Titre : Les Nouvelles Recrues

Disclaimer : Harry Potter et tous ceux qui l'entourent appartiennent à J.K. Rowling. Lomonaaeren est l'auteur de cette fiction, dont je ne suis que la traductrice.

Chapitre Trois – Le lourd et effrayant poids du Passé

« Tu travailles trop ! »

Harry fit semblant de ne pas entendre. Mais quand Ron hurla les mots dans son oreille, il n'eut pas réellement le choix. Il se laissa tomber contre le dossier de sa chaise et cligna des yeux stupidement en direction de son meilleur ami pendant un long moment. Puis il soupira et dit, « Oui, et bien, c'est le but de la formation d'Auror pas vrai ? » et se pencha de nouveau sur la feuille que le Philosophe Inné Pushkin leur avait donnée en Observation. Il n'avait pour l'instant que soixante faits. Il avait besoin d'en trouver quarante avant la fin de la semaine – ou, comme Pushkin l'avait dit à demi-mot, il serait très déçu par Harry.

« Mais travailler autant ramollis ton cerveau. » Ron dansa autour de sa chaise de la même façon qu'il avait dansé autour de la table de la cuisine du Square Grimmaurd le jour où Harry avait reçu sa lettre d'admission. Harry ne put s'empêcher de sourire, en dépit de sa fatigue et son irritation. Peut-être que Ron avait raison. On était seulement mardi, ce qui voulait dire qu'il lui restait trois jours entiers pour trouver les quarante faits dont il avait besoin.

Ignorant la pensée soudaine qu'il serait occupé avec les autres cours pendant la plupart de ces trois jours, il croisa les bras et lança, « Je te défie d'aller dire ça à Hermione. »

Ron soupira lourdement. « Son cerveau est déjà un monstre de nature. Nous ne pouvons pas nous mesurer à elle. » Il tira impatiemment sur le bras d'Harry. « Viens, allons boire un verre à la Tête de Sanglier. »

Harry étouffa un petit rire en se levant pour attraper sa cape. « C'est ça, ton grand acte de rébellion ? Quelque chose qu'on aurait pu faire à Poudlard ? »

« Nous ne sommes pas sensé le faire maintenant, » dit Ron. « Et donne-moi plus de temps. Je suis sûr que je trouverai quelque chose de spectaculaire. » Il tira de nouveau sur le bras d'Harry.

« Couché, Médor, » dit Harry d'un ton grave. « Sois un bon chien et tu pourras avoir des biscuits quand nous rentrerons à la maison. »

« Oh, ferme-là, » dit Ron, mais il ouvrit quand même la porte à Harry pour qu'il sorte de leur chambre.

Ce n'était pas compliqué de quitter les quartiers des étudiants, une fois que vous aviez compris vers où regarder pour trouver les portes secrètes. Harry avait d'abord pensé que les cheminettes étaient vraiment leur seule ouverture vers le monde extérieur, mais Hermione lui avait patiemment expliqué que c'était stupide et dangereux, en vue d'un incident qui condamnerait les cheminées ou empêcherait l'utilisation de magie. Chaque couloir possédait un panneau habilement caché qui s'ouvrait si vous récitiez devant lui un paragraphe du Code d'Ethique des Aurors. Il était fastidieux de trouver quel paragraphe fonctionnait pour le panneau le plus proche de leur chambre, bien sûr, mais un étudiant extrêmement sérieux appelé Darien l'avait découvert après une nuit blanche de lecture, et l'avait communiqué au reste d'entre eux.

Harry pensait que des portes de ce genre ne répondaient pas vraiment à la question d'Hermione à propos d'un incident impliquant un disfonctionnement magique dans le bâtiment, mais il se sentit trop exalté pour s'en soucier quand il plongea dans la fraîcheur nocturne, Ron juste derrière lui. C'était vraiment comme s'il retournait à Poudlard.

Ron lui fit un clin d'œil et désigna sa poche. « Mec, tu as ta cape d'Invisibilité ? »

Harry tapota les poches de sa robe et sentit le tissu soyeux. « Ouais. » La plupart des autres élèves ignorait ceux qui sortaient maintenant, à dix-huit heures, mais rentrer après vingt et une heure était mal vue des étudiants les plus âgés. Probablement parce que la majorité semblait avoir avalé des citrons en guise de petit-déjeuner durant toute l'année précédente, pensa Harry avec rébellion.

Ron sourit. « Allons-y alors ! » Il leva sa baguette et Transplana à la Tête de Sanglier, Harry à deux pas de lui.

Le pub était silencieux quand ils entrèrent, mais Harry repéra immédiatement un visage familier. Il poussa Ron du coude pour qu'il regarde dans la bonne direction. Ron commença aussitôt à agiter les bras pour lui faire signe. « Hagrid ! Hagrid ! Par ici ! »

Hagrid se redressa et les regarda d'un air coupable. L'instant d'après, il semblait réalisait qui ils étaient et leur sourit franchement. « Harry ! » appela-t-il, levant la main. « Ron ! Venez ici, que je vous présente ! » Il se tourna vers la silhouette assise à côté de lui, cachée sous une cape noire elle était trop petite pour être celle de Madame Maxime, comme Harry l'avait d'abord pensé.

Harry frissonna tandis que Ron et lui s'approchaient de la table, le roux mugissant pour du Whisky Pur Feu. Il ne pouvait pas s'en empêcher. Les capes noires lui rappelaient les Mangemorts.

Il se pensait totalement paranoïaque jusqu'à ce qu'il reconnaisse la bosse formée par le coude de Ron sous sa robe. Celui-ci tenait fermement sa baguette. Harry se détendit et se sentit un peu mieux en s'asseyant en face d'Hagrid.

La silhouette encapuchonnée ne releva pas la tête ni ne tenta de se présenter, bien qu'Harry aperçoive une mèche de cheveux blancs et une forte odeur de cheval. Hagrid rayonnait. « Harry, voici Monsieur… »

La silhouette posa une main sur le bras d'Hagrid. Harry essaya de voir à quoi la main ressemblait, mais elle était recouverte par un gant épais.

L'expression joyeuse d'Hagrid se fana et il toussota. « Euh, d'accord. Voici Monsieur, hum, Nemo. »

Harry cligna des yeux. Il avait reconnu le mot, à sa grande surprise. Hermione faisait « un peu de lecture en Latin pour garder mon cerveau occupé, » et il se souvenait avoir vu son dictionnaire ouvert à la page où était défini « nemo ». Qui voulait dire « personne ».

Ron ne sembla se rendre compte de rien. « Enchanté de te rencontrer, Nemo, » dit-il, et il se renfonça dans sa chaise en agitant la main. « C'est impossible d'avoir un service décent ici ? » se plaint-il.

Un serveur à l'air louche leur apporta finalement une bouteille de Whisky Pur Feu. Ron l'ouvrit et se versa un verre qui fit grimacer Harry il était certain que sa gorge serait brûlée s'il essayait la même chose. « Ah, voilà qui est mieux, » dit-il. « Alors, Monsieur Nemo, d'où avez-vous dit que vous veniez ? Vous ne ressemblez pas à un Anglais. »

Harry cacha son sourire derrière son verre. Ron n'était pas idiot, mais faisait très bien semblant de l'être.

Nemo fit un vague mouvement de la main, comme s'il voulait empêcher Ron de le regarder, et eut une toux sèche et grinçante avant de dire, « J'ai beaucoup voyagé en mon temps, y compris en Angleterre. Et je pense que notre affaire se termine ici. » Il se leva et inclina solennellement de la tête en direction d'Hagrid.

Harry se renfonça dans sa chaise dans une imitation de Ron et essaya de se concentrer sur Nemo comme s'il était le sujet d'un de ses cours d'Observation. Qu'est-ce que Pushkin lui avait dit de chercher ? Quels étaient les cinq faits les plus évidents qu'Harry pouvait remarquer sur lui ?

Premièrement. Il gardait sa cape fermement serré atour de lui, de façon à ce qu'aucune partie de son visage ne soit visible. Ce qui suggérait qu'il s'inquiétait qu'on le reconnaisse, peut-être comme non-humain, en voyant seulement une seule de ses caractéristiques, au lieu de simplement cacher une cicatrice.

Deuxièmement. Il était voûté, même après s'être levé. Peut-être était-ce naturel peut-être était-ce pour cacher sa grande taille.

Troisièmement. Une bosse transparaissait dans son dos, jusqu'à ses omoplates. Harry pensait qu'elle venait peut-être d'une tresse.

Quatrièmement. Il avait rendez-vous avec Hagrid. Ce n'était pas une bonne nouvelle, spécialement si on considérait le fait qu'Hagrid avait reçu l'œuf de Norbert de la part de Quirell dans ce même pub.

Cinquièmement. Le bas de sa cape était déchiré, ce qu'Harry avait remarqué seulement quand Nemo s'était retourné pour partir. Les déchirures ressemblaient à des marques de dent. Harry eut un léger sourire. S'il était venu vendre un animal exotique à Hagrid, il n'avait sûrement pas du sortir indemne de se griffes.

« Alors, » dit Hagrid, essayant visiblement d'éloigner leur attention de Nemo. « La formation d'Auror ! Comment ça se passe ? »

Ron commença à parler de la Médecine de Guerre, qui était sa pire matière à cause de son impatience pour faire les bandages, et du fait que l'Auror Guérisseuse Portillo Lopez le critiquait. Harry frotta son genou et pensa parler de Gregory, mais Ron était en plein discours pour le moment, et il ne voulait pas l'interrompre. Hermione était déjà fatiguée de l'entendre se plaindre et lui avait dit de parler d'autre chose, alors Harry s'immergeait dans son travail pour ne pas avoir à l'écouter.

Par ailleurs, il voulait étudier Hagrid.

Hagrid écoutait patiemment, mais sa main voyageait de la table à sa poche, comme s'il voulait s'assurer que quelque chose était toujours là. Harry remarqua ensuite qu'il emportait de petits morceaux de pain et de viande à chaque voyage

Harry se retint de soupirer. Dix contre un qu'il est en train d'enfreindre la loi contre l'élevage expérimental, encore.

« Hagrid, » dit-il paisiblement quand Ron fit une pause pour prendre une gorgée de Whisky Pur Feu. « Vous êtes sûr que tout va bien ? »

Hagrid se tourna vers lui avec un regard mi-paniqué mi-coupable qui ne rassura pas du tout Harry. Mais Hagrid lui fit ensuite un sourire rayonnant et hocha la tête. « Tout va très bien, » dit-il alors que son sourire devenait si immense qu'il n'aurait même pas pu duper le Professeur Trelawney.

« Il n'y a rien du tout dans votre poche, par exemple ? » insista Harry.

Le sourire d'Hagrid s'évanouit, et il tapota sa poche un peu trop fort, provoquant un piaillement indigné. L'instant d'après, la poche s'agita et une tête d'un orange brillant se montra à la lumière. Harry se figea. Elle ressemblait à la tête d'un dragon Boutefeu Chinois, mais avec un bec pointu plutôt qu'un museau, et les pattes qu'ils voyaient dépasser de la poche d'Hagrid étaient des serres d'oiseau.

« Il s'appelle Chester, » se ressaisit aussitôt Hagrid, sur la défensive, posant sa main sur la tête du petit monstre pour le faire re-rentrer dans sa robe. « Sa mère était un dragon et son père un hippogriffe, et ils allaient le tuer juste parce qu'il est ce qu'il est ! Je ne pouvais laisser faire ça, tu comprends ? » Il rapprocha Chester de lui et regarda Harry d'un air implorant.

Harry porta une main à son front et soupira. Il savait qu'il ne devrait vraiment pas laisser Hagrid s'en aller avec Chester. Il allait causer des problèmes, et Hagrid serait de nouveau renvoyé.

D'un autre côté, que se passerait-il s'il le dénonçait ? Chester serait éloigné et exterminé, et Hagrid pourrait être envoyé à Azkaban pour violation des lois sur l'Elevage Expérimental. Ou du moins, il serait soumis à une lourde amende et devrait sans doute quitter son poste de garde-chasse à Poudlard. Harry savait qu'il ne pourrait être heureux nulle part ailleurs, et il manquerait aux Sombrals, à Crockdur et aux hippogriffes.

« Très bien, » dit-il. « Mais assurez-vous de le garder en sécurité et quelque part où il ne pourra faire de mal à personne, Hagrid. »

Hagrid se pencha par-dessus la table et serra Harry si fort que celui-ci suffoqua. « Je savais que tu comprendrais ! » dit-il, essuyant deux grosses larmes afin de pouvoir sourire à Harry. « Tu es un sorcier incroyable, Harry, toujours disposé à aider les autres… »

Harry toussa bruyamment et détourna rapidement la conversation, parce qu'il avait eu son lot d'éloges excessives depuis la guerre, et que Ron commençait à avoir l'air jaloux. « Comment va Olympe ? »

Ecouter Hagrid parler de sa femme n'était pas une diversion des plus plaisantes, mais au moins, cela les éloignait fermement de Chester, et de savoir si oui ou non Harry était un bon sorcier.

OoOoOoO

Des coups sourds et réguliers venant du couloir empêchaient Draco d'étudier la carte de la classe de Stratégies de Bataille qu'il avait créée l'autre jour.

Au bout du cinquième coup, Draco mit la carte de côté, se leva, et se faufila discrètement derrière la porte. Bien qu'il n'ait pas encore réussi à trouver un moyen d'atteindre le balcon auquel Ketchum voulait qu'ils accèdent, il avait appris à se déplacer silencieusement et à tromper de cette façon les autres étudiants. Le Sang-de-Bourbe était un bon professeur si on passait outre ses réflexions cavalières et les stupides discussions sur la culture Moldue qu'il partageait avec Granger.

Quand il put voir à l'extérieur, il dut se retenir contre le mur pour éviter de s'effondrer de rire.

Potter traînait Weasley à travers le couloir. On aurait dit que Weasley avait d'abord essayé de s'appuyer sur son épaule, mais de toute évidence, ils avaient bu trop de Whisky Pur Feu pour ça. Maintenant, Potter tentait de recouvrir Weasley de sa cape d'Invisibilité, mais ses immondes cheveux roux étaient aussi voyants qu'une balise. En plus de ça, Weasley chancelait tellement que Potter devrait sans doute l'enrouler complètement dans la cape pour le garder hors de vue.

« Tiens donc, » dit Draco dans une attitude négligée, les bras et les jambes croisés. « Potter et Weasley dehors après le couvre-feu, visiblement ivres dès la deuxième semaine. »

Potter regarda vers Draco d'un air coupable. Weasley se laissa glisser au sol et resta là, gloussant doucement. Draco sourit. Il pourrait ainsi négocier seul à seul avec Potter, ce qui était largement préférable. Weasley préférait se servir de ses poings, mais Potter était toujours partant pour une insulte ou deux.

Potter pencha la tête en arrière et s'éclaircit la gorge. Sa mâchoire se contracta, et il dit, avec un calme que Draco aurait admiré chez n'importe qui d'autre, « Malfoy. Je suppose que tu es sorti pour avoir un peu de compagnie. »

Draco serra les dents. Tout le monde savait qu'il était le seul étudiant de première année à avoir une chambre privée, pas parce qu'il avait payé, mais parce que le compagnon de chambre qu'on lui avait assigné avait refusé de se mettre avec lui. Il tapota son doigt contre sa joue et pris un air pensif, refusant de perdre son sang-froid comme Potter l'aurait voulu. « Voyons voir. Je crois qu'il existe une liste d'objets qu'un apprenti Auror n'est pas supposé avoir en sa possession. Je crois… oui, je crois que la Cape d'Invisibilité figure sur cette liste. » Il sourit narquoisement et s'appuya contre le mur, attendant ce qu'il pourrait bien répondre à ça.

Potter n'avait de toute évidence rien à répondre. Au lieu de ça, il fixa ses pieds et lâcha un profond et bruyant soupir. « Qu'est-ce que tu veux, Malfoy ? »

Draco se figea, surpris. Potter n'était pas supposé abandonner si rapidement, alors il n'avait pas pensé à ce qu'il pourrait, à contrecœur bien sûr, lui offrir.

Il le détailla rapidement, conscient du besoin de quitter le couloir avant qu'un quelconque deuxième année ne vienne traîner par ici. Quel dommage il aurait préféré prendre son temps pour étudier son visage plein de défi, toujours marqué par la cicatrice sur son front, et ses yeux vers colériques.

« Des leçons de duels privées, » dit-il finalement, espérant avoir l'air aussi adulte qu'il l'aurait voulu.

Potter plissa les yeux. « Je te demande pardon ? »

« Nous n'allons pas commencer les duels avant l'année prochaine, » dit Draco, « et je ne veux pas attendre aussi longtemps. Je sais qu'à Poudlard, tu enseignais quelques trucs aux membres de ton petit club. Je veux savoir ce que tu leur as appris. »

Potter se passa pensivement la main dans les cheveux. Draco du regarder ailleurs avant qu'un tel désordre ne le rende réellement malade. « Je ne leur ai pas appris grand-chose, Malfoy, » dit finalement Potter. « Le Patronus, et quelques sorts de défense basiques. Tu en apprendras probablement autant pendant le cours de Dearborn. »

Draco le fixa, appréciant le rare sentiment d'avoir les pleins pouvoirs sur Potter. « Eh bien, tu te débrouilleras pour trouver d'autres choses à m'apprendre, pas vrai ? »

La mâchoire de Potter se contracta. Draco ricana. Pendant un instant, il regarda pensivement en direction de la cape d'Invisibilité serrée dans la main de Potter, et pensa lui demander de la lui prêter, mais il ne la donnerait sans doute pas sans se plaindre, ce qui pourrait attirer l'attention des autres étudiants. En plus, il y avait toutes les chances pour qu'il rapporte que Draco possédait des objets interdits pendant qu'il l'aurait en sa possession. Draco n'avait pas pour habitude de faciliter la tâche à ses adversaires.

« Très bien, » répondit finalement Potter, d'un ton coupant laissant supposer qu'il se rendait compte du temps que lui prendrait un tel engagement, en plus des autres cours. « Quand veux-tu faire ça ? »

« Le mercredi soir sera parfait pour moi, » dit Draco, et Potter eut une grimace résigné c'était le lendemain. Mais il acquiesça. « Et je pense qu'on devrait travailler dans ma chambre, puisque comme tu l'as fait remarquer, c'est un lieu privé dans lequel personne ne risque de nous déranger. »

Potter l'étudia minutieusement pendant encore un petit moment, puis acquiesça de nouveau. « Ouais, Malfoy, c'est d'accord. Et en échange, tu ne dis à personne que tu nous as vus dehors. » Il recula d'un pas, comme s'il allait dans l'instant s'engager dans un duel avec Draco pour s'assurer de son silence.

Draco recula à son tour et leva les mains. « Tu vois ? J'ai passé la soirée à travailler dans ma chambre et essayer de m'améliorer. Ce pourquoi, » ne put-il s'empêcher d'ajouter, « nous sommes , et pas pour tester notre endurance au Whisky Pur Feu. »

Potter lui répondit par un maigre sourire et traîna Weasley jusque dans leur chambre, lançant également la cape à l'intérieur, avant de fermer la porte. « Fais donc en sorte que ce soit réel, » dit-il, appuyé contre la porte, la main sur sa baguette.

Draco éclata de rire. Potter protégeait héroïquement son pote bourré de Draco, toujours dehors, mais s'il avait eut une meilleure connaissance des Serpentards, il se serait rendu compte que le blond n'avait aucun intérêt à le tourmenter une fois le marché conclu. « Alors, à plus tard Potter, » dit-il avec un bref salut avant de retourner vers sa chambre.

Un coup encore plus bruyant retentit au fond du couloir.

Draco se retourna aussitôt, sortant sa baguette de sa manche sans même y penser. Un instant plus tard, sa perception rejoint son instinct et il frémit. Une odeur nauséabonde de magie noire venait de la direction du bruit, si forte qu'elle enveloppa Draco comme un liquide poisseux. Il toussa et couvrit sa bouche de son bras pour atténuer l'odeur. Si le Seigneur des Ténèbres ou les Mangemorts l'avaient entendu tousser comme ça pendant les séances de tortures auxquels il avait assistés, il serait sans doute mort.

« Qu'est-ce que c'est que ça ? »

Draco eut au moins le plaisir de constater que Potter avait pensé à baisser la voix. Sa main droite était sur sa baguette, la gauche pressée contre son front. Quand il l'écarta pour se mettre dans une meilleure position de combat, Draco put voir que sa cicatrice était d'un rouge brillant. Il se glaça de terreur. La probabilité que Potter n'ait pas vraiment réussi à tuer le Mage Noir le submergea, et il se retrouva paralysé.

Potter lui jeta un coup d'œil et secoua la tête, semblant interpréter correctement l'expression de son visage – ce qui était un miracle, en soi. « Ce n'est pas ce que tu crois, Malfoy, » chuchota-t-il. « Depuis la mort de Voldemort, ma cicatrice réagit à n'importe quelle forme de magie noire. Je te promets qu'il est mort. » Il hésita puis posa la paume de sa main sur l'épaule de Draco pendant un instant, le secouant légèrement. « Je vais voir ce qu'il se passe. Retourne dans ta chambre. Alerte quelqu'un, peut-être. » Il commença à avancer doucement, tendu et silencieux.

Draco respira profondément et retrouva un peu de fierté quand l'image du Mage Noir posté dans le couloir et prêt à le punir disparut de son esprit. Sa fierté se changea rapidement en humiliation. Potter l'avait vu terrifié. Draco devait faire quelque chose, ou bien Potter le verrait de cette façon à chaque fois qu'il le regarderait.

« Je viens avec toi, » dit-il, et il commença à suivre Potter.

Celui-ci regarda par-dessus son épaule en pinçant les lèvres, mais sembla comprendre que c'était stupide d'essayer de le faire changer d'avis. Au lieu de ça, il hocha la tête et continua à avancer, agitant sa baguette devant lui. Il devait avoir lancé un sort de Désillusionnement informulé, puisque sa silhouette s'atténua un instant plus tard. Draco murmura à son tour le sort – il n'avait pas encore appris à la pratiquer en informulé – et se glissa à la suite de Potter alors qu'il prenait effet.

Potter amena sa bouche près de l'oreille de Draco, le faisant frissonner. Il n'avait pas été aussi proche de lui depuis qu'ils étaient devenus adultes et que leurs magies avaient atteint leur pleine maturité. C'était comme se retrouver immergé dans un cocon d'eau chaude. Peut-être que Potter pouvait lui aussi sentir la magie de Draco, parce qu'il hésita inexplicablement avant de murmurer, « Juste au coin, je pense. La Magie Noire devient de plus en plus forte. »

Draco approuva. Il était sur le point de retenir son souffle c'était une torture de continuer à respirer un tel air vicié. Il se rapprocha légèrement de Potter, et la magie du brun l'entoura pour l'accueillir. L'air qu'il respira ensuite lui sembla plus doux.

En dépit de la situation, Draco ne put s'empêcher de fermer les yeux d'incrédulité. La première personne à avoir une magie compatible avec la sienne se devait d'être ce putain d'Harry Potter.

Le brun, d'après ce qu'il pouvait en voir, ne semblait pas connaître l'origine du bien-être qu'il ressentait près de Draco, si la façon dont il le regardait pouvait être une quelconque indication. Mais il se retourna rapidement vers la menace à laquelle ils devaient faire face, agrippa sa baguette et avança. Draco hésita un bref instant seulement avant de le suivre.

Le spectacle qui les attendait au détour du couloir fit stopper Draco. Son cœur battait si fort dans sa poitrine qu'il crut s'évanouir, l'air de nouveau irrespirable malgré la proximité de Potter.

Cette section du bâtiment était large et dégagée, formant une longue étendue de mur blanc entre la fin des chambres des premières années et le début de celles qui appartenaient aux étudiants de deuxième année. Un excellent choix pour quelqu'un cherchant à attirer l'attention – et il suffit à Draco d'un seul regard pour être sûr que c'était exactement le cas.

D'un côté du mur se trouvait une immonde illusion d'un homme pendu tordu en tout sens, la tête reposant sur son épaule, la langue noire et gonflée. Ses jambes étaient boursouflées et flottantes, comme s'il avait été noyé avant la pendaison. La corde qui le maintenait était un serpent étranglé, lui-même mort et parsemé de nombreuses blessures. Si Draco n'avait pas remarqué dès le départ la transparence indiquant qu'il avait affaire à une illusion, ainsi que le fait que le serpent soit simplement suspendu dans les airs et non pas accroché quelque part, il se serait enfui en hurlant.

Sur le mur lui-même étaient tracées cinq énormes lettres, dans un liquide d'une couleur oscillant entre le noir et le rouge, comme un mélange d'essence et de sang. NIHIL.

Le mot Latin pour « rien », comme Draco le savait. Il se raccrocha à ses connaissances pour contenir le cri qui semblait malgré tout vouloir sortir de sa gorge.

Potter pris une inspiration profonde et étranglée, puis se plaça devant Draco et agita sa baguette en direction de l'illusion du pendu. « Finite Incantatem, » dit-il.

L'illusion se dispersa en particules noires frémissantes qui foncèrent droit sur eux. Draco se colla contre Potter, couvrant sa tête de façon à ce que son nez et sa bouche soit à l'abri dans la cape du brun. Il ne voulait pas respirer encore davantage de magie noire.

Potter rugit un autre Finite, et sa magie se diffusa autour de Draco comme le faisceau d'un rayon de soleil. Quand il osa relever la tête de son refuge, la magie noire s'était évanouie.

Les lettres au mur brillèrent encore un moment avant de se dissoudre, s'égouttant en un liquide goudronneux qui disparut dans l'ombre. En un instant, tout avait disparu.

Potter resta immobile, la respiration hachée. Draco s'appuya contre lui, une main cramponnée à son épaule, et se demanda si ses pouvoirs étaient opposés à la magie noire en général, et pas seulement à celle du Seigneur des Ténèbres.

Ensuite, inévitablement, les portes s'ouvrirent à la volée le long du couloir, des voix commencèrent à les invectiver, et ils durent faire face aux conséquences d'être des héros.