Chapitre trois

merci encore pour tous vos commentaires, je vais tâcher d'y répondre de façon plus régulière dès à présent haha, si vous avez des questions ou des propositions je suis disponible en MP

Bonne lecture!


Laink est avachi sur sa chaise de bureau. Il ne sait pas vraiment quoi penser de la situation, même s'il comprend que les choses ne pourront plus se régler d'elles mêmes. Un baiser, passe encore, l'alcool aurait suffi comme excuse, mais ça…

Il grogne, se gratte la joue. Sa barbe commence vraiment à faire n'importe quoi, il faudra penser à tailler demain matin. Il s'en veut. D'avoir cédé à cette pulsion, à cette demande qui n'avait rien de logique ni de sobre. Evidemment, il avait été tout aussi éméché que son ami, mais le résultat le brûle.

« PUTAIN ! »

Le châtain sait que Terracid n'est pas dupe. Il doit lui parler, désamorcer cette situation de merde avant que leur amitié ne dégringole encore d'un échelon. Même si, évidemment, lui aussi veut garder un silence de glace. Comment s'avouer que tout cela lui à plu ? Qu'il s'était juré de ne pas recommencer, de ne plus imaginer une telle chose ? Terra est son ami, et bien plus que cela. Faire tout voler en éclat pour une partie de jambe en l'air était une sale connerie. Tout en s'engueulant métodiquement, il repense au sourire carnassier de Terra. A ses mains chaudes, à sa…

Laink : Faut qu'on se voit

Terracid : Non.

La main de Laink se crispe sur la souris, faisant grincer les jointures du plastique.

Laink : Faut qu'on se parle alors

Terracid : Laisse moi, je bosse.

Une sueur froide lui parcourt la colonne. Bordel de… Non. Se calmer. Il sait, au fond, que Terra a…Raison de raisonner comme ça. Vraiment ? Si Laink se sent blessé, ce n'est que parce que son ami refuse de lui parler. Pas seulement. De toute façon, il doit se concentrer la dessus. Comment faire disparaître les preuves, et les emmerdes avec. Il ne doit surtout pas se questionner, à quoi cela servirait-il, à part lui faire du mal ? C'était une simple nuit de beuverie, un dérapage, une erreur, et non pas une réponse à un fantasme caché en lui. Ce n'est pas, après tout, comme s'il avait désiré un homme, non ? Laink se mord férocement la langue, les lèvres, pour se forcer à penser à autre chose. Si Terra savait, ce serait terminé. La fin de Wankil, la fin du délire. Il se refuse à accepter cette possibilité.

Laink : Très bien, mec. Fais ton connard.

Terracid : Je ne fais pas mon connard. Y'a rien à dire, okai ?

Laink : Tu fais encore ton connard. Faut régler ça, c'était qu'un truc de merde, c'est tout.

Terra ne répond pas. Trop gros à avaler pour lui ? Possible. La distance à du bon, Laink le sait pertinemment. Cela calme les esprits et endort la mémoire, mais la sensation d'une épée de Damoclès au dessus de sa tête le rend comme fou. Il n'arrive pas à cerner l'attitude de Terra. Pourquoi a-t-il demandé ça ? Pourquoi a-il-il franchi un cap qui n'a pourtant tellement rien à voir avec… Ses pensées se dérèglent, s'envolent. Terra n'était pas vraiment un aventurier, contrairement à lui. Y'a t-il plus à savoir ? Comment le savoir ?

Terracid : Ma copine rentre dans deux semaines, finalement. J'invite les mecs à l'appart.

Aller à Tours ? Est-il seulement invité ? Amer, il repousse son téléphone. Même Pokemon Go ne le déridera pas ce soir. Pourquoi l'envoyer se faire foutre pour ensuite parler de ça, la logique lui échappe une fois encore. Et quel intérêt de se retrouver avec les autres ? La soirée serait bonne, comme toujours, pas de doute là-dessus, mais impossible de parler sérieusement avec Hugo dans les parages. Peut être était-ce la solution. Ne pas parler. En faire un non-dit, un tabou, jusqu'à la fin. Jusqu'à ce qu'un des deux craque. Sa copine. Ah oui, ce détail un tantinet embarrassant. Laink n'a rien contre elle, il la trouve même plutôt sympa. Un brin casse-couilles, comme tout le monde peut l'être, un brin castratrice, comme n'importe qui le serait avec un canard comme Terracid, mais…

Sa copine. Laink écarquille ses prunelles sombres, renifle bruyamment. Evidemment que Terra est furieux. Il a trompé sa copine avec un mec. Impossible d'être serein dans ce cas là. Et Laink, avec son célibat aussi nouveau qu'étrange, devait rester aux prises avec lui-même. Tant mieux, tant pis. L'écran clignote gentiment :

Terracid : Viens. On tire un trait, et basta. Maintenant laisse-moi finir mon montage tête de bite.

Voilà, très bien. Laink sourit, tout le monde avait droit à une seconde chance. Il avait eu tors de croire que leur amitié risquait quoi que ce soit.

"..."

Terracid court. Il essaie de se remettre à la course progressivement, mais ses poumons gorgés de nicotine peinent à tenir la distance. Il s'arrête, à bout de souffle, regarde sa montre.

« Quoi ? Douze minutes ? C'est quoi cette merde ? »

La montre ne ment pas. Vaguement frustré, il poursuit son chemin en marchant, soufflant pesamment alors qu'il remonte le long de sa rue. Tout est prêt pour accueillir le trio infernal, c'est un week-end de folie qui s'annonce, pourtant il y a quelque chose, un petit pincement, une petite frayeur, qui reste bien installée en lui. Rentrer, prendre une douche, réaliser que son téléphone a vibré quatre fois pendant qu'il se lavait les cheveux.

« Ouvre-nous, connard ! »

Hugo et sa charmante voix fluette. Terra enfile un caleçon à la va-vite, toujours trempé, et ouvre la porte d'un mouvement sec. Comme d'habitude, Laink est venu avec sa maison, et tangue sous le poids de son sac, alors que les deux autres se contentent d'un petit sac à dos.

« Laink, t'es là pour deux jours, tu sais ?

-J'aime bien prévoir, c'est tout.

-T'as pris combien de boxer ?

-Ta gueule. »

Guzz et Hugo fouillent dans son sac, parsemant le sol de fringues alors que le châtain beugle en repliant tout aussitôt. Terra aligne les bières le long de son bureau, faisant de la place sur sa table basse en sifflotant.

« Six ? Six ?

-On sait jamais !

-T'as peur de quoi, de te chier dessus ? »

Laink les bombarde de sous vêtements, son air furieux contrastant avec le grand sourire qu'il arbore, et suspend son bras à l'entente du sifflement caractéristique de la bière que l'on ouvre. Terra s'enfonce dans son canapé, signalant qu'il a fait le ménage et qu'ils n'ont pas intérêt à péter quoi que ce soit cette fois-ci. Le regard de Laink glisse sur son torse, revient rapidement sur la bière dont il s'empare avidement. Personne n'a remarqué. Personne n'a compris. Terra se sent soudainement mal à l'aise, il se lève pour aller s'habiller, mais se retient : putain, il est encore chez lui, non ? Il n'a pas à changer quoi que ce soit, et puis de toutes façons, comment interpréter ce regard ? Connaissant Laink et son corps de lâche, ce n'était certainement qu'une simple comparaison. Voilà.

Terra se souvenait parfaitement du regard qu'il lui avait porté quand il avait posé ses mains sur sa taille. Un regard qui voulait dire plusieurs choses, aussi bien « je sais que tu es plus fort que moi » que « ce n'est pas pour ça que tu domineras. » Il avait aimé essayer, pourtant. Sentir que sa force physique lui permettait une supériorité qui ne le faisait pas flancher. Ses yeux noirs restaient braqués dans les siens, soutenant son regard jusqu'au bout. « Tu peux m'empêcher de bouger », disait ce regard, « mais je sais comment tu marches. Je sais comment tu fonctionnes. » Il avait su où appuyer, où toucher, là où Terra s'était senti quelque peu gauche, malhabile.

« Hugo appelle la Terra, Hugo appelle la Terra, Terra, file-moi une autre bière… »

Le grand brun lui fait un signe vague vers le frigo, et ricane en voyant Hugo ramper au sol façon mission commando.

« Qui en veut une autre ?

-Moi.

-Moi.

-Moi. »

Terra rote de la façon la plus élégante qui soit, s'attirant une grimace de la part de son binôme qui secoue la tête. On sort la Gamecube et une bonne vieille partie de Mario Kart démarre. C'est à celui qui poussera Laink à bout le plus rapidement tout en restant premier, à celui qui enverra promener le plus de joueurs hors de la piste, à celui qui braillera le plus fort en passant la ligne d'arrivée. Le petit appartement de Tours s'emplit rapidement de vie et de fumée.

Bière. Cigarette. Whisky-coca, bière. Cigarette, cigarette, musique.

Verre de blanc, bière. Pokémon Go. Sandwich, bière.

Frites, biscuits secs, bière. Cigarette.

Il est près de trois heures du matin. Hugo dort sur le canapé, son grand corps mince plié de façon ridicule pour tenir sur les coussins, Guzz pianote tranquillement sur le clavier de l'ordinateur, parcourant les réseaux sociaux sans vraiment y accorder d'importance. Dehors il fait bon, mais un petit vent permet de chasser les odeurs de gras et de tabac qui imprègnent déjà les rideaux. Terra met des chaussettes dépareillées, sourcils froncés :

« J'ai plus de clope. Je reviens.

-C'est ça, siffle Laink allongé à même le sol, va dépenser l'argent des abonnés, t'as vraiment pas de cœur, Terra.

-Je te ramène une sucette si tu veux.

-Tu m'achèteras pas comme ça, enflure ! D'ailleurs, ça m'étonnerait que tu trouves un truc d'ouvert dans cette ville de m…

-Y'a une épicerie pas loin. Je connais le coin. »

Il chausse une vieille paire de basket qui lui fait aussi parfois office de chaussons, va pour prendre ses clefs, se stabilise. Laink regarde par la fenêtre, une boucle remuant paresseusement sur son front. Terra veut attraper cette boucle.

« Tu m'accompagnes ?

-Pourquoi ?

-Parce que tu branles jamais rien. Je te rappelle que j'ai jamais eu de musique pour le montage, j'ai dû tout faire tout seul. »

Laink prend son air outré : lèvres pincées, yeux au ciel, il se hisse néanmoins jusqu'à la table en imitant grossièrement son ami qui découvre ses dents aiguisées.

« Mais fermez vos gueules », lâche Hugo dans un souffle en se tournant pour leur présenter son dos. Ricanant comme des hyènes, Terra et Laink se glissent dehors, accueillant avec plaisir un peu d'air pur. Ils marchent d'un bon pas dans les rues de la ville, sans croiser qui que ce soit. Un silence s'installe, agréable, seulement brisé par le bruit des chaussures délassées du brun qui raclent régulièrement les pavés.

« C'est vraiment une ville de merde, t'as personne dans les rues.

-On est pas dans le quartier central là, et puis oh, tu préfèrerais être à Paris où un mec t'accoste tous les deux pas ?

-Les gens ne font pas ça, Terra, c'est un mythe pour impressionner les paysans comme toi. »

Laink fait un pas de côté, évite la poigne de son ami qui veut se venger, et se met à trotter en riant. L'autre le rattrape, lui saisit le poignet et le retourne. Il sourit aussi, mais Laink sent ses poils se hérisser. Il a ce regard, ce regard étrange, entre chien et loup, qu'il n'arrive pas à interpréter. Terra lui tord le bras, le forçant à tomber à genoux, mais l'autre lui frappe instinctivement sur le côté de la rotule : le brun lâche prise en poussant un cri de surprise, se massant en affichant une grimace de douleur :

« T'es tellement vicieux, c'est dingue !

-Vicieux ? Tu m'as foutu à terre, je te rappelle !

-Avec toi c'est trop facile.

-Ah ouais, t'es sûr ? »

Terra se revoit allongé sur le dos, la bouche de Laink au niveau de son aine. Il se souvient s'être abandonné, sans même songer à vouloir reprendre le contrôle. L'autre avait eu la main mise sur lui, c'était vrai. Sans un mot, il hausse les épaules, le regard soudainement vague, et s'engouffre dans l'épicerie. Laink se mordille la lèvre, songeur, avant de le suivre.

"..."

Terra ressort avec trois paquets de cigarettes, Laink avec un pack de bière qu'il balance négligemment au bout de son bras. Ils discutent du bout des lèvres, Terra combattant activement des souvenirs tenaces, Laink vexé de l'attitude si bipolaire de son ami. Clope au bec, le brun marche vite.

« Mec, arrête de tracer comme ça on est pas pressé. Tu fumes trop pour aller aussi vite.

-Je ne marche pas vite, c'est juste que t'as des jambes de nain. »

Laink se rembrunit. Venant de sa part, c'était un coup bas. C'était facile, pas drôle, et usé jusqu'à la corde. Terracid fait mine de ne pas comprendre, ralentissant néanmoins sa cadence avant de demander une bière. On la lui donne sans un mot, et il fait voler la capsule avec l'aide de son briquet. Le vent s'est levé, et Laink étouffe un frisson avant de se plaindre machinalement de la température. Le grand s'arrête brutalement, manquant de se recevoir Laink dans le dos, et tourne la tête :

« Putain mais tu fais vraiment que de te plaindre, toi, t'es casse-couille.

-ah ouais ? »

Laink serre les bières contre son torse. Il a l'air d'un gamin contrarié, ne sachant pas vraiment sur quel pied danser. Finalement, et comme toujours, il fonce tête baissé :

« Je suis peut-être casse-couille, mais au moins je suis pas un sale égoïste qui ne fait gaffe à rien. »

Terra ouvre la bouche, la referme. Il n'avait pas vraiment accusé le châtain, c'était plus une réplique qu'autre chose, mais il sentait que de la part de Laink c'était une attaque. Une certaine vérité. Se retournant en douceur, il lui demande ce qu'il entend par là, et la bouche de Laink se fend en un rictus, les doigts toujours crispés sur l'emballage en carton :

« Ah, bah je sais pas moi, tu fuis tout le temps, tu t'arranges toujours pour t'en sortir en te foutant du reste, tu dis de la merde à longueur de journée sans jamais te poser de question.

-Je fuis que dalle. T'es lourd à ramener cette histoire sur le tapis ».

Après tout, c'est lui qui a raison. Ce truc était rayé de la carte, on en parlait plus, et tout était bien comme ça. Terra ne comprend pas l'insistance de l'autre, quel intérêt de ressasser quelque chose qui les met tous les deux mal à l'aise ? Il s'apprête à reprendre son chemin, mais la réplique cinglante de l'autre le glace :

« Tu fuis, Terracid. Pourquoi ta copine est pas revenue de vacances, hein ? Pourquoi elle est partie une semaine de plus ? Moi je sais pourquoi, mon gars, parce que t'as peur de la regarder droit dans les yeux, t'as peur de…

-TA GUEULE ! »

En trois pas, Terracid est près de lui, le prend par le col de son tee-shirt et le secoue comme un prunier. Les bières tombent au sol, l'une d'elle s'ouvre, éclaboussant de mousse les chaussures de Laink qui n'essaie pas de défaire la poigne de son ami. Il n'en serait pas forcément capable, et ce n'était de toutes façons pas son intention. Le menton relevé, dents à découvert, il attend. Terra se fige, un poing ramené derrière son épaule, le trapèze droit saillant.

« Tu vas me frapper, Terra ? Bah fais-le, fais-toi plaisir mon grand, soulage ta conscience. »

Les yeux bleutés vacillent, dévient. L'autre soutient toujours son regard, se grandissant malgré lui par pure habitude. Durant une seconde, il sent que le poing va venir s'écraser contre sa pommette, lui faisant claquer les mâchoires et lui donnant un vilain tournis, mais la main se desserre doucement, tout doucement, sans pour autant lâcher totalement sa prise.

« Pourquoi tu me pousses à bout ?

-Pour te faire réagir au moins une fois dans ta vie. Ca fait un bail que je te connais, tu te souviens ? Tu me dis que tout est réglé, que tu oublies, et qu'on s'en fout, alors pourquoi… Pourquoi t'es aussi…Bizarre ? »

Laink pose sa main sur la sienne pour l'ôter, mais Terracid se recule comme s'il s'était brûlé. Le châtain soupire.

« Tu ne me supportes plus, c'est ça ?

-Non, non c'est pas ça.

-C'EST QUOI ALORS ? »

Laink hurle, hurle que c'est toujours à lui de régler les problèmes de l'autre, qu'il essaie de comprendre, de lui laisser prendre son temps, qu'il essaie de ne pas le traiter de connard. Lui aussi veut oublier. Au dessus d'eux, une fenêtre s'ouvre, quelqu'un leur beugle de se tirer avant qu'il n'appelle la police, puis la fenêtre se referme. Terracid regarde en l'air, absent.

« J'en sais rien. T'es…Tellement sûr de toi. Moi…Je me pose des questions.

-Sur quoi ?

-Sur toi. T'as déjà baisé avec un mec, hein ? »

Laink pâlit.

« Je ne suis pas gay, si c'est ce qui te fait peur.

-Réponds moi. Tu l'as déjà fait ? »

Le châtain recule, fait demi-tour d'un pas décidé en enfouissant ses mains dans ses poches. Ses chaussures trempées de bière glissent sur le sol de façon désagréable, mais il accélère le pas, son cœur battant douloureusement dans son torse. Il ne veut pas réfléchir à ces questions là. A chacun sa fuite, ses inquiétudes. Qu'est ce que ça change, hein ? Rien du tout. Terracid le retourne brutalement, ses grands yeux bleus écarquillés, et le maintient en face de lui, ses doigts s'imprimant douloureusement sur les avant bras de Laink qui est passé du blanc au rouge vif. Il a peur, et il le sait. Il connaît la vérité, et les conséquences qu'elle va entraîner, c'est sans retour en arrière. Tout cela aurait-il pu être évité ? Il n'aurait pas du piquer le brun au vif en lui parlant de sa copine, mais c'était si tentant, si…Vengeur ? Laink frissonne, il se venge de Terra, il veut le voir aux prises avec sa conscience comme lui l'est actuellement.

« Assume, Laink. Toi aussi tu fuis.

-C'est personnel, c'est ma vie !

-Et c'est à moi de décider si j'avoue à ma copine que j'ai… »

La voix de Terra meurt. Il gonfle les joues, hésite, reprend du courage. Ses mains pressent plus fort encore Laink qui ne retient pas sa grimace de douleur. L'autre à l'air d'un fou.

« Que j'ai couché avec mon meilleur pote. »

Il le lâche. Se recule de quelques pas, puis retourne chercher les bières intactes. Ses yeux, fixes, ne suivent que machinalement le mouvement de son corps. Les mots flottent dans sa tête, sans attache, sans importance. Il ne l'avouera certainement jamais, mais il a besoin de faire le point avec lui-même.

« T'es content ? Je l'ai dit.

-J'ai…Déjà couché avec un mec avant. Deux, pour être exacte. »

Laink a perdu son air fier. Il s'adosse au mur, les bras le long du corps avant d'enfoncer ses mains dans ses poches pour les empêcher de trembler. Le regard volontairement planté dans le sol, il attend, comme on attend une sentence. Il pressent l'orage mais ne veut pas l'affronter de face. Toutefois, il sent en lui comme s'effondrer un grand poids, et le soulagement vient contrebalancer la peur. Il sourit, avec une certaine tristesse, tirant ses cheveux en arrière.

« Je savais que j'aurai du t'en parler, même si c'est ma vie. Mais … C'est con, hein, mais avec tous les trucs qu'on fait et qu'on dit pendant les vidéos, nos blagues de merde… Et bah j'avais peur. Que… Je ne sais pas, que tu m'envoies me faire voir.

-On se connaît depuis tellement d'année…T'as jamais pu trouver un moment pour me dire ça ?

-TU CROIS QUE C'EST SIMPLE ? »

Les traits tirés, Laink hurle qu'il ne sait pas vraiment ce qu'il ressent, quels sont ses désirs, qu'il en a honte et qu'il ne pouvait même pas venir lui en parler sans craindre d'être rejeté. Il n'avait aucune assurance de rien. Terra le regarde, sans la moindre réaction. Les yeux toujours vides, il s'allume une cigarette, alors que l'autre sent ses muscles se nouer les uns après les autres. Allez. Réagis. Réagis, putain de merde. Pourquoi le laisser dans une attente si inconfortable, alors qu'il ne faut que quelques mots pour lui faire comprendre qu'il doit dégager ? Il sait que tout est terminé. Terracid s'approche, il se plante devant lui, cachant la lumière du réverbère.

« J'ai l'impression que finalement, je ne connais pas grand chose sur toi. »

Il souffle la fumée sur le côté, ses lèvres charnues guidant le flux blanchâtre vers le ciel alors que ses yeux se ciblent dans ceux de Laink.

« Mais…Je crois que j'ai cherché à faire taire quelque chose qui est une véritable curiosité. J'ai tout mis sur le compte de l'alcool. Ou…Sur le fait que c'était de toi que venait le problème. »

Terra gratte nerveusement sa barbe naissante, se mordant la langue. Il lui dit qu'il sait que c'est une échappatoire bien trop facile, et qu'il ne peut plus maintenant se cacher derrière de fausses excuses. Laink l'observe, abasourdit. Terracid a les sourcils froncés, et est visiblement en train d'ouvrir ses pensées sans en avoir parfaitement le contrôle.

« Ça me fait chier, tu sais ?

-De quoi ? »

Terracid lève la tête. Il a l'air plus serein, mais la façon dont il scrute Laink est difficile à interpréter.

« Ça…Me fait vraiment chier. »

Terracid jette son mégot au sol, passe une main sur la gorge du châtain et se penche vers lui. Laink, tétanisé, a le regard qui saute des yeux de Terra à ses lèvres pleines, mettant soudainement de côté toutes ses questions et ses craintes. Il ferme les yeux, et son torse épouse le sien alors qu'un baiser s'amorce. Très vite, le dos de Laink heurte le mur, il se hausse sur la pointe des pieds, ses mains agrippées dans les cheveux du brun, alors que Terra enserre sa taille avec chaleur. Baiser silencieux, coupable, coupé de la lumière. Ils se séparent essoufflés, Terra posant sa tête sur celle de Laink pour en apprécier le confort. Le châtain pose ses mains à plat sur le torse de l'autre, glissant doucement vers un ventre un tantinet arrondi par la bière. Ils ne disent rien. De temps en temps, leurs lèvres se retrouvent pour quelques caresses, mais le bruit d'une porte qui claque dans une autre rue les sépare immédiatement.

« Bon…Je…

-Les bières. Faut rentrer.

-Ouais. Ouais… »

Durant le trajet de retour, Laink se plaint de ses chaussures « dégueulasses et collantes ». Evidemment, il n'a pas pris d'autre paire. Terra l'écoute gronder en souriant. Si la situation s'était encore envenimée, cela ne se serait peut être plus jamais produit. Ça lui aurait foutrement manqué. Ç'aurait été con.


Un chapitre un peu plus court que le précédent, j'espère qu'il vous a plu :)

Review?