain sens..." Il s'arrêta pour laisser échapper un petit rire. "Je n'arrive pas à croire que je vais dire ça...Voldemort avait raison."

Cette fois-ci, il sentit le blond sursauter et il rouvrit les yeux pour croiser deux perles grises l'observant avec aberration.

"Lorsque je suis allé au Ministère en pensant que Voldemort avait Sirius," Reprit-il, ignorant la poigne qui se referma sur son cœur à la mention de son beau père. "Hermione m'a dit quelque chose. Elle m'a dit que Voldemort pariait sans doute sur ma tendance à vouloir jouer le héros."

Il releva à nouveau les yeux, à temps pour voir Draco tenter de réprimer un rictus, en vain.

"Quoi ?" Demanda-t-il, piqué.

"Non, je me disais juste que c'était vraiment peu dire."

"La ferme." Répondit Harry, sans pour autant pouvoir retenir son propre sourire. "Il avait raison sur un point : je ne peux pas m'empêcher d'aider les gens. C'est plus fort que moi. Alors quand Kingsley m'a proposé de devenir Auror, j'ai dit oui. Voldemort est peut-être mort, mais il n'était pas le seul méchant sur Terre, pas vrai ?"

Draco ne répondit pas, mais la main dans les cheveux du brun se fit plus tendre.

"Au fait." Reprit Harry. "On cherche des idées pour organiser l'enterrement de vie de jeune homme pour Ron. Ce n'est pas encore pour maintenant, mais mieux vaut s'y prendre à l'avance."

Le blond resta silencieux.

"Ça ne t'intéresse pas ?" Demanda Harry.

"Si, c'est juste que j'ai...encore du mal."

Ce fut au tour d'Harry de lui lancer un regard interrogateur.

"J'ai grandi dans le mépris de la famille Weasley, et eux dans celui des Malfoy. Alors être invité au mariage d'un Traitre à son sang et d'une Sang de Bourbe...ça fait un changement."

Harry leva les yeux vers le blond. Ces mots, autrefois prononcé dans un ton de dégoût, blessant, sonnaient à présent faux dans sa bouche. Sans doute car le blond n'y donnait plus tout son cœur. Harry ne put s'empêcher de s'émerveiller face aux changements qui s'étaient produits chez le blond.

"Ron sera ravi que tu viennes."

"Sans doute, mais qu'en sera-t-il des autres Weasley ? Tu penses qu'ils m'accueilleront à bras ouvert le jour du mariage ? Tu as vu comment sa sœur a réagi."

"Ginny peut être assez...brusque dans ses réactions. Il ne faut pas t'en faire."

"Comment veux-tu que je ne m'en fasse pas ?" Répliqua Draco en se levant.

Harry l'observa s'avancer vers la cheminée, la tête baissée vers les flammes. La lueur orangée accentua la silhouette droite et rigide du blond.

"Ces gens..." Reprit-il après un nouveau silence."Tu les considères comme ta famille, pas vrai ?"

"Oui." Répondit Harry.

"Alors comment peux-tu attendre de moi que je ne m'en fasse pas ?"

Harry le regarda un moment, sans comprendre puis, alors que les paroles du blond prenaient leur véritable sens, il se mit en position assise. Il se leva et s'avança vers Draco, sentant sa détresse, une main se levant déjà pour le toucher, le rassurer.

"Tu as peur qu'ils ne t'acceptent pas. Qu'ils n'acceptent pas notre relation."

Draco sursauta légèrement, ne l'ayant sans doute pas entendu approcher, puis se tourna vers lui, et Harry posa une main sur sa joue. Il remarqua que le blond ne réagit pas à son toucher comme il en avait l'habitude.

"Que feras-tu si c'est le cas ?" Lui demanda le blond.

Harry ne répondit pas. Il n'avait pas pensé à ça. Les Weasley l'avaient toujours aimé, accueilli, soutenu. Que penseraient-ils en apprenant que celui qu'ils avaient déjà accepté comme futur beau-fils avait quitté leur fille pour un homme ? Qui plus est, pour Draco Malfoy ?

Draco sembla percevoir l'angoisse qui l'avait soudain envahi, car un sourire s'afficha sur son visage. Un sourire triste et fatidique qui lui serra les entrailles. Il sentit la main du blond se saisir de la sienne et, doucement, la déloger de sa joue.

Il ne tenta pas de retenir le blond lorsque ce dernier se dirigea vers le hall d'entrée, et réagit à peine au son de la porte se refermant.


Le lendemain matin, Harry arriva au ministère l'esprit ailleurs. Il n'avait pu oublier les mots prononcés par Draco, avec pour conséquence des rêves agités où les membres de la famille Weasley apparaissaient, leur visage empreint de colère et d'incompréhension.

Avec ce qu'il s'était passé, l'enlèvement de Draco, la découverte de ses souvenirs, puis son sauvetage, Harry n'avait pas pensé une seule fois à ce que pourraient dire les autres. Bien sûr, il craignait la réaction de Ron et d'Hermione, mais il n'avait pas pensé à tous les autres, à ces gens qui avaient une parfaite image de lui.

Alors qu'il s'engouffrait dans un ascenseur vide, il repensa à sa vie dans le monde moldu, à ses amis qui ne connaissaient rien d'Harry Potter et de ses aventures. Là-bas, il était James Evans, un jeune homme au passé flou, mais qui n'avait aucune obligation, aucune pression.

Il secoua légèrement la tête, chassant ces idées. Cela ne servait à rien de penser à ce qu'il aurait pu être. Il se devait de focaliser ses efforts sur sa situation actuelle. Après tout, il avait vécu pire et s'en était sorti, pas vrai ?

En arrivant dans son bureau, il ne réalisa pas tout de suite que la pièce était déjà occupée. Puis, il entendit quelqu'un s'éclaircir la gorge et il releva la tête pour croiser deux iris couleur noisette.

"Ginny ?"

La jeune femme était assise sur le bord du bureau de Ron, les bras croisés. Elle était dos au fenêtres et les rayons du soleil dessinaient un halo rougeâtre autour de sa chevelure. Elle décroisa les jambes sous sa jupe et se redressa.

"Je t'attendais."

Harry l'observa un moment avant de contourner son bureau pour se mettre face à elle.

"Pourquoi ? Il s'est passé quelque chose ?" Demanda-t-il.

"Non. Je voulais juste te dire que nous organisons l'anniversaire de Fleur dans deux semaines."

"Oh." Répondit Harry en baissant la tête. "Ok. Est-ce que je dois apporter quelque chose ?"

"Non. Un petit cadeau suffira." Répondit Ginny en ne le quittant pas du regard.

"Très bien." Dit-il en passant une main dans ses cheveux. "Dis à Molly que je..."

Mais il ne put terminer sa phrase. Sans qu'il n'ait le temps de réagir, il entendit Ginny s'avancer vers lui et, alors qu'il relevait la tête, elle l'empoigna par le col de sa robe et l'attira vers elle, posant ses lèvres sur les siennes.

Il resta figé, sentant la bouche chaude de la rousse se presser sur la sienne, et il fut assailli par une dizaine d'images tirées de se passé avec elle. Il se revit marcher à Poudlard en lui tenant la main, l'embrasser au Terrier, à la plage. Il revit l'expression de pure joie sur le visage de la rousse à son retour du monde moldu. Mais ces souvenirs avaient perdu de leur qualité, comme s'il les regardait de loin, et il ne ressentit pas ce papillonnement au creux du ventre.

Doucement, il posa les main sur les épaules de la jeune femme et se détacha d'elle. Ginny avait les yeux fermés, et il vit une larme perler le long de sa joue. Elle resta silencieuse un moment, puis laissa échapper un soupir tremblotant.

"Ginny..." Implora-t-il.

"Non." Le coupa-t-elle en rouvrant les yeux.

Elle se libéra de sa poigne, puis, sans lui adresser un mot, sortit de la pièce d'un pas rapide. Harry passa à nouveau une main dans ses cheveux, avant de poser une main sur ses lèvres. Pour tout dire, il était tout aussi surpris qu'elle de sa réaction à ce baiser. Il avait eu peur qu'un tel geste ne fasse resurgir certaines sensations, mais son corps n'avait pas réagi. Certes, il n'avait pas eu de geste de recul ou de dégoût, il s'agissait de Ginny après tout, mais il n'avait pas eu envie de participer à cet échange. Il n'avait pas senti son cœur s'accélérer, comme c'était le cas avec Draco.

Draco.

Il ferma les yeux alors qu'un sentiment de culpabilité l'envahissait soudainement. Devait-il dire au blond ce qu'il venait de se passer ? Comment réagirait-il ? Soudain, l'envie de voir le blond le saisit, lui empoignant le cœur, et il se précipita hors de son bureau.

La veille, Draco lui avait dit qu'il commencerait la journée par un entrainement avec les autres Guérisseurs. Il trouva donc l'intégralité des salles d'entrainement occupées par des Guérisseurs entièrement concentrés sur leur travail.

Il trouva le blond dans l'avant-dernière salle et sentit ce fameux papillonnement. Comme ses collègues, Draco était penché sur sa potion, les sourcils légèrement froncés dans une expression de pure concentration. Harry l'observa couper, écraser et ajouter certains ingrédients, mélanger sa potion et se pencher pour en sentir l'odeur.

Harry sortit sa baguette et tapota légèrement sur la tablette posée sous la fenêtre et il vit le blond relever la tête, lui indiquant que l'effet sans teint de la fenêtre avait disparu. Harry vit les yeux du blond s'écarquiller légèrement en le voyant et ses joues perdre quelque peu de leur blancheur. Draco lui accorda un léger mouvement de tête avant de reprendre sa potion.

"Tu n'es pas sensé programmer la prochaine mission ?" Demanda-t-il en prenant une petite bouteille sur la table où était disposée tous les ingrédients.

"Oui, mais je voulais..."

Draco leva la tête vers lui et Harry tenta de lui faire comprendre sans mots ce qu'il voulait dire. Je voulais te voir avant. Le blond sembla comprendre car, cette fois, Harry le vit rosir avant de verser le contenu de sa bouteille d'une main moins assurée.

Harry avait toujours eu une sorte de sixième sens, comme une sonnette d'alarme qui parfois se mettait à retentir dans sa tête, lui indiquant un danger imminent. Il n'avait jamais su d'où lui venait cet instinct aiguisé, peut-être sa trop forte proximité avec le danger. Il avait comme appris à le reconnaître, quelques secondes avant qu'il n'apparaisse.

Il fut donc surpris d'entendre cette sirène exploser au fond de sa boîte crânienne, le clouant sur place. Il y eut une fraction de seconde pendant laquelle Harry sut que quelque chose n'allait pas. Puis, avant qu'il n'ait le temps d'ouvrir la bouche, avant même qu'il ne puisse faire le moindre geste, il fut aveuglé par une explosion qui retentit dans la salle d'entrainement. Draco disparut dans un nuage de fumée rouge et plusieurs bouteilles vinrent s'écraser contre la vitre.

Instinctivement, Harry leva un bras pour se protéger le visage, mais la vitre ne céda pas et rien ne le toucha. Il se redressa pour voir ce qu'il s'était passé, mais la salle était toujours plongée dans un brouillard pourpre.

Harry se jeta sur la porte et tenta de l'ouvrir, mais la trouva verrouillée. Il sortit à nouveau sa baguette mais, avant même qu'il ne puisse s'en servir, une sirène, bien réelle cette fois, retentit dans le couloir, et une voix s'éleva.

"Code bleu enclenché niveau 2. Toutes les salles d'entrainement vont être verrouillées. Code bleu enclenché niveau 2. Toutes les salles d'entrainement vont être verrouillées."

"Non !" S'écria Harry en cognant sur la porte de la salle. "Non ! Draco ! Draco !"

Mais il ne vit aucun signe de l'autre côté de la vitre, et la sirène résonant dans le couloir l'empêchait d'entendre ce qu'il se passait à l'intérieur. Il pointa à nouveau sa baguette sur la vitre, prêt à la faire voler en éclat, avant de se raviser. Si un code bleu avait été déclenché, cela voulait dire qu'une substance inconnue ou dangereuse avait été détectée. En ouvrant la salle, il risquait de libérer cette substance et de mettre en danger l'ensemble du ministère.

Alors qu'il tournait sur lui-même, tentant désespérément de trouver une solution, il entendit quelqu'un crier son nom et se tourna pour voir Norman Petish courir vers lui, accompagné de plusieurs autres Guérisseurs.

"Que s'est-il passé ?" Lui demanda Petish en arrivant à sa hauteur. "Qui est à l'intérieur ?"

"Draco !" Répondit Harry en tentant de garder son calme. "Il...il s'entraînait à faire une potion, et puis tout d'un coup, elle lui a explosé au visage. Je ne sais pas ce qu'il s'est passé !"

Petish se tourna vers la large vitre, derrière laquelle le nuage rouge s'était légèrement dissipé, mais pas assez pour apercevoir la pièce. Harry le vit froncer les sourcils et ses joues pâlirent légèrement, faisant ressortir ses tâches de rousseur.

"Quoi ?" Lui demanda aussitôt Harry.

"Je ne sais pas." Lui répondit Petish. "Ça ne ressemble à rien que je connaisse. Une fumée rouge aussi dense qui s'élève dans des spirales désordonnées...ça ne me dit rien."

Comme pour confirmer son diagnostic, il se tourna vers les autres Guérisseurs, qui lui répondirent en secouant la tête.

"Qu'est-ce qu'on fait alors ?!" S'exclama Harry. "Draco est encore à l'intérieur !"

A ce moment, un Guérisseur se détacha du groupe, portant une combinaison blanche. Petish se tourna vers lui avant de hocher la tête. Le Guérisseur sortit sa baguette et se dirigea vers la porte avant de poser le bout de sa baguette sur la poignée pour y donner une petite tape.

Harry eut un mouvement de recul. Allait-il ouvrir la porte en leur présence ? Mais ses craintes furent oubliées lorsqu'il vit la porte se métamorphoser en ce qui semblait être un sas. Le Guérisseur y pénétra et, après avoir fait quelques gestes avec sa baguette, disparut dans la fumée écarlate.

Harry dut retenir l'envie fulgurante de le suivre, et serra les poings, attendant un signe. S'il était arrivé quelque chose à Draco, si lui aussi lui était arraché, il ne savait pas ce qu'il ferait. A cette pensée, il se sentit nauséeux, et vacilla sur place, mais secoua la tête pour se reprendre.

Enfin, après ce qui lui sembla être des heures, il vit le Guérisseur pénétrer à nouveau dans le sas avec, flottant derrière lui, une sorte de bulle transparente dans laquelle Draco gisait, inconscient. Harry sentit ses entrailles se remplir de plomb en voyant le blond inerte, et il se jeta sur le Guérisseur dès sa sortie.

"Alors ! Comment va-t-il ?"

"Il est stable." Répondit le Guérisseur, puis, en se tournant vers Petish. "Les tests préliminaires que j'ai fait montrent que la substance n'est pas dangereuse, mais il va falloir le garder en observation, voir s'il ne développe rien de grave."

Harry déglutit avec difficulté.

"Mais...il va s'en sortir ?" Demanda-t-il en les voyant s'éloigner.

"On ne peut rien dire pour l'instant." Lui répondit Petish en posant une main sur son épaule. "Ça ne sert à rien de venir avec nous, tu ne pourras pas entrer en salle de décontamination. Je te tiens au courant dès qu'on a du nouveau."

Harry porta à nouveau son regard sur Draco alors que sa bulle protectrice l'emmenait vers les ascenseurs, et il resta seul au milieu du couloir vide et silencieux, pétrifié de peur.


"Des nouvelles de Malfoy ?" Demanda Ron en voyant Harry arriver dans leur bureau.

"Il est stable." Soupira Harry en passant une main dans ses cheveux. "Pour l'instant, il n'a pas montré de réaction physique, mais ils préfèrent le garder pour la nuit."

Il s'était entretenu avec Petish pendant plus d'une heure, tentant de comprendre ce qu'il s'était passé. Petish lui avait assuré que tous les ingrédients utilisés par le ministère provenaient d'un fournisseur sûr, avec lequel ils travaillaient depuis des siècles. Personne n'avait pu y toucher au point de n'être remarqué par personne, en particulier par des spécialistes.

A cet instant, Petish avait posé les yeux sur Draco et son regard s'était fait soucieux. Le jeune Guérisseur-en-chef s'était ensuite perdu dans ses propres pensées, avant de sortir précipitamment de la pièce. Harry l'avait regardé partir, intrigué. Il n'avait jamais entendu Draco parler de Petish, et ne les savait pas proches, alors le voir réagir avec autant de force le laissa sans voix.

"Il faut qu'on laisse Malfoy de côté." Reprit-il avec un énorme effort. "On doit revoir les derniers points de la mission avant de partir."

"On y va quand même ?" Demanda Neville. "Sans Guérisseur ?"

"Je pense qu'on peut s'en passer pour ce genre de mission." Répondit Harry. "On n'a pas relevé de dangerosité particulière venant des trafiquants."

Il devait s'avouer que laisser le blond ainsi le dérangeait bien plus qu'il ne laissait transparaître. Il aurait voulu rester au chevet du blond, toute la nuit s'il le fallait, mais s'il menait sa mission à bien et dans les temps, c'est ce qu'il ferait. Et tant pis si les autres trouvaient ça étrange, il ne pouvait tout simplement pas laisser Draco passer la nuit seul.

"Allons-y, je veux en finir au plus vite."


Ils apparurent en plein milieu d'un champ, au nord d'Exmouth, et Harry fut frappé par une bourrasque de vent iodé. Ils ne devaient pas être loin de la mer. Il passa la langue sur ses lèvres asséchées et goûta le sel imprégnant le vent. Soudain, il se rappela son été passé chez Bill et Fleur après son retour, à ce temps qu'il s'était octroyé pour se réhabituer au monde, pour se détacher de cette parenthèse de deux ans.

Il secoua la tête, coupant le flot de souvenirs qui ne demandait qu'à l'envahir. Ce n'était pas le moment, pas pendant une mission.

Harry sentit quelqu'un lui donner une tape sur l'épaule et, du coin de l'œil, vit Ron pointer quelque chose devant eux. A une centaine de mètres, un carré vide trônait au milieu des hautes herbes. En s'avançant, Harry aperçut une porte en bois ancrée dans le sol. Les trois Aurors s'arrêtèrent, baguette en main et encerclèrent la porte.

"Ils ne devraient pas être plus de trois." Chuchota Harry. "Mais ils auront sans doute des baguettes alors attendons-nous à de la résistance."

Ron et Neville acquiescèrent et, après leur avoir donné les dernières directives, Harry saisit la poignée de la porte et tira. Pendant quelques secondes, la pièce en-dessous fut baignée dans la lumière orangée émise par le soleil couchant, puis Harry put apercevoir l'intérieur.

Le sous-sol semblait avoir été aménagé en une sorte de grand bazar : une centaine d'objets de toutes natures s'empilaient dans chaque recoin et quelqu'un de non aguerri aurait du mal à s'y frayer un chemin. Puis, alors qu'il observait l'énorme pendule dorée située juste en face de lui, un bruit de pas précipités retentit un peu plus loin. Quelqu'un était en train de prendre la fuite.

Harry agrippa l'échelle qui menait au sous-sol et, calant ses pieds sur les barres verticales, se laissa glisser jusqu'en bas. Il atterrit sur un tas de badges qui glissèrent sous ses pieds, mais il se rattrapa à une tête de licorne empaillée et se mit à courir en direction d'une seconde porte, située face à lui.

Derrière lui, il entendit Ron et Neville le suivre, non sans faire tomber plusieurs objets sur leur chemin. A nouveau, Harry fut assailli par un souvenir, et il revit, dans un flash, le cachot des Lestrange remplit d'objets de valeurs qu'il ne fallait surtout pas toucher, sous peine de les voir se multiplier et de se brûler.

Il ouvrit la porte à la volée, qui donnait sur une seconde pièce remplie d'animaux, certains vivants, d'autres en boîte, bouteille ou poudre. Il eut à peine le temps de voir une autre porte claquer avant d'être assailli par un groupe d'oiseaux aux allures effrayantes.

"Couvrez-moi !" Cria-t-il, et une série de sorts s'abattirent sur les oiseaux, laissant à Harry le passage libre.

Il fonça vers cette troisième porte à l'aspect délabré et, cette fois, ne prit pas la peine de l'ouvrir, il rentra dedans, l'arrachant de son cadre. C'est là qu'il les vit : trois hommes couraient vers une nouvelle porte, zigzagant entre les piles d'objets. De là où il était, Harry ne pouvait rien voir d'eux, car ils étaient emmitouflés dans de longues capes.

"Stop !" Cria-t-il. "Aurors ! Arrêtez-vous !"

Mais comme il s'en était douté, aucun d'eux ne s'arrêta. Il se lança donc à leur poursuite, mais les trafiquants connaissaient l'endroit mieux que lui et savaient comment se mouvoir dans ce labyrinthe d'objets frauduleux. Alors qu'Harry arrivait au centre de la pièce, déjà deux d'entre eux avaient disparu de son champ de vision, et le dernier n'était plus qu'à quelques mètres de la porte.

Harry pointa sa baguette sur la pile de boîtes en bois collée contre le mur où se trouvait la porte.

"DEFINDO !" Cria-t-il et l'intégralité de la pile se déversa sur le fugitif, qui poussa un cri étouffé avant de disparaître sous des kilos de bois.

Harry accourut vers lui et remarqua aussitôt que l'homme ne bougeait plus. Avait-il été assommé par les nombreuses boites ? Finalement, après avoir enjambé plusieurs monticules de détritus, Harry arriva à sa hauteur.

"Vous m'entendez ?" Appela-t-il, mais il ne reçut aucune réponse.

Derrière lui, il entendit Ron et Neville arriver à sa hauteur.

"Allez-y, les deux autres sont passés par cette porte. Je m'occupe de celui-ci."

Les deux Aurors reprirent leur course et bientôt, Harry n'entendit plus leurs pas. Il reporta son regard sur la centaine de boites à ses pieds et se pencha pour commencer à les retirer afin de libérer le fuyard. Cependant, à peine eut-il empoigné la première boite qu'une main jaillit du tas de bois et se referma sur son avant-bras. Harry tenta de se libérer de cette poigne, mais il trébucha sur une boite et tomba à la renverse.

Il sentit alors une main se refermer sur son cou, et il pointa sa baguette devant lui.

"RE...RELASHIO !"

Il sentit la main se relâcher et en profita pour faire basculer son agresseur sur le côté. Puis, pointant à nouveau sa baguette sur lui, il lui lança un sortilège d'entrave et un bruit sourd lui indiqua que l'homme venait de tomber au sol. Harry se releva en massant sa gorge, puis se dirigea vers le fuyard, sa baguette toujours pointée devant lui. Même en se tenant debout au-dessus de lui, il n'arrivait pas à voir son visage, caché derrière une large bande de tissus à l'aspect douteux.

Harry se pencha sur lui et, du bout de la baguette, écarta la bande qui traversait le visage du trafiquant de haut en bas. Le tissu glissa au sol et le regard d'Harry croisa deux yeux bleus teintés de peur. Puis, alors que les yeux du fuyard s'écarquillaient en apercevant Harry, le brun reconnut le visage bouffi, la peau blafarde et l'odeur de whisky qui émanait de Mundungus Fletcher.


Harry se tenait debout face à la vitre qui donnait sur la salle d'interrogatoire. De l'autre côté, Mundungus fumait sa pipe, les jambes croisées sur la table. Le brigand ne pouvait avoir l'air plus décontracté.

"Tu lui as parlé ?" Entendit-il dans son dos, et il aperçut le reflet de Kingsley Shacklebolt se poster près du sien.

"Pas encore." Répondit-il. Puis, après une pause. "Du nouveau concernant Malfoy ?"

Il n'avait pas voulu passer voir le blond avant d'en avoir fini avec Mundungus. Car il savait qu'une fois à ses côtés, il ne bougerait pas.

"Toujours aucun signe inquiétant. On attend qu'il se réveille pour qu'il nous explique comment il a fait sa potion et comprendre ce qui a pu mal tourner."

Harry hocha la tête, puis reporta son regard sur la salle et sur la montre située au-dessus de la tête du prisonnier : 22h10. Il voulait en finir au plus vite et ne pas perdre plus de temps que nécessaire.

Il prit une profonde inspiration et pénétra dans la pièce. Mundungus leva les yeux vers lui et, la pipe entre les dents, lui fit un signe de la tête.

"'lut Harry. Comment va ?"

Harry prit place face à lui, sortit de l'intérieur de sa robe un petit carnet corné et usé et vit les yeux de Mundungus se plisser légèrement.

"On a trouvé ça dans la seconde pièce de votre repère. L'un d'entre vous a dû essayer de s'en débarrasser. Ce sont vos clients je suppose ?"

"Jamais vu." Lui répondit Mundungus.

"Pourtant, je l'ai montré à Kingsley et il jure avoir reconnu ton écriture." Répliqua Harry.

"Ecoute petit." Lui lança Mundungus en décroisant les jambes pour se pencher sur la table. "Je suis dans le commerce depuis bien avant ta naissance. Alors cherche pas à jouer les petits Aurors avec moi."

Harry leva un sourcil amusé.

"Commerce ? C'est comme ça que tu appelles tes petits trafics ? Tes vols ?"

"Vols ? Quels vols ? J'vole personne moi !" S'indigna Mundungus.

"Dois-je te rappeler la fois où je t'ai attrapé avec des objets portant le blason des Black ?"

"Sirius m'avait autorisé à prendre ces objets !" S'écria Mundungus.

"Et là, qui t'a donné la permission de prendre et revendre tous les objets qu'on a trouvé dans ta grotte ?"

"Je les ai trouvé !"

"Ah bon ?" Sourit Harry, et Mundungus aperçut l'éclat de victoire dans ses yeux. "Pourtant une bonne partie de ce qui se trouvait dans la première pièce correspond à la liste des objets volés dont nous disposons. Tu peux m'expliquer ça ?"

Mais, cette fois, Mundungus ne répondit pas. Harry profita de son avantage pour en venir au point qui l'intéressait.

"Dans ton carnet, on a retrouvé plusieurs noms d'acheteurs."

"J'les connais pas." Grommela Mundungus.

"Ce ne sont pas eux qui m'intéressent, mais plutôt celui qui se trouve en dernière page. Le dénommé Albert Bishop."

Il vit le voleur se raidir, puis détourner son regard, visiblement mal à l'aise.

"Ce n'est pas ton plus gros client, mais c'est celui qui t'achète les objets les plus dangereux. C'est lui que je veux."

Mundungus grommela plusieurs phrases incompréhensibles, et Harry commença à perdre patience. Il devrait être auprès de Draco en ce moment, pas avec cet apprenti voleur. Soudain, il se pencha sur la table et empoigna le col de Mundungus avant de l'attirer vers lui. Le voleur s'étala de tout son long sur la table en poussant un cri de protestation.

"Eh ! Qu'est-ce que tu fais ! Lâche-moi !"

"Ecoute-moi bien, vu tout ce qu'on a trouvé dans ta planque, et le fait que tes deux amis se soient échappés, tu as deux choix : soit tu parles, et on voit ce qu'on peut faire, soit tu te tais, et autant te dire que tu pourras apporter tes valises, car tu vas rester ici un bon bout de temps."

Mundungus leva les yeux vers lui, comme s'il cherchait à savoir si Harry bluffait. Mais le visage du brun était aussi lisse que du marbre, et le voleur sembla enfin prendre l'amplitude de sa situation.

"Ok, ok, je vais te le donner, mais lâche-moi d'abord !"

Harry le relâcha et il attendit que Mundungus ne reprenne sa place avant de lui faire signe de commencer.

"C'est un client que j'ai connu récemment, on s'est croisé dans un marché noir en Ecosse et il a semblé impressionné par mon don pour trouver les objets les plus rares."

Harry dut rassembler tout son self-control pour ne pas lever les yeux au ciel.

"Ok, alors à quoi il ressemble ?"

Mundungus plissa à nouveau les yeux dans une expression de réflexion.

"Jeune, à peu près ton âge. Grand, yeux clairs, noir de peau..."

Harry prit note sur son carnet. A première vue, cela pouvait être n'importe qui. Pourtant, quelque chose dans l'hésitation de Mundungus lui fit relever la tête.

"Tu sais autre chose. Dis-moi."

Mundungus ajusta sa posture et se racla la gorge.

"Eh ben...il y a quelques jours, je l'ai entendu parler avec quelqu'un, un Russe je crois vu l'accent. Et cette fois, il l'a pas appelé Albert, mais un autre nom étrange, jamais entendu avant. Bernard...non, Benedict..."

"Mundungus..." Menaça Harry d'une voix blanche, perdant toute patience.

"Blaise ! Voilà, il l'a appelé Blaise. Drôle de nom si tu me demandes, pas étonnant qu'il veuille en utiliser un autre..."

Mais Harry ne l'écoutait plus, et il fut certain que, derrière la vitre, Kingsley s'était également figé.

Blaise Zabini cherchait à se procurer des objets dangereux, et cela ne présageait rien de bon.

A suivre


Voilà, c'est tout pour ce chapitre ! J'espère que ça vous plait et pardonnez-moi si des fautes ont survécu à ma purge, n'hésitez pas à commenter, même pour critiquer, tant que c'est bien argumenté !

Fun fact : Je cherchais une autre façon de dire Petrificus Totalus, pour parler du sortilège d'entrave. Et en français, il s'agit du sortilège de Saucisson. Donc euh...j'ai préféré utiliser entrave, ne m'en voulait pas.

A dans 2 semaines pour la suite !

Elendil-sama