Rappel : Rose a eu un accident. Le Docteur, qui lui a sauvé la vie in-extremis se montre distant quand elle se réveille miraculeusement : il a peur de la perdre d'une façon brutale, de ne pas être à la hauteur. Elle rentre chez elle et lorsqu'elle se réveille, elle est persuadée que son Docteur est parti et que l'homme avec elle n'est qu'un imposteur.
Bonne lecture :)
Chapitre 3 :
Ces cauchemars.
Encore ces cauchemars.
Le Docteur avait l'impression que jamais ils ne cesseraient. Combien de fois se réveilleraient-ils, le front en sueur, les yeux larmoyants, avant que la folie ne devienne son ultime refuge ?
Son humanité l'avait rempli d'espoir. Et si l'accident avait tout rasé, le premier arrêt cardiaque de son amie avait privé toutes ses chances de rédemption. Il avait failli la perdre. Il pouvait encore la perdre. Elle n'était sauve nulle part, elle était même plus en danger qu'auparavant. Pas plus forte et lui, plus faible, n'avait d'armes ni de boucliers pour la défendre.
La plus belle chose qu'il avait était à la merci du premier fou.
Et cette idée le plongeait dans une démence sans précédent : humain. Comme si avoir la possibilité de vieillir avec elle était une garantie inviolable ; il y avait cru. Il se rendait compte de la supercherie, à présent. Leur chance d'être ensemble était juste plus grande, pas sans failles. Pas sans risques. Pas sans probabilité de chutes.
Avant, ses cauchemars étaient violents : entre le traumatisme de la Guerre du Temps, les déceptions de sa longue existence, la peur d'être seul, la haine dévastatrice et la tristesse que chaque perte lui avait causé, ils étaient légitimes. Maintenant, ses tourments avaient pris la forme de mangeurs d'âmes sans scrupules et ses nuits subissaient les jeux pervers de son esprit détraqué. Chaque rêve le dépouillait plus encore que le précédent. Et toujours plus vivants, toujours plus réels, il s'était mis à y croire. A sombrer.
Pour oublier, pour ne pas s'égarer plus encore dans cette tempête sans fin, il s'était focalisé sur la guérison de Rose et sur les plans du TARDIS. Une belle avancée, par ailleurs ; une belle avancée vers l'échec. Les plans étaient faciles à dessiner, la réalisation, tellement plus dure à mettre en place…
Il s'en arrachait les cheveux.
Depuis que Rose était sortie du coma, il l'évitait. La simple idée de la croiser le pétrifiait d'effroi : il avait peur de ne pas être à la hauteur. Pire : il avait peur de ne plus être à la hauteur et de l'entendre le lui dire.
Rose. Sa Rose. Celle qui, un jour après leurs retrouvailles, était presque morte dans ses bras. De rage, il poussa un cri et balaya la table d'un revers de main. Ses feuilles, ses outils, tout tomba par terre. Le Docteur se cogna le crâne de la paume de sa main, indécis : que faire ? Que devait-il faire pour qu'elle puisse s'en sortir ?
- Euh… Ça va ?
Il sursauta, ses pensées brutalement interrompues et se retourna vers Rose, qu'il n'avait entendue entrer.
- Tu veux que je repasse plus tard ?
Le voyageur grimaça.
- Qu'est-ce que tu fais ici ? demanda-t-il.
- Je me suis dit que tu avais peut-être faim. Je ne t'ai pas vu depuis que je suis rentrée.
Elle déposa devant lui un cornet de fish and chips fraîchement acheté : la fumée torturait son estomac qui n'avait mangé depuis plusieurs jours, il était horriblement affamé.
- Merci, fit-il en piochant une frite.
Un grand sourire illumina le visage de la blonde, merveilleusement manipulé par la comédienne en herbe qu'elle était : parce qu'elle ne ressentait absolument pas ce dont elle mimait. Elle avait seulement promis à sa mère de prendre sur elle : d'après cette dernière, sa fille « rayonnait » en présence du Docteur et se devait de tout faire pour récupérer cette suffisance. De prendre sur elle et d'oublier qu'il n'était qu'une ombre de celui qu'elle voulait vraiment. Un imposteur. Jackie justifiait l'étrange comportement de ce John Smith par une difficulté d'acclimatation, une crise identitaire -il s'était métamorphosé en être humain, tout de même-. Rose le trouvait froid, si froid. Si loin d'être l'homme chaleureux aux douze vies, avide de découvertes et d'aventures. Si loin d'être l'homme qui ne passait pas une journée sans chercher une nouvelle façon de la faire rire.
- Ton père n'a pas modifié ton accréditation ?
La Londonienne soupira : son accident lui avait fait coûter sa place à Torchwood de justesse. Perdant son poste de leader sur le terrain et l'accès aux archives 3, 4 et 5, elle avait donc la formelle interdiction de venir le rejoindre -son hangar se trouvait dans cette dernière-.
- Si, mais… Il m'a laissée passer, juste cette fois-ci. C'était pour te rejoindre, de toute façon.
Elle y avait été forcée, surtout. Revoir son visage, ce visage, la faisait horriblement souffrir : d'elle-même, elle ne serait jamais venue.
- Tu faisais quoi ? s'intéressa-t-elle.
Elle allait jeter un coup d'œil aux papiers qu'elle venait de ramasser quand il les lui arracha des mains.
- Ce ne sont que des brouillons, grommela-t-il avant de les chiffonner grossièrement et de les envoyer dans la corbeille déjà bien remplie.
- Tu m'as dit que t'avais fini ?
- Je m'étais trompé. Il y a toujours une erreur de toute façon.
- Fais une pause ?
- Rose, je n'ai pas l'impression que tu comprennes. On pourra faire n'importe quoi une fois le TARDIS arrivé à maturité, en attendant…
Cette dernière laissa échapper un bruyant soufflement, loin d'être flegmatique. Se maudissant pour son manque de discrétion, elle se força à sourire. Mais la pièce ne récupéra pas sa chaleur apparente.
Un silence gênant s'installa entre les deux voyageurs, aucun d'eux n'osaient regarder l'autre dans les yeux.
- Je dois y aller, de toute façon. Tu seras là, ce soir, j'espère ?
- Ce soir ?
- Ma fête d'anniversaire. Maman insiste, tu la connais.
Il allait gentiment décliner son offre, par besoin d'être seul -loin d'elle, plus précisément-, mais sa mine blessée l'en empêcha.
- A quelle heure ? soupira-t-il.
- 20h.
- D'accord.
- Ok. A plus ! Et… Bon appétit.
Elle disparut, il se laissa tomber sur la chaise. L'envie de la rejoindre, de s'excuser, de s'expliquer était forte mais la plaie purulente qui blessait son cœur exterminait toute trace de courage.
Reprenant ses crayons, sa règle, ses précédents brouillons, calculs et une énième feuille blanche, il esquissa de nouveaux plans, mettant le maximum d'efforts à l'acte. Mais la jeune femme ne quittait ses pensées : alors il ferma les yeux et se remémora d'anciens souvenirs avec elle, les plus beaux, les plus drôles, les plus troublants. Leur passé lui manquait, peut-être autant que sa liberté : ils avaient eu des instants si bons qu'ils en devenaient presque obsessionnels.
Si seulement, tout pouvait redevenir comme avant…
Il mangea sans grand appétit, son déjeuner maintenant froid et se perdit dans ses réflexions, unique moyen d'oublier leur situation. Si bien que lorsqu'il arriva au manoir des Tyler, après avoir laissé le temps filer sans un regard vers celui-ci, l'heure du rendez-vous était bien largement dépassée.
- Où étiez-vous ?
L'interpellé sortit de sa voiture et fut accueilli par une Jackie furibonde.
- Je n'avais pas vu, je suis désolé, s'excusa-t-il confus.
La mère de famille croisa les bras devant sa poitrine et l'obligeait à la suivre loin des oreilles indiscrètes.
- Ce n'est pas à moi qu'il faut le dire. Docteur, elle a besoin de voir que vous êtes le même, ne serait-ce que d'y croire ! Vous devez être là pour elle, plus que jamais.
- Elle sait très bien qui je suis ?
- Non, elle ne le sait pas ! Elle ne comprend pas vos agissements, ignore pourquoi vous êtes distant avec elle ! Remuez-vous un peu, vous êtes en train de la perdre !
Dans sa main, elle glissa une enveloppe.
- Vous partez demain à Paris, pour deux nuits. Pete a déjà tout prévu, il vous a posé vos congés, a réservé votre chambre. Votre avion décollera à 10h40 de Gatwick, vous avez deux heures de vol. Un taxi vous attendra à l'aéroport. J'espère que vous profiterez de l'occasion pour vous racheter.
Le médecin la prit, indécis. Mais ils ne lui donnaient clairement pas le choix.
- Pourquoi m'aidez-vous ?
- Ce n'est pas vous que j'aide. C'est ma fille. Elle n'est heureuse qu'avec son Docteur et ces trois dernières années… ça n'a été facile pour personne. Ne la faites pas souffrir davantage, sinon…
Sa menace le fit frissonner. Elle était plus que sérieuse, il le savait très bien : Jacqueline Tyler pouvait être particulièrement terrifiante.
- Je me fiche de qui vous êtes, que vous soyez un héros, un guerrier, un meurtrier, conclut-elle en un murmure presque inaudible. Blessez-la et vous aurez affaire à moi. Montez la voir avant qu'il ne soit trop tard, continua-t-elle plus haut. Elle risque de vous en vouloir si elle apprend que vous l'avez oubliée.
Le malheureux déglutit et se dirigea vers la grande demeure, d'un pas pressé.
Le dernier invité était parti il y a cinq minutes. A la fin, Rose avait cessé d'espérer l'arrivée du Docteur, elle ne s'était pas trompée. Après s'être réfugiée dans sa chambre et avoir enlevé ses talons, elle se jeta sur le lit, dépitée. Ça en devenait presque ridicule. Observant l'unique photo qui restait de son alien, des larmes nostalgiques piquèrent ses yeux : comment en étaient-ils arrivés là ? Leurs sourires, à des lieux de se douter de leur tragédie, brillaient comme des soleils ; deux rayons brûlants comme l'acide, perforant son cœur.
Quelqu'un frappa à la porte, elle battit des cils pour gommer sa tristesse.
- Entre !
S'attendant à voir sa mère, son père ou son frère, elle fut réellement surprise de voir le Gallifreyien.
- Tiens, un fantôme ! T'es venu, finalement ?
- Je suis désolé. Vraiment désolé.
- Ouais, c'est ça.
Elle détacha ses cheveux et se planta face à lui.
- Ce n'est pas grave, c'était ennuyeux de toute façon. Tu n'as rien raté. Qu'est-ce que tu veux ?
Si son ton était avenant, son ombre, plus sèche qu'un désert, révélait clairement l'état d'esprit de sa locutrice : la colère n'était qu'un symptôme de son chagrin. Il le savait mieux que quiconque, il réagissait de la même façon.
Non. Ça n'allait plus, il ne voulait pas la blesser. Jamais ça n'avait été son intention. Il voulait juste… Qu'elle ne parte plus jamais. Qu'elle soit à ses côtés jusqu'à la fin.
- T'offrir ton cadeau.
- Un cadeau ? J'aurais plutôt préféré que tu sois là.
Elle devait se contrôler mais les mots étaient plus forts que tout. Son unique envie était de lui hurler de la laisser tranquille, de faire en sorte qu'il éteigne cette flamme qui l'empêchait d'avancer ; encore une fois, elle maudissait son cœur et ses penchants pour les hommes impossibles.
- Pardon, s'excusa-t-elle. Je suis juste fatiguée.
Fatiguée de jouer à ce jeu perdu d'avance.
Le Docteur vit les émotions traverser ses yeux.
- Rose.
Il frôla ses doigts avant de se décider à la prendre contre lui. Il était en manque de sa chaleur, de son odeur. De ses sourires. De tout ce qu'elle était et qui s'était enfui loin de lui.
Contre toute attente, ses bras se refermèrent autour de lui. Un soulagement sans précédent traversa tout son être, il la serra de toutes ses forces. Ça lui avait manqué. Terriblement manqué. Ses cheveux et son parfum fruité, ses mains blotties sous sa crinière blonde, les siennes enserrant sa taille. Il posa sa joue sur le sommet de son crâne et se laissa aller, les yeux fermés. C'était si bon, si addictif. Pendant un court instant, il fit le vœu que jamais cette étreinte ne se termine. Elle était là. Elle était encore là. Il pouvait très bien entendre leurs cœurs se réclamer, se toucher, presque.
- Nous partons demain en voyage, murmura-t-il après plusieurs minutes d'un silence régénérateur. A Paris.
Elle s'éloigna brusquement de lui, les sourcils froncés.
- Quoi ?!
- Tes parents ont déjà tout organisé, je n'avais plus qu'à dire oui. J'espère que tu feras de même ?
Sous la surprise, sa bouche restait grande ouverte, arrachant un rire au Docteur.
Il en profita pour sortir de sa poche, un collier dont le pendentif, un petit sablier, pendait sur une chaine en argent.
- Et ça… C'est pour ton anniversaire. Je l'ai toujours eu, ce n'est pas grande chose ; sur Gallifrey, ça ne vaut rien.
Il sourit.
- Une légende raconte que quiconque possèderait des grains de ce sable serait protéger de tout malheur. Il appartenait à ma mère, avant, concéda-t-il hésitant. Je n'y crois pas trop, puis ça ne l'a pas empêché de mourir jeune mais je me suis dit qu'il t'irait bien. Que peut-être, il te plairait.
Il le lui passa autour du cou malgré sa réticence et la regarda gravement. Parle-lui !
- Une autre chose avant de t'entendre protester. Enfin, deux. La première est que je souhaite sincèrement que tu le gardes. Je pensais te l'offrir depuis quelques temps déjà, avant même que nous nous retrouvions séparés, il est donc normal que tu le récupères. C'est ce que l'Autre aurait voulu. La deuxième chose est plus délicate mais ne me coupe pas et évite de me regarder comme ça, sinon, je n'y arriverai pas. Tu me manques, Rose. Notre amitié me manque. Je sais que ça ne va pas bien, en ce moment, entre nous, mais peut-être que le voyage à Paris nous fera du bien ? Je veux juste que tout redevienne comme avant. Je pense que toi aussi. Ce serait peut-être plus simple si l'on faisait chacun des efforts, tu ne crois pas ?
La Londonienne regarda le pendentif, touchée, gênée par ce présent si particulier : il avait de la valeur et il le lui donnait, à elle. Il appartenait à sa mère ? Jamais il ne lui avait parlé de sa famille, avant ça.
Elle posa sa main sur son visage rugueux, plongeant ses yeux noisette dans les siens chocolats.
Une trêve durant laquelle elle découvrirait son visage ; l'idée était alléchante. Puis elle était excédée de voir des pièges à chaque tournant de sa vie. Si sa mère avait raison et qu'il était vraiment le Docteur ? Elle pourrait être heureuse. Si ce n'était pas le cas… ça allait être terrible pour tout le monde, elle se révélait être particulièrement imprévisible quand elle se noyait dans le désespoir.
- À une seule condition, signa-t-elle : si ça ne marche pas, tu t'effaceras de ma vie. Compris ?
Le quadragénaire avala de travers, pris de court. Jackie avait raison : sa compagne ne croyait pas en lui. Il avait beaucoup de choses à rattraper, apparemment.
- Il n'y a aucune raison pour que cela arrive.
Je suis lui.
- D'accord ? insista-t-elle les dents serrées.
- Marché conclu.
Elle lui sourit poliment puis tristement.
- Et… Merci pour ton cadeau. T'es sûr que… ?
- Rose Tyler, quand est-ce que tu vas enfin m'écouter ? Il est à toi maintenant. Puis je ne le perdrais jamais de vue puisque je te garderai toujours auprès de moi. Alors pourquoi hésiter ? Tu veux que je me batte pour toi, très bien. Mais je n'abandonnerai que lorsque tu ne voudras réellement plus de moi.
oOo
« Mesdames, Messieurs, bonjour. Mon nom est Samantha, je suis votre chef de cabine. Le commandant de bord Mr. Jones et l'ensemble de l'équipage ont le plaisir de vous recevoir à bord de notre compagnie. Nous nous assurerons de votre sécurité et de votre confort durant ce vol à destination de Paris Charles de Gaulle. Le temps de vol est estimé à une heure cinq minutes, avec à l'arrivée, un beau soleil et une température de 13°C. L'utilisation d'appareils électroniques est interdite durant le décollage et l'atterrissage. Veuillez attacher et ajuster votre ceinture de sécurité. Au nom du personnel tout entier, nous vous souhaitons un agréable voyage. »
Rose, excitée, se tourna vers le Docteur.
- J'ai tellement hâte d'y être ! chuchota-t-elle. La dernière fois que j'y suis allée, c'est par une fenêtre temporelle dans un vaisseau spatial du futur, pour prévenir une certaine Madame de Pompadour d'un danger de mort. T'y crois ?
- Oh, passionnant ! Et comment était-elle, cette… Pompadour ?
- Je n'en sais rien, ce n'est pas moi qui ai dansé avec elle.
Le regard de la jeune femme était empli de défi, il lui sourit à pleine dent.
- Tu veux jouer ? Parlons d'Adam !
Elle haussa les sourcils et ne lui répondit pas, amusée. 1-0 pour lui.
Quand ils furent dans le ciel, le sol anglais disparut rapidement. Vint la Manche puis la France, la belle France. Les openfields se dessinaient sous leurs pieds, mêlant le crème des champs de blé au vert des pâturages. Les routes, quelques fois fleuries de villes et villages, ondulaient à travers cet océan de verdure et des forêts, reconnaissables par leurs formes cabossées, ajoutaient des nuances à ce paysage relativement homogène. Parfois, il y eut un nuage qui vint rompre cette harmonie d'une touche blanche, comme un peintre qui, par mégarde, aurait frôlé la toile de son pinceau. Mais l'avion ne volant pas très haut, il n'y en eut pas beaucoup.
Le temps fila rapidement, ils arrivèrent à destination sans même s'en rendre compte : l'aéroport se trouvait au nord de la banlieue parisienne, aucun signe de forte urbanisation n'annonçait l'imminence de l'atterrissage. Une fois immobilisé au sol, le couple quitta le géant de fer et se mêlèrent aux touristes pour récupérer leurs valises.
Lorsque leurs pieds touchèrent le bitume de la sortie, ils allèrent à l'encontre du chauffeur de taxi qui les attendait, une pancarte à la main. Dessus, leurs noms.
- Miss Tyler, Mr. Smith, laissez-moi vous aider.
Il mit les bagages dans le coffre, les permit d'entrer dans sa voiture et démarra le contact. Le trajet jusqu'à l'hôtel fut rapide, la circulation était curieusement fluide pour un début d'après-midi et rien ne vint freiner leur avancée. L'habitacle était animé par les questions/réponses du conducteur et de ses clients, ainsi que par les chansons que recrachait la radio.
- Je vous souhaite un bon séjour, fit-il après les avoir déposés à destination.
Et il partit, le voyant vert allumé.
Un courtier se pressa à leur rencontre et prit leurs valises avec lui pour disparaître dans le bâtiment qui se dressait devant eux.
Les deux jeunes gens se regardèrent, complices, et pénétrèrent ensemble le hall de l'immeuble. Tout comme sa façade, son revêtement était sobre, modeste : ils auraient pu occuper la suite du plus grand hôtel de Paris mais dépenser des milliers pour quelques étoiles ne les intéressaient pas. Tant que le service était de qualité et la tranquillité au rendez-vous, rien d'autre ne comptait.
- John Smith, se présenta le Docteur à l'accueil.
L'hôtesse, une trentenaire tirée à quatre épingles se leva gracieusement à l'entente de son nom. Elle était brune, pas très grande de taille et fraîchement séparée d'après la trace d'alliance à son annulaire et les yeux bouffis que le maquillage ne dissimulait pas entièrement.
- Mr. Smith, nous vous attendions. Suivez-moi, je vous en prie.
Sa langue, tout comme celle du chauffeur de taxi, fourchait sous les notes britanniques que sa bouche devait avoir l'habitude de prononcer. Prenant une carte sous le comptoir et un dossier dans sa main, elle les dirigea vers la cage d'ascenseur et appuya sur le bouton du dernier étage.
Une petite musique d'ambiance les accompagna jusqu'au sommet et quand ils atterrirent à leur palier, ils ne virent qu'une porte au bout d'un long couloir.
- Notre suite présidentielle est certainement l'une des plus belles de Paris.
Rose la regarda étrangement, sans savoir si c'était de l'orgueil, de la présomption ou de la fierté. Pourtant, lorsque la brune eut ouvert la porte, elle ne put que se ranger de son côté.
Ce n'était le frais parfum ni même la clarté du lieu qui vint frapper en premier le couple, c'en était sa beauté ; rien n'était laissé au hasard, chaque futilité embellissait le tableau, vendant le résultat comme une réussite de choix. Les deux compères pourraient en faire des éloges toute la journée s'ils avaient été des critiques et qu'ils étaient venus pour ça. Or, ce n'était pas le cas. Emboîtant le pas de Tamara -d'après le badge sur sa poitrine-, ils entrèrent dans un petit salon, qui mêlait le charme de l'ancien au confort moderne : un canapé crème, cerné de deux fauteuils de même couleur, faisait face à un fantastique écran plat. Au milieu, un tapis bleu pâle immense, sur lequel une table basse en verre trônait. Sur cette dernière, deux télécommandes et un bouquet de roses anciennes. De grands rideaux ceinturaient de larges fenêtres, donnant l'accès à un océan de tuiles et de jardins sur toit ; au fond, la dame de fer. La vue était magnifique et le charme s'opéra aussitôt sur eux.
L'hôtesse d'accueil les guida ensuite à une spacieuse salle de bain, moderne et parfaitement équipée ; Rose en soupira de contentement – « maman aurait tué pour être à ma place, il y a trois ans » -. La visite s'achevât sur la chambre, composée de deux lits jumeaux, collés l'un à l'autre.
- Si vous désirez quoi que ce soit, n'hésitez pas à appeler l'accueil avec le numéro 1. Le code du wifi se trouve sur votre fiche de réservation. Passez un bon séjour parmi nous et un agréable après-midi.
Sur ces mots, elle disparut.
La Londonienne sauta sur son lit, poussant un cri de satisfaction.
- Oh mon dieu, le matelas est trop confortable ! J'ai toujours voulu aller à Paris, c'est génial ! Merci.
- Et si nous allions plutôt manger ? suggéra le Docteur en guise de réponse.
- Où ça ?
- Où tu veux.
Les yeux de la jeune femme esquissèrent une lueur de nostalgie : combien de fois avait-elle eu cette question, combien de fois avait-il eu cette réponse ? Sous ce soleil de nouveautés et d'accommodements surgissait leurs anciennes habitudes, les unes après les autres. Les choses semblaient similaires, à quelques différences près : leur destination n'était pas un point dans l'espace-temps mais un quelque part beaucoup plus limité.
- Surprends-moi.
Ils allèrent déjeuner sous le pont de l'Alma – « ma mère en pleurerait » - après avoir commandé frites et hot-dogs puis se perdirent dans les plus beaux quartiers de la romantique Paris. Les lieux touristiques y passèrent, bien évidement : la tour Eiffel – « C'est un vertige extra-terrestre, tu le savais ? Elle ne sert plus à rien maintenant bien qu'elle ait failli tous vous détruire. » -, les quais de Seine en le bateau-mouche, de Notre Dame jusqu'à la gare d'Orléans en passant par la Conciergerie – « ma petite fille y a été emprisonnée durant le règne de Robespierre, avec… de vieux amis. » -, les bouches de métro, surtout -surtout- ; mais aussi les endroits peu connus, ceux dont l'histoire avait oublié et dont la magie n'en était que plus sincère. Ils ne purent aller partout, Paris étant bien trop grande pour tout visiter en quelques heures et c'était fatigué qu'ils croisèrent, le soir, la route d'un petit restaurant-karaoké. Le cœur en fête, ils se firent entraîner dans cette atmosphère bienveillante, les yeux pleins d'étoiles, la tête emplie des rires de l'autre. Le Docteur se risqua sur scène, chantant « you raise me up » dans une déclaration qu'elle ne sembla pas prendre au sérieux, à son plus grand damne et enfin, quand l'heure du retour sonna, ils rejoignirent leur chambre d'hôtel.
- C'était génial, avoua Rose, alors que chacun se couchait dans son lit respectif.
- Attend demain, ce n'est pas fini.
- Demain ?
- Dors, je ne te dirai rien.
Alors, ils s'endormirent tous les deux, pleins d'images et pleins d'espoirs.
Le lendemain matin, lorsque les premiers rayons du soleil s'engouffraient dans leur chambre, ils étaient déjà prêts à partir.
- Dis-le moi, maintenant !
Rose grincheuse, n'aimant pas être tirée du lit sans raison, passait le temps par une enfilade de questions, tentant de comprendre où ce train les emmenait.
Il répondit par un hochement de tête négatif à chaque fois, la sommant d'être patiente.
- Ça fait plus d'une heure que nous roulons, tu pourrais me donner un indice, au moins ?
Encore une fois, il fit mine de ne pas l'entendre, d'être concentré dans la lecteur de son magazine, amusé de son agacement. Elle expira exagérément, lançant des éclairs faussement furieux.
- Tu retrouveras le sourire bien assez vite et alors, tu me remercieras, lui promit-il en un clin d'œil. Nous arrivons, si cela te rassure.
Encore boudeuse, elle suivit le Docteur et leva le nez vers le nom de l'arrêt.
Alors, ses bras se décroisèrent et sa mauvaise humeur fit place à une joie sans précédent.
- « Marne-la-Vallée Chessy. Parc Disneyland. » Tu te moques de moi ?
Le Gallifreyien, qui n'ignorait en rien ses rêves d'enfants, lui tendit deux billets.
- Joyeux anniversaire, murmura-t-il, les yeux pleins de malices.
Sa compagne ne put refermer sa bouche. N'en croyant pas ses oreilles, elle grimpa les escaliers à la vitesse de la lumière, sortit de la gare en courant et fit quelques mètres : l'accès au parc se dessina devant elle.
- Tu peux m'attendre, ça ne t'est pas interdit !
Un rayon magique frappa l'âme de la jeune femme qui se voyait revenir dans le temps : combien de fois avait-elle espéré venir ici ? Sans crier gare, elle se retourna vers le Docteur, l'approcha d'elle par le col de sa chemise et l'embrassa à pleine bouche.
- Merci. J'ai toujours voulu y aller.
Le sourire du Gallifreyien tomba, un poids écrasa son cœur tandis que la saveur de ses lèvres s'accrochait doucereusement aux siennes.
- Je sais.
Il ne sût que répondre d'autre.
Se laissant trimbaler jusqu'à l'entrée, lentement, son sourire lui revint. Avait-il réussi à la reconquérir ?
- Si j'avais su la récompense, on y serait allé depuis pas mal de temps, plaisanta-t-il.
Pour ce beau week-end de mai, il n'y avait personne ; pas le monde qu'il redoutait, du moins. Que cela ne leur en déplaise ! Le temps d'attente entre chaque attraction n'en était que plus court et la circulation dans l'enceinte, que plus facile. Ils ne revisitèrent pas tous les contes mais les essentiels : les plus réputés, ceux dont la couverture transpirait l'adrénaline ou la magie de Disney. Certaines attractions qu'ils avaient particulièrement appréciées, ils les refirent une deuxième fois.
C'était une belle journée, comme ils n'en avaient pas connue depuis longtemps, source pour les souvenirs à venir ; marquée dans leur mémoire, ils ne risquaient pas d'oublier chacun de ses croustillants détails -qui aurait cru que Rose craindrait des comédiens et des jeux de lumières dans la maison hanté ? ; ou encore, le Docteur, certain que Donald était un alien, passant une grande partie de l'après-midi à lui courir après-. Entre amusement et émerveillement, tous deux se perdaient dans un train de bonne humeur et d'insouciance. Avec le TARDIS et deux cœurs, ils ne se seraient pas sentis mieux, plus proches. Et lorsque le feu d'artifice conclut leur soirée d'une note féerique, ils rentrèrent, regrettant presque que le temps soit passé si vite.
- Merci, chuchota Rose, la tête sur son épaule, alors qu'ils s'endormaient l'un contre l'autre.
- Y'a pas de quoi.
- Non, pas pour ça. Pour être… pour m'être revenue.
Elle y avait cru, hier. Maintenant, elle était certaine que leur guerre était terminée pour quelque chose de mieux. Son combat n'avaient pas été vain, la finalité pouvait être bonne et belle.
Elle ferma les yeux, plus apaisée que jamais et s'endormit la première.
Lui, il n'arrivait à se calmer ; et plus elle se rapprochait de lui, plus ses sourires étaient sincères, plus il en avait peur. Pendant quelques heures, cette crainte s'était amoindrie. Mais la nuit le replongeait dans une froide réalité et la magie de ce week-end fou cessa d'opérer.
Rien n'était gagné ; pire, les enjeux n'en devenaient que plus importants. Cette victoire ne menait qu'à une inévitable défaite. Et son cauchemar prit un malin plaisir à le lui rappeler.
Dans ce rêve-ci, Rose était là. Rose était souvent là, dernièrement. Ils avaient leur nouveau TARDIS, qu'ils venaient de quitter pour visiter cette planète encore inconnue. Ils riaient, ne se souciaient de rien. Puis, le décor changea et vint le feu, la peur. La douleur. Un tambour percutait son pauvre crâne et l'empêchait de voir quoi que ce soit. Pourtant, il devait bouger. Il devait l'aider. Au loin, il vit sa silhouette se dessiner et il l'entendit crier son nom.
- Rose… gémit-il.
Ne la laisse pas. Elle va…
Mais la douleur grandit encore et ses mots s'étouffèrent dans sa gorge. Alors, quelque chose se passa, une explosion, un écran de fumée, il ne sût. Il sût seulement que c'était trop tard.
Juste parce qu'il avait été trop faible, il n'avait pu la sauver.
Le désespoir s'empara de lui et comme si sa défaillance n'était pas assez grande, la scène se modifia légèrement. Il était à ses pieds et se faisait poignarder par son regard empli de haine.
Son cœur se brisa.
« Tout est de ta faute. S'il m'a laissée derrière lui, ce n'est qu'à cause de toi. »
- De quoi tu parles ?
La question sortait d'elle-même alors qu'il ne voulait certainement pas en entendre la réponse. Il la connaissait déjà.
« Regarde-toi. Incapable d'arriver à la cheville de l'homme à qui tu as pris l'identité. Tu ne vaux même pas son ombre ; tu ne vaux rien. Si tu n'avais pas existé, tout aurait été bien mieux. Je serai avec lui. A cause de toi, jamais plus je ne pourrai être heureuse. »
- Rose, je ne voulais…
« Silence. Je sais que tu as fait des efforts, que tu en fais encore. Mais ça ne sera jamais assez. Tu sais pourquoi ? Parce que tout ce que tu es, tout ce que tu m'as pris m'empêchera d'avancer. Ça ne sera jamais assez, parce que tu n'es pas lui. Je ne t'aimerai jamais, John. »
L'homme se réveilla en sursaut, le front en sueur, réveillant par la même occasion sa compagne.
- Hey, ça va ? s'exclama-t-elle, surprise.
Il se redressa, respirant comme si l'air lui manquait. Une douleur, plus forte que le doute, plus forte que la peur, brûlait dans sa poitrine ; la perte.
Il se précipita dans la salle de bain et se passa de l'eau fraîche sur le visage. Mais ça n'allégea pas sa souffrance : parce que tous ces cauchemars où Rose le rejetait, où Rose mourrait, l'avertissaient d'un danger futur. Puis les reproches que cette vision lui faisait, elle les avait déjà pensés, peut-être les pensait-elle encore. Tout n'était que mensonge dans son regard lumineux.
- Tu veux en parler ?
- Non. Non, ça ne va pas et je ne veux certainement pas en parler, la rejeta-t-il sèchement.
Il la poussa plus brutalement qu'il ne l'aurait voulu et se pencha à la lucarne de la fenêtre, cherchant un peu d'air frais. L'espoir. Il était inutile, à présent. Puisqu'il ne menait qu'à un mur de glace.
Resserrant les dents jusqu'à en avoir une violente douleur dans la mâchoire, il se retourna vers l'objet de ses tourments.
- Tu t'attendais à quoi ? Ces dernières années, à tout tenter pour le retrouver ?
- Je… je sais pas, je voulais juste te revoir ?
- Tu voulais repartir avec lui ?
Elle avala sa salive, reculant contre le mur. Bien sûr que oui. Mais elle n'était pas sûre que la vérité ne l'aide. Pour la première fois de sa vie, elle avait peur de lui.
- Ecoute, quoi que ton cauchemar…
- REPONDS-MOI ?!
La jeune femme sentit un mal briser son cœur.
- Oui, mais…
- Tu t'attendais à quoi ? Qu'il te reprenne après t'avoir perdu ?
- Docteur, tu n'es pas dans ton état normal. Je ne sais de quoi tu as rêvé mais…
- Tu pensais qu'il allait t'aimer ? Qu'il allait enfin s'ouvrir à toi ? Tu pensais que parce que vous aviez été séparés quelque temps, il allait t'offrir ses cœurs sur un plateau d'argent ? Tu rêves, Rose. Tu n'étais qu'un problème, parce qu'il s'était attaché à toi et s'attendait à te perdre n'importe quand. Tu n'étais qu'une future douleur.
- Arrête-toi, avant de dire quelque chose que tu regrettes, murmura-t-elle d'une voix coupée, le souffle amer.
- M'arrêter de dire la vérité ? Tu n'es qu'une humaine, lui, un Seigneur du Temps. Une humaine et un Seigneur du Temps ?! Que croyais-tu pouvoir faire, changer le futur, le changer ? Tu croyais à une histoire entre lui et toi ? Tu n'étais qu'un passe-temps. Qu'un animal de compagnie, facilement impressionnable. Vous êtes tous comme ça, les humains. Suffit de parler de voyage à travers le temps et l'espace pour vous avoir à nos pieds. Tu n'étais pas une exception à la règle. S'il tenait vraiment à toi, il aurait cédé à ses désirs et t'aurait gardée avec lui. Je suis désolé Rose, je sais que tu rêvais d'être spéciale. Mais tu n'es pas la seule, il a toute une liste de prénoms, inscrits avant toi, qui avaient le même souhait. Et d'autres noms s'inscriront après le tien. Comme tes prédécesseurs, tu ne seras plus qu'un vilain souvenir.
L'illusion se brisa au fur et à mesure que les phrases s'enchaînaient. Pour n'être que cendres et déception.
Rose s'assit sur son lit, prise de nausée. Ce n'était pas prévu. Ces paroles, cette violence, cette haine dans ses yeux. Bien qu'elle doutât, elle n'avait jamais perdu espoir : si Jackie avait retrouvé son Pete, pourquoi Rose ne pouvait pas retrouver son Docteur ? Ces deux jours avaient été merveilleux. Et voilà qu'il brisait toutes ses espérances à zéro. Avant d'en entendre davantage, elle se réfugia dans la salle de bain et ferma la porte à double-tour. Son portable chargeait, elle le prit, enfila ses écouteurs et passa sa playlist favorite, s'habillant en coup de vent.
Puis s'effondra sur le sol. Ses larmes lui échappèrent, creusant un sillon de douleur le long de ses joues. Elle n'avait rien fait, rien dit pour mériter pareil discours. Elle s'était tu, avait tu ses doutes et tous les reproches qui l'avait traversée. Elle s'était accrochée au passé, l'avait respecté pour ce qu'il représentait. Maintenant qu'il l'avait violemment réveillé, elle constatait que son cœur avait eu méchamment tort ; la raison lui avait montré le vrai chemin et elle l'avait tout simplement ignorée. Comme si le poids du monde venait de lui tomber dessus, la solitude l'écrasa sauvagement. Elle n'avait juste pas de chance ou le destin prenait un malin plaisir à la torturer ? Essuyant ses yeux mouillés, elle monta le volume de la musique et quitta la pièce pour faire sa valise.
Il lui parla, elle n'entendait rien. Ça pourrait être des reproches comme des excuses que ça n'avait plus aucune importance. Il avait failli. Il l'avait trahi. Aucun retour en arrière était possible.
Les Tyler étaient des femmes fortes, elle n'allait pas être une entorse à la règle, même pour un semi alien qu'elle avait atrocement aimé. Et c'était hors de question qu'elle le laisse la malmener. Alors lorsqu'il lui enleva ses oreillettes et son portable des mains, elle le gifla.
- Dégage de mon chemin, menaça-t-elle, sinon…
- Où vas-tu ?
- Je pars, ça ne se voit pas ?
- Rose, je suis désolé, s'excusa-t-il tremblant.
Elle partit dans un éclat de rire incontrôlable, reflet de sa détresse et de sa colère.
- Désolé ? Moi je te remercie. Je te remercie d'avoir été sincère. Je vois qui tu es vraiment, maintenant.
Elle enfila ses chaussures puis son manteau et se précipita dans le couloir.
- Rose, je ne pensais rien de ce que je t'ai dit ! Pardonne-moi. Je n'aurais jamais dû m'exprimer ainsi.
- C'est certain.
Alors qu'elle se dirigea vers la porte d'entrée, il fit barrage de son corps et la prit dans ses bras.
- Je t'aime. Je t'aime tellement… Ne me quitte pas.
- Tu sais quoi ? Je m'en fiche. Je m'en fiche complément, ce n'est plus mon problème. J'avais raison, jamais je n'aurais dû te croire. Et maintenant, j'ai la preuve que tu n'es pas lui. Le pire, c'est que tu n'as strictement rien de lui, sauf…
Ses yeux. Ses yeux perçant qui lui suppliaient de rester. Ce regard la toucha profondément, marquant son âme d'une douleur irrémédiable.
- Je ne veux plus jamais te revoir.
Elle le plaqua contre le mur et disparût de son champ de vision.
Assommé, il n'osait plus bouger. Qu'as-tu fait ?
