Véga rentra dans sa chambre et s'avachit sur sa couette violette en contemplant le plafond. Elle ouvrit la cage de Pumpkin, sa chouette effraie, et la prit sur son bras en lui caressant doucement le sommet de la tête. Puis elle ouvrit la fenêtre, déposa doucement Pumpkin sur le rebord au cas où elle aurait l'envie de s'aérer les méninges, et versa des graines dans la mangeoire.
Tiens, elle n'avait pas pensé à demander à Sirius s'il voulait bien des animaux. Bah, de toutes façons, une chouette, ça n'est vraiment pas très dérangeant. C'est Seginus qui risquait d'avoir un problème.
Pumpkin n'avait pas l'air d'avoir envie d'une escapade vespérale. Elle sautilla alors jusqu'à la table de nuit de sa maîtresse, qui referma la fenêtre. Véga caressa doucement le dos roux de sa chouette en regardant sa chambre. Sur les murs blancs, des chanteuses Moldues lui souriaient de leurs grandes dents blanches. Puis elle sortit sa baguette magique et, en quelques moulinets, ses divers vêtements et robes de sorciers se plièrent et s'empilèrent dans une grosse valise sombre. En un instant, sa chambre se retrouva vide. Ses bibelots divers étaient entassés dans des cartons, sa valise était bourrée à craquer de fringues, et une valise à part contenait son sac de cours, avec ses livres, son chaudron en argent, ses gants en peau de dragon et autres matériaux scolaires.
Sirius avait l'air d'être un type relativement bien. Disons qu'il avait tout de l'allure et de la tenue d'un bon sang-pur. Sa famille était une véritable famille de sorciers, très ancienne et plutôt conservatrice de ce qu'elle avait pu en voir. Bien. Non, le problème était simplement que Sirius avait l'air d'être l'exact contraire des autres membres de sa famille. Rien que le fait qu'il ait été choisi pour Gryffondor traduisait son statut. Enfin, il y avait quand même des points positifs qui le reliaient tout de même avec sa prestigieuse famille : il habitait dans une maison tout à fait typique et ne remerciait pas les elfes de maison. Très bien.
Tout de même, Véga décida de s'en méfier ; on ne pouvait jamais faire confiance à un Gryffondor. Sirius avait l'air loyal, franc et pas désagréable, mais quand même, il avait plus ou moins sali sa famille…
En fait, ce que son oncle avait de mieux, c'était encore sa tête. Mon Dieu, qu'il était beau !! S'il prenait un peu soin de lui, en prenant des mesures vis-à-vis de ses cheveux par exemple, elle serait capable d'inceste.
Seginus sauta dans sa valise pour tenter d'aplatir les piles de vêtements. Normalement, ça rentrait. Mais normalement, ses diverses tenues étaient pliées par magie et par Eloyz. Seginus s'assit sur son lit en contemplant les murs bleus de sa petite chambre. Il regrettait Eloyz. Elle avait toujours été très réconfortante. C'est sûr, elle devait un peu moins manquer à Alcyone, Véga et Izar, parce qu'elle avait toujours été très maternelle. Passé treize ans, ils avaient tous commencé à se rebeller contre cette grosse sorcière qui ne trouvait rien de mieux à faire quand, lors d'un rencart de Véga, en février, elle avait envoyé des beuglantes dénonçant l'unique paire de chaussettes passée aux pieds du tourtereau.
Mais Seginus avait encore besoin de cette présence. Il se trouvait jeté d'un coup dans un monde inquiétant, une maison inquiétante, une école inquiétante, un univers carrément glauque qui contrastait furieusement avec le petit cottage de Godric's Hollow dans lequel il vivait jusqu'ici. Eloyz agaçait ses aînés. Elle l'aurait lui aussi probablement agacé, s'il n'avait pas été aussi jeune.
Maintenant, il allait devoir vivre chez ce sorcier à l'air aussi sombre que son nom de famille. Oh, il n'avait pas l'air méchant, mais un tantinet effrayant, jusque dans ses sourires de chien. En fait, le cœur de Seginus lui commandait une secrète répulsion face à cet homme ténébreux, même si sa logique ne lui indiquait rien d'autre qu'un certain respect, un effort à faire pour ne pas l'énerver. Il avait l'air tellement… tellement sauvage. On aurait dit un chien battu dont l'esprit endurci demeurait intouchable, une âme cloitrée dans des bastions secrets et inviolables.
Oui, Seginus était angoissé. Son oncle n'avait pas eu d'enfants, apparemment. Sur qui aurait-il pu exercer la fibre paternelle dont Seginus avait tant besoin ? Sirius avait dès le début été rejeté par sa famille. Oh, combien de cicatrices dans le genre pouvait-il bien avoir… Alcyone, Véga et Izar pouvaient bien supporter cette absence de parent. C'étaient des âmes fortes. Seginus, en revanche, doutait fortement de son pouvoir de surmonter cela.
En soupirant, Seginus finit de forcer la fermeture de sa valise en regrettant de ne pas pouvoir la terminer par magie. Il alla ensuite ouvrir une briquette de lait et en versa dans une gamelle un peu sale. Un minuscule chaton roux et blanc jaillit alors comme une flèche du dessous de son lit et se mit à laper bruyamment le lait. Seginus tendit la main. Le petit chat se contracta sur ses pattes en fixant son maître de ses étranges yeux vert pomme, prêt à s'enfuir.
« Tout doux, Sorraïa. Tu ne me connais pas bien encore, hein. Evidemment, ça fait à peine deux jours.
Seginus tendit encore ses doigts vers Sorraïa. Celle-ci finit par se laisser caresser. Sa peau se mit à plisser sous les doigts du garçon. Il sourit tristement.
Alcyone donna un grand coup de pied rageux dans sa valise, toute bousillée par l'âge. Sur son perchoir, Elverum poussa un grand cri. Il avait faim. Sa maîtresse, énervée, lui détacha sa patte et ouvrit la fenêtre. Puis elle y jeta sans ménagement le grand faucon gris, qui s'éloigna de son vol majestueux, l'air mécontent.
« Végaaaaaaaaaaaaa !! hurla-t-elle en ouvrant sa porte.
« Quooooooi ! répondit une voix grognonne et étouffée à l'étage inférieur.
« Viens m'aider !
« Va te faire foutre !
Oh, qu'est-ce qu'elle avait envie d'avoir le droit d'utiliser sa magie. Mais finalement, c'est Izar qui se pointa en lui demandant doucement ce qui n'allait pas. Puis son regard tomba sur la valise béante, les chaussettes dépareillées et les robes de sorcier en bouchon. Et Alcyone n'eut pas besoin de s'expliquer. En un tour de baguette magique, la valise état bouclée. Elverum revint à ce moment là en laissant tomber sur le plancher un gros rat mort, complètement ensanglanté. Izar réprima un frisson.
« Comment as-tu pu choisir une bestiole pareille…
« Je me le demande parfois. Tiens, rends-moi un service, tu peux décrasser son perchoir ? Il est plein de fientes et ça commence à sentir.
Une seconde après, le perchoir reluisait.
« Qu'est-ce que t'as pensé de Sirius ? dit Izar en s'asseyant sur la couette rouge bordeaux de sa sœur.
« Un type bien.
Izar resta pensif.
« J'ai l'impression que vous allez bien vous entendre.
« Qu'est-ce qui te fait dire ça ?
« Vous êtes pareils. Tous les deux aussi… Bizarres.
« Tu l'as trouvé bizarre ?
« C'est un homme très gentil et je pense que je peux lui faire confiance. Mais ça se voit qu'il garde de ces choses cachées au fond de lui que personne ne pourra un jour apercevoir. Il est écorché vif et se cache bien.
« T'es en train de me dire que je suis écorchée vive ?
« Et que tu te caches bien, oui.
« Pourquoi ?
« Ecoute, quelqu'un dont la tutrice est morte sous les yeux en disant son nom ne rigole pas toutes dents dehors une semaine plus tard. Tu as toujours fait preuve soit d'une solidité d'âme démesurée, soit d'une grande introversion, ou alors des deux, tant mieux pour toi. Mais tu dois te dire que tes frères et sœurs ne sont pas forcément comme toi.
« Tu penses à Seginus ?
« Oui… Il est petit. Prend soin de lui. Mais Véga, tu sais, elle a résisté parce qu'elle est froide. Elle n'en est peut-être pas moins atteinte. Véga se cache derrière son masque de bonne Sepentarde, mais, au fond, seuls ses principes sont moisis. C'est malgré tout quelqu'un de bien…
« Aaaaaah, bon…
« Arrête un peu.
Il fit disparaître la carcasse du gros rat d'un gracieux moulinet du poignet.
« Bon, je vous écrirai. Tu es sommée de me renvoyer Sea Wyf rapidement. Tu sais qu'il n'aime pas attendre.
« Si ton imbécile de hibou ne veut pas attendre, je t'enverrai Elverum.
« Oh non. Il apporte toujours les lettres pleines de sang ou de poils bizarres. Surveille un peu ce que mange ta bestiole.
« Et toi, achète un hibou un peu moins grand-duc qui aie la patience de se livrer à son métier !
« Bon. Si Sea Wyf repart, envoie Pumpkin.
« Véga ne voudra pas.
« Démerde-toi. Et puis vous avez une volière, que diable !
Izar sortit. Alcyone rangea dans ses cartons ce qu'elle voulait garder. Elle allait habiter dans une maison bizarre chez son oncle. Son magnifique oncle. Son adorable oncle. Ah vraiment, elle était bien tombée.
