Salut! Merci pour les reviews de Rainko, CptJackHarkness ( totalement d'accord avec toi: beaucoup trop rare! ^^)et de Metherland ( comme je pense que d'autres lecteurs -plus timides néamoins- pensent comme toi sur la vitesse de l'action, ceci pourrait les éclairer: les deux premiers chap sont plus une introduction, en opposition avec ce qui se passe en 1850, c'est pour cela que ça va aussi vite.).

Aussi je m'excuse pour le laps de temps entre les publications. Bonne lecture!


Le soir était rapidement tombée. Ils s'étaient mêlés aux prolétaires grâce à de longs manteaux et chapeaux volés au détour d'un séchoir ou d'un fil à linge. A part le fait que Connors avait renversé quelques bouteilles de lait, rien de notables ne les détachait des autres. Après quelques heures de marches, ils finirent par se réfugier dans une taverne. Quelques pourboires raflés sur les tables servirent à leur offrir de quoi dîner, bien que la bière tiède dans les verres sales et le ragout plus graisseux que nourrissant ne les affamaient pas vraiment. Mais le dîner suffit à lancer la discussion qu'ils évitaient depuis leur arrivée en 1850.

-On doit trouver un moyen de repartir.

- Tout mon matériel est dans mon laboratoire, ça me prendra du temps. Pas mal de temps pour créer une anomalie artificielle.

- On ne peut pas vagabonder en attendant que Connors la construise. On a besoin d'un abri, d'un revenu, d'une existence dans cette période. Qu'est-ce qu'on en sait?

- Reine Victoria aux commandes. Pas de guerre, je crois. Moment de la première révolution industrielle avec le charbon. Empire avec les Indes et un tas d'autres colonies.

-Les femmes n'ont aucune existence juridique donc on est mal barrées. Mais sans appuis on ne risque pas d'aller très loin.

Le constat fit mal mais n'entama pas pour autant le moral des troupes. Enfin pas trop. Abby se renfrogna et marmonna qu'elle allait chercher d'autres boissons afin de cacher son désarroi. Ça recommençait. Ils étaient bloqués dans le passé. Elle slalomait entre les tables et les buveurs invertébrés. Elle ne voulait pas entendre le bon vouloir des anomalies! La dernière fois, ça avait duré un ans. Qui sait combien d'années ils devraient attendre, cette fois-ci? Doucement, mais surement, la jeune femme perdait son sang-froid. La voix chargée de colère et de froideur avec laquelle elle commanda fit baisser les yeux au barman et éloigner la plupart des buveurs du comptoirs. Les femmes en colère étaient dangereuses. Et là, elle frôlait le désespoir. L'adrénaline avait quitté ses veines, la rendant plus lucide, à même d'envisager tout ce qu'englobait cette situation. Elle aurait préféré rester soule, incapable d'égrener chaque heure, minute, seconde qui la condamner à vivre à cette époque. Abby se mordit la lèvre. En tendant l'oreille, elle pouvait entendre la voix enflammé de Connors. Il avait été son roc lors de leur séjour dans le Crétacé. Sans lui, pragmatique, elle se serait suicidé. Il était son étincelle, la raison pourquoi elle se battait. Elle se retourna et le vit batailler avec Jess, probablement une futilité. Becker assistait au duel, amusé mais un pli soucieux sur son front prouvait que le flux de ses pensées étaient très sérieux. Matt...Matt la couvait du regard. Il la comprenait, parce que sur certains points, ils étaient semblables. Aussi lucide que pragmatique. Il veillait. Pour l'instant, elle allait bien.

- Hey, catin, deux guinées, la nuit!

Ce qui ne signifiait pas que tout ceux qui l'entourait irait tout aussi bien.


Essoufflés par la bagarre et la fuite, ils s'adossèrent contre une palissade. Abby ne put s'empêcher de glousser. Matt haussa un sourcil, un peu inquiet. Mais son expression était gâchée par sa pommette fraîchement violacée.

- Maintenant, on peut savoir pourquoi le type a fait un vol plané de deux mètres, Abby? Je veux dire, c'était une magnifique démonstration de self-défense mais à part sa tête qui ne te convenait surement pas, y a-t-il une raison? Grimaça Connors en se frottant les côtes qui avaient reçu quelques coups.

Les autres buveurs s'étaient échauffés rapidement et une joyeuse bagarre avait « refait la déco » du bar, au plus grand désarroi du propriétaire. Les filles de joies s'étaient cachées derrière le comptoir tandis que les dockeurs se donnaient à cœur joie. Les voisins effrayés avaient appelés les policiers qui avaient rapidement débarqués sur les lieux. A grands coups de matraques, ils tentèrent de calmer tout le monde avant de les emmener décuver dans les cellules de la Yard. Mais le groupe s'était faufilé par la porte arrière, entre une chaise estropiée et une table renversée.

- Je ne vaux deux guinées,Connors.

-Non, non, bien sûr que non mais...

Il n'eut pas le temps de finir que Becker l'entraîna plus dans la ruelle en désignant les bobby qui fouillaient le pâté de maisons.

- On bouge.

Grâce aux ombres projetés par les rares lampadaires présents, ils s'éloignèrent en silence. Mais un jeune officier les vit et utilisa son sifflet pour ameuter ses hommes. Leur course n'était pas aisé dans ce quartiers fréquenté par les pauvres gens qui tentaient de se cacher dans les renfoncements des murs. Des pas au-dessus de leurs têtes alerta Matt qui sortit son arme. Un monte-en-l'air.

- Hey! Suivez-moi! Les interpella le petit garçon à la casquette visée sur le crâne, la veste en tweed et au pantalon rapiécé qui atterrit devant eux.

Fin connaisseur des rues, habitué aux tactiques de la Yard, il n'eut besoin que de quelques minutes pour semer leurs poursuivants à l'aide de caves secrètes et de quelques vendeurs de rêve, peu scrupuleux. Becker, nerveux, avait toujours son arme le long de sa jambe, sous son manteau. Le garçon était peut-être malin mais il ne les aidait pas de bonté de cœur. Ou si, après tout, songea-t-il, quand ils débarquèrent dans une rue plus policée, mieux éclairée, mieux fréquentée. Sans hésiter, le gamin les dirigea vers un établissement chic où le portier, dans son costume trois pièce immaculée et son nez immense, les toisa de la tête aux pieds. Okay, Grincheux n'allait pas les laisser entrer. Le contraire l'aurait étonné. Mais le gamin sortit une missive de sa manche et la donna à Grincheux, qui grimaça, sans doute pensa-t-il à la nécessité de brûler ses gants blancs qui avaient touché tant de crasse. Devant eux, il s'étouffa avec sa propre salive avant de sonner une cloche avec insistance.

- Faites entrer ces jeunes gens, Dorian, immédiatement! Faites-leur couler un bain et préparez-leur une collation. Dépêchez-vous, voyons, nous sommes en retard! Miss Caroline, guidez les demoiselles et faites appeler le cuisinier! Nous avons des invités de marque ce soir! N'oubliez pas les gâteaux pour monsieur Bill!

Le petit se rengorgea devant cette soudaine marque de respect. Becker, lui, sentait poindre un début de panique. Ils ressemblaient à des gueux! Ca faisait partie de leur tactique « Fondons-nous dans la masse ».

- Excuses-moi, Bill, mais qui t'as engagé?

- M. Jones, le secrétaire du Chevalier de la Reine, Sir Lester.


Plus tard, ils se retrouvèrent dans un petit salon, cosy devant un feu ronflant. Les teintures, de toutes les nuances de bleues possibles, mettaient en valeur l'unique tableau présent dans la pièce, celui de l'actuelle souveraine lors de son couronnement.

- Apparemment, Lester est un espion pour le compte de la Reine à l'étranger. J'ignore comment il a appris notre présence à cet époque mais il croit que nous sommes ses obligés, une famille anglaise qui revient au bercail après avoir servi d'appui aux espions en Europe et en Amérique, résuma Matt, en essayant de ne pas triturer ses boutons de manchettes.

Contrairement à Becker qui avait déjà défait la cravate, adossé au manteau de la cheminée, à Connors, assis sur l'accoudoir, qui avait fait tombé la veste et tous avaient déposé leur haut-de-forme sur le secrétaire. Il tenta de résister à la terrible envie de rire qui le tenaillait quand Abby voulut s'asseoir dans un divan et s'y écroula sans aucune grâce dans un nuage de volants et de gaze.

- Je déteste déjà ses robes, maugréa-t-elle.

- Je les trouve jolies, moi, répliqua Jess, qui eut plus de chance. Malgré la crinoline, je veux dire.

Les deux jeunes femmes étaient habillées à la mode victorienne. Leur robes étaient légèrement décolletés, décorées de dentelles mais les manches recouvraient leurs bras jusqu'aux mains, noués au majeur, et une crinoline accentuait l'effet ample à la taille. Seuls les motifs et la couleur différaient(*). Ainsi que la fleur qui ornait les cheveux roux et le serre-tête ceux blonds.

- Vous êtes toutes les deux délicieuses, fit une voix grave à la porte.

Les nombreux chandeliers leur permirent de mettre rapidement un visage sur le fameux Lester. Élancé, plus nerveux qu'en chair, il retira gracieusement son haut-de-forme, révélant des cheveux mi-long d'un brun chaud retenu en arrière. Ses yeux étaient d'un vert saisissant sur sa peau hâlée, éclairé par un sourire Colgate-puissance-dix. Un physique avenant, une voix ronronnant et des manières de gentlemen. Ce type était un séducteur de haut-vol, nota Matt, objectif. L'homme qui le suivait semblait déjà plus effacé, plus sérieux. Plus petit, un léger embonpoint à peine visible, il portait un costume plus sombre et de qualité moindre. Pas de gants. Cheveux courts, yeux gris, pâle.

Il se leva pour les saluer et fit un signe à son équipe qui l'imita.

- Sir, monsieur. Je crois que nous avons beaucoup de choses à nous dire.


(*) si vous voulez avoir une petite idée des robes de l'époque, ce site contient quelques perles: mode-1850-c748673

Alors? J'attends vos reviews!