[2 janvier, centre-ville]

Pdv Rune

Les écouteurs sur les oreilles, je regardais par la vitre du tramway qui filait entre les rues de la ville, à toute vitesse sur les raies. J'observais les gens s'entasser par dizaines entre les immeubles, ou en sortant de la gare.
Voir le monde comme ça me donnait la nausée. On est loin du monde parfait que l'on imagine quand on est enfant. La crédulité et l'imagination sont deux choses que j'aurais aimé garder toute ma vie mais malheureusement les choses changent avec le temps. Aujourd'hui, me retrouver entourer de mon me mettais assez mal à l'aise et me donnait l'envie de retourner chez moi pour être au calme dans mon petit appartement.

Par chance, il ne pleuvait pas aujourd'hui. Il faisait même plutôt beau. Je voyais le soleil éclairer toute Le tendue du ciel. C'est magnifique je dois l'avouer. Ça me rendais presque heureuse de voir que le temps s'était calmé depuis quelques temps. Le mois d'avant avait été un enchaînement macabre d'orages et de pluies froides qui ne donnait pas tellement envie aux gens de sortir, et encore moins d'aller à un rendez-vous.

D'un coup, le tram freinait brusquement, me faisant tomber sur le siège de devant. Je percutais un jeune homme qui m'aidais à me relever gentiment et poliment. Je m'excusais brièvement et descendais dans la rue, puisque je venais d'arriver à la station de la fontaine, là où a lieu mon rendez-vous.

-Dommage, j'ai failli y arriver. Murmurais-je en étirant un peu mes bras en avant, les muscles engourdis à force d'être collée dans des positions inconfortables à cause du peu de place dans les transports en commun. Mais c'était vrai, pendant une seconde, j'avais failli sourire honnêtement sans avoir à me forcer, ce qui ne m'arrivait pas des masses.
Légèrement frustrée et énervée par le freinage brusque du tram, je m'avancais jusqu'à la fontaine et m'assayais sur le bord, à un endroit où le marbre n'est pas mouillé évidemment, croisant les jambes calmement en silence.
Je me calmais un peu et fixais l'horloge géante accolée à la cathédrale gothique qui se trouvais juste en face de notre rendez-vous, surplombant quiconque passait à côté par une large ombre fraîche.

Je devais l'avouer, Vincent avait un don pour choisir les bons endroits, toujours calmes, élégant et parfait pour le rendez-vous qu'il souhaitait passer. Par contre, si je devais lui donner un défaut, c'était sa ponctualité non-existante. C'est fou, comment faisait il pour être toujours en retard ?Que ce soit les fois où il m'invitent ou l'ouverture du restaurant, il n'était jamais à l'heure. J'en profitais alorspour observer un peu les gens autour de moi, les regardant de haut en bas, de long en large et en travers. Je rigolais lassement. Je devais ressembler à une véritable folle, ou une fille désespérée à fixer les passants comme ça.
Mais j'avais bien envie de leur hurler au visage que je m'ennuyais énormément et que je n'avais actuellement aucune autre occupation que celle ci.

Perdue dans mes pensées à nouveau, je sursautais quand je sentais deux mais se poser sur mes épaules, me secouant doucement pour me sortir de mon presque sommeil.
Je poussais un gémissent étouffé de surprise, en me retournais brusquement. L'homme derrière moi tibutais et failli tomber dans l'eau, avant que je ne le rattrape par la manche en évitant le pire des scénarios qui pouvaient arriver. Je le reconnu rapidement et m'excusais.

-Oh...Pardon Vincent, je ne savais pas que c'était vous. Lâchais-Je doucement, un peu embarrassée par la situation.

-Mais non ne t'inquiètes pas, dit-il en de redressant, j'aurais pu être plus subtile pour te réveiller...

C'est vrai que je suis souvent dans la lune et qu'il doit toujours me remettre dans la réalité.

-...Au fait, tu peux me tutoyer, j'ai pas encore soixante ans!

Je fis mine de rire a sa blague, pendant qu'il me complimentait sur ma tenue qu'il trouvait "originale et très mignonne". Je le remercia brièvement et il m'invita à le suivre.
On se mit en marche, baignés par les rayons du soleil. Il me parlait de tout et n'importe quoi, alors que je l'écoutait en silence, plaçant quelques remarques par-ci par-là, essayant de montrer un peu d'intérêt à ce qu'il disait.

Au bout d'un moment, après être aller boire un coup dans un petit bar près du centre ville, il m'invita à passer chez lui.
J'hésitais vraiment à y aller, je n'ai pas trop l'intention de me rapprocher de lui alors lui faire cet honneur, en quelques sortes, ne serait pas bien raisonnable de ma part. Sous ses demandes persistantes, je fini par accepter et l'avais suivi dans la ville, pour finalement arriver devant son appartement. Nous y étions monter et me voila maintenant assise sur un canapé en cuir ultra confortable, un ver de jus de pomme à la main, l'écoutant parler.
Je fini par m'intéresser à ce qu'il disait. Finalement il n'est pas si ennuyeux que je pouvais le penser. Bien sûr, je ne vais pas jusqu'au point de dire que je l'aime bien, mais il n'est pas aussi bas de mon estime que je l'imaginais.
Quinze minutes après être rentrés chez lui, ayant compris qu'il parlait trop de lui-même , il finit par me demander:

-Mais sinon, dit-il en posant son verre de whisky sur la table basse, Tu ne m'as pas vraiment parlé de toi en dehors de ton entretien d'embauche, alors...

Voyant qu'il essayant de me faire ouvrir la bouche, je posa mon verre à mon tour et passa la main dans mes cheveux.

-Et bien, je ne sais pas trop par où commencer... Hésitais-je, il y a un an j'ai emménagé dans cet ville, à la base pour mes études de médecine. Malheureusement, mes maigres revenus d'étudiant ne me suffisaient pas pour payer mon loyer. J'ai donc dû arrêter la Fac pour me trouver un travail et c'est pour ça que je suis là maintenant.

Il m'écoutait en hochant la tête lentement, comme observé par mon histoire.

-Et avant? Demanda-t-il.

-Avant? Qu'est ce que tu veux dire par là?

-Je veux dire, ta famille? Ton passé, tout ça.

Sa question me fit un léger pincement au cœur. Parler de tout ça à quelqu'un avec qui je n'ai qu'une relation professionnelle me trouble un peu.

-Je...Je n'ai pas vraiment envie d'en parler si ça ne te dérange pas Vincent.

Il leva les deux mains, me souriant d'un air gentillet.

-Aucun problème pour moi! Dit-il en riant.

L'atmosphère devint vite pensante et aucun de nous deux n'osant se regarder dans les yeux. Je baladais mon regard dans son appartement et tomba sur une photo de lui. Je la regarda plus attentivement et vis que c'était comme une remise de quelque chose...

-C'est quoi cette photo? Demandais-Je en la pointant du doigt.

Il la prit en caressa le verre du cadre. On le voyait, souriant, tenir dans sa main un papier de diplôme orné d'un symbole étrange.

-C'était...Une récompense pour avoir réussi des tests d'aptitude.

-Vraiment? Mais pour quoi? M'interrogeais-je.

-Pour mon travail.

Son travail? Mais je croyais qu'il était restaurateur? Et avec ce que je sais, un diplôme d'art martiaux et de combat n'est pas nécessaire pour exercer ce métier.

-Eumh... Quel genre de métier? Commençais-je à douter.

-C'est compliqué, ria-t-il, je n'aime pas trop en parler tu vois.

J'acquiesça sa réponse en hochant les épaules, oubliant cette histoire de deuxième boulot.

-Et toi? Qu'est ce que tu fais en dehors du travail sinon? Me demanda-t-il, un léger sourire aux coins des lèvres.

Ce rendez-vous devenais un véritable interrogatoire mais j'essayais de ne pas trop m'en soucier, pour profiter de cette bouffée d'air extérieur.

-Oh...Rien de spécial tu sais... Dis-je avec un petit haussement d'épaules.

-Vraiment? Répondît-il en levant un sourcil. C'est dommage, tu devrais sortir un peu, ça te ferais pas de-

-Merci mais...Je n'aime pas vraiment sortir. Répondis-je du tac au tac. Je préfère rester chez moi tu sais, la seule personne avec qui je sors c'est ma meilleure amie.

Tout en disant ça, je regardais mon téléphone. Je vis qu'il me restais encore une bonne heure avant d'aller rejoindre Alessa chez elle.

Je n'eu pas le temps de tourner la tête que Vincent me saisi par le poignet, me forçant à m'allonger sur le ventre.

-J-je peux savoir ce qu'il te prend?! Criais-je en me débattant. Il resserra son emprise sur moi, me faisant grincer des dents.

-Alors comme ça tu ne sors pas? Dit-il en rapprochant sa bouche de mon oreille, cela voudrait dire que je suis une sorte de...privilégié~?

-N'y pense même pas espèce de pervers! Tu n'es ni un privilégié, ni une personne que j'apprécie! Me défendais-je.

M'enfonçant la tête dans l'oreiller, il se mit à rire sadiquement.

-Désolée ma chère petite Rune, mais on ne suis pas les personnes que l'on aime pas~.

Je sentis quelque chose glisser contre mes poignets et me serrer vivement. Je retins un gémissement de douleur avant de le sentir venir me lécher dans le coup.

-L-lâches moi! Gémissais-je, arrêtes ça et laisses moi partir!

Il ne m'écoutait pas une seconde et me retourna. Son regard avait complètement changé. Il était passé du garçon gentil à un monstre.

-Tu sais Rune, si je t'ai engagé c'est pour ça. Dit-il en s'approchant de moi, tu es beaucoup trop naïve et tête en l'air pour me résister.

Me tenant fermement le menton, il écrasa ses lèvres contre les miennes et força l'entrée de ma bouche pour y rentrer sa langue. Laissant les larmes couler le long de mes joues, j'essaya de le repousser mais je n'avais pas assez de force dans les jambes pour le faire bouger. Au bord du précipice ( appelé le viol ), je tenta le tout pour le tout et mordis vigoureusement dans la langue de mon patron. Il se releva instinctivement, grognant de douleur. J'en profita, du sang au bord des lèvres, pour lui donner un coup de genou dans l'abdomen, l'envoyant pas assez fort à mon goût sur la table basse en verre qui explosa sous le choc.

Je sauta sur mes jambes et me tordis les poignets, arrivant coûte que coûte à défaire le lien qu'il avait fait avec sa cravate. Le bout de tissu tomba à terre et, courant le plus vite possible, je m'enfuis de son appartement, le laissant gisant sur le sol de son salon.

Je me mis à courir dans les rues, sous les regards effrayés des passant qui croisaient mon chemin. Au bout d'un bon moment de course effrénée, je m'arrêta sur une place. Je marcha doucement jusqu'à un arrêt de taxi avant de m'effondrer en larmes. Je resta comme ça pendant une bonne dizaines de minutes. Je tentais de remettre mes pensées en place mais mon esprit était complètement embrouillé. Qu'est ce que je dois faire?! Porter plainte? Je ne peux pas retourner travailler! Il sait où j'habite? Il n'est pas mort?
Toutes ses questions tournaient en boucle dans ma tête avant qu'un coup de klaxon me fit sursauter.
Devant moi, un chauffeur de taxi le regardait en haussant un sourcil.

-Ça va mam'selle? Je vois dépose quelque part?

Je m'essuya les joue et me leva, ouvrant la portière arrière. Je m'assis dans cette voiture jaune et posa mon sac sur mes genoux.

-Merci monsieur, je dois me rendre...

Je lui donna la rue de mon amie et il démarra la voiture.

Je resta silencieuse pendant tout le trajet. Je n'ai pas la tête a faire la fête mais je dois le faire pour Alessa. Penser à elle me donne un peu de courage. Mais qu'est ce que je peux faire maintenant...?

[2 janvier, lieu inconnu]

Pdv Hoodie

Je buvais mon verre, d'eau bien sûr, en regardant Masky qui tapotait dans son assiette avec sa fourchette, l'air morose. Même avec son masque, légèrement relevé pour lui permettre de manger, je pouvais bien voir que quelque chose n'allait pas. Je lui lança un petit pois sur la joue, pas dans le but de l'embêter mais au moins d'attirer son attention.

Il leva la tête et me regarda un peu énervé.

-Qu'est ce qu'y a? Je demandais en chuchotant. Je n'avais aucune envie que les autres nous entendent parler. Mais avec le boucan qu'ils font, ça m'étonnerait vraiment qu'ils s'occupent de nous.

Masky soupira et me fit un signe de main.

-On en parlera dans la chambre tu veux... Pas ici.

Je hocha la tête, acquiesçant sa décision.

J'attendis donc que le repas se passe, impatient et nerveux de savoir ce qui embêtait tant mon meilleur ami. Même si je sais un peu de quoi ça va parler.

Une fois la table débarrassée et nettoyée, j'allais le rejoindre dans notre chambre. Ça nous arrangeais bien d'avoir une chambre pour nous deux. Elle était assez spacieuse pour deux lits doubles, car non on ne dort pas ensemble, une armoire et un grand bureau. Un truc cool.

Arrivée dans la pièce, je referma la porte et m'assit sur mon lit, en face de Masky qui jouait avec une petite boîte de pilule.

-Bon alors? Qu'est ce qui va pas? Répétais-je en enlevant ma capuche et mon sweat.

-C'est pas une bonne idée.

Il avait prit un air beaucoup trop froid pour que ce soit une blague.

-Tu me les feras toutes hein? D'abord tu te lances tête baissée dans une idée et puis maintenant tu abandonnes?! M'énervais-je.

-Mais t'as peut-être raison! Si elle elle a pas envie de nous revoir?! Dit-il en ouvrant la boite, les mains tremblantes.

Avant même qu'il puisse avaler cette satanée pilule, je me leva, l'attrapa par le col et le gifla un grand coup, faisant résonner la claque dans toute la chambre.

-Mais qu'est ce qu'il te pre-?!

-Écoutes moi bien maintenant! Criais-je en plantant mon regard dans le sien. . ! C'est bien clair?! Tu m'as saoulé avec ça pendant des semaines alors, plus d'abandon et plus d'antidépresseurs c'est compris?!

-Mais arrêtes je-

-C'EST COMPRIS?!

J'avais hurlé tellement fort que j'aurais pu nous percer les tympans à tous les deux.
Il répondit doucement, comme choqué par ma soudaine violence.

-Ouais...Ouais c'est compris...

Je soupira. Qu'est ce qu'il faut pas faire avec lui. Il est vraiment dur à vivre des fois celui la. J'allais continuer à l'engueuler un bon coup pour le remettre dans le droit chemin mais la porte s'ouvrit en fracas.

-Eh les gars vous... euuuuh...

La porte grande ouverte laissait voir un autre habitant du manoir qui nous regardait traumatisé. En effet, sous le "feu de l'action" j'avais sauté sur Masky et m'étais retrouvé à califourchon sur lui, couché sur le lit.

-Nan nan te fais pas de film! Je me défendais en agitant les mains.

-T'inquiètes j'ai rien contre l'homosexualité... Je vais y aller maintenant. Répondit le plus jeune en riant, prenant conscience de la situation gênante pour nous.

Il ferma la porte en nous faisant des mimiques de baisers et on l'entendit courir dans les couloirs en riant à perdre haleine.

-TOBY!

Je m'enlevais de Masky et hurla dans mon oreiller. J'allais les tuer tous les deux un jour ou l'autre.