2 : NEIGE ÉCARLATE


Il n'était que six heures lorsque Will se réveilla, totalement en sueur. Il avait dormi habillé, enfoui sous les draps chauds. Dans la chambre régnait une douce fraîcheur : assez agréable pour apaiser le réveil tourmenté de Will. Il n'avait que cauchemardé durant la nuit entière un mélange d'illusions et de meurtres sanglants. Le cerf était toujours là, semblant rasséréné par la présence d'Hannibal à ses côtés. Will se releva, les vêtements collés à son corps moite. Ses boucles brunes étaient plaquées sur son front, et son souffle était rapide.

- Merde.

Il jura en passant une main tremblante dans ses cheveux. Il sortit de la chambre en soupirant. Un unique souhait en tête : se laver. En se rendant dans la salle de bain, Will passa devant Hannibal, dormant dans le canapé, d'un air paisible. Une couverture épaisse lui recouvrait le haut du corps mais dévoilait néanmoins ses épaules nues et fermes. Ses mollets et ses pieds dépassaient de l'étoffe. Will observa un instant ce spectacle et le mémorisa : sa respiration lente, son large torse qui s'abaissait par intervalles, les quelques morceaux de peau nue visibles et ses mèches désordonnées qui retombaient sur son front. Les habits que portait Hannibal la veille étaient pliés soigneusement sur la table basse. Son besoin de contrôler était donc plus fort que tout.

- La vue te plaît ? demanda Hannibal, un sourire fleurissant sur ses lèvres.

Il s'était exprimé soudainement, sans même ouvrir les yeux. Will se demanda depuis combien de temps Hannibal était éveillé, et faisait semblant de dormir. Will aurait dû se douter que le docteur avait le sommeil léger.

- Non, rétorqua Will.

Il se dirigea vers la salle de bain d'un pas pressé, et entra prestement dans la douche, laissant ses vêtements au sol, en boule. Un jet d'eau glacé sortit du pommeau pour se répercuter sur son corps brûlant. Surpris par la température, ce dernier eu un sursaut de surprise. L'eau qui s'infiltrait dans ses plaies recousues était désagréable. Le reste du sang séché sur sa peau, s'écoula sur ses pieds et termina dans le bac à douche. Will sorti de la salle d'eau, uniquement revêtu d'une serviette couleur rose, autour de sa taille.

Hannibal était désormais levé et habillé, revêtu d'un pull à col roulé rouge. Ses cheveux d'ordinaire parfaitement coiffés étaient en désordre. Son visage, marqué par la fatigue, s'éclaira un peu en voyant Will. Il s'approcha de lui. Son œil glissa sur son corps partiellement dénudé et sa main se leva instinctivement. Il toucha les contours de sa plaie à l'épaule. Will sentit ses joues se colorer lorsque le souffle chaud d'Hannibal se répercuta contre sa peau froide.

- Tes blessures ne s'infectent pas pour l'instant.

Avec un toucher léger, ses doigts parcoururent ensuite la joue du profiler.

- J'inspecterais tes plaies plus en détail après le petit-déjeuner, Will.

Ce dernier déglutit, gêné par la présence d'Hannibal aussi près de lui. Il se retrouvait de nouveau que très peu vêtu face au docteur. Il prit la fuite et se hâta vers la chambre pour s'habiller et enfiler de nouveau des vêtements trop grands pour lui.

Le profiler, déjà en meilleur en forme qu'hier, aida son ancien psychiatre à préparer le petit-déjeuner – un mélange d'œufs et de petits légumes. Le tout dans un silence plein de non-dits. Hannibal attendait de Will qu'il prenne une décision... Qu'allait-il faire ? Will réfléchissait ardemment. Ils s'installèrent dans le canapé, mangeant sans articuler le moindre mot.

Cette ambiance pesante fut brisée par Will. Une unique phrase qu'Hannibal n'oubliera jamais :

- On part.

Hannibal sourit, faisant apparaitre une fossette à peine creusée. Devant cette risette, Will se dit qu'il avait certainement pris la bonne décision. Il se demanda encore quand il avait accepté cette part sombre de lui-même ? Quand avait-il décidé que de fuir avec un cannibale était une bonne chose ? Que l'apprécier n'était pas synonyme de folie ? Will chassa toutes ses pensées au loin, et répondit à son sourire, creusant des plis dans ses joues.

Après le repas, Hannibal soigna Will, revérifiant ses plaies ainsi que celles sur son propre corps. Ils prirent le nécessaire dont ils avaient besoin : les quelques dollars qu'ils trouvèrent, une lampe torche, des couteaux de chasses pour Hannibal et un revolver pour Will. Ils ramassèrent également des commodités vitales qu'ils enfouirent dans un sac à dos pour Will et une besace en cuir pour Hannibal. Enfin parés pour leur fuite, ils décidèrent de faire disparaitre toutes preuves. Ils enterrèrent le corps qui empestait derrière la maison avec difficulté. Creuser ravivait la douleur de leurs blessures. Ils brulèrent leurs vêtements respectifs dans la cheminée et nettoyèrent l'intérieur avec de la javel.

Après avoir tiré la porte de la maisonnée, Will eut l'agréable sensation de commencer une nouvelle vie...


En cette matinée, le temps était maussade et pluvieux. La maison d'Hannibal éclairait les hauteurs. Mark habitait les environs, à plus d'une dizaine de kilomètres de là. Il avait l'habitude de courir très tôt. Ce matin, le froid lui tiraillait le visage et ses joues étaient rosées. A chacune de ses enjambées, de grands nuages de buée s'échappaient de sa bouche. Les mains gantées et le bonnet enfoncé sur la tête, Mark courait en compagnie de son saint-bernard, Jo. Il commençait à ressentir la fatigue et jeta un coup d'œil à sa montre :

- Allez viens Jo ! On va continuer sur la falaise, ça nous fera du bien.

Ils longèrent l'habitation d'Hannibal et Mark distingua de la lumière et une forme noire sur la terrasse. Les rares fois où il était passé ici, il avait toujours envié le propriétaire inconnu des lieux. Sa maison était spacieuse et au goût de notre joggeur. Il avait constaté que la demeure n'était pas souvent occupée et il s'était donc permis de regarder à travers la baie vitrée au fil du temps. Jo s'écarta soudainement du chemin et de son maître et se dirigea vers la terrasse du Dr Lecter.

- Au pied Jo ! Qu'est-ce qui te prend ?

L'animal n'écoutait plus et reniflait déjà avec ferveur.

- Reviens tout de suite Jo !

Le chien finit par arriver près de la masse noire et aboya violemment. Mark n'eut d'autre choix que de venir jusqu'à lui en jurant, essoufflé.

- Depuis quand tu ne m'écoute pas ? Je vais-

Le coureur se tut devant l'horreur qu'il venait de découvrir. Le sol était jonché de sang noirci et séché. Le vent se mit à souffler et une odeur de putréfaction envahit ses narines. Il se tint la bouche pour éviter de vomir. N'ayant jamais vu de cadavre, Mark se retourna et ne put s'en empêcher.

Rapidement, une première voiture de police locale arriva, puis une seconde. Les premiers véhicules noirs banalisés du FBI suivirent accompagnées d'ambulances. Petit à petit, on ne distinguait plus que le blanc des scientifiques et le bleu des blousons du FBI. Les gyrophares rouges et bleus s'illuminaient sur l'ensemble de la falaise. Derrière les bandes jaunes de police, une nuée de journalistes avait déjà envahi les lieux.

Lieux désormais célèbres pour avoir accueilli la mort du Great Red Dragon.

Jack sortit de son véhicule, les mains dans les poches, le col relevé et le visage soucieux. Son chapeau noir cachait le haut de son visage. Il n'avait pas eu plus d'informations concernant la scène de crime. Ce qu'il s'apprêtait à découvrir l'inquiétait mais rester stoïque était important. Nul ne devait lire d'émotions sur son visage. Pour lui, c'était une marque de faiblesse. Il repensa à Will et la relation qu'il entretenait avec Hannibal.

Il s'avança calmement mais fût rapidement entouré des journalistes. A travers l'attroupement, la vive rousseur de Freddy se détacha du lot. Elle essaya de l'interpeller pour obtenir des informations pour son blog.

- Ce n'est pas le moment. Même pour vous Mlle Lounds.

Il passa sous les bandes jaunes et se plaça devant la bâche qui recouvrait le corps. Il observa la mare de sang qui entourait ce dernier.

Brian Zeller accourut, finissant de relever des empreintes. Il savait que Will était important pour Jack et que cette affaire était des plus sensibles. Lui-même avait de l'affection pour le jeune profiler. Il ne fit pas durer le suspense plus longtemps :

- Ce n'est pas Will, c'est Francis Dolarhyde.

Le médecin légiste souleva le plastique et indiqua avec son index la gorge de la victime.

- Sa jugulaire a été arrachée par des dents, il a été éventré et il a des coupures au niveau des mollets et du dos. Malheureusement, nous avons retrouvé beaucoup de sang à l'extérieur. Celui du Docteur Lecter mais également de… de Will et en grande quantité.

- Continue Brian, il me faut des réponses. Cela fait deux jours qu'Hannibal s'est échappé. S'il est en fuite nous devons le savoir au plus vite. Je dois prévenir le Dr. Du Maurier et Alana.

- On a trouvé une caméra à l'intérieur.

- Tu ne pouvais pas le dire plus tôt ? Allons-y.

Dans la maison, tout semblait figé. Les flashs des scientifiques éclairaient la pièce par intermittences. Les débris de verres près de la fenêtre avaient fusionnés avec le mélange bordeaux de sang et de vin. A côté de la table, là où Hannibal aurait dû mourir, se trouvait sa veste abandonnée.

Brian relata les faits à Jack.

- Lecter était positionné juste ici. Il a reçu une balle au niveau du ventre et a fini allongé ici. Regardez la vidéo.

Ce dernier tendit l'appareil à Jack. On y voyait un Hannibal, blessé, se tenant l'abdomen.

- Le Dragon voulait le tuer mais il s'en est pris à Will.

- Pourquoi ? demanda Jack.

- Je ne sais pas. Peut-être que Will voulait aider Hannibal ou s'enfuir.

- Continue.

- On ne voit pas le reste sur la vidéo mais vous entendez les bruits de lutte ?

- Oui, oui.

- Et regardez le visage d'Hannibal, il semble en colère. Ce qui est sûr, c'est qu'avant qu'arrive Francis Dolarhyde, Lecter et Graham buvaient ensemble. On a retrouvé le bouchon de la bouteille et les débris juste ici.

Il désigna l'emplacement près de la baie vitrée.

- Ce verre appartenait à Will, il contient ses empreintes et sa salive. Je suppose qu'il n'était ni son prisonnier, ni enchainé.

- Will était avec Hannibal ? Consentent ?

- Je ne sais pas… dit-il incertain.

Il montra à Jack un petit sac plastique transparent dans lequel il avait glissé le couteau du Grand Dragon Rouge.

- Nous avons retrouvé le sang de Will et de Dolarhyde sur la lame. Leur combat s'est prolongé à l'extérieur. Là, vous voyez ? Hannibal se relève et chuchote le prénom de Will.

Il visionna les dernières images utiles de la vidéo.

- Ensuite, c'est un peu flou.

Ils se placèrent dans l'encadrure de la baie vitrée. Jack enfouit de nouveau ses mains dans ses poches, pensif et troublé. Will s'était-il échappé avec Hannibal ? Etaient-ils morts ? Ou étaient leurs dépouilles ?

- Vous voyiez les gouttelettes de sang. Elles appartiennent à Will.

Ils se déplaçaient au gré des gouttes comme si celles-ci représentait un chemin.

- Nous pensons qu'Hannibal a infligé ces blessures violentes et mortelles à M. Dolarhyde, ça ressemble à son œuvre. Graham était trop faible, il a perdu énormément de sang. Pour la suite, c'est… j'ai encore des doutes.

- Que penses-tu qu'il se soit passé Brian ? Parle. Depuis quand tu prends des pincettes avec moi ?

- Ce n'est que des suppositions que nous avons fait avec Jimmy. Il nous faut plus de temps pour-

- Ce n'est pas ce que je t'ai demandé, Zeller, dit-il en insistant sur son nom.

Avec son index, Brian se gratta le crâne, peiné et ennuyé.

- Le amas de feuilles indique que quelqu'un s'est relevé et a marché jusqu'au bord de la falaise. Hannibal se trouvait face à lui. Au vu des gouttes de son sang que l'on a retrouvé, il était debout et statique. A-

- J'ai retrouvé son vêtement de détenu dans la poubelle !

Jimmy venait de débarquer et marcha à vive allure vers eux. Il brandissait entre ses mains, tel un trophée, la combinaison grise claire d'Hannibal. Jack lui lança un regard noir et demanda à Brian de poursuivre :

- Tu disais ?

- Je préfère vous montrer, annonça Zeller. Là, la terre forme une trainée vers le précipice. Deux pour être exact.

Jack fixa l'horizon.

- Ils ont chuté ?

- C'est la conclusion de Jimmy.

Ce dernier adressa un coup de coude à Brian et rétorqua :

- C'est NOTRE conclusion Jack. Pourquoi et comment cela s'est produit, c'est un mystère par contre.

- Très bien. Je devrais quand même contacter le Dr Du Maurier et Alana plus tard, pour les prévenir. Merci messieurs, ça ira.

Ils s'éclipsèrent discrètement pour terminer leurs prélèvements.

Jack jeta un coup d'œil vers le gouffre. L'eau venait claquer contre les rochers avec violence. D'ici, on entendait distinctement le bourdonnement constant des vagues. Survivre à ça, c'était impossible. Il n'y avait pas traces de leurs cadavres, rien que le néant : sombre et bleuté. Désormais face à lui, ne s'offrait que le ciel et la mer. Il était songeur et amer. Aurait-il dû laisser Will tranquille et vivre avec sa famille ? Il serait encore en vie… Il s'en voulait car au début, il avait été furieux contre le profiler, pensant qu'il avait fui avec Lecter. Or maintenant c'est contre lui-même qu'il était colère. Will était bel et bien mort et avait rejoint les abimes…

Fusionnant avec Hannibal pour l'éternité…


La nuit était tombée depuis bien longtemps. Le ciel était dégagé, les étoiles visibles et la lune haute et éblouissante dans l'étendue noirâtre. Ce dernier détail rappela à Will le meurtre de Francis Dolarhyde et la couleur noire de son sang. Il ressentit des frissons délicieux lui remonter la colonne vertébrale, et il osa un regard vers Hannibal. Le psychiatre marchait à ses côtés, le port altier, dans une attitude de supériorité et de fierté. Sa marche était ralentie à cause de sa plaie. Si Will ne le savait pas blessé, il ne l'aurait jamais deviné. Il admira encore une fois sa résistance à la douleur, et le jalousa lorsque son épaule le lança douloureusement.

Face à l'absence de conversation, Will ne pouvait qu'observer la nature autour de lui. Il neigeait doucement, les flocons voletaient lentement. Et, les majestueux arbres de la forêt se dressaient, drapés du blanc de l'hiver. C'était vraiment magnifique à contempler, et Will ne ressentait aucune peur à marcher en pleine nuit dans cette étendue de verdure. Il eut une vague pensée pour ses chiens avec qui il aimait courir dans la forêt, et au fait qu'ils ne les reverraient sûrement jamais. Son cœur se serra et il préféra chasser ce souvenir au loin.

- Quel est cet air sur ton visage, Will ? à quoi penses-tu ? dit-il de sa voix grave qui brisa enfin le silence.

- Je pensais simplement à mes chiens. J'espère que Molly ou Alana s'occupera d'eux.

Hannibal laissa plusieurs minutes s'écouler, avant de répondre, braquant ses yeux dans ceux de Will, l'air sérieux et sincère :

- Tu sais que j'honore toujours mes promesses, Will.

- Je sais. Laquelle ? Celle de la tuer ?

Hannibal acquiesça en hochant la tête.

- Non, je ne veux pas que tu tues Alana ! s'exclama Will sans ralentir le pas. Elle ne le mérite pas et tu le sais au fond de toi. D'autant plus qu'elle a une famille maintenant ! Je peux accepter beaucoup de choses de ta part Hannibal, mais pas ça.

- Elle m'a offensée.

- Combien de fois l'ai-je fait ? Et tu n'as jamais réussi à me tuer, je te rappelle. Fais de même pour Alana.

Un sourire se peignit sur les lèvres d'Hannibal, doux comme une nuit d'été :

- Tu es différent, Will. Tu l'as toujours été. Ne te compare plus jamais à elle.

La force des mots d'Hannibal surprit Will, et il demeura stupéfait. La conversation se fana sur les dernières paroles d'Hannibal qui firent battre le cœur de Will un peu plus vite. Ses lèvres restèrent soudées, maintenant incapable d'articuler le moindre mot.


Will et Hannibal marchaient désormais le long de la route enneigée. Ils auraient préféré continuer en pleine forêt mais leur lampe de poche n'était pas assez puissante pour éclairer la végétation, devenue trop dense et sombre. Le froid était mordant, mais heureusement, les vêtements du chasseur étaient épais et chauds. L'air gelé venait craqueler les lèvres de Will. Cela ne le dérangeait pas, habitué aux vagues de froids intenses durant ses parties de pêches. Hannibal l'était aussi, grâce à son statut de lituanien.

- Le froid ne semble pas t'atteindre, Hannibal ? Cela te rappelle la Lituanie ?

- Ce n'est pas un problème pour moi, répondit-il froidement en se braquant. En Lituanie, il peut faire jusqu'à -30 degrés, l'air est glacial et il peut neiger pendant près de quatre mois.

- Parfois…

Will sembla hésiter à formuler sa question.

- Est-ce que la Lituanie te manque ?

Un air sombre se dessina sur le visage d'Hannibal. Ses yeux s'éteignirent, dévoilant des pupilles d'un rouge flamboyant comme ceux d'un prédateur. Will regretta instantanément son interrogation. Dans les yeux havane du psychiatre ressurgirent les mauvais souvenirs. Mischa, Chiyoh…

Soudain, une lumière éclaira la route derrière eux et ramena Hannibal à la réalité. Will voulut se précipiter vers la forêt mais le Dr Lecter lui agrippa l'avant-bras.

- Ne bouge pas Will. Cela paraitrait suspect. Continue d'avancer. Calmement. Baisse la tête.

En voyant l'énorme 4x4 passer à leur niveau, les deux fugitifs se sentirent momentanément sauvés. Malheureusement, les feux rouges arrière du véhicule s'allumèrent et la voiture se stoppa, plusieurs mètres plus loin. Il commença à reculer. Les deux hommes s'arrêtèrent, tendus.

- Merde ! Qu'est-ce qu'on fait Hannibal ?

- Agis normalement Will. La panique alerte les gens, chuchota-t-il doucement en agrippant l'épaule du brun dans un geste de réconfort.

La voiture se gara près d'eux, laissant les phares illuminé la route enneigée. La vitre teintée se baissa et laissa apparaitre une jeune femme brune avec deux couettes hautes. Le conducteur était un homme d'origine chinoise. L'air accueillant, la passagère sourit à pleines dents. Elle devait avoir dix-sept ans tout au plus. Son petit-ami était à peine plus âgé qu'elle.

- Hey salut ! s'écria l'inconnue, joviale, mâchant un chewing-gum. On s'est permis de s'arrêter, vous faites du stop ? On connait ça, Tommy et moi. Et c'est sacrément galère.

- Carla à raison. Vous voulez monter ? Vous allez où ? On peut vous déposer si c'est sur notre chemin. C'est dangereux de marcher la nuit. On a failli ne pas vous voir.

Will prit les devants :

- Non, c'est bon. Merci, ça va aller.

- Sérieusement ? s'écria le jeune homme. Il caille ici ! Vous allez mourir de froid !

Le moteur ronronnait toujours, et brusquement le regard de Carla changea. Elle observa Hannibal et Will d'un air méfiant et apeuré qu'elle essayait de cacher – en vain. Elle les fixa puis se tourna vers Tommy, faisant des va-et-vient entre son compagnon et les deux hommes. Elle avait arrêté de mâcher énergiquement, et déglutissait. Lorsque son visage devint livide, Will comprit. Il jura, les dents serrées, et agrippa son revolver au fond de sa poche, sans le sortir. Il voulait laisser une dernière chance aux jeunes gens de partir.

Tommy n'avait toujours rien compris et poursuivait aussi détendu qu'auparavant.

- Qu'est-ce que vous faites ici, en pleine nuit alors ? Vous êtes venu vous bécoter dans la neige ? ricana-t-il en cherchant un soutien dans les yeux de sa petite amie.

Carla ne réagit pas à la blague. Elle ne répondit pas et posa sa main sur le bras de Tommy. Elle y exerça une pression pour que son ami comprenne. Sa lèvre inférieure était tremblante.

- C'est bon. Les messieurs ont dit non. On ne va pas les déranger plus longtemps. Démarre.

Sa politesse soudaine confirma les doutes de Will. Devant l'air perdu du jeune homme, Carla hurla :

- Démarre cette putain de voiture Tommy !

Will sortit son arme et braqua le couple tandis qu'Hannibal eu un sourire en coin, quelque peu amusé. Automatiquement, Carla leva les mains en l'air. Son ami était désormais angoissé et complètement surpris par rapport à la tournure que la situation avait prise. Il se demanda s'il devait garder les mains sur le volant pour s'enfuir ou jouer la carte de la sécurité en faisant comme sa copine.

- Ne nous faites pas de mal… bredouilla la jeune femme, les joues débordantes de larmes. Je sais qui vous êtes, j'ai vu vos avis de recherches à la télé mais je vous jure… Je ne dirais rien, et Tommy aussi. On est honnêtes. On voulait vous prendre en stop, c'est pour dire. On ne dira rien, j'vous le jure !

Elle hoqueta bruyamment en pleurant. Son corps frêle tremblait tandis que son nez débordait de morve à peine contenue.

- S'il vous plait…

Devant ce visage d'enfant naïf, Will ne put que baisser son arme. Il ne pouvait pas les tuer. Il en était incapable – même s'il mettait en danger sa propre sécurité et celle d'Hannibal. Carla ne méritait pas ce sort… Tommy voyant une aubaine de s'enfuir, allait abattre son pied sur la pédale de l'accélérateur.

Brusquement, Hannibal lui lança un couteau en plein dans le crâne.