Hello, voici le second chapitre! Alors, je reconnais que c'est un poil long niveau action, mais j'essaie de me mettre dans la peau de gens qui font de la politique et j'admets que c'est assez hardcore! En espérant que cela continue à vous plaire et que vous appréciez assez mon cher petit Melbourne. Bonne lecture!
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Chapitre 2: Tenter le tout pour le tout
La nature était si bien faite qu'elle parvenait à réguler la chaleur lorsque celle-ci avait été étouffante plusieurs jours d'affilée en cumulant des nuages par centaines et aidant à jouer avec les lois de la physique au travers des courants d'airs chaud et froid, ce qui se résultait par un orage digne de ce nom.
Londres se trouva très vite détrempée telle un chien qui n'avait pu s'abriter. La population s'agitait en tous sens pour tenter d'échapper à la pluie torrentielle, prise par surprise, cet événement météorologique n'avait été prévu avec une telle intensité. L'odeur du goudron chauffé et réchauffé par le soleil des journées précédentes remontait par les courants d'air chauds et donnait une sensation d'étouffement parmi les gens qui ne pouvaient que subir cette puanteur, n'ayant rien sous la main pour préserver leurs nez. Ajoutez à cela que malgré une baisse substantielle de la température, et une augmentation notable du taux d'humidité, les Londoniens eurent également le sentiment de s'être propulsés sur une île du Pacifique en pleine période de chaleur. Ce n'était plus de l'étouffement à ce stade mais de l'oppression moite et collante, où respirer ne devenait pas seulement difficile mais aussi presque impossible.
- Je serais vous, j'attendrais que ça se calme, grogna le gérant du bureau de tabac-presse, tout en se grattant sa barbe mal rasée d'un geste machinal.
- Mouais, vous avez raison, lui répondit Melbourne, qui s'était tourné pour observer le sale temps dehors, par la vitrine du local.
Le jeune homme n'avait pas prévu cela. Certes, il aurait pu s'en tirer avec un Impervio, or tout un chacun aurait trouvé cela étrange qu'un seul type ne semblait pas se mouiller avec le déluge qui leur tombait dessus. Et il n'était pas du genre à commettre ces petits impairs que d'autres sorciers réalisaient sans s'en rendre compte. Il n'était guère étonnant qu'ils soient suivis par des murmures lorsqu'ils osaient se promener du côté Muggle.
- Jvous fais un café, proposa le vendeur. En attendant… Ce n'est pas prêt de se calmer, jcrois.
- Volontiers, accepta Melbourne. Merci bien.
Le gérant balaya ces politesses d'un signe de main du style «je-m'en-fiche» avant de tourner les talons pour s'enfoncer en arrière-boutique. Les sons qui en provenaient laissaient deviner au seul client du bureau de tabac-presse qu'une machine à expresso était en service. Quelques minutes plus tard, le boutiquier gueula de venir le rejoindre, car sinon ils allaient en mettre partout. Le jeune homme jeta un œil circulaire autour de lui, haussa les épaules pour relativiser sa crainte mal placée, et passa derrière le comptoir sans prêter attention aux détails. Enfin, il ne s'était pas arrêté, même ne serait-ce qu'une seconde; néanmoins, son cerveau avait eu le temps de photographier deux des quelques étagères où étaient rangés les paquets de tabac, et il se demanda pourquoi personne n'avait jamais songé à un classement par ordre alphabétique. Ce ne fut que lorsqu'il se prit les vapeurs acres du café dans les narines qu'il se rendit compte de ce qu'il venait de songer et s'admonesta d'avoir encore laisser exprimer ses maniérismes. Il n'était pas chez lui, Gumbling Gargoyles!
Le gérant lui demanda ensuite s'il avait regardé le dernier match de football. Melbourne se retint de peu de lui révéler qu'il n'avait pas de poste de télévision car il n'avait pas le temps de la regarder, de toute façon; et que son poste de radio ne captait que les ondes Sorcières – le seul objet qui le liait concrètement à son monde, à l'exception de sa baguette. Les gens ne comprenaient pas comment on pouvait vivre sans télévision. Il s'était passé deux générations complètes et la population ne savait plus ce que c'était, la vie sans écran qui occupait une partie du salon. A peine avait-il dit non que le gars poursuivit en lui affirmant qu'il n'avait rien raté, car cela avait été nul, pour rester poli.
Lorsque tous deux ressortirent de l'arrière-boutique, le gros de l'orage était passé. Une pluie fine s'abattait encore sur la ville. Le jeune homme récupéra son journal et son tabac, remercia une fois de plus le buraliste pour son café et osa braver le temps, ne se sentant pas de rester plus de temps dans ces locaux sinistres tenus par un type sinistre sous un ciel sinistre.
A l'abri chez lui, il se dit que c'était son humeur qui était sinistre pour dépeindre le monde comme tel. Les dizaines d'heures de labeur journalières, interrompues par une poignée d'entre-elles à des tranches de journées inhabituelles le mettaient à bout. Son chat le tira de ses pensées en se frottant à ses jambes et ronronnant à plein régime, dans la quête d'un gros câlin. Melbourne se vautra dans son clic-clac et tapota à côté de lui pour inviter le félin à le rejoindre. L'animal obéit sans y réfléchir une seconde de trop et put débuter une longue session de sieste commune.
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- Il faudrait que l'un de vous parvienne à rencontrer Melbourne, car les informations divulguées par le Daily Prophet restent très vagues et... Je n'aime pas quand je ne sais pas à quelle sauce je serais mangé, souffla Dumbledore l'air soucieux et pensif, Arthur Weasley et Kingsley Shacklebolt face à lui, tous trois assis dans la cuisine souterraine de la demeure des Blacks.
- Le problème, c'est que... Il est difficile de le croiser actuellement, répliqua Shacklebolt de sa voix profonde. Toute l'Education est sur les fourneaux, si je puis dire, et lorsque les employés en sortent, c'est à des heures atypiques... Melbourne davantage.
- Il m'est déjà arrivé de le croiser à trois heures du matin, après que ma relève ait pris le relais, confirma Weasley. Si nous voulons lui parler, il faut s'attendre à aménager une réunion de l'Ordre à n'importe quelle heure.
- Au vu des événements récents, il ne me posera aucun souci de tenir une réunion au cœur de la nuit, balaya le Directeur de Hogwarts. Nous procéderons de cette manière.
Les trois hommes hochèrent la tête d'un commun accord silencieux, avant que chacun parte de son côté.
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Arthur Weasley eut de la chance trois jours plus tard – trois nuits plus tard pour être exact. L'homme venait de sortir de l'ascenseur lorsqu'il nota que Melbourne faisait de même à sa droite. Malgré l'heure avancée de la nuit et le vide qui régnait dans l'Atrium, Weasley s'approcha en toute discrétion et signala sa présence en exerçant une pression au niveau du coude gauche du jeune homme. La manœuvre avait fonctionné. Melbourne était alerté mais avait réussi à ne pas réagir outre-mesure. En vérité, il s'était forcé à ne pas sursauter parce qu'il n'aimait pas du tout qu'on le prenne par surprise et par derrière, sans parler du contact tactile. Son homologue du second étage se tint à sa hauteur par la suite et adoptait le même rythme de marche.
- Dumbledore m'envoie vous demander de nous renseigner sur certains points, chuchota-t-il en remuant le moins possible les lèvres, regardant devant lui. Avez-vous du temps devant vous?
- Je dois revenir pour dix heures, lui répondit Melbourne sur le même volume sonore. Mais avant tout, il me faut faire un saut chez moi, si cela ne vous dérange pas, ajouta-t-il nerveusement.
- Bien sûr.
Les deux employés du Ministère furent bientôt dans les rues de Londres. La nuit était noire comme l'encre et un vent venant de la Tamise soufflait entre les maisons et les immeubles. Ils se glissèrent dans un coin d'ombre pour Transplaner, les transports en commun plus rares à ces heures. Cela rappela à Weasley qu'il n'était pas très fan du Transplanage d'escorte. Sa sensation désagréable mourut instantanément en lui lorsqu'il fit face au pâté d'immeubles dans lequel vivait Melbourne. L'édifice était haut de six paliers, les façades blanches étaient sales à cause des intempéries précédentes, chaque logement se ressemblait à s'y méprendre – si ce n'était la présence de jardinières ou de vêtements pendus pour sécher à certains balcons. A la manière dont le crépis et les fissures commençaient à apparaître aux yeux d'experts ou de très bons observateurs, l'on pouvait estimer la construction de ces habitations datait soit de la fin des années soixante-dix, soit du début des années quatre-vingt. Ce tableau n'avait rien de reluisant, cependant le père de famille estimait ces logements sociaux comme des œuvres architecturales splendides.
Arthur Weasley regardait avec attention tous les faits et gestes du jeune homme, qui se déplaçait dans cet univers de Muggles avec une aisance incroyable, du jeu de clés aux différentes lumières qui éclairaient couloirs et porches. L'ascenseur eut son petit effet également sur le sorcier qui demanda alors si celui-ci fonctionnait à l'électricité; ce que son homologue du huitième étage confirma, en ajoutant que le mécanisme dépendait de plus en plus de l'énergie en question. Il se trouva à expliquer comment fonctionnaient les premiers ascenseurs publics le long du couloir, le temps d'être devant la porte de son logement – la vapeur, au dix-neuvième siècle, aidant le système mécanique de câbles, de poutres et de balanciers*.
Le passage dans l'appartement de Melbourne se fit assez rapidement, le temps que ce dernier prenne une douche, donne à manger à son chat qui miaulait à en perdre la voix – il regrettait de ne pas être présent à des heures plus classiques pour son animal de compagnie, et se coule un demi-litre de café dans un thermos. A l'heure qu'il était, le jeune homme était bien content de ne pas croiser Mrs Bowen, sinon ils auraient été retardés tous deux.
Cette fois-ci, ce fut Weasley qui escorta Melbourne lors du Transplanage, et sous la lumière de réverbères dans cette place minuscule et sinistre, il put lire sur son visage qu'il n'aimait pas plus que lui cet accompagnement-là. Le père de famille tendit un bout de parchemin que Melbourne déroula pour y lire dans une écriture élégante et penchée «The Order of the Phoenix is based on 12, Grimmauld Place». La note brûla sur-le-champ, et à peine leva-t-il la tête pour interroger son aîné qu'un phénomène attira son œil. Face à eux, les maisons portant les numéros onze et treize se poussaient sur chaque côté pour dégager du passage, sans bruit. L'espace créé fut aussitôt comblé par une demeure qui ressemblait aux autres, affichant un numéro douze proche d'une poignée de porte en forme de serpent. Après avoir froncé les sourcils, Melbourne les haussa. Il n'eut guère le temps de se poser davantage de questions, Weasley l'ayant saisi par le bras et le pressant d'aller jusqu'au perron. Les questions seraient sans doute pour une fois ultérieure.
Melbourne pénétra dans un hall long et haut, plongé dans le noir. Plusieurs bruits étranges le maintenaient dans une émotion mal à l'aise, comme ces chuchotements qui semblaient provenir de derrière des rideaux tirés. Il n'avait aucune idée de ce qu'ils masquaient cependant. Le jeune homme ne put savourer pleinement cette ambiance sinistre que Weasley le fit avancer jusqu'au fond du couloir pour ouvrir sur une porte à leur droite après une volée d'escaliers. La pièce était une cuisine basse de plafond, encastrée dans des pierres, froide et humide. A l'intérieur, un petit comité de personnes veillait encore. A l'instar de Dumbledore qui avait l'air de méditer, les orbes clos et les mains posées sur son torse, Molly préparait le petit-déjeuner avec beaucoup d'avance, Lupin faisait touiller sa cuiller dans une tasse de thé fumante en se retenant de bâiller et Shacklebolt discutait à voix basse avec une jeune femme dont les cheveux courts avaient une teinte rose vif qui aurait pu saturer les rétines peu habituées de Melbourne. C'était sans doute la jeune Auror Tonks, dont il avait entendu parler une fois, lorsque par le plus grand des hasards il avait surpris une conversation entre l'homme qui lui tenait compagnie actuellement et Moody Mad-Eye au Ministère. Le silence complet s'instaura parmi ces quelques personnes lorsque les deux derniers arrivés s'installèrent. Bientôt une tasse de thé se trouva sous le nez de Melbourne, ce qu'il déclina en posant son thermos de café à côté, en marmonnant qu'en l'état des choses, il n'avait pas la patience d'attendre que la théine fasse effet. Et de s'excuser derrière en rougissant comme un enfant lorsqu'il osa affronter le regard de Molly Weasley, qu'il interpréta mal. Il avait eu peur de l'avoir froissée. Arthur se saisit de la tasse et remercia sa femme, qui s'assit et sourit en même temps envers le jeune homme.
- Bonsoir – ou plutôt, bonjour, dit Dumbledore qui avait sorti d'une des poches de sa robe rouge parsemée d'étoiles dorées une montre sur laquelle il venait de lire trois heures quarante-deux. Merci d'avoir pu vous libérer, William, poursuivit-il dans un sourire et le regardant avec une certaine bienveillance alors que ce dernier haussa les épaules et marmonna que ce n'était rien. J'ai demandé à vous voir parce qu'en tant que Directeur de Hogwarts, j'ai quelques questions concernant ces Décrets que votre Department est en train de rédiger, reprit-il après un bref silence et en posant un exemplaire du Daily Prophet sur la table. Je ne suis malheureusement pas tenu au courant de ce qui se passe et ce journal demeure très vague...
Melbourne plissa les yeux pour lire les gros titres à l'envers. C'était le quotidien daté du douze juillet. Un sourire en coin se glissa quelques instants sur ses lèvres. Bien entendu que le journal avait été vague. Ils n'avaient pas eu l'autorisation de divulguer une seule information détaillée quant aux changements qui seraient appliqués en septembre. Il dévissa le capuchon de son thermos, le posa et le remplit de liquide sombre avant d'en siroter une gorgée. Il se devait de coopérer, pour l'Ordre: il l'avait juré lorsque le vénérable sorcier lui avait demandé de les rejoindre en 1990. Il avait, certes, décliné, mais il avait promis d'aider en tant qu'«indic». Le temps était venu. Cela lui faisait bizarre de se savoir être sur le point de divulguer des affaires internes de cette façon. Les mots «traître» et «idiot» lui vinrent à l'esprit. Il soupira, les orbes clos. Soit, au fond, il pouvait concevoir que Dumbledore veuille connaître les grandes lignes de ces Décrets. Il était en droit de savoir, étant le premier concerné. Cela était limite aberrant que personne ne le tienne au courant, quoique pas surprenant au vu de l'attitude générale à son égard. Puis, il sentit que tout le monde l'observait en silence, et il se dit qu'il n'était pas le seul du Ministère à prendre des risques, vu que la majorité de la tablée en faisait partie. Il se resservit en café avant de mettre ses mains à plat sur la table faite de bois sombre. Erreur: il tremblait jusqu'aux ongles; alors il serra les poings et les cacha du mieux qu'il put derrière le capuchon de son thermos.
- Dans un premier temps, nous renforçons la rigueur et la discipline, finit-il par dire d'une voix rocailleuse, la faute de ne pas beaucoup parler ces temps-ci. Cela consiste à pousser un peu plus loin le règlement intérieur de Hogwarts. J'y ai contribué, le connaissant par cœur, ajouta-t-il, ce qui fit sourire davantage Dumbledore dont les yeux pétillaient. Là-dessus, vous n'avez rien à craindre; car je me suis débrouillé pour que les élèves ne se sentent pas acculés de manière trop brutale... Question de flou juridique, avec laquelle je me suis amusé... J'ai un contact au Magical Law Enforcement et vous pouvez avoir confiance en elle comme je place la mienne à son égard. Elle a pu m'aider et me conseiller pour la manière de présenter les choses.
- Hormis ces détails-là, que devons-nous craindre, mes collègues et moi-même, demanda Dumbledore, après avoir pris le temps de méditer ces révélations.
Melbourne pinça les lèvres. Il venait de s'engager dans une pente glissante et ne pouvait pas faire machine arrière; cependant, il n'éprouvait aucune peur particulière, les personnes autour de lui lui démontrant une déferlante de confiance et de bienveillance. De plus, pour le moment, il savait qu'il ne risquait rien. Le Ministère n'avait pas encore mis en application une surveillance étroite de ses employés en dehors de ses murs; et ce n'était pas plus mal, car sinon cela poserait de gros problèmes légalement parlant. Pour le moment, ils ne désiraient pas s'y heurter dans l'immédiat.
- On bosse aussi sur la révision des programmes scolaires quant à la Défense Contre les Forces du Mal, avoua-t-il dans un souffle.
- Ceci est pour contrer la menace que je fais peser sur le Ministre, botta en touche Dumbledore, non sans sérieux malgré tout, comprenant ce que ces directives signifiaient implicitement parlant.
- Si je peux me permettre, vous faites peur à un paquet de monde, confirma le jeune homme. Mais... Il n'y a pas que ces histoires de programme et de discipline... Non, si nous faisons tout cela, c'est que le Ministère considère que Hogwarts est très mal géré et souhaite endiguer au maximum les dégâts qui affecteraient l'éducation de l'avenir de la communauté magique...
- J'ai bien conscience que tous ces actes sont purement politiques, répliqua le Directeur mezzo voce, les mains jointes et soupesant son interlocuteur de son regard pénétrant, ce qui le fit détourner les yeux, gêné.
- Je vous fournirai un récapitulatif des Décrets déjà rédigés et validés en commission, proposa Melbourne, à défaut de pouvoir dire plus et mieux faire.
- Quels risques prenez-vous pour nous révéler tout cela, demanda Molly Weasley, un accent d'inquiétude dans sa voix.
- Autant que votre mari et Mr Shacklebolt et Miss Tonks, j'imagine, éluda Melbourne.
Subséquemment, le silence retomba dans la cuisine qui parut soudain très grande, trop grande, ce qui enclencha un sentiment de malaise chez le jeune homme qui chercha à garder contenance en buvant son thermos de café. Il regrettait sur-le-champ de ne pas avoir eu ses carnets sur lui pour montrer à l'appui ses propos, sûr qu'une trace écrite aurait pu mieux faire percevoir les lignes directrices du changement éducationnel qui affecterait Hogwarts incessamment sous peu auprès de son Directeur. Néanmoins, il mesura sa pensée en se rappelant qu'il n'avait pas anticipé que l'Ordre chercherait à le contacter, même s'il aurait pu s'en douter. Non, décidément, Melbourne n'était pas fait pour ces machinations d'envergure. Il n'avait pas la patience et le recul pour dessiner les plans complexes que pouvaient esquisser les grands de ce monde. Il aurait été un piètre politicien. Il n'avait que l'envergure d'un jeune mû par ses convictions personnelles et l'intellect d'un moineau comparé à la brillance d'un Dumbledore ou bien encore d'un certain Mage Noir. C'était ce genre d'intelligence effrayante, froide, calculatrice qui donnait des sueurs froides à quiconque s'en approchait. Et là, Melbourne venait de toucher du doigt un rouage effarant. Il avait désormais une vision différente de ce qu'était la résistance, la guerre des idées et, bientôt sans doute, la guerre tout court.
- Quand pourrai-je avoir ces notes, William, demanda le Directeur alors qu'il le raccompagnait jusqu'à la porte d'entrée.
- J'essaierai de passer au bureau de Mr Weasley, réfléchit le jeune homme à toute vitesse. Si je baragouine une histoire d'artefact Muggle qui a été ensorcelé... Je pourrais toujours lui rendre visite sans que cela paraisse étrange.
- Soit, restez sur vos gardes, le prévint le vénérable sorcier en exerçant une pression sur son bras en signe de soutien.
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The Daily Prophet, August 12, front cover
HARRY POTTER EST ATTENDU AUJOURD'HUI POUR SON PROCES
Il est prévu, selon la Section 13 of the International Confederation of Warlocks' Statute of Secrecy, qu'il se fasse retirer sa baguette et exclure de Hogwarts. La juge Amelia Bones présidera la séance devant le Wizengamot complet[...]
Ce que Harry ne sut pas lorsqu'il était allé à son appel au Ministère était qu'il avait été observé de loin par quelqu'un. Le brun ne l'avait pas noté, notamment focalisé sur le stress de sa convocation, puis sur cette femme détestable au visage de crapaud… Et toute sa frustration ne lui avait guère permis de remarquer grand-chose, tant il était centré sur sa colère, partagée entre l'attitude des personnes présentes à son procès et le désintérêt qu'avait Dumbledore à son égard, alors que c'était la première fois de tout l'été qu'il voyait le vénérable chef d'établissement. Il avait vraiment cru ses dernières heures en tant que sorcier à pouvoir se déplacer dans ce monde, son monde, arriver. Il avait pensé, à tort, qu'il n'aurait pas autant de chances cette fois-ci, qu'il ne s'en tirerait pas avec insolence, comme il en avait l'habitude, malgré ce que Hermione et Monsieur Weasley lui avaient assuré avant qu'il ne parte… Soyons honnête: entre la théorie et la pratique, il pouvait y avoir des ratés. Dans la justice et la politique encore plus…
Seul Arthur Weasley s'en rendit compte, avec l'aide de ce maudit Malfoy cependant. Après que les deux hommes se soient lancés quelques regards et sous-entendus sur le chemin qui menait à la salle où Harry était attendu et qu'Arthur avait pressé l'épaule du garçon pour le faire avancer, son attention avait été attirée l'espace de quelques secondes lorsqu'il avait ouï Lucius interpeller quelqu'un. Ce fut à ce moment-là que Weasley remarqua que cet homme les avait suivis. Le père de Ron en avait froncé les sourcils. Il se souvenait vaguement l'avoir aperçu rentrer dans l'ascenseur en même temps qu'eux, puis il s'était dit que c'était un peu exagéré de songer qu'il les avait suivis. Il devenait bien vite paranoïaque, non? Quoiqu'à bien y réfléchir, c'était normal en ces circonstances et cette période…
Or, il avait eu raison. Le gars les attendait toujours au même endroit dans le couloir, entre les escaliers qui y menaient et l'ascenseur. Il les laissa le devancer avant de leur emboîter le pas pour se glisser derrière les grilles d'or et se caler dans un coin au fond, et de baisser la tête comme pour se faire oublier. Arthur profita que Harry soit plongé dans ses pensées pour se tourner un peu et fixer l'autre homme. Ce dernier le sentit, plus qu'il ne le vit, et finit par le toiser de ses orbes d'un bleu-azur profond.
- Qu'avez-vous, Melbourne, chuchota Arthur du bout des lèvres, sourcils froncés, le front soucieux.
- Je voulais m'assurer qu'il ne se soit pas fait bouffer par l'autre crapaud, finit par répondre ledit Melbourne au bout d'un moment sur le même volume sonore, après avoir dégagé de son front une de ses grosses mèches bouclées qui lui barrait le visage.
Arthur se tâta entre rire un bon coup et se crisper de peur, mais dans tous les cas, il pâlit aux mots de son confrère du Department of Magical Education. Il fit un signe en direction de l'adolescent, l'air de signifier qu'il était en vie et s'en était tiré, sans le verbaliser. Ceci suffit à Melbourne, qui retroussa ses lèvres d'un sourire pincé, ironique et sortit de l'ascenseur à son étage, les mains dans les poches et chantonnant un air populaire Muggle. Ce son inattendu dans de tels lieux attira l'oreille de Harry. Il fixa le dos du type en question et l'ascenseur reprit sa lente marche vers les hauteurs. Les émotions, les événements récents lui délogèrent du crâne toute pensée de cet homme par la suite. Il languissait de tenir informés ses amis qu'il était libre, acquitté d'une certaine façon, et qu'il allait pouvoir poursuivre sa scolarité avec eux. C'était, à ses yeux, le plus important. Hermione avait eu raison; mais sans l'aide de Dumbledore, qui avait insisté et avait fait témoigner Mrs Figg, l'adolescent avait craint que cela n'aurait pas fonctionné. Même Fudge en personne semblait désirer le voir tomber – tout comme cette bonne femme crapaud, que Percy suivait comme un petit chien. Elle était mauvaise, ça, Harry en était sûr. Dès les premières secondes où il l'avait vue, il l'avait senti et il en aurait mis sa main à couper. Elle-même semblait avoir une aversion grandiose à son endroit. Son petit sourire, ses mimiques, son regard appuyaient en ce sens. En un mot, elle avait tout de révulsant.
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Snape s'humectait les lèvres, nerveux, avant de mordiller sa lèvre inférieure, signe qu'il se retenait de peu de proférer un chapelet d'insultes très imagées dont lui seul avait le secret. Le rapport que venait de leur délivrer Dumbledore, à lui et les autres Directeurs de Maison était au mieux alarmant, au pire catastrophique. Le Corbeau se hasarda à regarder du coin de l'oeil ses collègues et l'air outré et choqué qu'il pouvait lire sur leurs visages reflétait la pensée qu'ils partageaient. En temps normal, le Ministère ne mettait pas son nez dans les affaires de Hogwarts. C'était ce qui donnait toute sa liberté et sa réputation d'excellence à l'établissement scolaire. Que l'institution politique change soudainement de manière de procéder ne faisait que signaler que tout ce qui rendait Hogwarts unique et indépendant était sérieusement remis en cause. Il en grincerait des dents et jurerait tel un charretier s'il n'avait pas un minimum de retenue. Cependant, le jeune homme ne s'apitoya pas sur ses ressentis, ces derniers étant de mauvais conseil. D'un bref sursaut d'Occlumencie, il les balaya mentalement et son visage redevint lisse et impénétrable.
- Juste pour être certain quant à vos propos, dit-il d'un ton froid, êtes-vous garant de ce que William Melbourne vous a révélé?
- Doutez-vous de lui, Severus, questionna en retour le vénérable sorcier.
- Son implication dans ces nouvelles mesures tempère mon élan de sympathie quant aux risques qu'il encourt depuis lors, cingla le Maître de Potions.
- Dans ce cas, laissez-moi vous dire une chose: placez votre confiance en lui comme je place la mienne à votre égard, se contenta de répliquer Dumbledore avec ce sourire entendu qui irritait pas mal le Death Eater, botté en touche.
Malheureusement pour le Directeur de l'école de sorcellerie la plus réputée de Grande-Bretagne, il ne put recevoir les traces écrites de Melbourne avant que les premiers Décrets ne soient appliqués et qui commençaient déjà à entraver sa liberté de mouvements. Et Snape avait de quoi nourrir des doutes justifiés à l'encontre de son ancien élève.
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- Cela n'a pas fonctionné, souffla Umbridge, l'air contrarié, les mains derrière le dos et tournant en rond dans son bureau, Fudge assis à son bureau. Il faut faire quelque chose. Ce garçon ne peut pas passer sa vie en étant impuni pour ses crimes, poursuivit-elle d'un ton furieux qu'elle avait peine à dissimuler, le Premier Ministre approuvant ses dires d'un signe de tête. Je pense qu'il est temps de prendre en charge Hogwarts, mon cher Cornelius. Ainsi, nous aurons main-mise sur Potter – et tous ses camarades… C'est dès l'école qu'il faut prendre en charge toutes ces petites têtes. C'est dès l'école qu'il faut faire crever dans l'oeuf toute pensée qui nuirait à l'ordre établi.
La petite femme rédigea de ce fait une note et l'avion en papier violet s'envola de lui-même.
Le sang de Melbourne ne fit qu'un tour à la lecture de ce mot. Il laissa tomber le papier et son thé se renversa. Par Merlin… Son estomac se contracta et il commença à trembler en imaginant très bien les conséquences de ce simple ordre: «application des derniers Décrets requises sur-le-champ». Oh. NON. Une fois de plus, il crut que son thé allait faire demi-tour. Il se rappelait très bien de quoi il en retournait, car il avait été parmi les équipes de révisions pour ces dernières. Et s'adresser à lui était assez sadique en y repensant; mais ce n'était guère étonnant de la part de cette bonne femme. Elle le haïssait.
Il soupira, agita sa baguette pour réparer son mug et récupérer son thé, assembla les papiers dont il avait besoin, fixa l'image du Premier Ministre Muggle sur sa vaisselle estampillée 'Never give up'*², fourra ses affaires dans son sac en bandoulière, s'adressa à son cerveau pour qu'il ne le lâche pas sous l'effet de la panique, et partit se faire dévorer dans l'arène aux lions... Il en allait de l'intégrité d'une institution chère à son coeur. Il ne se laisserait pas faire, il ne la laisserait pas faire. Au Department of Magical Education, le dicton comme suit It is only for Education you fight for and only for Education you will think about in everything you do*3 était ce pour quoi il se battait et se levait au quotidien. Cependant, avec tout ce que le ministère allait instaurer, cela allait à l'encontre de l'éducation. Il en avait parfaitement conscience et était terrorisé à l'idée de participer à l'accélération de l'application de ces fichus décrets. Il ne pouvait pas laisser les choses se dérouler selon les désirs de cette bonne femme, surtout pas, en ayant connaissance de ce que contenaient ces bouts de parchemins… De plus, s'il y avait bien une chose dans ce monde qu'il ne supportait pas, c'était de se sentir manipulé et pris pour un idiot fini. Il soupira une nouvelle fois, se massa les tempes d'un air absent et se dirigea vers l'un des ascenseurs, pour sceller le sort de centaines de jeunes scolarisés.
The Daily Prophet, August 21, front cover
LE MINISTERE DE LA MAGIE ACCELERE LE PAS POUR LES MESURES EDUCATIVES
en signant les décrets d'application les unes après les autres pour être sûr que tout soit effectif dès le premier septembre.
William Melbourne jeta l'exemplaire du Prophet, froissé, dans un coin de son bureau et avait envie de tout faire exploser autour de lui, tant sa colère et son impuissance le consumaient de l'intérieur. Que faire? Il se passa une main lasse dans sa chevelure, se frotta les paupières après avoir fermé les yeux, et marmonna dans sa barbe. Ce n'était pas possible qu'il n'y ait pas une mince chance de freiner cette machine infernale... Il soupira, se leva et fonça à la terrasse pour apprécier le faux-air et se griller une clope pour tenter de calmer ses nerfs. Peu de temps après lui, la porte baie-vitrée s'ouvrit et Turner s'approcha de lui. Melbourne haussa un sourcil, étonné, car son collègue affichait une mine grave. Tiens, il n'allait pas le chambrer cette fois-ci?
- Tu as entendu la dernière, demanda-t-il d'un ton renfrogné et devant le regard interrogateur du jeune homme, il poursuivit: Umbridge ne cherche pas uniquement à réformer Hogwarts, elle veut en être...
- Que veux-tu dire par là, «en être»? Y a cette histoire d'Inquisition de prévu... Que veut-elle de plus?
- Y enseigner, lâcha Turner d'un air laconique.
Ces quelques mots suffirent pour que Melbourne soit à deux doigts de recracher ses poumons, ayant mal inspiré sa taffe de cigarette. Il fut pris d'une belle quinte de toux. Son collègue le tapota entre les omoplates. Après s'être relativement remis de ses émotions, le jeune homme finit de fumer et rentra, remerciant Turner de l'avoir tenu au courant, et se retint de courir jusqu'à son box. Il venait d'avoir une idée, certes un peu casse-gueule, mais il n'était plus à une prise de risques près, néanmoins, il lui semblait que c'était la seule solution pour donner du fil à retordre à tout ce système auquel il avait participé pour sa mise en route. Il ne restait plus qu'à oser, remplir quelques papiers de formalité, supplier son chef à genoux, lécher les bottes du Premier Ministre et proposer un sacrifice de poids sur l'autel de la Bonne Fortune. Rien de moins que cela.
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Melbourne marchait d'un pas preste, presque courait-il, dans le dédale de couloirs du Department of Magical Law Enforcement, lisant au passage tous les écriteaux placardés aux portes qu'il croisait sur son chemin, avant de tomber sur celui qui l'intéressait et d'entrer après avoir vaguement toqué pour s'annoncer. Il avait pénétré si vivement dans le bureau que la jeune femme qui s'y trouvait sursauta, lâchant sa plume dans un même mouvement et de poser son autre main sur son cœur.
- William?... Bonté divine! Tu m'as fait peur! Que se passe-t-il, demanda-t-elle quelques secondes plus tard alors qu'elle étudiait l'expression étrange figée sur ses traits.
- Virginia... Peux-tu gribouiller un passe-droit en justifiant que je suis le mieux placé pour prendre le poste de Défense Contre les Forces du Mal, haleta le jeune homme d'une traite en s'affalant sur le fauteuil en face de son ancienne camarade de promotion de Hogwarts sans demander sa permission.
La jeune femme l'observa longuement, comme hésitante, avant de marmonner qu'un texte de loi ne se «gribouillait» pas, avant de le questionner sur ce désir soudain avant de se taire, comprenant les raisons sous-jacentes, une lueur passant dans ses orbes noisette.
- Oh... Je vois... Tu es sûr que?... Comme il hochait la tête, elle finit par capituler et acquiescer. Il te le faut pour quand?
- Aussi vite que possible, murmura Melbourne qui avait bien conscience qu'il exigeait la lune, Jupiter, Neptune, et Uranus à la fois.
- Tu es fou, ou quoi? Tu sais très bien qu'au bas mot, ce passe-droit ne sera étudié en commission que demain dans les meilleurs des cas et sans doute validé dans quarante-huit heures?
Melbourne ne la lâchait pas de ses orbes azur, faisant réverbérer dans toute la pièce sa détermination, ne souhaitant pas dépendre de la lenteur administrative.
- C'est une question de décence, souffla-t-il. Je refuse qu'elle mette en péril l'éducation par ses lubies maniaques et dangereuses, ajouta-t-il, l'air féroce.
- Soit, je vais demander à ce que la commission se réunisse exceptionnellement cette nuit, finit par dire Virginia, dans un instant de réflexion. Nous ne sommes pas à quelques heures supplémentaires de toute façon. Allez, à midi demain, tu auras ta réponse. Prépare-toi à te justifier auprès d'eux, donc je te conseille de ne pas quitter le Ministère cette nuit.
Le jeune homme le lui assura avant de partir sur-le-champ, tel un voleur.
Virginia classa les documents qui traînaient sur son bureau, fit venir à elle un Code de Loi par la lévitation et s'attela à rédiger un passe-droit avec beaucoup d'attention et de sérieux, se demandant si cela suffirait vraiment à couper la route à Umbridge... Sans doute, si la commission était sensible quant aux qualifications de la personne qui comptait enseigner à Hogwarts. Le seul détail qui ferait hésiter ces membres éminents serait l'absence criante d'expérience sur le terrain de son ancien camarade depuis les stages de pratique qu'il avait effectués lors de son apprentissage. La jeune femme fignola malgré tout ce texte de loi, par souci d'éthique et par pur souci d'amitié. Et surtout parce qu'elle ne voulait pas non plus que la Sous-Secrétaire d'Etat ait ce fichu poste maudit.
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* wiki/Ascenseur
*²: Winston Churchill, qui a dit 'never never never give up'
*3: ce n'est qu'en l'éducation que vous vous battez, et ne songez qu'à l'éducation en toute chose que vous faites
