Merci encore pour vos reviews.

Ce chapitre-ci dépasse largement en terme de violence brute les précédents chapitres, alors âmes sensibles RÉELLEMENT s'abstenir.

The Fortress

Chapitre 3

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"Tout au fond de nous, voyez-vous, ce n'est pas Homo sapiens que l'on trouve. Mais la folie. [...] Ce que Darwin a été trop poli pour dire, mes amis, c'est que nous sommes parvenus à régner sur la terre non parce que nous étions les plus malins, ou les plus méchants, mais parce que nous avons toujours été les plus déments, les plus grands enfoirés meurtriers de toute la jungle."

Cellulaire, de Stephen King

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La première fois que je me suis cassé le bras, je n'étais pas bien vieille.

C'était du temps où je survivais tant bien que mal aux côtés de Renji dans l'ombre des rues mal famées d'Inuzuri, tâchant de nous dénicher jour après jour de quoi nous nourrir, de filer entre les doigts des psychopathes, violeurs, cannibales se fondant aisément dans la foule quotidienne du district, de nous protéger les uns et les autres. Du temps où je bondissais partout dans mon kimono rose, étonnant mélange d'innocence pure et de gravité adulte, pouvant passer en un clin d'oeil du rire aux larmes.

J'aime et abhorre à la fois mon passé.

Il a fait de moi une personne remarquablement débrouillarde, ce dont j'ai pu prendre conscience à mon arrivée à l'Académie, mais également quelqu'un qui se complait dans la solitude.

Trop d'horreurs ont perverti mon regard d'enfant pour que je puisse me mêler comme si de rien n'est aux autres. Et je n'ai jamais essayé de m'en excuser.

La première fois que je me suis cassé le bras, c'est lorsqu'un marchand m'a surprise en train de le voler. Je n'ai pas eu le temps d'ouvrir la bouche pour tenter de m'expliquer, ni même d'émettre le moindre mouvement afin de prendre mes jambes à mon cou, que déjà, il m'envoyait me fracasser contre un mur.

La douleur a été terrible.

D'ordinaire, j'aurais essayé de me relever tant bien que mal sur mes pieds et m'éloigner du danger que signifiait cet homme à mes yeux. J'en avais toujours fait ainsi. Même une fois, quelques mois auparavant, lorsqu'un homme avait dégainé le poignard pendant à sa hanche et m'avait entaillé une bonne partie du bras, j'avais couru, j'avais couru à en perdre l'haleine et pris compte des dégâts corporels une fois en sécurité dans un trou paumé du Rukongai.

Pas cette fois-ci néanmoins.

Je m'étais repliée sur moi-même en sanglotant doucement, petite boule de souffrance à l'état pure. Les cheveux rouges de Renji avaient effleuré mon visage, tandis qu'il prenait mon visage en coupe, embrassant mon front et me répétant qu'il ne me laisserait pas tomber.

J'avais sombré dans ses bras, en sécurité.

Ici et maintenant, tandis qu'Ichimaru ricane contre ma nuque, que les battements de coeur se font de plus en plus violents, de plus en plus inégaux, je ne me suis pas évanouie.

Je m'y suis refusée.

La douleur déforme mon être entier.

Mon – mon bras d'épée.

En miettes.

Un cri étranglé franchit le pas de mes lèvres entrouvertes, et la souffrance est telle que je ne remarque qu'à peine qu'il m'a relâchée, que je suis tombée à genoux. Elle siffle dans mes oreilles, carbonise mon cerveau, me pousse à me replier en une petite chose misérable contre le bitume en gémissant. Je ne suis plus que souffrance, souffrance et souffrance.

Après cet épisode à Izunuri et en tant que shinigami en service depuis près de cinquante ans, je me suis depuis brisé un nombre incalculable de fois le bras – projetée contre le sol par tel ou tel Hollow, en recevant un coup un peu trop excessif lors d'un entraînement, à l'occasion d'une bagarre avec les membres de la Onzième division…

Mais au grand jamais sous l'office de la torture. Jamais au sein d'un contexte aussi malsain où j'avais depuis un moment perdu tous mes moyens.

D'ordinaire, j'aurais bravé cette fracture courageusement, sans la moindre larme. Mais les circonstances étaient bien différente, aspirant minute après minute l'entièreté de ma volonté. Je suis malmenée, affamée, terrorisée, prisonnière du château où j'ignore s'ils comptent me déchiqueter vivante ou bien m'épargner à leur guise.

Ichimaru m'a fait redevenir la petite fille vulnérable d'Inuzuri.

Il me fait plier, seconde après seconde, et le sait pertinemment.

« C-Connard ! » je geins, sans bouger néanmoins de peur d'exacerber la douleur.

« Tu me blesses, ma douce. » rit-il en s'accroupissant.

Sa main squelettique vole quelques secondes au-dessus de mon visage puis s'enroule sans équivoque autour de mon membre blessé.

Douleur. Douleur. DOULEUR.

Je hurle à nouveau.

« Mais… »

Comment un être peut-il se montrer si… si… si cruel ?

Comment peut-il tirer du plaisir de telles pratiques ?

« Je demande… »

Comment OSE-T-IL en faire autant ?

« Des réponses à mes questions. »

« Hors de question ! » je m'époumone à m'en déchirer les cordes vocales. « Allez vous faire foutre ! Allez vous faire foutre ! Ça ne sert à rien de vous acharner ! Je ne vous dirais rien, vous m'entendez ? Rien ! »

« Oh ? Que tu le croies dur comme fer a beau être relativement touchant, je me trouve dans l'obligation de te faire démentir. »

« Et comment allez-vous faire ? » je continue à crier, une cassure nette se distinguant à présent dans ma voix. « Ce que vous me demandez est impossible ! Impossible ! Je ne suis pas stupide ! Je connais ces manipulations par coeur ! D'abord m'extorquer des informations futiles, puis monter progressivement en puissance, et me pousser à trahir mes valeurs, mes amis, mon frère ! Je ne le ferais PAS ! »

Chaque mot venant de jaillir hors de ma bouche, je le pense profondément. Comment pourrais-je porter préjudice à Renji, Ichigo, Nii-sama ? Comment serais-je en mesure de vivre avec la culpabilité de l'avoir fait ?

« C'est ce que nous allons voir, petite Kuchiki. Debout. »

Un doute infime gagne mon esprit, tandis que je m'oblige à demeurer repliée contre le sol et que l'effroi me glace jusqu'à la brûlure. Pourrais-je éternellement résister de cette façon ? Garder la tête haute face aux plaies qu'il sèmera le long de ma peau ? Je le doute fort.

« Mets-toi debout, avant que je ne me vois obligé de briser ton second bras. »

Mes jambes sont parcourues de spasmes si violents lorsque je me relève que je crains, un instant, de me trouver incapable de maintenir ma position et retomber à terre. Je redresse le menton et braque mes yeux vers son expression souriante.

Je le hais.

Quelque chose me tord l'estomac, lorsque je remarque qu'il a dégainé son zanpakutô, un wakizashi à la manche bleu azur, et qu'il joue avec en le jonglant adroitement d'une main à l'autre. Cela fait un moment que j'ai dépassé le stade de l'appréhension et que je goûte le froid de la terreur pure.

Shinzô… la lame rétractable ayant hanté les cauchemars de nombreux shinigamis à la Soul Society. Celle-là même qui avait manqué de percer mes côtes, et avait pris d'assaut celles de Nii-sama quand il s'était interposé entre nous.

J'allais à présent y avoir droit.

J'allais probablement encore pleurer, supplier et hurler.

J'allais mourir.

« Dernière chance : quel est le nom des deux sœurs d'Ichigo Kurosaki ? » claironne-t-il.

Une poignée de secondes durant, ma bouche demeure ostensiblement close.

J'ignore quoi répondre : répondre la vérité ou bien continuer à résister vainement ? Lui donner ces deux prénoms – Karin et Yuzu, Karin et Yuzu, Karin et Yuzu –, ce ne serait pas si grave, n'est-ce pas ? Ce ne serait pas trahir complètement Ichigo, non ?

Je clos les paupières, et tente de me ressaisir.

NON. Je ne lui dirai rien.

Mes yeux trouvent les plissures qui camouflent les siens.

« Je ne vous dirai rien, Ichimaru. »

J'ai l'impression de répéter ces quelques mots, telle une litanie, depuis des heures. À présent, ils se répercutent entre nos deux corps, creux, vides de tout sens.

Il écrase un profond soupir, teinté cependant d'amusement.

« Tu ne pourras pas prétendre que je ne t'aurais pas prévenu. Tue-la Shinzô. »

Douleur.

Je n'ai pas même eu le temps de battre des cils.

Douleur.

Que… qu'a-t-il fait ?

Tant de douleur.

Pourquoi mon poids ne me soutient-il plus ?

Trop de douleur.

Pourquoi suis-je tombée ?

Oh mon dieu

Pourquoi suis-je en train de sangloter convulsivement ?

Oh. Mon. Dieu.

Pourquoi donc ma bouche vomit-elle de tels hurlements ?

OH MON DIEU.

Je gis à terre, une jambe repliée contre ma poitrine, et je souffre de tout mon être. Je hurle, je pleure, je supplie tout à la fois, et mes yeux ne peuvent se détacher de – de – de –

Mon pied, encore chaussé d'une sandale shinigami, repose à moins d'un mètre de moi.

Détaché de moi.

Coupé.

OH MON DIEU.

Et le sang, oh mon dieu, tant de sang… Ma jambe mutilée… Mon pied…

C'est plus que ce que je puis supporter…

OH MON DIEU.

Il m'a coupé le pied. Ichimaru. Il m'a… Il m'a…

« ENFOIRÉ ! » je rugis au milieu de mes larmes débordantes.

Mon hurlement se répercute en échos entre les murs de la cellule, de même que chacun des pleurs, si violents, si désespérés qu'on pourrait m'entendre jusqu'au monde des humains, qui me secouent les épaules.

Il m'a coupé le pied.

Et je ne peux pas le supporter.

Je ne peux plus continuer ainsi.

Je ne suis plus que chaos et désespoir.

À nouveau, il s'abaisse à ma hauteur et je tente de me reculer, fuir le plus possible son contact répugnant. Mais la douleur… je ne peux plus lutter.

« Ah, ce serait si aisé. » ronronne-t-il, tandis que ses longs doigts s'égarent le long de ma mâchoire frémissante et repoussent les mèches sombres couvrant mon regard. Il sourit davantage, et je le devine sans peine satisfait de dénicher une telle peur au fond de mes yeux élargis par l'horreur. « M'amuser des jours et des jours avec toi, empêchant l'hémorragie d'avoir raison de toi. Chaque matin revenir et te mutiler un peu plus. D'abord tes chevilles, puis te délester de chacun de tes doigts, de tes genoux, de tes poignets, de toute la longueur de tes bras et de tes jambes, puis m'attaquer à tes oreilles, à ta chevelure si soyeuse, à tes dents. Ta langue demeura sauve, car tes hurlements me réjouiront, puis, dès que je m'en lasserais, tu la verras tomber elle aussi. Je crèverais tes yeux, et tu pleureras silencieusement dans l'obscurité la plus complète. Tu ne seras plus qu'un tronc de chair au fond d'une cellule abandonnée, et nul ne viendra jamais te sauver. Je n'oublierais cependant jamais de te nourrir. Puis, une fois que quelques décennies se seront déroulées, peut-être un siècle ou deux même, je te rendrais visite et t'achèverais. Est-ce là le destin que tu souhaite, petite Kuchiki ? »

« N-Non… » je bafouille désespérément. « S'il vous plaît, laissez-moi juste tranquille… »

« Je te propose une autre option, à toi t'avoir l'intelligence de la choisir. Offre-moi les réponses adéquates aux questions que je te poserais et Inoue viendra te rafistoler en un seul morceau une fois que nous en aurons fini toi et moi. Avise-toi de refuser, eh bien… tu connais la suite. Donc – reprenons, si tu veux bien. Quel est le nom des deux petites sœurs d'Ichigo Kurosaki ? »

Chacun de mes muscles, chacun de mes nerfs, chacune de mes respirations est marqué par l'horreur qui me possède. Je pleure d'autant plus fort.

« Je ne peux pas… »

« Nan. Ça, c'est une mauvaise réponse. » rétorque-t-il, en empoignant de force l'une de mes mains.

Je tente de me débattre par réflex, mais –

Le contact glacé de la lame de Shinzô, appuyé contre la naissance de mon petit doigt, m'ôte toute envie d'en faire autant. Il émet un bref ricanement, puis murmure avec perversité :

« Quel est le nom des deux petites sœurs d'Ichigo Kurosaki ? »

« Non… »

« Mauvaise réponse. Encore. »

Et mon petit doigt tombe au sol. Juste comme ça.

Coupé.

Non.

NON.

Je hurle à nouveau, ruant à nouveau en mugissant avec toute la hargne que ma voix conserve encore : « ESPÈCE DE MALADE, JE VAIS VOUS TUER, VOUS M'ENTENDEZ, JE VAIS VOUS TUER ! »

Tout vacille sous mes yeux.

Et je cède, je cède.

Ichimaru demeure calme, gardant ma main blessée serrée dans la sienne.

Et le sang ruisselle le long de l'amputation, du sang chaud, et la nausée me gagne, je respire si mal, je – je –

Je le hais tant.

Ohmondieuohmondieuohmondieu.

Il ne plaisante donc pas, il compte RÉELLEMENT faire de moi sa suppliciée, me découper morceau par morceau jusqu'à la toute fin.

« Quel est le nom des deux petites sœurs d'Ichigo Kurosaki ? »

Dis-le, dis-le, dis-le !

« Arrêtez ça… arrêtez… »

« Nan, je doute qu'elles se nomment ainsi. »

Maintenant, l'annulaire.

TROP DE DOULEUR. Elle va me rendre FOLLE.

Coupé lui aussi.

Dans sa chute, il rejoint mon petit doigt contre le bitume.

Un cri animal, dément, irrationnel franchit le pas de mes lèvres.

Et je sanglote, je SANGLOTE. Si fort.

Dis-le, dis-le, dis-le !

La lame glisse vers la naissance de mon majeur. Il compte le trancher à son tour. Il compte réaliser chacune de ses promesses, et pire encore. Il n'arrêtera pas. Aucune de mes supplications, aucun de mes cris de haine, aucun de mes pleurs n'y changera quelque chose.

« Quel est le nom des deux petites sœurs d'Ichigo Kurosaki ? »

Dis-le, dis-le-dis-le !

« KARIN ET YUZU ! » je hurle, à bout.

Ça y est.

C'est la fin.

Putain…

Mes paupières se closent sous le coup de la honte, de cette atroce culpabilité qui commence déjà à me ronger les poumons, à cogner les parois de ma tête, et je – je ne peux pas en faire autrement. J'avais trop mal… J'avais trop peur…

Il a eu ce qu'il souhaitait de moi.

Je viens de trahir Ichigo.

Je viens de trahir mes convictions les plus profondes.

Putain…

Ichimaru exhale un ricanement moqueur, ce son si familier et si atroce qui réduit en morceaux mes dernières défenses. Son visage approche du mien, ses lèvres froides brossant ma joue, puis le creux de mon oreille.

« Nous y voilà. Enfin quelque chose de productif au bout d'une demi-heure de travail. »

… Quoi ?

Je bats mes cils gorgés d'eau, absurdement horrifiée par ce détail. Une demi-heure ? Tout ça n'a duré qu'une demi-heure ?

Et moi qui croyais avoir enduré cette torture depuis des heures et des heures…

Quelle idiote.

Un rire dément m'échappe, tandis que le contact glacé de la lame se soustrait loin de mes doigts, et je me laisse échouer sur le dos.

Ma poitrine se soulève sous la violence de mes sanglots, et je ne peux pas…

Je suis bien incapable de faire face à la triste réalité.

Pourtant, il en est ainsi.

Ichimaru m'a vaincue.

Je ne lui ai résisté qu'une pauvre petite demi-heure, avant de jeter au feu ce qui m'était précieux. Avant d'agir comme la dernière des plus pitoyables créatures que puisse compter cet univers.

Ichigo, Renji, Nii-sama…

Ils ne me pardonneront jamais pour cela.

« Ne t'arrête donc pas là, ma petite Kuchiki, maintenant que nous sommes si bien lancés. » susurre-t-il dans l'ombre. « Je suis certain qu'il y a tant de choses à dire à leur propos. »

Tentant d'échapper à la vision insupportable qu'il m'offre dans son ensemble, sourire affreux et habits d'un blanc impeccable tandis que je gis contre le bitume, masse d'os brisés, de membres tranchés et de plaies suintantes, collier de chien au cou, je passe mon bras encore valide devant mes yeux.

Je veux retourner à la maison.

Je veux que tout ceci ne soit rien de plus qu'un cauchemar un peu trop réaliste.

« Laissez-moi tranquille… laissez-moi mourir. »

Car, à cet instant-ci, il n'y a rien de plus libérateur à mes yeux qu'être emportée par la mort. Je ne veux plus… rien. Sinon cesser de souffrir continuellement, au nom de raisons si futiles, si absurdes. Sinon m'en aller.

« À moins que tu ne souhaite dire adieu à tes doigts restants, il serait dans ton intérêt de coopérer. »

J'émets un rire sifflant.

« À quoi bon ? Tôt ou tard, Inoue me rendra mes membres perdus. Elle le fera forcément, c'est mon amie. »

« Les pouvoirs d'Orihime-chan ne dépendent dès à présent plus de sa propre volonté. Afin que ta vie soit épargnée suite à ta capture, elle a consenti à se sceller par le revers du Hogyokou à notre cher Sôsuke-kun. Corps et âme, elle lui appartient désormais et ne peut faire démonstration de ses capacités de guérisseuse sans son accord. Par conséquent – eh bien, considère davantage ton amie comme le bras droit d'Aizen que comme ton alliée à Las Noches. Tu ferais mieux de voir les choses ainsi, ma douce. »

Oh mon dieu…

La culpabilité bloque ma gorge, m'empêchant durant un moment de respirer.

Orihime a sacrifié sa liberté. Pour moi. Pour cette fille froide et distante qu'elle ne connaissait, au fond, que très peu, moi.

Et moi… afin de la remercier, je viens de céder aux brimades d'Ichimaru et désire à présent mourir, la laisser seule au fond de ce trou à rats. Je ne le peux. Je me dois de faire honneur à son sacrifice.

« Traduction : coopère avec Aizen et il t'offrira les soins que tu mérites ou non. » ricane l'ex-capitaine de la Troisième division.

« Que… que voulez-vous que je fasse, bordel ? »

Avec un mélange de répulsif épidermique et de crainte disproportionnée, je l'observe rengainer son zanpakutô à sa ceinture et concentrer son attention cruelle sur ma personne. Il jubile ouvertement à l'idée de ne pas en avoir terminé avec moi, à la simple notion de torture.

Un frisson me traverse.

Le défi qui coulait dans chacun de mes mots, une demi-heure plus tôt, a laissé place à une résignation craintive. Je ne suis plus qu'un animal apeuré qui fuit la douleur.

« À présent, tu vas me dire tout ce que tu sais au sujet de ces petites Karin et Yuzu Kurosaki. »

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Je retombe contre le sol, la gorge enrouée d'avoir trop hurlé, d'avoir trop pleuré. Mes yeux sont incendiés. Je tremble de tous mes membres, persuadée que je ne vais tarder à vomir – alors que je n'ai rien avalé depuis près de vingt-quatre heures !

C'est terminé, néanmoins. Il en a fini avec moi pour le moment.

Ça a été si long – une durée interminable, probablement des heures et des heures, et cette fois-ci j'en suis certaine. Il en a apprécié chaque minute, chaque seconde, s'amusant de mes tourments et jouant avec mes craintes les plus horribles.

Au début, j'ai tenté de résister une nouvelle fois pour la forme. Jouer aux dures, prétendre que rien ne m'arrachait plus la moindre crainte. Il a réduit en lambeaux cette prétendue armure en moins de cinq minutes.

Cinq putain de minutes.

Et je n'ai plus cessé de parler depuis. Incapable de me taire, et incapable de proférer des mensonges à cause du collier enserrant ma gorge. Incapable de faire le tri entre ce qui pouvait être avoué et ce qui ne devait l'être.

Il gardait en place ma main blessée au creux de la sienne, en signe d'avertissement. La plupart du temps, cela suffisait.

La caressant gentiment du gras de son pouce dès que je coopérais.

M'arrachant l'ongle de mon majeur l'unique fois où j'ai tenté de retenir le flot d'informations jaillissant compactement hors de ma bouche.

Depuis, je n'ai plus rien tenté.

Rien.

Et je n'ai fait que parler.

J'ai avoué combien Karin et Yuzu étaient différentes. Qu'elles adoraient l'une et l'autre Ichigo. Que c'était parfaitement réciproque. Que Karin jouait au foot. Que Yuzu faisait la cuisine. Qu'elles percevaient toutes deux les âmes à leur façon. Qu'elles s'occupaient de leur père. Que Yuzu adorait le rose. Que Karin n'avait que des garçons pour amis. Qu'elles n'avaient qu'onze ans et s'ilvousplaîtépargnez-les. Qu'elles ignoraient tout du rôle de shinigami remplaçant qu'occupait leur grand frère. Qu'elles ne savaient rien tout court du monde des esprits. Qu'Ichigo ferait n'importe quoi en leur nom. Qu'elles se rendaient une fois par an avec leur frère se recueillir devant la tombe de leur mère.

Je lui ai tout dit.

Et je suis… fatiguée.

Écrasée par la honte. Écrasée par le chagrin. Écrasée par la douleur.

Il a gagné.

« Je n'en attendais pas moins de toi, petite Kuchiki. » chuchote l'ombre blanche au sourire maléfique, penchée sur moi.

Je braque mes yeux étrécis sur sa figure, et ne réponds rien. Car il n'y a plus rien à dire.

Il se retire, et à sa place s'abaisse sur moi un visage plus doux. Plus accueillant. Plus rassurant. Féminin.

Embrouillée par ce que j'ai subi au cours des dernières heures, je mets un certain temps avant de la reconnaître.

« O-Orihime ? » je croasse d'une voix brisée. « Ce… C'est bien toi ? »

« Oh, Rukia… » murmure-t-elle, horrifiée, en me soulevant la nuque et me permettant de me blottir davantage contre son contact.

Elle sent bon la pivoine.

On trouvait des pivoines dans le jardin des Kuchiki.

Je veux retourner à la maison.

Je veux revoir Nii-sama.

Je veux tuer de mes mains Gin Ichimaru et rire à gorge déployée sur son cadavre.

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N'hésitez pas à poster une review, c'est toujours cool.

Lybeah.