Insolitude
CHAPITRE 3
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« Je suis tellement bien près de toi... »
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Quand Jongin se réveilla, alors qu'il ne se rappelait même pas s'être couché, une lueur trop intense sur ses yeux l'obligea à refermer brusquement les paupières.
Il devrait fermer les volets à l'avenir !
Puis quand il les rouvrit précautionneusement, prêt à cligner pour s'acclimater à la lueur du soleil inondant le salon, il se rendit compte qu'il était dans le noir.
Il faisait encore nuit et il était allongé sur le sol de la cuisine !
Bon sang ! Voilà pourquoi il ne se souvenait pas s'être couché ! Parce qu'il ne l'avait pas fait ! Il s'était juste endormit là... Quand ça ? Pourquoi ?
Et puis... cet éblouissement... Il avait dû rêver et puis c'était tout !
En tous cas, maintenant, il y avait un truc qu'il savait et dont il ne démordrait plus jamais... Dormir sur le sol de la cuisine est moins confortable que de dormir dans son lit... Mais ne devrait-il pas faire un nœud à son mouchoir pour ne jamais oublier ?
Oublier ? Oublier quoi ?
Il se releva alors péniblement du carrelage, avant de retourner dans le salon.
Toutefois, fatigué et l'esprit embrumé, presque toujours endormit, il avait à peine fait un pas dans le salon, qu'il tourna la tête vers le coin près de la porte de la cuisine et inclina inconsciemment la tête dans un sourire, ne s'en rendant absolument pas compte, avant de poursuivre son chemin jusqu'à son lit sur lequel il se coucha tel quel, se rendormant immédiatement, comme si rien ne s'était passé...
…
Comme si rien ne s'était passé... Parce que rien ne s'était passé... Jongin ne se souviendrait jamais de ces derniers moments passés, classés dans la liste des songes nocturnes dont on ne se souvient jamais... Mais lui... Lui... n'oublierait jamais ces deux heures passées tout près de lui, presque … dans ses bras...
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« J'aime beaucoup cette chanson... » ... « Je suis heureux que tu l'aimes Jongin... »
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Le lendemain, émergeant doucement, Jongin roula lentement sur son lit en étreignant son oreiller.
Il avait bien dormit. Pas qu'il dormait mal d'habitude, mais en cet instant, il avait vraiment le sentiment d'avoir passé une agréable nuit et c'était plaisant.
Il se sentait comme apaisé d'un trop grand manque... Manque de quoi ? Il n'aurait su dire, mais il se leva énergiquement et fila dans la salle de bain pour se doucher.
C'était le début d'une belle journée.
…
Étonné dans un premier temps, de toujours porter ses vêtements de la veille, il n'en fit toutefois pas cas et se déshabilla, avant de se glisser sous l'eau
Il avait dormit tout habillé ? Soit ! Épuisé il s'était couché comme ça et puis c'était tout.
Et après une longue douche, amplifiant son bien-être, il se sécha et enroula sa serviette autour de sa taille, avant de sortir de la salle de bain et rejoindre le salon.
Là, il s'habilla rapidement, avec l'étrange impression d'être observé, qui lui fit penser qu'il était stupide et c'est en levant les yeux au ciel, qu'il alla se préparer un café, qu'il but accompagné de quelques cookies.
…
Une fois rassasié, il s'arma ensuite d'un pinceau à brosse ronde et pointue, avant d'ouvrir un pot de vernis, près à commencer enfin ses travaux.
Ce matin il allait s'occuper des boiseries de la maison, en commençant par la pièce qui serait sa chambre ! Et c'est avec entrain qu'il se mit au travail.
…
Terminant la première pièce assez rapidement, bien qu'il travail avec le plus grand soin, c'est satisfait qu'il passa à la suivante.
Puis, on ne peut plus concentré sur son travail, il se mit à siffloter un air, sur lequel il aurait été bien incapable de mettre un nom. Mais il l'aimait beaucoup et c'était plus fort que lui.
Toutefois, terminant de vernir le dernier montant de la porte qu'il mettrait fin à cette pièce, se concentrant sur un relief délicat pour ne pas remplir les creux de trop de vernis, il cessa de siffloter et l'air se poursuivit dans sa tête... Dans sa tête ?
Laissant le pinceau en suspend tout à coup, il tendit l'oreille, les yeux exorbités.
L'air qui se poursuivait ne venait pas de sa tête !
Non ! Cet air était entonné par quelqu'un !
Le son, lointain, comme étouffé, cette voix douce et étonnement familière, résonnait entre ces murs c'était certain !
Et Jongin déglutit.
Il y avait quelqu'un... dans la maison ?
Posant alors le pot de vernis et le pinceau près de lui, en silence, c'est tout aussi silencieux qu'il sortit de la pièce, jetant un coup d'œil de chaque coté du couloir.
Puis, décelant que le son venait de sa droite, il s'avança, longeant le couloir en rasant le mur à pas léger, pour ne pas faire de bruit.
Son cœur battait comme un dingue, mais il n'avait pas le choix. Si quelqu'un était chez lui, il devait mettre la main dessus !
Puis s'immobilisant derrière la porte de la pièce qui serait le bureau et d'où semblait venir la voix, il souffla doucement en posant sa main sur la poignée et ouvrit brusquement la porte.
La voix se tut à l'instant même.
S'engouffrant alors dans la pièce, il contourna l'amas de meubles et cartons se trouvant au milieu de la pièce pour s'assurer que personne n'était caché derrière et quand il passa devant la fenêtre … qui était ouverte... une voix le salua.
Sursautant, il se tourna alors vers l'extérieur et découvrit son voisin qui entretenait ses rosiers à quelques mètres de là. « Et bien voilà qui chantait » se dit-il...
« -Vous êtes notre nouveau voisin ? Ravi de vous rencontrer ! Dit l'homme.
Décontenancé, Jongin se reprit tout de même immédiatement et sourit.
« -Oui c'est moi. Ravi de vous rencontrer aussi. Dit-il à l'homme qui fut rejoint par sa femme.
« -A qui parles tu chéri ?
« -A notre nouveau voisin.
La femme le repérant alors à sa fenêtre, lui fit un petit signe de la main.
« -Bonjour Madame.
« -Bonjour jeune homme. Soyez le bienvenue dans le quartier.
« -Je vous remercie.
« -J'espère que vous vous plairez ici.
« -Oh oui, j'en suis sûr, je m'y plais déjà beaucoup.
« -Vous m'en voyez ravie. Dit-elle dans un énorme sourire.
Continuant ensuite à converser aimablement de choses et d'autres, Jongin fut rapidement invité a dîner à l'occasion, ce qu'il accepta avec plaisir et il prit congé d'eux pour retourner à son occupation précédente.
Refermant la fenêtre, il sourit, c'était de là que venaient tous ces courants d'airs depuis qu'il était arrivé ! Il s'était inquiété pour rien finalement.
Rassuré, il retourna alors à son vernis et poursuivit sa tâche comme si rien ne s'était passé.
…
Quelques heures plus tard, quand furent finies toutes les pièces de part et d'autre du couloir, dont il donnait les derniers coups de pinceaux, il se dit qu'il avait été bien présomptueux de s'imaginer qu'il aurait fini en une matinée. Il était treize heures trente et il devait encore faire le salon, l'entrée et la cuisine, ce qui lui demanderait bien encore une heure et demie, voire deux heures de boulot !
Il décida alors de prendre une pause pour se restaurer, avant de reprendre sa tâche et se prépara un grand bol de ramens qu'il mangea assis en tailleur, perché sur le plan de travail.
Ses menus, ces derniers jours, étaient quelque peu déséquilibrés, mais il n'avait pas eut le temps de faire les courses et il se dit qu'il allait devoir y penser. Car son corps était son outil de travail et il ne pouvait pas se permettre de maigrir trop, tout comme il lui était interdit de grossir.
Et puis comme la cuisine n'aurait pas besoin de tapisserie, une fois les boiseries vernies, il pourrait donc vider les cartons de cette pièce et enfin pouvoir se préparer des repas dignes de ce nom... après avoir été faire les courses... bien entendu...
Puis terminant ses nouilles, il posa le bol en carton près de lui et jeta ses baguettes dans l'évier, avant de déplier ses jambes et les laisser pendre dans le vide, en s'adossant au mur derrière lui.
Son regard errant machinalement dans la pièce, il fut soudainement envahit d'un sentiment de honte, quand ses yeux se posèrent sur son téléphone qui se trouvait sur le carrelage, se rendant compte que depuis son réveil, il n'avait pas pensé à Kyungsoo une seule seconde... Et cette honte insidieuse disparue dans la seconde où il se demanda pourquoi il avait laissé son téléphone là... après l'appel de Kyungsoo... après le départ de Chen... après...
Il ne se souvenait pas le moins du monde de ce qui s'était passé après... Mais est-ce que cela avait une quelconque importance ?
Puis sautant de son perchoir pour ramasser l'appareil, il vit une silhouette dans le salon se découper sur le fond blanc que créaient les murs à présent nus... silhouette qui avait disparu dans le dit couloir à toute vitesse, mais bordel de merde, il l'avait bel et bien vu !
« -Qui est là ? Cria-t-il, alors que l'adrénaline prenait possession de son corps et qu'il se dirigeait à grand pas vers le couloir, en attrapant un des pieds métallique de sa table de cuisine qui attendait d'être montée.
Puis arrivant à l'entrée du couloir, il s'immobilisa, alors qu'il venait de voir la silhouette disparaître dans le fond sur la gauche.
« -QUI EST LA ? Sortez de là ou j'appelle la police ! Vous n'avez rien à faire chez moi ! Dit-il avant de se remettre à avancer en resserrant sa prise sur son arme de fortune.
Aucun son, aucun mouvement, aucune réponse ne se firent alors entendre et quand Jongin arriva au bout, à gauche du couloir, face à une porte qui n'était que celle d'un cagibi, près à cogner s'il le fallait, il en ouvrit brusquement la porte en levant son bras armé plus haut et... Rien.
Aurait-il préféré trouver quelqu'un ? Rien n'était moins sûr... mais le placard était vide, il n'y avait aucune autre issue et c'est à reculons qu'il refit le chemin inverse.
« -Non non non non non... Soufflait-il inlassablement, tandis que ses yeux ne quittaient pas le fond du couloir, s'attendant à voir réapparaître quelque chose qu'il ne pouvait concevoir...
Puis reculant encore, son dos cogna contre la porte d'entrée qui se trouvait dans l'alignement du couloir et il s'immobilisa, le souffle court.
Avait-il complètement perdu l'esprit ? Était-ce un cauchemar ? Non non non ! Tout était bien réel ! Merde ! Merde !
Que faire ?
Réalisant avec horreur que son téléphone était du coup resté par terre dans la cuisine, il se mordilla la lèvre... mais qui aurait-il appelé ? Pour dire quoi ? La police ?
Non ! Merde merde merde...
Et dans un éclair de lucidité, il lâcha le pied métallique qu'il avait toujours à la main et qui fit un bruit épouvantable sur le sol et attrapa ses clefs de voiture, avant de s'enfuir en claquant la porte derrière lui, de courir jusqu'à son véhicule et démarrer en trombe... Tandis qu'un dernier coup d'œil réflexe, finissait de lui glacer le sang dans les veines, quand il vit la silhouette se dessiner derrière une des fenêtres du salon et qu'il réalisa instantanément que ce n'était pas la première fois.
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Une main posée sur le verre froid de la vitre, il le regarda le fuir, tandis qu'une larme coulait sur sa joue...
« -Jongin... ne pars pas...
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