Ch 3 - Worth every penny
Les jours suivants, Harvey fit de son mieux pour éviter Mike - il l'envoya sans réelle nécessité porter des documents à l'extérieur, lui donna d'énormes piles de dossiers à remplir, et le laissa même travailler seul sur un autre cas pro bono. Au début, Mike sembla excité, son visage présentant cette avide expression de chiot heureux qu'il avait toujours quand il pensait qu'Harvey était fier de lui ; mais à la fin du troisième jour que le plus âgé passa à se dérober, cependant, l'expression ravie se transforma bientôt pour laisser place à un visage abattu, et un coup d'œil sur ses traits déprimés fut presque suffisant pour donner envie à Harvey de le prendre par la main, le trainer dans la limo, et céder à contrecœur à la version masculine de la langueur – quoi que ce fut - pendant qu'ils roulaient vers la réunion avec le client du moment. Presque.
Finalement, Harvey ne put plus les supporter, et il décida qu'il n'y avait qu'une personne qui pouvait éventuellement l'aider à démêler cet embrouillamini, la seule personne de cette firme qui, il était prêt à l'admette de son plein gré, était plus intelligente que lui - Jessica. Ce qui signifiait, réalisa Harvey avec un sentiment proche de celui que l'on a en se noyant, qu'il devrait lui dire ce qu'il ressentait pour Mike. Elle n'allait jamais, jamais le laisser s'en tirer sans moquerie mais voir Mike se morfondre dans son box était suffisant pour convaincre Harvey que c'était un prix qu'il était disposé à payer.
Aussi à 20h35 précisément ce mardi soir, quand il fut sûr que le reste des employés étaient rentrés chez eux pour la nuit, Harvey Specter envahit le bureau de Jessica Pearson et posa un unique billet de 1$ sur la table.
- Là.
Jessica leva les yeux avec une expression qui chez n'importe qui d'autre aurait ressemblé à de la confusion mais que, d'une manière ou d'une autre, elle parvenait à rendre calculatrice.
- Wow, as-tu déjà perdu un autre pari avec moi ? J'ai perdu le compte ; ça arrive tellement souvent.
- Ha ha, très drôle, répliqua Harvey en roulant des yeux. C'est une avance sur vos honoraires.
- La dernière fois que j'ai vérifié, le montant que je demande pour les avances est de 500$. Pose encore 499$ sur mon bureau et nous pourrons parler.
- Je ne plaisante pas Jessica! protesta Harvey, frustré. J'ai un sérieux besoin du privilège de confidentialité entre avocat et client là maintenant.
La tension dans la voix due la convaincre que quelque chose d'important se passait, car Jessica fit lentement glisser le dollar sur la table et le plaça ostensiblement dans son portefeuille.
- Depuis le temps que nous nous connaissons, je ne t'ai jamais vu si sérieux à propos de quoi que ce soit. Que diable se passe-t-il Harvey ?
Harvey soupira et se renfonça dans le confortable fauteuil en cuir qui faisait face à son bureau – il était temps de faire face au problème.
- Je suis amoureux de Mike, dit-il gravement, sans détourner ses yeux de ceux de Jessica.
A sa vive surprise, elle éclata simplement de rire.
- Honnêtement Harvey, tu as un petit côté Neandertal parfois. Je ne sais pas si tu es au courant mais récemment, il est devenu socialement acceptable d'être amoureux des gens avec lesquels on couche.
Elle se pencha en avant pour ajouter, conspiratrice :
- Certaines personnes encouragent cette tendance, en réalité.
- Que voulez-vous dire « avec lesquels on couche » ? demanda Harvey, trop interloqué pour répondre avec le mordant approprié au sarcasme de Jessica. Mike et moi ne couchons pas ensemble !
- Oh, allez Harvey, bien sûr que si, se moqua Jessica en riant. Tout le cabinet le sait depuis des lustres !
- Tout le… Depuis des… s'écria Harvey, d'une manière qui, il l'admettait, était un peu abrupte mais Harvey Specter ne bafouillait pas, bon sang.
- Eh bien, oui, répliqua Jassica, l'air un peu perdu. Je veux dire, franchement Harvey, il me semble qu'à chaque fois que je te vois tu es en train de tenir la main à ce gamin.
- ça ne veux rien dire ! se défendit Harvey, se remettant difficilement de la révélation qu'apparemment, tout le cabinet pensait qu'il couchait avec Mike.
- Je suis désolée, tu as raison, dit Jessica d'une voix moqueusement conciliante. Se tenir la main est le nouveau « top-là », n'est-ce pas ? Je crois que j'ai lu ça dans Closer.
- Oh, taisez-vous, répondit Harvey à la place d'une répartie plus spirituelle. Le point important est que je ne couche PAS, pas du tout, avec lui.
- … Et tu voudrais ? finit pour lui Jessica, ayant soudain l'air extrêmement amusée.
- Non ! s'exclama Harvey. Je veux dire, oui ! Je veux dire… Bon sang, Jessica !
Ça ne se passait pas du tout comme il l'avait prévu, songea Harvey, désespérément. Non seulement Jessica ne semblait pas choquée par ses sentiments envers Mike, mais elle avait apparemment présumé qu'il avait depuis longtemps agit en conséquence. Il enfouit sa tête dans ses mains dans un geste de désespoir.
- Wow, tu l'as vraiment dans la peau, dit Jessica avec un léger sifflement. Je ne t'ai jamais vu si nerveux, Harvey, ni au tribunal, ni à la table des négociations, jamais.
Harvey grogna simplement et se laissa aller en arrière contre le dossier. C'était assez, décida-t-il, il ne pouvait pas en entendre plus. Il se leva d'un mouvement vif du fauteuil et dit :
- Je dois y aller – j'ai besoin d'air. Juste… Oubliez ce que j'ai dit.
- Harvey, dit Jessica, se levant comme il se détournait pour partir. Voyons, je ne voulais pas te taquiner à propos du gamin. En vérité, je pense qu'il a une bonne influence sur toi.
- Je ne savais pas que j'avais besoin d'une quelconque influence, répondit Harvey, sur la défensive. Mais… merci, je suppose. Je vous verrai demain, Jess.
- A demain alors, Harvey, répondit Jessica avec un sourire qu'Harvey trouva énigmatique d'une manière frustrante, comme si, d'une manière ou d'une autre, elle savait encore quelque chose qu'il ignorait.
Se sentant encore plus agité qu'avant, Harvey se précipita hors du bâtiment et se dirigea droit vers le confort de la voiture qui l'attendait.
- Mike ne se joint pas à nous aujourd'hui non plus, Harvey ? lança Ray depuis le siège avant, d'une voix surprise mais aimable
- Contente-toi de conduire, s'il te plaît Ray ? répondit Harvey, d'une voix fatiguée et presque suppliante. Peu importe où.
- Entendu, boss, répondit Ray d'une voix enjouée, bien qu'Harvey puisse détecter une note d'inquiétude sous son apparente gaité qui réchauffa un petit peu son apparemment bien-trop-présent cœur.
Comme il laissait aller sa nuque contre l'appui-tête et fermait les yeux avec un profond soupir, le son apaisant du piano commença à filtrer à travers le système de communication de la limo, immédiatement suivi par la voix suave de Ol'Blue Eyes lui-même : It's quarter to three / There's no one in the place except you and me / So set 'em up, Joe / I got a little story I think you oughtta know.
Harvey ne pu s'empêcher de sourire en réalisant que c'était la version musicale de Ray disant « Hey, vous pouvez me parler du problème ». Il oubliait parfois à quel point il était chanceux, songea-t-il pour lui-même, d'avoir dans sa vie autant de personnes qui se souciaient de lui, malgré ses constantes affirmation à propos du fait que lui ne se souciait de personne. Ceci, évidemment, le fit penser à Mike, qui se souciait des gens plus que n'importe qui, et il céda finalement.
- Ray, tu me connais depuis un bon moment, commença Harvey.
- 8 ans le mois prochain, boss, acquiesça agréablement Ray.
- Est-ce que tu penses que Mike et moi couchons ensemble ? demanda Harvey, un peu effrayé par la réponse.
- Bien sûr que non, répliqua Ray.
Et juste au moment où Harvey allait pousser un soupire de soulagement, il continua :
- Je veux dire, bien sûr, vous êtes amoureux du gamin depuis un moment mais la tension sexuelle est encore bien trop élevée pour que vous soyez passé à l'action.
- Bon sang, est-ce que je suis le seul qui n'était pas au courant ? demanda Harvey, exaspéré.
Le fiasco était officiellement hors de contrôle.
- Quoi, que vous aimez Mike ? A part le gamin lui-même – qui est aussi aveugle que vous l'étiez, au passage – j'ai peur que oui. Donna et moi avons un pari en cours et, vu comment se présentent les choses, je pense que je vais bientôt lui devoir 20$.
Harvey gémit et frappa plusieurs fois sa tête contre le fauteuil en cuir.
- C'est un tel bazar, Ray, je ne sais pas quoi faire.
Ray ne répondit pas tout de suite, puis dit finalement :
- Boss, est-ce que je peux être franc avec vous pendant un moment ?
- Toujours, Ray, tu sais ça.
- Harvey, je suis votre chauffeur depuis 8 ans et je dirais qu'à présent, je vous connais plutôt bien. Alors je vais vous dire trois choses. Un, la seule personne que vous trompez avec votre « je ne me soucis de personne » c'est vous-même.
- Je ne crois vraiment pas que… tenta d'objecter Harvey, mais Ray l'interrompit.
- ça ne sert à rien d'essayer de me bluffer, Harvey. Vous faites peut-être de grands discours, mais à la fin, vous sortez toujours du chemin pour aider les gens qui sont important pour vous. Diable, vous sortez même de votre chemin pour aider des gens que vous ne connaissez même pas car c'est la chose juste à faire. Regardez les choses en face, Harvey – quand il s'agit d'être un bâtard sans cœur, vous être un complet et total échec. Deux, enchaîna-t-il avant qu'Harvey puisse l'interrompre à nouveau, Je vous ai vu faire beaucoup de choses avec beaucoup de personnes différentes à l'arrière de cette limo au fil du temps. Clients, avocat adverse, modèles, homme d'état, et, si je me souviens bien, en une mémorable occasion, l'équipe entière des doubles mixe suédois pour les jeux olympiques – bravo pour ce coup-là, au passage. Mais durant tout ce temps, il y a seulement une personne avec laquelle je vous ai vraiment vu être vous-même et c'est Mike. C'est comme si, quand il n'y a que vous deux à l'arrière, vous enleviez cette armure que vous mettez pour convaincre les gens que vous êtes un grand, méchant avocat qui est sur le point de les ruiner s'ils ne font pas ce que vous dites. Et je vous le dit, la manière dont ce gamin vous regarde quand il pense que vous ne le voyez pas – dévotion, respect, affection, c'est comme si vous étiez tout son monde. Ce qui m'amène au trois, finit Ray en garant lentement la limo avant de se retourner vers Harvey. Vous, mon ami, n'êtes pas un lâche. Depuis le temps que je vous connais, je ne vous ai jamais, jamais vu reculer devant un challenge. Vous êtes Harvey Specter, le meilleur avocat de la ville, et il n'y a pas un seul problème là dehors que vous ne pouvez pas résoudre. C'est pourquoi vous allez appeler Mike maintenant, lui dire de descendre, et vous sortir tous les deux de votre misère une bonne fois.
Harvey regarda instinctivement à travers la vitre et fut surpris de voir que Ray les avait conduits droit au bâtiment abritant l'appartement de Mike. Il regarda à nouveau vers le chauffeur, qui lui souriait, et poussa un léger soupir.
- Je n'ai pas le choix, n'est-ce pas ?
- Nop, répartit Ray avec un hochement de tête ferme. Si vous ne lui dites pas, je le jure devant Dieu, je monte à l'instant lui dire moi-même.
- Tu es un peu un bâtard, tu sais ça, Ray ? dit Harvey, bien qu'il n'y ait pas de méchanceté dans sa voix.
- L'un d'entre nous doit l'être, répondit Ray, pince sans rire. Maintenant, allez, appelez-le !
Harvey roula des yeux et appuya sur le raccourci numéro un – rétrospectivement, ça aurait dû être un indice, songea-t-il avec regret – et attendit que Mike décroche.
Après un couple de sonnerie, la voix de Mike se fit entendre, joyeuse et avide :
- Harvey ?
L'excitation évidente du gamin fit encore augmenter le sentiment de culpabilité qu'Harvey avait déjà pour l'avoir évité et il aboya :
- Je suis dehors, descend.
Avant de raccrocher sans laisser à Mike le temps de répondre.
- Tout en douceur, dit Ray, sarcastique, en lui jetant un regard appuyé.
- Sois un peu clément, c'est nouveau pour moi, répondit Harvey, sur la défensive, avant de se laisser aller en arrière contre le dossier en prenant une profonde inspiration. Bon sang, Ray, pourquoi est-ce que ça doit demander autant de travail ?
Ray eut un petit sourire et dit :
- Allez – tout ce qui a de la valeur demande du travail, Harvey, vous savez ça.
Harvey soupira à nouveau et répondit :
- Bien, quoi qu'il arrive, Ray, merci. Tu es un ami.
- A votre service, boss, répartit Ray, avant de lui faire un sourire provocateur en ajoutant : j'espère, naturellement, que ça aura des conséquences positives sur mon bonus de noël.
Harvey fut coupé dans son élan avant d'avoir pu prononcer une répartie spirituelle par l'ouverture soudaine de la portière et l'apparition du visage de Mike, son expression inhabituellement appréhensive et sa voix hésitante comme il appelait :
- Harvey ?
- Eh bien, ne reste pas là à gober les mouches toute la nuit, monte, dit Harvey, essayant de garder sa voix égale et autoritaire pour cacher sa propre panique naissante, qui venait de monter d'un cran à la vue de Mike
- Désolé, marmonna Mike en se glissant aux côtés d'Harvey avant de claquer la porte.
Ray lança à Harvey un regard à travers le rétroviseur qui disait clairement « Hey, soyez sympa avec le gamin » avant de lever la vitre de séparation pour leur donner un peu d'intimité.
Pendant que Ray relâchait le frein à main, Harvey pu sentir Mike résister à l'envie de déplacer sa main de quelques centimètres sur la droite pour la poser sur celle d'Harvey, comme il le faisait si souvent. Il fut surpris quand Mike parla à la place, sa voix incertaine comme il demandait :
- Harvey, êtes-vous en colère contre moi ?
- Savais-tu que tout le cabinet pensait que nous sortons ensemble ? demanda Harvey au lieu de répondre, sans donner à Mike une chance de répondre avant de continuer : Depuis des semaines apparemment ! Jessica a été choquée quand je l'ai nié, absolument choquée. Il n'y a rien que je déteste plus que l'idée d'autres personnes répandant de fausses rumeurs à mon propos derrière mon dos.
- Harvey, vous ne pouvez pas m'avoir évité parce que vous pensez que j'ai dit… protesta Mike avec empressement, l'air un peu interloqué par la sortie d'Harvey.
- Bien sûr que non, Harvey balaya sa protestation d'un geste de la main, ajoutant impatiemment : je croyais que nous avions discuté de tes interruptions intempestives. Maintenant, comme je le disais, il n'y a rien que je déteste plus que les fausses rumeurs. Et la solution la plus simple et de loin me semble être… faire en sorte que cette rumeur ne soit plus fausse.
- Plus… fausse ? répéta Mike, confus, jusqu'à ce que son visage s'éclaire soudain comme il réalisait : Attendez, Harvey, êtes-vous… Êtes-vous en train de me demander de sortir avec vous ?
- Oui, répondit fermement Harvey, parce que Ray avait raison, pensa-t-il – Harvey Specter n'était pas un lâche.
- Oh, fut la seule réponse de Mik, même si Harvey pensa qu'il avait l'air de vouloir en dire plus.
- Sauf si tu es assez stupide pour dire non, continua Harvey, comme cette possibilité lui apparaissait pour la première fois. Dans ce cas, je ne suis définitivement pas en train de te demander de sortir avec moi et Ray est mon témoin
Mike le regarda durant un long moment, puis, très lentement, leva une main et effleura du bout des doigts la joue d'Harvey, avant de murmurer :
- Idiot.
Harvey sentit son cœur manquer un battement dans sa poitrine et, gardant ses yeux plongés dans ceux de Mike, pour la première fois – et non pour la dernière – il s'empara de la main de Mike pour aucune autre raison que parce que ses sentiments le poussaient à le faire plus d'excuses, d'explication commodes, juste un simple sentiment, un de ceux qu'il n'avait jamais ressenti avant.
Le mouvement qu'il fit ensuite, réduisant les quelques centimètres entre eux et embrassant Mike, cependant, aurait pu légitimement être mis sur le dos, au moins un peu, du soudain et brusque mouvement sur la gauche que fit la limo, et la nature romantique d'un chauffeur nommé Ray, qui reçu pour Noël un bonus équivalant à ce qu'il aurait gagné en deux ans de salaire. Au dos du chèque était accroché une note disant : ça valait. Chaque. Centime.
END
Un petit geste pour la traductrice ? Passez voir mon site : alienorgauthier*doomby*com/ (remplacez les * par des points)
