Chapitre Deux
Nous restons là, assis dans le salon à regarder le sol sans dire un seul mot, Prim toujours dans mes bras. Je sens les yeux de Gale posés sur moi, son regard me brûle et je sens immédiatement le rouge me monter aux joues. Il sait probablement que je fais tout pour reporter le moment auquel il faudra que je l'affronte, mais je veux avoir un moment de répit pour me laisser le temps d'encaisser tout ça et trouver une solution. Je le mérite bien, je crois, après ce baiser public. Ma sœur et ma mère doivent se douter de quelque chose, car elles sont tout aussi mal à l'aise que je puisse l'être. Que ça doit être étrange d'être dans la même pièce qu'une fille qui a tué pleins de gens innocents pour arriver à ses fins ! Je me demande s'ils ont peur de moi, ce qui est très probable, car moi-même je ne me reconnais plus.
Ma mère nous sort de cette ambiance désagréable en annonçant qu'elle va préparer le dîner. Je soupir de soulagement avant d'annoncer que je vais prendre un bain pour me calmer et me débarbouiller un peu avant d'aller à table. Je monte les escaliers à toute vitesse, de peur que Gale me suive pour me demander des explications. Je prends de vieux vêtements - ce sont les seules habits dont je me sens vraiment à l'aise à l'intérieur -, puis je me dirige vers la salle de bain. Je fais couler l'eau qui sort de plusieurs orifices en une sorte de chute, et en seulement une minute, la baignoire est déjà pleine. Sûrement que les gens riches n'aiment pas attendre, pourtant, ils n'ont rien de mieux à faire. Je mets un pied dans l'eau chaude et me brûle à son contact, mais malgré la douleur, je m'y glisse rapidement, car elle me rappelle que je suis belle et bien en vie. Je rentre ma tête sous l'eau, puis écoute les battements irréguliers de mon cœur, espérant que ce dernier retrouve la même fougue qu'auparavant.
Je sors du bain après une vingtaine de minutes. Je m'habille rapidement, me démêle les cheveux, puis descends les marches pour y trouver un merveilleux repas encore fumant sur la table de la cuisine. Une délicieuse odeur de viande parvient à mes narines et je ne peux m'empêcher de sourire. Comme la cuisine de ma mère m'avait manqué ! J'ignore comment elle pouvait s'y prendre, mais elle a toujours réussi à faire de très bons repas malgré les contraintes de nourritures. Mais ça, c'était seulement lorsqu'elle allait assez bien pour mettre la main à la pâte, parce que sinon, c'est évidemment moi qui héritait de cette tâche. J'ai appris à m'y faire au fil du temps, mais ce n'était pas toujours facile en considérant mon jeune âge...
- Tu arrives juste à temps ! Je viens de le sortir du four, annonce ma mère, le sourire aux lèvres.
- Merci, je suis sûre que ça va être délicieux.
Je m'assois à table tout en réalisant que Gale n'est plus là. Une boule se forme dans ma gorge et j'ai soudain de la difficulté à respirer. Pourquoi m'a-t-il quitté ainsi, sans même prendre la peine de me dire au revoir ? Il ne réalise donc pas à quel point j'ai besoin de lui, maintenant plus que jamais ? Je sais que c'est égoïste de ma part de lui demander de rester auprès de moi et de ne pas lui offrir mon amour en retour, mais je ne peux pas m'en empêcher. Depuis mes douze ans, il a toujours été présent pour moi et maintenant que j'affronte la chose la plus difficile de ma vie, il me laisse toute seule pour surmonter tout ça. Je me ressaisis pourtant rapidement, ne voulant pas avoir l'air troublé par quoi que ce soit. Je fais alors comme s'il n'avait jamais été là et me sers à manger comme si de rien n'était, refusant de montrer à ma famille qu'au fond, j'ai mal. J'ai tout de même de la difficulté à contrôler mes émotions et mes yeux commencent à me piquer considérablement. Je suis furieuse contre lui, car je n'aurais jamais réagi de cette façon si la situation avait été inversée. J'aurais tout fait pour l'aider à oublier. Encore une fois, il agit comme un enfant.
- Ça va Katniss ?, me demande ma sœur, inquiète de me voir ainsi.
- Oui, j'ai juste... Une poussière dans l'œil... Ou quelque chose du genre..., répondis-je en m'efforçant de prendre un air indifférent, qui n'est sûrement pas très convaincant.
- Ça ne va pas marcher avec moi, tu sais. J'ai vieilli durant ces dernières semaines. Tu peux tout me dire.
Elle a raison, elle a énormément pris de la maturité durant mon absence, je peux le voir dans sa manière de me parler et de me regarder. Elle a grandi bien trop vite, beaucoup trop vite à mon goût. Elle a vécu bien plus de difficultés que moi lorsque j'avais son âge. Je lance un coup d'œil à ma mère et elle comprend immédiatement que je ne veux pas qu'elle soit dans la confidence.
- Une autre fois, d'accord ? Profitons de ce repas tous ensemble. Qui est excellent en passant !, ajoutais-je pour me rattraper.
Ma mère me remercie alors que Prim me donne son accord d'un signe de tête. Nous finissons de manger en silence. J'aurais envie de lécher l'assiette pour enlever le moindre résidu de nourriture, mais je me retiens en repensant à Effie Trinket qui n'aurait pas appréciée le spectacle. Je propose à ma mère de ranger les couverts dans le lave-vaisselle, mais elle me répond que je dois me reposer et incite pour le faire à ma place. Je monte dans ma chambre à contrecœur, n'étant pas habituée qu'elle prenne la relève dans la maison. Je m'étends donc dans le lit et me remets à réfléchir à toutes sortes de choses. Mon cerveau n'arrête donc jamais de fonctionner ? Je soupir et je me laisse emporter par le sommeil au bout d'une heure.
Lorsque je me réveille en sursaut suite à un autre terrible cauchemar, je réalise que c'est bientôt l'aube. J'essaie de me rendormir, en vain. De toute façon, je suis sûre de revoir ces horribles images si je le fais. Je décide donc de me lever. Je me retrouve à tourner en rond pendant un moment avant de me résoudre à aller à mon ancienne maison, ayant l'irrépressible besoin de revoir l'endroit où j'ai grandi et où j'ai été heureuse avant que la foudre s'abatte sur ma famille. Je m'habille, laisse un petit mot à ma mère, puis sors enfin de cette résidence que je déteste déjà. Je marche à pas rapides et affirmés alors que je passe devant la maison de Haymitch. J'avoue que j'éprouve de la sympathie pour lui, il est complètement seul au monde, je suis l'unique personne avec qui il est en quelque sorte proche. Il passe ses journées entières à se saouler tout en tentant d'oublier son passé, comme tous les autres vainqueurs d'ailleurs, même si nous ne prenons pas tous les mêmes termes pour arriver à nos fins. Je me demande d'ailleurs qu'elle sera ma technique à moi...
Quand j'arrive à mon ancien chez-moi, je sens immédiatement la nostalgie me monter à la gorge et j'ai la désagréable sensation d'avoir une boule dans l'estomac. Je rentre à l'intérieur après un moment d'hésitation tout en effleurant du bout des doigts la peinture craquelée par la vieillesse des murs. Je cherche une chose précisément et quand je la trouve, je laisse les émotions m'envahir et je pleure toutes les larmes que j'avais retenues depuis tellement longtemps. Je me laisse glisser sur le sol, le blouson de mon père serré avec force contre mon torse. Il me manque énormément, tout comme mon ancienne vie. L'ancienne Katniss. Le Capitole m'a tout volé.
Je m'ennuis de ces moments lorsque je partais à la chasse avec lui, qu'il m'apprenait à utiliser un arc ou encore à reconnaître les fruits comestibles. Je me souviens si clairement de sa voix magnifique et des geais moqueurs qui ne faisaient plus le moindre bruit pour pouvoir l'écouter. Moi aussi j'adorais chanter étant plus jeune, mais depuis sa mort, je n'ai plus jamais récité une seule mélodie, à part lorsque Prim me le demande ou encore lors de la mort de Rue, ma petite alliée du District 11. Si je l'ai fait à ce moment-là, c'est seulement parce que c'était sa dernière volonté avant de nous quitter. Mes sanglots s'intensifient à la pensée de cette fillette entourée de toutes ces fleurs que j'avais moi-même placées pour lui faire la plus belle des morts possibles. J'en suis rendue à détester la musique, car peu importe la chanson, elle me rappelle des souvenirs que je tente d'oublier à chaque jour.
Je réalise soudainement à quel point je me montre misérable à me morfondre ainsi sur mon sort. Il faut que je me ressaisisse ! Je ne peux pas continuer à vivre si je n'ai plus le goût à la vie. Je dois au moins le faire pour ceux qui n'ont pas eu la même chance que moi, ceux qui sont pleurés un peu partout dans Panem. Je dois profiter du moment présent, parce que j'ignore ce qu'il pourrait bien m'arriver dans le futur. Je sèche mes larmes et prends le temps de me calmer en inspirant et expirant à maintes reprises. Je m'assure que mes yeux ne sont plus rougis par la tristesse dans la glace du salon et me dirige ensuite vers la maison des Hawthorne, qui est à quelques pas de chez moi, ou bien, de mon ancien chez moi. Je sais que Gale doit être levé à cette heure-ci, il a toujours été très matinal. Je cogne à la porte et je me fais répondre par Hazelle qui me sourit et me prend dans ses bras.
- Katniss ! Comme je suis heureuse de te voir saine et sauve ! Je me suis tellement fait du souci pour toi...
- Merci Hazelle. Je vais bien maintenant que je suis rentrée, mentis-je avec un minuscule sourire.
- Je l'espère bien. Tu dois être venue pour Gale ?
- Oui. Est-ce qu'il est là ?
- En fait, il est parti travailler à la mine, répond-elle d'une mine sombre.
Mon cœur rate un battement dans ma poitrine en entendant ce dernier mot. Je n'avais pas du tout envisagé cette possibilité, je le croyais en train de se préparer pour aller faire un tour dans les bois avant de partir pour l'école. Mais bien sûr, tous les garçons à partir de 18 ans sont obligés de travailler à la mine, à moins que leur famille tienne un quelconque commerce à la Ville, mais pour ceux de la Veine, il n'y a malheureusement pas d'autres possibilités. Je l'imagine à des mètres et des mètres de profondeur et je suffoque pour lui. Lui qui aime tellement l'air frais de la forêt, il doit être terriblement malheureux dix pieds sous terre.
- Tu veux entrer ? J'étais en train de préparer du thé si tu en veux.
- D'accord pourquoi pas.
Je rentre dans la maisonnette, enlève mes bottes, puis m'assois à la table. Après avoir terminée ma tasse et parlée un peu avec Hazelle, j'entends des pas légers s'approcher de la cuisine. Je vois finalement le petit visage de Posy, la benjamine de la famille, qui dépasse du cadre de la porte. Elle est tout à fait adorable avec ses immenses yeux gris posés sur moi, mais je ne prends pas de temps avant de remarquer que son regard est rempli d'une peur indescriptible. Sa réaction me fait aussitôt un pincement au cœur. Après tout ce qu'elle a vu à la télévision, me montrant en train de faire toutes sortes d'horreurs plus terribles les unes que les autres, je comprends pourquoi elle peut ressentir de la frayeur en m'apercevant. Elle n'a que cinq ans après tout. Mais ça n'empêche pas le fait que c'est très difficile de voir un enfant que je connais presque depuis sa naissance éprouver ce genre de sentiment à mon sujet. Je m'efforce de lui faire le sourire le plus réconfortant que je peux, voulant la rassurer de mon mieux.
- Salut Posy. Allez, viens me voir !
Elle regarde sa mère avec inquiétude tandis que celle-ci l'encourage à avancer vers moi. Elle s'approche tranquillement de moi alors que je prends doucement sa minuscule main dans la mienne.
- C'est moi. C'est Katniss.
- Katniss ?
- Oui, répondis-je en souriant, soulagée qu'elle comprenne enfin qu'elle n'a rien à craindre.
Elle s'approche un peu plus, puis je la serre doucement dans mes bras. Lorsqu'elle s'éloigne, elle me fait un petit sourire, puis va s'asseoir à la table. Après seulement quelques minutes, j'entends Vick et Rory en train de se chamailler pour je ne sais quelle raison. Hazelle intervient et les assit à leur tour pour qu'ils puissent manger leur petit-déjeuner avant de partir à l'école. Je me sens aussitôt terriblement mal face à leur repas qui n'est constitué que de trois pommes et d'un œuf répartis similairement. Les garçons me saluent à leur tour et lorsqu'il est temps pour eux de partir, je me propose d'aller les reconduire.
Auparavant, nous y allions tous ensemble avec Gale et Prim, mais maintenant, je n'ai plus besoin d'y aller, tout comme mon meilleur ami qui a un travail à la mine. Tant qu'à ma sœur, elle habite trop loin pour venir les rejoindre dorénavant. Hazelle me remercie avec reconnaissance ; je sais bien qu'elle s'inquiète beaucoup pour eux depuis que leur grand frère n'est plus très présent pour les protéger. Rory, qui est le deuxième plus vieux de la famille, doit maintenant prendre soins des deux autres en se montrant le plus mature possible, ce qui ne s'avère pas toujours facile.
Lorsqu'ils sont fin prêts à partir, nous passons le seuil de la porte et, dès que celle-ci se referme derrière nous, Rory me regarde en souriant moqueusement.
- Tu as embrassé Gale hier.
- C'était dégoûtant !, renchérit Vick avec une grimace, prouvant ainsi son jeune âge.
- Il m'a beaucoup parlé de toi, tu sais. Comme tu es formidable, intelligente, courageuse..., ajoute-t-il en roulant les yeux. Et j'en passe ! Il est fou amoureux. Je ne l'avais jamais vu ainsi avec aucune autre fille avant, m'avoue Rory sérieusement.
- Je ne savais pas qu'ils s'aimaient moi !, dit Posy d'un air outré. Pourquoi personne ne me dit jamais rien ?
- Nous ne sommes que des amis Posy. Il ne s'était jamais rien passé avant ce baiser. Je suppose que ça devait être à cause de l'émotion de nous retrouver..., déclarais-je d'une petite voix.
- Je t'assure qu'il t'aime Katniss, dit Rory de façon catégorique. Arrête d'être aveugle ! Vous avez toujours été faits pour être ensemble.
- Si tu le dis...
- Bien sûr que je le dis.
Il me fait tellement penser à mon meilleur ami, ils ont tous les deux le même ton déterminé à chaque fois qu'ils parlent. L'assurance ne les quitte vraiment jamais. Je décide donc de cesser de répliquer, ne pouvant définitivement plus supporter d'entendre Rory me prouver encore et encore à quel point son frère est amoureux de moi. Posy me prend subitement par la main, comme elle le faisait anciennement, puis nous continuons notre marche jusqu'à l'école. Ce geste me fait chaud au cœur, surtout en prenant en considération sa réaction de tout à l'heure en m'apercevant pour la première fois depuis mon arrivé au District.
Une fois rendus à destination, je les laisse continuer leur chemin tous seuls, ne pouvant m'empêcher d'éprouver du chagrin en les voyant s'éloigner vers le bâtiment scolaire. Je n'ai jamais particulièrement aimé l'école, tant que pour l'éducation que pour la socialisation. J'ai toujours préféré être dans mon coin, je n'ai jamais désiré avoir une tonne d'amis ni de petits copains, mais je m'ennuis tout de même de cet endroit, parce que ne plus y aller renforce encore ma différence des autres. Je veux juste me faire oublier, mais je sais pertinemment que c'est impossible, n'importe où je vais, tous les regards se posent immédiatement sur moi. J'ai l'impression qu'ils lisent dans mes pensées, car je sens aussitôt les yeux curieux des élèves qui m'analysent à la loupe, comme si j'étais un insecte étrange parmi tant d'autres. Je tente de les ignorer du mieux que je le peux en retournant sur mes pas le plus vite possible.
C'est alors que je tombe face à face avec le fameux garçon des pains. Mon rythme cardiaque ne prend pas de temps avant de s'accélérer et de devenir un puissant marteau cognant fortement contre ma cage thoracique. Il me regarde de ses iris d'un bleu éclatant avec un air amusé, puis me fait un petit sourire gêné avant de continuer son chemin. Mes joues me brûlent à m'en faire mal tandis que j'essaie de marcher le plus normalement possible sans le regarder, ne voulant certainement pas lui montrer l'effet qu'il a produit chez moi grâce à sa simple proximité.
Malheureusement je n'ai plus les idées bien claires et je ne regarde pas où je marche, je finis donc par trébucher sur une pierre et manque de tomber, me ridiculisant ainsi devant tous ses amis, lui y compris. J'entends automatiquement des rires jaillirent dans mon dos, jamais je ne m'étais sentie aussi gênée de toute ma vie. Je me retourne vivement, les joues rouges d'embarras, tandis que je les vois se moquer ouvertement de moi. Je lance un regard assassin à Peeta alors qu'il me sourit à pleine dents. Mais qu'est-ce qu'il est arrogant ! Moi qui croyais que ce garçon était d'une gentillesse remarquable, je crois que j'avais tort. Je le déteste, lui et ses stupides amis. Il faut que je me sauve avant que je leur saute dessus, mais je suis encore trop proche et je les entends parler dans mon dos.
- Wow, tu lui fais de l'effet Peeta ! Dommage qu'elle sort déjà avec ce garçon de la Veine. Tu vaux bien plus que lui, c'est un simple mineur crasseux qui doit briser les règles pour pouvoir nourrir sa famille, dit l'une de ses amies d'une voix beaucoup trop forte pour être naturelle ; elle voulait que je l'entende et je l'ai parfaitement entendue.
Je m'arrête de marcher et sens automatiquement la colère monter en moi à une vitesse hallucinante. Je sers les points pour essayer de me contrôler, en vain, elle en a déjà bien trop dit. Je me retourne et je me dirige vers elle, déterminée à lui faire regretter ses paroles. Déjà que j'ai un caractère explosif de nature, c'est encore pire s'il faut qu'elle s'en prenne aux gens que j'aime. Je vois que son air hautain s'est subitement remplacé par de la frayeur et j'en suis étonnement satisfaite. Elle a raison d'avoir peur ! Personne n'ose m'arrêter, sûrement trop sur le choc face à ma réaction légèrement excessive et je la plaque sur le mur de brique de l'école, mon bras lui serrant le cou. J'entends un petit cri aigu tout proche de moi, probablement appartenant à Delly Cartwright, qui déteste voir des personnes se chamailler.
- C'était une très mauvaise idée de t'en prendre à une personne qui a déjà tué auparavant, lui dis-je alors qu'elle essaie de se dégager avec peine tandis qu'elle produit des petits bruits de souris.
Ses amis interviennent finalement en m'arrachant à elle avec précaution tout en me regardant comme si j'étais une mutation génétique directement sortie du Capitole. Cette comparaison me fait mal, car je sais qu'elle est à moitié vraie. Elle n'ose plus parler et elle se réfugie derrière un garçon aux cheveux blonds, de la même couleur que tous ceux qui viennent de la Ville.
- La prochaine fois que tu veux rire de quelqu'un, assure toi de savoir à qui tu t'en prends.
Et sur ces derniers mots, je me sauve après avoir lancé un regard rempli de reproche à Peeta, qui l'évite méticuleusement. Il a l'air d'être embarrassé ; il a probablement honte de mon attitude de brute, mais cette fille l'a tout à fait cherché. Je marche à toute vitesse pour pouvoir me réfugier dans la forêt où je pourrai me défouler en lançant quelques flèches à de pauvres bêtes sans défense. Je préfère tout de même mieux tirer sur eux que sur des êtres humains, malgré que certains le mériteraient grandement.
Après plusieurs heures de chasse et de baignade dans le lac, je décide d'aller porter mes prises à la maison des Hawthorne, sachant qu'ils ont besoin de viande bien plus que nous. Ma journée seule avec la nature m'a fait le plus grand bien. Je n'avais pas eu de moment de solitude complet depuis tellement longtemps. Lorsque j'arrive à la maison de Hazelle, j'y retrouve Gale à sa porte qui partait justement dans les bois.
- Tiens, c'est pour vous, lui dis-je en lui tendant les quatre lapins, les deux écureuils et le castor que j'ai attrapés un peu plus tôt. Allez, prend les. Ils ne me serviront à rien.
- Merci, dit-il avec toute la difficulté du monde à accepter un cadeau ; il est comme moi sur ce côté-là. Alors maintenant que la chasse est faite, qu'est-ce que tu veux faire ?
- Ce que tu veux.
- Ne dis pas ça, car tu sais ce que je veux, déclare-t-il alors que je suis certaine que ses yeux se sont arrêtés sur mes lèvres.
- Eum... Ça te dirait qu'on aille se promener un peu ?, lui demandais-je en m'efforçant de faire comme si je n'avais pas entendu sa dernière phrase.
Il approuve d'un signe de tête et nous nous dirigeons tranquillement vers la forêt avec une ambiance étrange. Nous restons silencieux durant tout le trajet, jusqu'à ce que nous soyons complètement cachés par les arbres. Après un instant, il soutient mon regard pendant un bon moment avant que je détourne la tête, ne voulant pas discuter du sujet qu'il est sur le point d'engager.
- Katniss, pourquoi tu ne veux pas avouer tes sentiments pour moi ?
- Quoi ?, dis-je bouche-bée par ses paroles tellement directes et insensées.
- Tu m'as très bien entendu.
- Et qu'est-ce qui te dis que j'éprouve quelque chose à part de l'amitié Gale ?
- J'en sais rien. Cette façon que tu as de me regarder. Le bonheur que tu as à chaque fois que je suis à tes côtés. Ta manière d'éviter mon regard en ce moment même. Et..., ajoute-t-il faiblement en me caressant la joue, ta façon de rougir lorsque je fais ça.
Je devrais déplacer sa main qui me brûle la peau, mais je n'en ai pas la force. Malgré tout, j'aime ce doux contact. Sans prévenir, il plaque soudainement sa bouche sur la mienne comme si sa vie en dépendait. Il a toujours cet empressement incontrôlable qui est assez énervant. Ne peut-il donc jamais me prévenir à l'avance ? Mais cela m'importe peu pour l'instant, je place mes mains autour de son cou comme la première fois et caresse timidement sa nuque ainsi que ses cheveux de la même couleur que les miens. Je le sens sourire contre mes lèvres, puis il finit par mordre ma lèvre inférieure avec ses dents, ce qui me prouve qu'il veut approfondir un peu plus notre approche. Je m'éloigne de lui instantanément. Je n'avais jamais embrassé de garçons avant Gale, alors c'est évident que je n'ai pas encore expérimenté les baisers langoureux.
- Fais-moi confiance, me chuchote-t-il d'un air amusé qui me fait me sentir comme une simple débutante.
Je sais qu'il a de l'expérience pour ce genres de choses, il est tout ce qu'une fille peut rechercher physiquement ; beau, grand et fort. Il peut même être plutôt drôle lorsqu'il fait disparaître l'air sérieux de son visage. Alors il a dû en embrasser des dizaines avant moi, car je sais très bien qu'il ne laisse pas les filles indifférentes autour de lui et qu'il n'est pas du genre à laisser passer sa chance.
- D'accord, murmurais-je d'une voix fébrile.
Il s'approche encore de moi, mais plus lentement cette fois-ci, comme s'il était convaincu que le moindre geste brusque me ferait fuir immédiatement, semblable à un animal apeuré qu'il veut capturer dans son filet, et je suis la première à savoir qu'il est le meilleur pour les pièges. Il pose délicatement ses lèvres sur les miennes, puis commence à jouer doucement avec ma langue. La sensation est plutôt étrange, mais ce n'est pas désagréable pour autant. Après un petit moment je comprends le principe et le baiser ne manque pas de temps avant de s'intensifier. Nous nous embrassons ainsi jusqu'à être à bout de souffle. Je m'éloigne de lui, essayant de reprendre ma respiration, et ce moment est détruit par le son de mon ventre affamé qui résonne fortement. Je réalise alors que je n'ai mangé que quelques baies trouvées dans des arbustes de toute la journée.
- Je dois rentrer..., chuchotais-je alors que la honte s'infiltre dans mon esprit face à ce que je viens de faire avec une absence de sentiments à son égard.
- Tu veux que je te raccompagne ?
- Non ça va aller.
Immédiatement quand il s'éloigne de moi pour que nous puissions nous diriger vers le District 12, il me prend la main. Je me sens aussitôt inconfortable, ça ne me semble pas naturel tout ça. Malgré ce fait, je ne le lâche pas pour autant, j'ignore si c'est seulement parce que c'est tout nouveau ou si c'est parce que je ne veux surtout pas le blesser en le repoussant. Lorsqu'il m'a embrassé, il a réussi à faire disparaître, pendant un court instant, toutes ces pensées dans mon esprit tourmenté, mais dès qu'il s'est éloigné de moi, mon cerveau a recommencé à tourner à vive allure, ce qui n'est peut-être pas un bon signe. Quand nous arrivons devant chez lui, il me prend dans ses bras de manière possessive qui ne me plaît guère, puis me chuchote à l'oreille un doux :
- Je t'aime.
Voilà le deuxième chapitre de ma fiction ! J'espère que vous l'avez apprécié autant que mon premier. J'adore vraiment écrire cette histoire, alors je souhaite de tout cœur que vous l'aimez aussi bien que moi. Dites-moi ce que vous en pensez !
