Quelqu'un m'a fait remarquer qu'Arès/Harry cède assez facilement à la proposition de Regulus. Il ne faut pas oublier qu'Arès n'a que onze ans et en plus il a besoin d'amour, même s'il le cache un peu j'essaye de faire en sorte que ça se ressente dans le texte. Harry a peur d'être rejeté, comme on peut le voir quelquefois au cours de ses monologues remplis de questions. De plus, il a cédé car il était très fatigué par sa démonstration de magie sans baguette, son cerveau était un peu endormi. Il est presque en train de le regretter dans l'infirmerie, c'est pour ça qu'il dit toutes ces choses à propos de ses parents à Regulus.
Et oui, ce sera un slash Harry(=Arès)/Voldemort, mais ça viendra beaucoup plus tard quand Arès aura grandi et mûri mentalement. Ce ne sera pas le seul pairing de cette fiction, Arès aura quelques aventures auparavant… A vous de deviner avec qui !
Chapitre 3 : La Baguette magique d'Arès
Arès sortit de l'infirmerie juste à temps pour la Cérémonie de la répartition, qui devait avoir lieu avant le dîner. Mrs Bennett avait eu du mal à le laisser partir, contrairement à ce qu'elle lui avait promis la veille elle avait insisté pour le garder plus longtemps ; elle lui laissa une fiole de potion Revigorante à boire avant le coucher et lui fit promettre de revenir le lendemain. Il avait juste eu le temps de se changer dans son dortoir et de maquiller sa cicatrice avec un produit Moldu que Regulus était venu lui apporter dans la journée. Ils avaient décidé que c'était mieux ainsi ; de toute façon les charmes étaient à refaire trop souvent et quelqu'un d'expérimenté pouvait voir à travers. Entre le maquillage, quasi-indétectable, et les mèches de cheveux qu'Arès arrangea sur son front, sa cicatrice en forme d'éclair qui le rattachait au 'Survivant' était tout à fait invisible. Il s'était dirigé vers la Salle des Banquets, où avait lieu la cérémonie, alors que tout le monde était déjà arrivé au château.
Il fut très surpris de voir en entrant dans la Salle que celle-ci était décorée pour l'occasion. De grandes draperies rouge sombre couvraient les murs entre les vitraux, recouvertes de symboles et de dessins noirs. Les tables étaient décorées de nappes noires qui touchaient presque le sol, portant elles aussi d'étranges symboles. L'atmosphère avait changé. Ce n'était plus le sentiment de vide qui prédominait dans l'immense Salle, grande comme une cathédrale, mais plutôt une tension pleine d'anticipation. La pièce était parcourue de murmures. Il y avait presque deux cents élèves sur les tables tout autour de la Salle, tous attablés, regardant un groupe de Première Années alignés près d'Arès. Arès rejoignit discrètement leurs rangs lorsqu'il y reconnut Anvald. A la table des professeurs, sur l'estrade, Regulus lui adressa un sourire discret.
Le directeur se leva de sa chaise. Il était reconnaissable de loin avec sa robe rouge sang, beaucoup plus claire que celle des autres professeurs. "Bienvenue à tous à l'Institut d'enseignement sorcier Durmstrang. Nous sommes fiers d'accueillir une nouvelle génération de jeunes sorciers. Soyez tous bien conscients de la chance que vous avez de faire partie de cette école qui symbolise l'élite montante de notre communauté sorcière internationale. Certains de vous viennent de très loin et nous admirons l'effort qu'ils vont de s'exiler de leur patrie. Ici, tout le monde a le même statut : vous êtes tous des étudiants de Durmstrang. Je sais qu'il existe une concurrence entre équipes un peu électrique mais ne perdez jamais de vue le fait que tous vos camarades de classe sont de potentiels alliés. Je vous encourage vivement à œuvrer en faveur de l'harmonie générale de cette école car tout le monde est concerné." En disant cette dernière phrase, le regard du professeur Karkaroff s'était posé sur une table ; Arès reconnut la jeune sorcière du Quidditch. Elle donnait un coup de coude à un sorcier, les joues rouges. "Les huit années d'enseignement à Durmstrang suivent un régime soutenu. Nous attendons le meilleur de vous-mêmes ; vous allez devoir vous dépasser au quotidien pour rester dans le rythme et répondre aux exigences de nos excellents professeurs que voici." Il désigna d'un geste les professeurs qui répondirent par un signe de tête. "Bien sûr; vous pouvez compter sur…"
Le discours du directeur dura au moins dix minutes. Arès eut toutes les peines du monde à rester attentif, son voisin bailla carrément. Arès le reconnut : c'était le garçon aux boucles châtain clair du test d'entrée, ce qui ne l'étonna pas le moins du monde ; il avait montré tant de dédain ce jour-là. Finalement, le directeur arriva au bout de son discours et tout le monde applaudit poliment. Il annonça que la Cérémonie était ouverte et aussitôt les élèves qui étaient rangés avec Arès retinrent leur souffle. Un professeur se détacha de leurs rangs - Arès ne l'avait même pas remarqué avant. C'était Rasmussen, le directeur adjoint. Il leur demanda de le suivre tout en restant bien en rang. Ils marchèrent en procession jusqu'à un espace libre devant la table des professeurs. Là, sur un piédestal, il y avait un bassin en pierre, juste à la hauteur des yeux d'Arès. Il était gravé de symboles à l'air ancien. A côté du bassin était posé une coupe en argent. Le professeur se posta près du piédestal, sortant un rouleau de parchemin de sa poche.
"Le bassin contient de l'eau de la Fontaine magique de Mimir. Grâce à elle, vous serez répartis dans un des cinq foyers. Le foyer d'Odin symbolise le pouvoir à l'état brut, le foyer de Baldr la vertu du cœur, le foyer de Loki accueille les plus rusés, le foyer de Snotra est réservé aux plus intelligents et le foyer de Vidar prône la discrétion avant tout. Comme vous pouvez le constater, chacun de ces foyers représente une qualité particulière et l'eau de la Fontaine va chercher quel foyer vous correspond le mieux. Chaque élève fait également partie d'une équipe formée par au moins quatre membres de foyers différents ; ces équipes étudieront ensemble. Lorsque votre nom sera appelé, vous irez prendre la coupe et prendrez un peu d'eau du bassin. Vous boirez une ou deux gorgées et votre foyer ainsi que votre équipe seront annoncées. Miss Malvina Aguilar, veuillez vous approcher s'il vous plaît."
La jeune sorcière sortit des rangs. Arès trouva qu'elle avait l'air plutôt rassurée, lui aurait été plus inquiet à l'idée de boire quelque chose de magique sans savoir à l'avance ce qui allait se produire. Elle saisit la coupe et la plongea dans le bassin. Rien de spécial ne se produisit. Elle porta la coupe à ses lèvres, avala une gorgée… Des langues de fumée rouge surgirent alors de son corps. Elle les regarda danser autour d'elle, parfaitement stoïque. La fumée s'arrangea en une série de symboles qui formèrent un motif. Aussitôt, Arès remarqua que l'uniforme de la sorcière changeait : le liseré rouge, tout comme la fumée, se fondait en un motif formé des mêmes symboles compliqués. Harry reconnut quelques runes que Ljungström leur avait montrés à lui et à Anvald.
La voix du professeur Rasmussen s'éleva alors. "Foyer de Loki, équipe numéro 1. Merci, Miss Aguilar, veuillez prendre place à cette table." Il lui indiquait une des cinq tables qui entouraient la salle. La sorcière alla s'asseoir avec un sourire satisfait. La Cérémonie continua de la même manière. La sœur jumelle de Malvina fut envoyée chez Vidar, un garçon alla chez Snotra et un autre chez Loki de nouveau. Puis ce fut au tour d'Arès. Il était un petit peu nerveux, mais pas beaucoup, car les élèves n'avaient pas eu l'air d'avoir mal avec le truc de la fumée. Il s'avança, prit la coupe et la remplit dans le bassin. L'eau avait l'air normale, rien n'indiquait qu'elle venait d'une fontaine enchantée. Il la porta à ses lèvres et en but un peu. Il avait à peine eu le temps d'avaler une gorgée que ce qui restait de liquide dans la coupe disparut. Mais déjà la fumée l'entourait et il la regarda dessiner des runes et des symboles mouvants, se fixant un temps dans l'air. Lorsqu'il regarda la manche de sa robe, il vit que les symboles rouges s'étaient dessinés, formant un motif ésotérique.
"Foyer d'Odin, équipe 2" dit Rasmussen. Il lui indiqua une table, une de celles qui étaient le plus à l'écart. C'était celle où il y avait le moins d'élèves, presque deux fois moins que sur d'autres tables comme celle de Loki. Arès s'assit à côté d'une sorcière qui le regarda à peine. 'Bonjour la bonne humeur' se dit Arès, voyant les visages fermés qui l'accueillaient. Il se détourna afin d'observer comme eux le reste de la cérémonie. Il retint quelques noms sur les dix-neuf élèves que comportait sa promotion. Ludwig Brunner, un blond aux yeux clairs, fut envoyé chez Snotra ; Anvald alla chez Vidar ; le garçon aux cheveux bouclés méprisant, Dimitri Krol, le rejoignit chez Odin ; une fille au prénom étrange qui se tenait très fièrement, Gunhild Lindgren, alla chez Baldr avec une autre fille au prénom étrange, Dhyste Nicolau. Un autre élève seulement vint rejoindre la table d'Arès, c'était Lyra Thompson, une blonde aux longs cheveux relevés qui lui sourit en s'asseyant à côté de lui. La cérémonie se termina lorsqu'Aleksandr Volkov, un grand échalas aux très longs cheveux blancs, fut envoyé chez Loki. Arès avait reconnu beaucoup de noms de famille qu'ils avaient étudiés avec Ljungström : que de très anciennes familles de Sang-purs. Il y avait quatre élèves dans l'équipe n°2, celle d'Arès ; un de chaque foyer sauf celui de Snotra.
De la nourriture apparut dans des plats vides qui étaient posés sur la table et tous les élèves se servirent lorsqu'ils furent invités à le faire par le directeur. Harry se servit de la purée de la pomme de terre et du bœuf. La sorcière qui s'était assise à côté de lui engagea la conversation.
"Salut ! Je m'appelle Lyra Thompson" dit-elle en lui tendant une main, la paume vers le bas. Sa voix était douce et portait très peu, Arès dû presque se pencher vers elle pour la comprendre.
"Enchanté" répondit-il. "Arès Black." Il se rappela ce que Ljungström leur avait appris pendant l'été : le seul salut formel qui était autorisé entre Sang-purs à l'égard des femmes était le baisemain, et il était sûr que Lyra faisait partie de la famille Thompson, une famille de Sang-purs anglais. Il prit doucement la main de la sorcière et l'effleura du bout des lèvres. Elle approuva d'un signe de tête le geste d'Arès.
Puis elle se tourna vers le garçon assis en face, l'autre Première Année. Celui-ci regardait Arès, un petit sourire aux lèvres. Voyant qu'il était à présent le centre de l'attention, il se redressa légèrement. "Dimitri Krol. Heureux de faire votre connaissance."
Arès ne le sentait pas, ce garçon. Quelque chose de louche s'en détachait. Il serra la main qu'il lui tendait par-dessus la table, méfiant. Lyra, elle, sourit à Dimitri quand il lui fit son baisemain.
"Enchanté de connaître une célébrité" poursuivit Dimitri plus doucement. Le dernier mot était à peine audible et Arès doutait que les autres Odin aient entendu ce que disait Dimitri. "Qui plus est, héritier d'une des plus grandes familles de mages noirs d'Angleterre. Et réparti chez Odin, le foyer d'où sortent les mages noirs les plus puissants. Tout un programme…"
Son ton s'était fait moqueur et Arès n'aimait pas ça. Il savait qu'il faisait référence à son statut de Survivant. "Je crois que ce genre de choses n'a rien à voir" dit Arès doucement. Il ne voulait pas laisser Dimitri avoir le dernier mot mais il était hors de question de provoquer un esclandre dès le premier soir.
Dimitri le dévisageait d'un air calculateur. "On verra" dit-il simplement, et après cela il les ignora totalement.
Lyra fronçait un peu les sourcils comme si elle était contrariée par quelque chose. Puis son expression redevint insondable, si ce n'est une petite lueur amicale dans son regard. Arès avait appris avec Ljungström que l'éducation des Sang-purs insistait énormément sur la capacité à garder un masque en toutes circonstances et à ne jamais laisser son visage trahir ses émotions. Exactement ce à quoi il s'était entraîné pendant son enfance chez les Dursley. Il imita alors Lyra et poursuivit leur conversation.
"Toi aussi, tu viens d'Angleterre alors ?"
"Oui, du Wiltshire" lui répondit-elle. "Je suis de la branche majeure des Thompson. Et toi, d'où viens-tu ?"
Arès ne pouvait pas se permettre de dire qu'il avait grandi chez les Moldus aux élèves de Durmstrang. Il devait jouer le jeu et faire le parfait Sang-pur, même si elle savait qu'il était de Sang-mêlé. C'était la seule façon d'être pris au sérieux à Durmstrang. C'est pourquoi il lui répondit vaguement, en omettant la plus grande partie de la vérité : "Oh, moi, je viens d'à-côté de Londres. Mes parents avaient des proches là-bas et c'est eux qui m'ont recueilli." Ce n'était même pas vraiment des mensonges.
Ils échangèrent des banalités pendant le reste du repas. Arès trouvait que Lyra était l'emblème d'une fille de bonne famille : polie, mesurée, se tenant de façon élégante. Elle parlait toujours avec une voix douce, très féminine, à peine audible cependant. Peut-être était-elle un peu timide. En tout cas, même si Arès se refusait à donner un avis sur quelqu'un aussi vite, il aurait répondu à quiconque lui demandait que Lyra était un peu ennuyeuse.
Après le repas, un Huitième Année se présenta comme étant le Doyen des Odin, celui qui était en quelque sorte leur responsable. Il les emmena au Foyer d'Odin qui était l'un des bâtiments entourant le château. Le Foyer était un petit manoir à trois étages richement décoré et beaucoup plus confortable que le château. Tout le rez-de-chaussée était réservé pour les salles communes : une grande salle à manger avec plein de petites tables rondes, des salons, des salles de travail et même une petite bibliothèque. Devant leur expression surprise, le Doyen surenchérit en leur apprenant l'existence d'une salle de duel et d'un laboratoire de potions dans les cachots. Tout était bien sûr de taille miniature par rapport au château en lui-même mais ils étaient quand même indépendants.
"Il n'y a que vingt-deux Odin cette année" leur dit-il. "Je suis le seul de ma promotion, il y avait une fille mais elle n'a pas passé la première année. J'espère que vous tiendrez tous les trois, ça ferait du bien au foyer."
Il les emmena à l'étage. "Alors, vous, vous serez au premier étage pour les huit prochaines années. Il y a trois chambres - ici. Il y a une salle de bains pour les garçons ici et une pour les filles là-bas, vous les partagerez avec moi et les Septième Années." Il leur expliqua ensuite le déroulement des journées, l'horaire des cours… "De toute façon nous nous verrons demain matin au petit déjeuner. Il faut le prendre au foyer - on ne prend que les déjeuners et les dîners au château."
Il les laissa seuls. Arès dit bonne nuit à Lyra alors que Dimitri continua à les ignorer puis il rejoignit sa chambre. Elle était aussi grande que le dortoir qu'il avait partagé avec Anvald. La pierre apparente était toujours présente mais la chambre était rendue beaucoup plus confortable par l'ajout d'un tapis aux couleurs chaudes. Après avoir avalé la potion Revigorante, Arès plongea dans un sommeil profond.
-OoO-
Le lendemain, au petit déjeuner, le Doyen leur distribua leur emploi du temps. Il était presque aussi chargé que celui des cours d'été. Arès soupira, songeant aux mois de travail sans répit qui s'annonçaient.
Leur semaine commençait, comme par hasard, par un cours d'Histoire et Géographie du Monde Magique avec Ljungström. Celui-ci fut aussi odieux que d'habitude, à sa façon. Le cours abordait aussi la répartition des sorciers, la sociologie de quelques cultures. Il peina un peu à suivre mais c'était apparemment le cas de tout le monde, sauf de Ludwig Brunner qui avait l'air de s'ennuyer profondément. Toute la promotion allait ensemble en cours - tous les foyers réunis. La salle de classe était presque pleine mais pour autant il n'y avait pas un bruit. Ils enchaînèrent ensuite par le cours de Métamorphose. Arès était persuadé d'être maudit. Comme d'habitude, dès qu'il s'agit de faire de la magie, Arès se retrouva incapable de transformer la cuillère en fourchette et Møller le harcela littéralement. Pourtant, ils étaient trois à ne pas réussir la métamorphose demandé et c'est seulement sur Arès que cela tombait. Mais il resta calme, comme à son habitude, encaissant sans broncher les remarques désobligeantes et continuant à essayer pendant tout le reste du cours cette métamorphose.
Puis après le repas, ils avaient Langues anciennes avec Mrs Jones qui était toujours aussi passionnante. Arès avait beaucoup progressé pendant l'été et il se rendit compte qu'il avait même de l'avance sur la plupart des autres élèves. Ludwig se fit remarquer en réussissant à traduire une phrase de thème de l'anglais vers le grec qui était particulièrement ardue. Mrs Jones était aux anges mais Ludwig avait l'air complètement blasé de tout cela. La journée se termina par un très long cours - trois heures- avec Rasmussen, qui était intitulé 'Initiation aux Techniques de la Magie'. Ils y étudiaient les runes, l'arithmancie et les artefacts magiques - objets ayant un pouvoir magique quel qu'il soit, avait expliqué Rasmussen, y compris les armes.
La semaine passa très vite aux d'Arès. Il était encore plus débordé que pendant les classes d'été, si seulement c'était possible. Il se couchait très tard afin de préparer les prochains cours et de commencer les essais que les professeurs leur donnaient déjà à rédiger. Il fallait lire avant chaque cours car les professeurs interrogeaient quelques personnes au hasard et se montraient très durs si quelqu'un ne pouvait pas répondre à leurs questions. Arès découvrit de nouvelles matières : la Botanique, où ils étudiaient les plantes dans le but de savoir reconnaître et préparer les ingrédients de potion ; les Soins aux Créatures Magiques, qui était intéressant aussi. Le professeur Griffin, un sorcier de petite taille à la voix chevrotante leur expliqua que la spécificité de Durmstrang était la grande palette de races de chevaux magiques dont ils disposaient. Arès se souvint d'avoir lu que la mythologie nordique, à laquelle semblait liée Durmstrang, portait une grande importance aux chevaux, ce qui devait expliquer la présence de "races uniques" annoncée par Griffin.
Un autre cours d'Arès découvrit était celui de Magie Noire. Il fut étonné en voyant que c'était Lennart qui l'enseignait. Lennart faisait son cours en gardant une voix calme et égale et s'énervait brusquement de temps en temps, comme il le faisait toujours, sans raisons apparentes. Il terrorisa quelques-uns des élèves avec son regard perçant et sa balafre qui courait le long de sa joue gauche. Arès, lui, prit beaucoup de plaisir à découvrir cette matière. De plus, Lennart ne leur demanda pas de pratiquer de la magie dès le premier cours, ce qui ne mit pas Arès en difficulté. Il leur expliqua longuement la différence entre magie noire et magie blanche, répétant plus ou moins ce que Regulus avait dit à Arès.
"La magie noire se base surtout sur la volonté du sorcier" disait-il. "Ce n'est pas parce que vous avez l'aptitude à en faire qui coule dans vos veines que vous pourrez réellement la mettre en pratique. C'est une forme de magie qui est beaucoup plus brute et puissante que la magie blanche, d'une certaine façon on peut dire qu'elle est restée à un stade plus sauvage. C'est pourquoi il est difficile de l'invoquer et de la maîtriser, cela requiert un esprit fort et entraîné." Il leur détailla les différentes phases de l'entraînement mental du sorcier ; la première était à peu près équivalente aux techniques de méditation que faisait Arès avant de faire de la magie sans baguette. "Les sortilèges sont répartis en sorts de magie blanche et en sorts de magie noire parce qu'ils ont été développé par des mages blancs ou noirs. Mais la magie du sorcier n'est pas neutre : la magie que vous ferez sera toujours de la magie noire, même si vous utilisez des sorts de magie blanche. Bien sûr, la plupart des sorciers ne s'en rendent jamais compte et si vous utilisez un sort de magie blanche, presque tout le monde sera dupé. Très peu arrivent à voir la magie derrière son emballage formel - la formule, l'énergie spéciale allouée à tel charme. Bien entendu, il existe des sorts pour cela mais leur efficacité est limitée par…"
C'était un cours captivant ; tout le monde était pendu aux lèvres de Lennart, malgré sa voix égale et froide. D'un coup, il sortit sa baguette et fit exploser un vase posé sur son bureau en disant 'Reducto', faisant sursauter tout le monde. Il se retourna vers ses élèves.
"Quelqu'un peut me dire si le sortilège Reducto appartient à la magie noire ou blanche ?" demanda-t-il.
Quelques mains se levèrent mais Lennart interrogea Ludwig Brunner, qui pourtant ne levait pas la main. "C'est de la magie blanche" répondit-il d'un ton blasé.
"Et pourquoi ?"
"Parce qu'il a été développé au XIX ème siècle par Gwenog et Quentin Jappard, des mages blancs Français qui ont aussi trouvé la façon de jeter un Fidelitas sur un contrat, créant le contrat magique moderne qui n'a plus pour enjeu de supprimer les pouvoirs magiques en cas de rupture du contrat comme le fait encore le Vœu Contractuel Sorcier."
Un silence lourd plana sur la salle. Beaucoup se demandaient sûrement d'où ce petit génie sortait. 'Une vraie encyclopédie', se dit Arès.
"Vous avez tort" dit sèchement Lennart. "Le sortilège Reducto a une puissance destructrice qui est mise en branle par la volonté de celui qui le jette. Ceci relève du champ de la magie noire, même si, comme vous l'avez dit tout à l'heure, il a été développé par des mages blancs. Vous avez été trompé par la classification officielle, celle mise en place par les Ministères - aux mains de mages blancs. Ils ont bien été obligés d'accepter quelques sorts de ce genre dans leur classification."
Ludwig Brunner écoutait attentivement le professeur. Il n'avait pas l'air vexé du tout - au contraire, son intérêt semblait brusquement ravivé par cette subtilité. Lyra leva la main.
"Oui, Miss Thompson ?"
"Je me demandais pourquoi les mages blancs arrivent à jeter des sorts comme le Reducto, et quand ils le jettent, est-ce que c'est quand même considéré comme de la magie blanche ?" demanda-t-elle. Arès fut étonné d'entendre que sa voix portait beaucoup plus que quand elle lui parlait en privé. Comme quoi, elle pouvait faire des efforts.
"Intéressante question" observa Lennart. "Vous vous demandez pourquoi les mages blancs arrivent à inventer et utiliser des sorts de magie noire, focalisés sur la volonté du sorcier. La réponse est là. Certains sorts de magie noire comme le Reducto sont plus neutres que d'autres ; n'importe quel sorcier peut les jeter. Et si un mage blanc le jette, ça sera considéré comme de la magie blanche. Cependant - et c'est cela qui est fascinant -, ces sorts sont modulables. Si un mage blanc le jette, il aura beaucoup moins de puissance que si c'est un mage noir. L'inverse est vrai, en revanche. Toute une partie des sorts de magie blanche est inaccessible aux mages noirs, à moins que ceux-ci aient grandi dans un foyer de mages blancs et se soient imprégnés de leur magie, comme cela arrive couramment. J'ai bien peur que personne d'entre vous n'arrive à jeter le Fidelitas…"
Lors des autres cours de magie noire, Lennart leur demanda de jeter quelques sortilèges et maléfices. Harry ne réussit que la moitié d'entre eux. Il était, de loin, l'élève le plus pitoyable en pratique magique, ce qui le déprima énormément. D'ailleurs Dimitri Krol se moqua de lui à ce sujet.
"On dit qu'Odin est le Foyer de la puissance magique brute. Quel genre d'Odin es-tu si tu n'arrives même pas à jeter un maléfice de Jambencoton ?!" lâcha-t-il sarcastiquement.
Arès ne lui répondit même pas. Et si Krol avait raison ? Et s'il n'était finalement pas fait pour la magie ?
-OoO-
Arès reçut une invitation de la part de Regulus à venir prendre un thé, le samedi après-midi à la fin des cours, dans ses appartements. Il se rendit donc dans une partie du château qu'il n'avait jamais exploré et réussit à se perdre. Il tournait en rond depuis plusieurs minutes quand quelqu'un l'appela.
"Mr Black ! Que faites-vous ici ?"
Arès soupira. Møller. Ça ne pouvait pas tomber plus mal. L'homme était encore pire que Ljungström et c'était peu dire. "Je viens visiter le professeur Black."
Møller le scrutait, une expression dubitative sur le visage. "Dans ce couloir ? Cela m'étonnerait !"
"Je me suis perdu" expliqua Arès. Et puis qu'est-ce qu'il avait de particulier ce couloir ? C'était le rez-de-chaussée et ce n'était finalement pas si loin non plus de la Salle des Banquets.
"Vous n'avez pas à emprunter ce couloir pour vous rendre chez le professeur Black. C'est par là." Møller lui indiquait la direction opposée.
"Merci, Professeur" dit Arès en faisant demi-tour. 'Mais qu'est-ce que ce couloir peut bien avoir de spécial ?' se demandait-il intérieurement.
Il trouva presque directement les appartements de Regulus. Lorsqu'il frappa à la porte, celui-ci vint lui ouvrir, souriant.
"Arès ! Je suis content que tu aies pu venir. Viens, assieds-toi."
Ils étaient dans un petit salon confortable, pourvu de fauteuils moelleux. Un grand feu rugissait dans la cheminée. Regulus et lui s'assirent dans deux fauteuils auprès du foyer. Regulus tapota du bout de sa baguette un plateau vide et une théière et des tasses apparurent dessus.
"Comment s'est passé ta semaine ?" lui demanda Regulus en lui tendant une tasse remplie de thé.
"Bien, je suppose." Arès sirota la boisson chaude. C'était la première fois qu'il voyait le sorcier seul à seul depuis l'adoption. C'était une situation un peu inconfortable.
"Tu t'es fait des amis ?"
"Il est un peu tôt pour le dire" répondit le jeune sorcier. Il aurait pu répondre non. En effet, depuis le début de la semaine, il avait été très seul. Il mangeait et allait en cours avec Lyra mais celle-ci se comportait comme une parfaite petite héritière de bonne famille : de façon ennuyeuse. Il avait passé quelques heures à la même table d'Anvald à la bibliothèque le mercredi soir, si ça pouvait compter comme de la socialisation.
"J'ai vu que tu passais du temps avec Miss Thompson" fit remarquer Regulus. "C'est bien, elle vient d'une bonne famille."
"Oui, ça m'arrive" lâcha Arès. Regulus le regardait d'une façon insistante et il avait l'impression qu'il n'allait pas aimer ce qui allait suivre.
Le sorcier reprit sa respiration. "Tu sais, c'est très important que tu vives dans les cercles sociaux. Tu ne peux pas te permettre de rester en ermite, sinon tu seras en danger ici. Les cours par équipes commencent la semaine prochaine. Le conseil que je peux te donner, Arès, c'est de passer beaucoup de temps avec ton équipe et de t'investir le plus possible."
"Je suis obligé de me faire des amis ?" s'indigna Arès.
"Ce n'est pas comme ça que je voulais le dire. Durmstrang est une école dangereuse et tu vas avoir besoin d'avoir des amis autour de toi sur qui tu peux compter. Il y a des conflits d'intérêts entre équipes, entre foyers... quelquefois les duels de couloir finissent mal. Ça te sera utile toute ta vie tu sais, d'avoir de bons amis."
"On verra" dit simplement Arès. Pour l'instant il n'avait pas eu l'occasion de devenir assez proche d'un de ses camarades pour l'appeler un 'ami'. Même avec Anvald, pourtant ils avaient passé deux mois ensemble.
"Et tout se passe bien du côté des cours ?"
"Oui, pour l'instant, ça va." Arès se tortilla dans son fauteuil. Devait-il parler ou non de ses difficultés à faire de la magie normale ? Il hésitait, un peu gêné d'avouer une faiblesse. Il avait peur que Regulus le rejette pour ça. "Mais je me demandais, professeur…" Il ne savait pas non plus comment s'adresser à son 'père'. "Euh, Regulus. J'ai toujours du mal à faire de la magie. J'ai l'impression d'avoir à peine progressé en deux mois."
Le sorcier se pencha vers lui, le visage très sérieux.
"Tous les autres professeurs se demandent aussi pourquoi tu n'y arrives pas" dit-il. "Je ne crois pas que tu n'as pas de pouvoirs magiques, Arès. La preuve, tu as été envoyé chez Odin. La Fontaine ne se trompe jamais. Tu as beaucoup de potentiel en toi, j'en suis certain."
"Alors pourquoi suis-je incapable de me servir d'une baguette ?" demanda Arès, son angoisse prenant le pas sur sa gêne. "Pourquoi est-ce que je n'arrive qu'à faire une sorte de magie que tout le monde pense éteinte ? Est-ce que c'est moi le problème ? Pourquoi ma baguette ne veut-elle rien faire ?"
De la pitié passa dans le regard de Regulus, ce qui rendit Arès honteux. "Dis-moi, Arès, qu'y a-t-il dans ta baguette ?"
"Une plume de phénix et une plume d'occamy" lui répondit-il.
"Est-ce que tu sais quels sont ces créatures magiques ?"
"Le phénix est un oiseau immortel qui renaît de ses cendres. Il reste le plus souvent à l'état sauvage et quand il est domestiqué, c'est l'animal de compagnie le plus fidèle qui existe. L'occamy est un serpent géant doté de plumes, d'ailes et marchant sur deux pattes. Il est solitaire et menace quiconque s'approche de lui" récita Arès.
"Tu ne comprends pas pourquoi tu as du mal à te servir de ta baguette ?" demanda Regulus.
"Gregorovitch m'a dit que c'était la baguette qui choisissait son sorcier et que cette baguette était très spéciale. Elle n'était pas rangée avec les autres… Peut-être qu'elle ne me convient pas finalement ?"
"Oh que si" dit Regulus. "Tu peux avoir une confiance absolu en Gregorovitch. Mais ta baguette est spéciale, en effet. Ces deux créatures sont presque l'opposée l'une de l'autre. Là où le phénix se sert de ses pouvoirs pour aider les sorciers, comme ses larmes guérissantes par exemple, l'occamy est une créature agressive. Le phénix est un des emblèmes des sorciers blancs car son chant donne du courage à ceux pourvu de magie blanche, au contraire l'occamy est une créature qui a une magie noire. Il protège ses œufs férocement et quelquefois, il attaque les humains, descendant dans un petit village des montagnes où il habite et ne laissant aucun survivant. Ce sont deux créatures très puissantes mais antithétiques."
Arès resta bouche bée.
"Le professeur Lennart est en train de faire des recherches sur la combinaison des pouvoirs de ces deux créatures et il est parvenu à des conclusions intéressantes. Notamment, que lorsque leurs capacités magiques étaient réunies elles cohabitaient étrangement et se nourrissaient l'une l'autre, redoublant leur puissance. Je pense que c'est pour ça que Gregorovitch a créé cette baguette, il a toujours fait des expérimentations hors du commun."
"Dans ce cas ma baguette devrait fonctionner" fit remarquer Arès.
"Je pense que le problème vient de toi, Arès. C'est une baguette puissante. Elle l'est tellement qu'elle est difficile à contrôler. Je pense que tu n'arrives pas à canaliser ton énergie dedans pour faire de la magie. Tu devrais en parler au professeur Lennart, il en saura plus que moi."
Arès, dubitatif, regarda les flammes. C'était un feu magique - il n'y avait pas de bûches dans la cheminée. Il était déçu de ne pas réussir à faire de la magie comme les autres.
"Ne laisse pas ces questions te tourmenter" dit Regulus en lui souriant. "Après tout, tu as beaucoup de talent, tu arrives à faire de la magie sans baguette." Arès haussa les épaules. Pour le peu qu'il arrivait à faire sans baguette ! "D'ailleurs, le professeur Lennart m'a demandé de te dire qu'il t'attendait demain matin dans son bureau."
"J'y serai" dit Arès. Le silence s'étira entre eux. Regulus le rompit au bout de plusieurs minutes.
"Il faut que tu me fasses confiance, Arès." Son ton était anormalement grave et il avait l'air inquiet, ce qui réveilla la curiosité du jeune sorcier. "Dans les prochaines semaines je risque de faire quelque chose qui ne te plaira pas. Il faut que tu saches que je le ferai pour ton bien."
Des ombres se mouvaient sur les traits de Regulus, ce qui alarma Arès. "Comme quoi ?" demanda-t-il.
Regulus semblait mal à l'aise. Il balaya ses paroles d'un geste de la main. "Bah, rien d'inquiétant pour l'instant," dit-il. Arès n'osa pas insister.
La conversation continua sur des banalités et lorsqu'Arès quitta Regulus, il avait un poids sur le cœur. Comme un mauvais pressentiment.
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Il essaya le soir même de mettre en application les conseils de Regulus quant à sa vie sociale. Il visita d'abord la bibliothèque où il alla chercher Anvald. Ensemble, ils allèrent voler sur le terrain de Quidditch. Puis, au moment du repas, Arès discuta avec Lyra, cherchant à s'intéresser à la jeune fille. Elle était très réservée et ne se confiait pas beaucoup, mais lorsqu'Arès tourna la conversation vers les langues anciennes, elle se dérida. Ils discutèrent passionnément des mots latins d'origine grecque… ce qui aurait pu effrayer un étudiant qui ne venait pas de Durmstrang. Il fit ensuite un détour par la volière et confia à Pratmakare, sa petite chouette blanche bavarde, une longue lettre à l'attention de Draco Malfoy. Il y racontait sa rentrée et s'excusait d'avoir mis autant de temps à lui écrire. Enfin, il passa la fin de la soirée avec quelques étudiants à la bibliothèque autour du devoir de runes qui donnait du fil à retordre à tout le monde. Il parla plus particulièrement à Gunhild Lindgren, la sorcière à la peau noire et à l'air hautain. Elle l'amusa beaucoup - elle parlait trop fort pour une Sang-pur et n'hésitait pas à dire son avis, même si ça dérangeait les autres. Lorsqu'il se coucha dans le calme de sa chambre, il était épuisé. Il n'avait pas l'habitude de parler autant en une journée.
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Lennart l'attendait de pied ferme dans son bureau. A son habitude, le sorcier transperça Arès du regard quand celui-ci passa la porte.
"Assis, Black" dit-il simplement en lui montrant une chaise.
Ne sachant pas à quoi s'attendre, Arès obéit, un peu tendu.
"Donnez-moi votre baguette." Arès s'exécuta. Le professeur l'examina de près, puis l'agita dans tous les sens en murmurant quelques formules, mais la baguette ne laissa échapper aucun jet de magie. Il lui redonna finalement la baguette. "Je m'en doutais" bougonna-t-il.
"Qu'est-ce que vous voulez dire, professeur ?" demanda Arès.
Lennart le scrutait de ses petits yeux perçants. "Votre baguette n'est utilisable que par vous seul, Black. Je suis incapable de jeter le moindre sort avec."
"Oui, Gregorovitch a dit que c'est la baguette qui choisit le sorcier…"
"Vous ne comprenez pas, Black," s'énerva Lennart. "Un sorcier peut se servir de n'importe quelle baguette ! La baguette choisit le sorcier avec lequel elle pourra donner toute sa puissance. Mais votre baguette est restée muette à ma magie. Ça veut dire qu'il va falloir que vous travaillez beaucoup pour pouvoir jeter des sorts avec."
"Dans ce cas je peux aller en acheter une autre" dit Arès, content.
"Non !" s'écria Lennart. Arès sursauta à ce brusque accès de colère. Lennart se radoucit. "Votre baguette est unique, tout comme vous l'êtes. Il doit y avoir une raison derrière tout cela." Il fit de nouveau à Arès son regard perçant. "Dites-moi, Black, comment avez-vous appris à contrôler votre magie sans baguette ?"
Arès repensa à l'accident de la tante Marge et un frisson lui parcourut le dos. C'était ce jour-là qu'il avait compris qu'il pouvait contrôler avec la force de sa volonté les bizarreries qui se produisaient autour de lui, en observant ses émotions et en essayant de méditer. Mais il était hors de question qu'il le dise à Lennart. "Par hasard, professeur. Un serpent m'a dit que seules les personnes avec des pouvoirs magiques pouvaient les comprendre, alors je me suis mis à chercher comment je pourrais maîtriser ma magie accidentelle et je suis tombé sur les techniques de méditation-"
"Un serpent ?" demanda Lennart, les yeux réduits à des fentes. Arès hocha de la tête. Lennart pâlit et s'appuya contre le dossier de sa chaise, l'air un peu ahuri. "Un serpent" répéta-t-il tout bas. Il sembla se reprendre et se pencha vers Arès. "Tu comprends la langue des serpents ?"
"Oui, et je leur parle aussi. Pourquoi, c'est grave ?" s'inquiéta Arès devant l'expression incrédule de son professeur.
Lennart soupira. "Je ne vois même pas pourquoi ça me surprend. Vous êtes un drôle de personnage, Black."
"Pourquoi ? Vous ne parlez pas Fourchelangue, vous ?" Dans l'esprit d'Arès, un sorcier de la puissance de Lennart devait certainement avoir cette capacité.
Lennart ricana. "Les seuls Fourchelangues connus sont les descendants de Salazar Serpentard. Vous avez entendu parler de Serpentard, non ?"
"Oui, mais ça paraît impossible !" se défendit Arès. "Je ne suis pas un descendant de Serpentard ! Je suis un Potter ! Ma mère était moldue !"
"Il faut croire que vous l'êtes d'une façon ou d'une autre" dit Lennart. "En tout cas, peu importe. Nous parlions de votre magie noire si spéciale. Vous avez appris tout seul à méditer et à vous connecter avec votre source magique ? Intéressant." Lennart lui détailla ensuite une série d'exercices qui lui permettraient d'invoquer plus facilement sa magie et de la diriger avec précision. "Quant à vos problèmes avec votre baguette, je pense qu'ils sont liés au contrôle que vous exercez sur votre source magique. Je pense que vous la bridez inconsciemment. Continuez à faire des exercices de méditation et ça s'arrangera."
Ensuite le professeur Lennart lui demanda de faire de la magie sans baguette devant lui. Arès s'exécuta, content de faire usage de sa magie librement après avoir été obligé pendant une semaine entière d'utiliser une baguette. Lennart lui fit faire une série de choses et il était très exigeant sur la précision des résultats : d'abord convoquer un feu magique aux flammes bleues résistantes à l'eau, puis déverrouiller un tiroir fermé à clef, faire léviter une plume et enfin changer la plume en peigne à cheveux. Arès rencontra quelques difficultés pour faire des flammes qui résistent à l'eau mais réussit à la troisième tentative ; la métamorphose ne lui posa aucun problème mais consuma tout ce qui lui restait d'énergie. Il s'écroula sur une chaise alors que Lennart écrivait frénétiquement sur un rouleau de parchemin.
"Black, est-ce que vous pouvez sentir votre magie ?"
"Je sens une chaleur autour de moi et ça me pique les mains."
Lennart faisait une drôle de tête. "Et est-ce que vous la voyez ?"
"Bien sûr que non" dit Arès. Et puis quoi encore ? C'était assez anormal comme cela, non ?
"Simple question, Black, pas la peine de s'énerver."
Lennart écrivait encore sur son parchemin et il le congédia sans même le regarder, plongé dans son activité. Arès quitta le bureau du professeur révolté par son attitude désinvolte envers son élève.
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Le mois de septembre entier fut partagé entre ses diverses occupations : suivre les cours, se faire des amis, passer du temps avec Regulus et les entraînements de magie sans baguette deux fois par semaine en compagnie de Lennart.
Il recevait toujours la Gazette du Sorcier mais celle-ci ne mentionnait pas sa disparition. Le monde sorcier semblait avoir totalement oublié Harry Potter. En revanche une histoire fit beaucoup de bruit au début de l'année scolaire : un professeur de Poudlard avait disparu.
Après quelques avis de recherche pour le sorcier Quirinus Quirrell, le journal annonça son meurtre. Son corps aurait été retrouvé dans le Londres Moldu, dans une morgue. Les sorciers s'indignèrent et récupérèrent le corps. Une enquête commença mais les Médicomages chargés de l'affaire affirmèrent qu'il avait été victime d'une crise cardiaque. Finalement la responsabilité retomba sur les épaules de Dumbledore, qui aurait dû protéger les membres de son personnel. Mais celui-ci était introuvable ; des élèves de Poudlard dirent aux journalistes de la Gazette qu'il n'avait été présent à l'école que pour le Banquet du premier septembre. Après quelques jours de branle-bas de combat en Angleterre, Dumbledore se présenta et offrit une interview à la Gazette. Il ne justifia pas son absence et les informa que Quirrell était parti passer l'été en Albanie pour travailler sur les vampires. Le monde sorcier anglais jugea que Quirrell avait dû être assassiné par les vampires, Dumbledore annonça qu'il avait trouvé un nouveau professeur pour le remplacer et l'affaire fut close, même si des questions subsistaient : pourquoi Quirrell n'avait pas été drainé de son sang et pourquoi s'était-il retrouvé à Londres si les vampires l'avaient tué ? Arès se doutait qu'il y avait quelque chose de louche là-dessous.
Les cours par équipe avaient commencé. C'était des cours normaux sauf que dès qu'il s'agissait de faire de la pratique, ils devaient s'entraîner avec ceux de leur équipe. Ils avaient aussi des essais à rédiger en commun. Heureusement pour Arès, il s'entendait plutôt bien avec ceux de son équipe, constituée d'Anvald, de Gunhild et d'une des jumelles. Gunhild Lindgren avait réussi à faire s'ouvrir un peu plus le mesuré Anvald Fröde et elle mettait de la bonne humeur dans l'équipe. En revanche Malvina Aguilar, une Sang-pur espagnole, ne le voyait pas de cet œil. Elle ne parlait presque pas, s'en tenant au strict minimum pour aider aux devoirs en communs. Leur équipe fonctionnait cahin-caha avec cette présence réticente mais ils arrivaient au moins à trouver des terrains d'entente.
D'autres élèves n'avaient pas cette chance. Lyra se plaignit à Arès du Loki de son groupe, un dénommé Aleksandr Volkov. C'était un garçon étrange, plus grand que la normale mais aussi maigre comme un clou. Il portait de très longs cheveux blancs comme la neige, fins et lisses, attachés en catogan comme il était habituel pour un Sang-pur. Il participait au travail en équipe mais lançait des piques acerbes à ses coéquipiers. Dhyste Nicolau, une sorcière grecque aux cheveux roux un peu susceptible pleurait souvent à cause d'Aleksandr Volkov, ce qui indignait Lyra.
Arès avait toujours autant de difficultés à faire de la magie avec sa baguette. Il avait vraiment envie d'en acheter une autre. Un jour, il demanda à Anvald de lui prêter la sienne afin de métamorphoser un objet et il réussit à le faire du premier coup, à son grand étonnement. Son problème venait manifestement de sa baguette complexe et il ne comprenait pas pourquoi Lennart insistait autant pour qu'il la garde.
Ce qui illuminait ses journées étaient les cours de Potions avec le professeur Bailey. Arès se montrait l'un des élèves les plus talentueux de sa classe, à son grand plaisir. Enfin une matière où ses efforts étaient récompensés ! Car dans d'autres matières théoriques il avait du mal à s'en sortir. Le cours de Ljungström d'Initiation aux techniques de la magie était ardu ; le plus difficile était la traduction des runes, une discipline emplie de subtilités. Les cours d'Astronomie pratique avaient commencé avec le retour de la nuit mais ils étaient très courts : ils avaient lieu très tard le soir et Regulus leur expliqua qu'il fallait attendre Novembre pour voir plus de corps célestes.
Arès continuait à faire des efforts pour se sociabiliser. Il reçut une réponse de Draco, simple et qui ne donnait pas beaucoup d'informations. Le sorcier lui disait juste qu'il était à Poudlard dans la maison de Serpentard, prônait la supériorité de sa maison pendant une dizaine de lignes puis rabaissait les autres, plus particulièrement Gryffondor dans laquelle il semblait haïr un Ronald Weasley. Il demandait aussi à Arès comment allait Lyra Thompson, 'une de ses amies d'enfance'. Arès lui répondit en lui racontant les démêlés de Lyra avec Aleksandr Volkov. Draco ne mentionna pas Dumbledore une seule seconde dans sa lettre.
Il passait beaucoup de temps à la bibliothèque du château avec ses coéquipiers, puis le week-end avec Lyra dans les salles d'études du foyer d'Odin. Il avait fini par comprendre que la jeune fille était réservée mais se livrait quand elle connaissait plus la personne. Elle lui raconta des souvenirs d'enfance avec Draco ; elle avait l'air de beaucoup l'apprécier, même si elle passait son temps à critiquer son arrogance.
L'arrogant qui énervait Arès, ce n'était pas Draco : c'était Dimitri Krol. Le seul autre Odin de leur promotion continuait à se tenir à distance mais souvent Arès le surprenait à le fixer, un petit rictus aux lèvres. Dimitri ne faisait pas plus de vagues en public ; il se contentait de marcher de son pas décontracté, élégant avec ses boucles claires, affichant un air de supériorité si ouvertement que c'en était scandaleux.
Lennart continuait à superviser ses entraînements de magie sans baguette. Le sorcier notait plein de choses sur des rouleaux de parchemin mais refusait de dire de quoi il s'agissait à Arès. Il était toujours aussi impitoyable et Arès sortait totalement épuisé des longs entraînements qui avaient lieu en soirée. Il maîtrisait de plus en plus sa magie, grâce aux exercices qu'il faisait tous les soirs et tous les matins dans la solitude de sa chambre. La progression était très lente mais Lennart était aux anges.
A la fin du mois de septembre Arès nota une amélioration de ses performances avec une baguette. C'était très léger, pourtant ça lui fit chaud au cœur. Le déclic se produisit en cours de métamorphose. Møller, une fois de plus, s'acharnait sur Arès, restant planté devant son bureau. Dans ce genre de situation le reste de l'équipe travaillait dans son coin, Arès étant accaparé par un grand sadique à la forte mâchoire. Face à Møller, il avait de plus en plus de difficultés à garder son calme.
"On dirait que vous avez des problèmes, Mr Black. Pourquoi ne suis-pas étonné ?" dit-il d'une voix doucereuse. Arès essaya une fois de plus la métamorphose, bien décidé à montrer au professeur ce dont il était capable. Mais rien ne se produisit. "Mr Black, vous vous retenez ! Changez-moi ce scarabée en bouton de manteau immédiatement !" vociférait Møller.
Arès serra les dents, faisant encore et encore les mouvements de poignets. Le scarabée essayait désespérément de lui échapper, courant sur ses petites pattes à l'extrémité du bureau. Tous les autres scarabées faisaient le mort sauf celui d'Arès, paniqué par le sorcier qui s'acharnait et gesticulait. Le poing de Møller s'abattit violemment sur la table à quelques centimètres à peine du scarabée qui se retrouva sur le dos, secoué, ses pattes velues se débattant dans le vide.
"Mr Black !" rugit Møller. "De la conviction !"
La colère d'Arès fit surface. Il baissa sa baguette, leva les yeux et rencontra ceux du professeur. Il imaginait mille tortures ; dans sa tête, il voyant Møller en train de souffrir de ses propres mains et cela le remplit d'un contentement morbide. Il fit un sourire mauvais au professeur… et une immense flamme jaillit de sa baguette, enflammant le bureau. Tout le monde bondit en arrière, Møller beugla quelque chose, éteignant le feu avec sa propre baguette. Lorsque le feu fut maîtrisé, la surface de la table était carbonisée. Quelque chose était posé dessus. C'était un bouton de manteau.
Arès dû essuyer les reproches de Møller qui lui donna une retenue ainsi qu'un essai de cinquante centimètres de parchemin pour le lendemain sur les métamorphoses d'un animal en objet inanimé, ce qui était impossible à rédiger en quelques heures seulement mais Arès ne se plaignait pas; Il avait réussi une métamorphose !
Suite à cet incident Arès comprit qu'il devait changer de manière de réfléchir. Il imaginait la magie avec baguette comme sa magie sans baguette, alors qu'au contraire elles étaient bien différentes. Sa baguette semblait réagir avec enthousiasme à sa colère ; c'est ce qui s'était passé avec Møller. Dès qu'on demandait à Arès de faire de la magie, il se représentait de nouveau Møller en train de lui meugler dans les oreilles, un sourire vicieux au visage. Aussitôt un flux de magie sortait de sa baguette et il pouvait jeter des sorts presque comme tout le monde. Il avait encore du mal à contrôler le phénomène, ce qui se traduisit par beaucoup de bureaux enflammés et de cheveux roussis. L'autre inconvénient était que ça lui demandait beaucoup de concentration et qu'il ne pouvait jamais lancer un sort instantanément. Il passa aussi beaucoup de temps en retenue. Les professeurs de Métamorphose et de Sortilèges lui firent copier des lignes et des lignes jusqu'à une heure avancée de la nuit. A cause de cela Arès dû passer plusieurs nuits blanches pour rattraper son retard. Le professeur Lennart, lorsqu'il le vit à son tour réduire un bureau en cendres, se contenta de lui donner une série de livres à lire sur le contrôle de la magie chez les sorciers de premier cycle ainsi qu'un très long essai sur ce thème. Quand ils se virent à nouveau en privé pour l'entraînement d'Arès, Lennart ne fit pas de commentaires mais Arès aurait juré qu'il souriait légèrement.
Le mois de septembre pris fin et octobre amena la neige sur Durmstrang ainsi que des journées de plus en plus courtes. Arès échangea deux autres lettres avec Draco. Le Serpentard passait la plupart de ses lettres à se plaindre des Gryffondors. Ça amusait beaucoup Arès ; Lyra, à qui il faisait lire les lettres, faisait un petit sourire attendri.
Un soir, alors qu'il étudiait à la bibliothèque entouré de son groupe d'étude habituel - son équipe ainsi que Lyra qui les fréquentait de plus en plus -, un évènement inexplicable se produisit. Arès écoutait Gunhild disserter sur les usages de la rune Elhaz quand soudain une douleur atroce lui transperça la tête.
C'était comme si son crâne allait s'ouvrir. Il se tint le front en hurlant de douleur, s'écroulant au sol. On essaya de le redresser mais son corps était secoué de spasmes. Il vomit sur le plancher ciré, toussant à en cracher ses poumons. La douleur sembla durer pendant un temps infini ; il eut à peine conscience d'être transporté à l'infirmerie. Des images défilaient dans sa tête - un serpent gigantesque qui se tortillait sur un sol de pierre, son reflet dans un miroir - un homme âgé, le visage blême et ridé, chauve, ses yeux rouges brillant comme des rubis. Quelqu'un hurlait, quelqu'un de fou, quelqu'un de torturé. Arès se rendit compte, à travers son délire, que c'était lui qui hurlait, que c'était sa gorge qui le brûlait, le brûlait… Il leva les mains à son visage et se contempla, un rictus sur ses lèvres minces. Il hurlait, il se débattait, il frappait des monstres qui se pressaient contre lui. Puis il détourna du miroir et regarda avec délice le serpent se tortiller sur le sol, agonisant. Les yeux d'Arès roulèrent vers l'arrière. Il voyait le serpent mourir et la vie lui revenait, il devenait plus fort, plus jeune. Des cheveux poussaient à toute vitesse sur son crâne, ses rides disparaissaient, ses yeux se faisaient perçants. Il ria, mais son rire glaça le sang d'Arès.
Il tomba dans les pommes avec un dernier râle de souffrance.
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Arès se réveilla une nouvelle fois dans l'infirmerie, surpris, la tête et la gorge douloureuse. Que faisait-il ici ? Il travaillait dans la bibliothèque avec Lyra et les autres… Soudainement tout lui revint en mémoire : le serpent, les cris, son reflet dans le miroir. Effrayé, il porta frénétiquement les mains à son visage… mais ses poignets étaient solidement attachés à ses côtés. Il se débattit violemment et sa tête fut assaillie de coups de marteau.
"Arès, tout va bien" dit une voix douce à côté de lui. Lyra. "Du calme."
Il se retourna vers elle. Sa présence l'apaisa. "Que s'est-il passé ?" demanda-t-il d'une voix rauque.
"Tu t'es effondré en hurlant à la bibliothèque et puis tu as commencé à… à te griffer le visage. On aurait dit que tu étais devenu fou ! C'était effrayant." Lyra avait l'air secouée. " Anvald et Gunhild viennent de partir se coucher ; Malvina n'a pas voulu venir te voir" poursuivit Lyra d'un ton énervé. "Enfin, le plus important c'est que tu ailles mieux. Ça va ?"
"Oui" dit Arès. Sa tête lui faisait atrocement mal.
"Mrs Bennett a demandé que tu restes attaché au cas où. Je suis désolée, Arès, mais c'était vraiment impressionnant. Tu saignais et tu ne réagissais pas, même quand Anvald t'a giflé…"
Arès remarqua que les manchettes de chemise de Lyra étaient tachées de sang. "C'est mon sang ?" demanda-t-il, ahuri.
"Tu t'es arraché la peau du front et des joues…" dit doucement Lyra, mal à l'aise.
Un éclair de panique traversa Arès. Sa cicatrice ! Elle devait être visible maintenant !
"Ne t'inquiète pas, personne n'a vu ta cicatrice. Enfin, moi et les autres si, mais de toute façon on le savait déjà. Tu étais tout amoché et maintenant tu as des pansements partout."
Arès soupira de soulagement. "Peux-tu appeler le professeur Black, s'il te plaît ? Il faut absolument que je le voie."
"Il n'est pas là" lui répondit simplement Lyra. "Mrs Bennett l'a demandé mais il était parti. D'ailleurs beaucoup de professeurs sont absents, même le Directeur ! Je me demande ce qu'il font."
Le cerveau d'Arès fonctionnait à plein régime malgré sa migraine. Il savait parfaitement qui il avait vu dans son délire - Voldemort. Il ne savait pas ce que ça signifiait mais ce qui était sûr c'est que ce n'était pas bon du tout. Peut-être était une sorte de vision qui allait se réaliser, après tout Arès n'était pas à une anomalie près…
"Et le professeur Lennart ?"
"On l'a croisé dans un couloir après t'avoir amené mais il n'a pas voulu nous écouter. Il avait l'air pressé. Peut-être que les professeurs avaient une réunion…"
Arès n'aimait pas ça du tout. Pourquoi la plupart des professeurs de Durmstrang disparaîtraient-ils d'un coup ? Qu'est-ce qu'ils avaient en commun ? Beaucoup étaient des Mangemorts. Et si cela voulait dire que Voldemort avait retrouvé ses pouvoirs. Arès frissonna. Ça n'avait pas de sens. Pourquoi maintenant ? Pourquoi d'un coup ? Il devait y avoir quelque chose qui pouvait expliquer son délire.
Lorsqu'il s'endormit cette nuit-là, il fit un rêve étrange. Des personnes étaient rassemblées autour de lui dans un grand cachot, des dizaines et des dizaines de personnes. Ils portaient des masques blancs et des robes noires à capuchon. Ils se prosternaient devant lui. Il lançait des maléfices à certains d'entre eux, les faisant se tortiller sur le sol un peu comme le serpent l'avait fait, hurlant leur détresse. Arès ne se souvint pas du rêve le lendemain mais il lui laissa une étrange sensation de malaise.
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