« Sexy World – Norma Gladys – 1962 »

Rachel-Quinn-Santana-Britanny-Mercedes-Tina-Lauren et Blaine

Rachel se leva, alla au tableau, y gribouilla un mot puis, tout sourire, se tourna vers l'assemblée.

- Mes amies Glee Clubbers, nous avons une mission ! Annonça t-elle toute excitée.

- Une mission ? Comme dans G-Force (1) ? Je ne suis pas sûre d'être prête à entrer dans une balle en plastique, répondit Britanny, l'air inquiet.

Rachel (comme les autres membres féminins du Glee Club présents dans la salle de chant) ignorèrent la jeune fille. Plus par habitude (ses réparties étaient toujours complètement décalées mais incroyablement innocentes) que par méchanceté ou indifférence. Ils étaient un groupe, formaient une unité qui se nourrissait aussi de la présence de Britanny. Ils étaient destinés à ne jamais se rencontrer, à ne jamais rien former ensemble : les pompom girls, la reine de beauté, le petit délinquant, le capitaine de l'équipe de foot, le paraplégique … et pourtant, ils étaient ici, unis. Rachel éprouvait une incroyable fierté lorsqu'elle pensait à New Directions (et non, pas seulement parce qu'elle était leur meilleure soliste).

- Et je suppose que cette fois, je devrais remercier la fabuleuse Rachel Berry d'avoir daigné me convier à cette réunion ? Lâcha Santana sur le ton tranchant qui la caractérisait.

- Et pourquoi est-ce que tu as écris « Kurt » sur le tableau ? Demanda Mercedes. Il ne lui est rien arrivé à Dalton au moins ! Oh, je le savais, il lui est arrivé quelque chose … nous n'aurions pas du le laisser partir et-

Rachel l'interrompit.

- Non, non, non, il va bien, justement. C'est notre mission.

Six paires d'yeux la fixaient. Six paires d'yeux qui manifestement se demandaient ce qui lui était encore passé par la tête. Elle soupira. Pourquoi fallait-il que le monde autour d'elle soit si lent à comprendre les choses les plus simples !

- Kurt est …il est stupide, lâcha t-elle soudain.

Avant que Mercedes ne se lève pour lui arracher les yeux, Rachel précisa.

- Je veux dire, il est idiot comme seule … euh, les femmes peuvent l'être lorsqu'elles sont amoureuses.

Bras croisés sur la poitrine, Quinn lui répondit sèchement.

- Et encore une admirable affirmation complètement machiste. Félicitation Rachel, Catharine MacKinonn (2) n'a qu'à bien se tenir.

Rachel soupira.

- Il est amoureux de Blaine mais cet idiot est comme un … comme un gamin ! Il ne se rend pas compte qu'il est adorable. Et sexy.

- Super sexy, ajouta Tina.

Tout le monde se tourna vers elle.

- Euh, oui, il est vraiment canon. Vous n'avez jamais remarqué lorsqu'il porte juste une chemise et qu'il déboutonne un peu le col ?

- Ouais, ses chemises sont toujours boutonnées jusqu'en haut et il a un gilet ou un pull par-dessus, pire qu'une ceinture de chasteté, j'te jure, mais quand il dévoile un peu de chair … MAMAMIA ! Gémit Lauren sur un ton presque rêveur.

Cette fois, les six paires d'yeux étaient tous écarquillés, surpris par la réaction de la championne de lutte gréco-romaine (et petite amie de Puckermann qui en était complètement raide dingue fou. Un exploit quant on savait que Noah alignait les filles comme d'autres alignent des victoires sportives. Il fallait être l'anti-thèse de la blonde effarouchée et rêveuse pour faire cet effet au Puckausorus !).

- Bah, quoi, s'énerva Lauren. Moi aussi j'aime bien les belles choses et …et Kurt est une belle chose.

- Vous voyez c'est exactement ce que je disais ! S'exclama Rachel (ravie que quelqu'un comprenne enfin où elle venait en venir).

- Non, ce n'est pas du tout la même chose, répondit froidement Mercedes, toi tu dis qu'il est idiot !

- Mais sexy, rajouta Rachel. Et c'est justement là, le cœur de notre mission. Nous allons faire de notre « idiot sexy », un sexy qui rendra idiot les autres … enfin, au moins Blaine. Nous allons le rendre irrésistible ! Alors, vous êtes avec moi ?

Une main se leva.

- Oui Britanny.

- Si on le rend irrésistible, je vais encore être attirée par lui et franchement, je ne crois pas qu'Artie apprécie. Ou bien … Artie pourrait le trouver irrésistible, et là, c'est moi qui ne vais pas apprécier.

- Oh, et bien, je crois que … bredouilla Rachel. Je crois que la solution c'est de le rendre juste « Blaine irrésistible ». Un peu comme … (elle suppliait les autres filles de l'aider des yeux mais ces dernières lui souriaient genre « débrouilles toi ma belle ! Tu as creusé le trou dans lequel tu es tombée, à toi d'en sortir toute seule ». Ah, on lui en reparlerait de la belle unité de ND ! Et dire, qu'elle faisait ça pour eux. Quelle belle bande d'ingrats. Mais ça lui ferait une belle chanson. Les terribles choses qu'on lui infligeaient donnaient toujours des chansons géniales) … comme un imperméable ! Nous allons rendre Kurt imperméable aux autres hommes que Blaine, ok.

Britanny arborait un large sourire.

- Fantastique ! Répondit-elle.

- Oui, absolument génial, grinça Santana, rendre un gay encore plus gay. L'idée du siècle, vraiment. Le Nobel est pour toi Rachel.

- Nous n'allons pas le rendre « plus » gay. Juste … un peu moins inaccessible. Et je ne vois qu'un seul dieu capable d'accomplir ce miracle. Le grand et magnifique dieu Shopping. Et son temple est situé à moins de 20 km du lycée.

Le brouhaha occasionné par cette annonce (un chouïa théâtrale, Rachel en convenait) fut couvert par la petite voix fluttée (et pour le moins confuse) de Britanny.

- Je croyais que Kurt ne croyait pas en Dieu ?


Kurt avait immédiatement répondu au texto de Mercedes. Un peu de shopping lui ferait le plus grand bien. Il était encore sous le choc d'avoir perdu les Régionales : il avait gagné un petit ami mais perdu une chance d'être célèbre … bon, ok, rien à faire des Régionales.

IL AVAIT UN PETIT AMI !

Qui l'embrassait dès qu'il pouvait (Blaine appliquait à ses baisers la même règle qu'à ses solos : « n'importe où, n'importe quand ! ». Bien entendu, Kurt ne lui en voulait pas le moins du monde, pas du tout, du tout).

Il était heureux que Mercedes le contacte parce que depuis qu'il avait rencontré Blaine, leurs relations avaient changé. Ils étaient moins proches, moins complices. Non, il fallait qu'il se l'avoue : ce n'était pas la faute de Mercedes, ou de sa relation avec Blaine. C'était sa faute à lui. Monsieur Schuester avait raison. Cette année, il avait fait le vide autour de lui, plus ou moins consciemment. Le harcèlement à McKinley avait escaladé et il s'était accroché à l'idée qu'il pouvait s'en sortir seul. Qu'il devait s'en sortir seul.

- Hey, beauté fatale …

Il sursauta et porta la main à sa poitrine.

- Mercedes ! Qu'est-ce qui te prend ! J'ai cru que j'allais faire un - aaaaaah !

Kurt fut assailli par une horde de Furies (oui, celles de la mythologie romaine, rien que ça !). Il fut bientôt obligé de se rendre. Bras le long du corps, respirant à peine, il subit l'attaque en règle des membres de ND (c'était peut-être le rêve de quatre-vingt-dix-neuf pour cent des mâles d'être étouffés à mort par de jeunes adolescentes pubères mais pour lui c'était plutôt un cauchemar !).

- Quelque chose me dit que vous avez, une fois encore sécher les cours de Mlle Lewis, parce que la dernière fois que j'ai vérifié, le mot shopping signifiaient faire des courses pas commettre un homicide !

- Awwwwwwwwwwwwwwwwww, Kurt, ton adorable sens de l'humour nous manque tant, le taquina Mercedes (qui avait commis le crime des crimes : passer la main dans ses cheveux ! Ses cheveux … Sacrilège !).

- Nous avons une surprise pour toi, annonça Rachel, un air malicieux sur le visage.

Oho. Malice + Rachel Berry. DANGER !

- Euh, j'ai juste peur de demander …

Rachel se mit à agiter une liasse de billets devant lui.

- Là, j'ai vraiment, vraiment peur de demander …

- Nous nous sommes cotisées, toutes les sept et VOILA !

- Voilà, quoi ?

Rachel leva les yeux au ciel.

- C'est pour toi. Je sais que ce soir tu as un rendez-vous spécial et –

- Je vais tuer Finn, maugréa Kurt. Comme si ce désastreux dîner chez tes pères n'avait pas suffit, voilà que maintenant il raconte à tout le monde ma vie privée. Mort, il est mort. Théoriquement mort mais ce sera encore plus douloureux. Je vais laisser traîner malencontreusement son ordinateur portable allumé à la dernière page Internet qu'il a ouverte, le genre sur laquelle on circule après minuit quand tout est calme dans la maison, et le laisser sur le bureau de Carole. Mort, mort, mort.

Rachel et Mercedes échangèrent un regard entendu.

- Kurt, commença Mercedes, je sais que … je sais que je n'ai pas été là pour toi quand ça comptait cette année. Je … ce qui s'est passé avec ton père … le fait que tu aies dit que tu ne croyais pas en Dieu … je crois que j'ai eu un peu de mal à l'accepter. Et puis, oui, je suis un peu jalouse de ta relation avec Blaine mais … mais je t'aime vraiment ! Nous t'aimons vraiment et … nous voulons faire quelque chose pour toi aujourd'hui. Alors dis oui, s'il te plaît.

- Kuuuuuuuuuuuuuuuurt, dis oui, dis oui, dis oui ! Supplia Rachel.

- Vous commencez à sérieusement me faire penser à Glenn Close dans Liaison Fatale.

Quinn passa son bras sous celui de Kurt et l'entraîna vers l'une des premières boutiques qu'ils avaient sélectionnées : Carita.

- C'est parfait, parce que cette femme avait exactement tout ce que tu vas avoir ce soir, murmura t-elle sur un ton suave.

Kurt frissonna.

- Euh, et quoi exactement ?

- De la classe et … une incroyable et animale, sensualité.


Blaine soupira. Et regarda sa montre pour la énième fois. Cela faisait plus de vingt-cinq minutes qu'il attendait Kurt chez Breadstick.

S'il y avait une qualité qui caractérisait Kurt, c'était la ponctualité.

Il composa (aussi pour la énième fois) le numéro de Kurt et tomba (toujours pour la énième fois) sur son répondeur.

Blaine commençait vraiment à se faire du souci. Et si … et si Karofski avait réussi à – Non. Non, il devait rester rationnel et calme et –

- Bonsoir dit une voix qui fit immédiatement fondre l'horrible iceberg qui avait pris place dans son cœur.

Il leva les yeux vers Kurt prêt à lui dire ce qu'il pensait de son retard …

… et sa mâchoire faillit tomber au sol.

Juste devant lui se tenait Kurt Hummel. Sauf qu'il ne ressemblait pas à son Kurt Hummel.

- Je le savais, soupira Kurt, c'était complètement stupide, ce qui marche pour les filles ne – mmmmmmmpffff.

Blaine eut du mal à rompre le baiser.

- Wouaouh, dit juste Kurt (lorsqu'il eut récupéré assez de souffle pour parler). Je vais investir dans un abonnement chez Carita. Tant pis si ça diminue de moitié mon budget shopping.

Blaine lui ne dit rien. Il était trop occupé à regarder Kurt. Non, à le dévorer des yeux. Il était tout simplement fantastique !

Il portait une chemise Marc Jacob gris clair, col déboutonné, manches relevées sur un jean noir (et pas un de ses slim qu'il affectionnait tant). Ses cheveux n'étaient pas laqués à l'extrême (Kurt ne se déplaçait pas sans deux spray de laque : un « fixation légère », pour les retouches de demi-journée et l'autre « fixation forte » pour les « petits pépins ». Blaine pensait sincèrement que Schwartzkopf devrait reverser des royalties à Kurt) mais avaient été coiffés de manière naturelle. Et l'effet était saisissant. Simple. Sobre.

- Mais que … qu'est-ce que … c'est si … comment …

Kurt haussa un sourcil.

- En même temps, si ça te mets dans cet état … Je ne veux pas que tu en perdes la faculté de parl – mmmpffff.

Cette fois le baiser dura plus longtemps.

- Et en même temps, réitéra Kurt, essouflé, je suis un grand, grand fan d'aphasie, non vraiment. Fan. Absolument fan.

- Kurt tu es extraordinaire.

Kurt rougit (Blaine était certain que même dans vingt ans, Kurt rougirait toujours aux compliments. Et il voulait être celui qui serait là pour le faire rougir).

- C'est … ce sont les filles. Elles m'ont euh, relooké, enfin, un peu. Tu imagines ça ? Relooké par Rachel Berry ! Ca aurait pu tourner au cauchemar. Il se passa la main dans les cheveux. D'ailleurs, pour les cheveux, je ne suis pas sûr que -

Blaine stoppa sa main.

- Kurt stop. Tes cheveux sont parfaits et tu vas devoir me donner le numéro de téléphone de chacune de ces demoiselles que je les félicite en personne.

Il passa sa main derrière la nuque de Kurt, l'attira à lui et l'embrassa tendrement. Il relâcha les lèvres de Kurt et posa son front contre le sien.

- Kurt, je veux que tu saches quelque chose, quelque chose d'important : quoique tu portes, quelle que soit la manière dont tu coiffes tes cheveux, je t'aime. Je t'AIME Kurt Hummel.


Kurt tenait son tee-shirt à bout de bras et examinait l'inscription.

Likes Boys.

Pas mal.

Il sourit. C'était comme un second « come out », non ? Il ne s'était pas résolu à inscrire Gay. Il trouvait cette étiquette vaguement … ok, vulgaire. Absolument anti-romantique. Et il était dans une phase complètement, totalement Hugolienne.

Etre aimé … Comme dans le poème, Kurt était enfin aimé.

J'aime, et l'on m'aime.

Cela dit, tout est dit. Pour que je sois moi-même …

Il faut que j'aie une ombre et qu'elle dise : Aimons !

Il faut que de mon âme une autre âme se double,

Et, me cherchant des yeux, murmure : Où est-il donc ? (3)

Il avait trouvé son âme. Blaine.

Et, il avait retrouvé New Directions !

Kurt était enfin « entier ». Pendant tout ce temps passé à Dalton, il n'avait pas été lui-même. Juste une ombre, un anonyme fondu dans la masse. Une négation de lui-même. Il avait été « Kurt Hummel transféré de McKinley » mais jamais « Kurt Hummel de Dalton ». Comme un fugitif, il avait été en fuite. De lui-même …

Oui, il n'était plus été en sécurité à McKinley mais il n'avait pas non plus été à l'aise à Dalton : le prix à payer pour être à l'abri de Karofski avait été trop lourd. Un terrible abandon. L'abandon de son identité.

Mais c'était fini !

Kurt avait Blaine ET il avait New Directions. Il se sentait investi d'une force qu'il n'avait jamais ressentie auparavant.

Il n'était plus seul. Peut-être qu'il ne l'avait jamais été et qu'il ne s'en était pas rendu compte. Il avait été trop absorbé par sa douleur …

Il passa le tee-shirt et s'assit devant son dressing (il avait sacrifié par mal de place dans sa chambre à la construction de ce dressing mais il en était particulièrement fier). Ok, maintenant, il lui fallait un gilet pour la mise en scène (ils devaient tous cacher leur tee-shirt pour le découvrir, de manière assez mélodramatique d'ailleurs, pendant le show). Huhuhuhu, que choisir …

Son regard fut attiré par du rouge dépassant d'un carton. Il fronça les sourcils et extirpa le vêtement de la boîte.

Il frissonna en reconnaissant le gilet.

C'était celui qu'il portait lorsque Karofski l'avait menacé juste avant le mariage de son père avec Carole et lui avait volé la petite figurine vintage de mariés. C'était celle du mariage de ses parents, il l'avait retrouvée au grenier. Karofski lui avait volé sa vie ce jour là, son présent et, d'une certaine manière, son passé. Il avait bien failli aussi le priver de son avenir. Mais grâce à Santana (et à ses extraordinaires talents de garce. Et non, utilisé envers Miss Santana Lopez, il ne s'agissait pas d'une insulte mais bien d'un compliment !) tout avait changé.

Il tint un long moment le gilet dans ses mains puis il se décida.

Ce show allait être comme une renaissance. Le moyen de conjurer le passé et ce gilet serait parfait pour marquer la fin d'une ère, la fin de la peur et de la solitude.

Vive l'avenir !

Kurt passa le gilet et referma le dressing. Il s'installa devant sa coiffeuse et prit une petite boule de gel dans sa paume. Il allait l'étaler dans ses cheveux lorsqu'il repensa à Blaine.

Et à Finn.

Aux filles.

Et à Blaine hier soir à Breadsticks.

Il fixa son reflet dans le miroir.

Sexy ?

Ils étaient tous convaincus qu'il était sexy (et l'avait parfois exprimé de manière particulièrement ridicule, si ce n'est humiliante. Kurt avait retrouvé un DVD de BrokeBake Mountain à la poubelle … et non, il ne voulait pas savoir qui, de son père ou de Finn, avait fait l'achat !).

Et donc … Sexy.

Kurt sourit à son reflet.

Oooooooh oui, ils allaient tous voir ce qu'ils allaient voir.

Kurt Hummel était de retour à McKinley.

Avec un petit ami.

Et sexy en diable.

Zi endeuh (j'ai commencé cette fic en écrivant … l'épilogue après avoir vu l'épisode « Born This way » (2x18), le reste s'est construit autour, en quelque sorte. And yes, Kurt is SEXY !)

(1) Oui, je sais, je suis incorrigible et voici donc encore Victor Hugo ! C'est juste un extrait, le poème s'intitule « Etre Aimé » (1874).

(2) Catharine MacKinnon est une célèbre féministe américaine.

(3) J'ai adoré ce film pour enfants : des cochons d'inde espions ! Comment ne pas aimer, franchement ?