Bonjour à tous !

A Emi : Merci une fois encore ! Apparemment, l'absence de séparation a perturbé tout le monde, je vais donc continuer à les mettre ici. Une fois de plus, la suite répondra à tes questions ;) Pour Blind : Blind, aveugle... pourquoi ai-je choisi ce titre ? ( petit rappel pour deux qui lisent et qui débarquent, je parle de mon roman, Blind, publié aux éditions du Lys bleu ) Le titre prend tout son sens dans la résolution de "l'enquête", à plusieurs niveaux. On peut penser d'un premier abord qu'il ne voit pas, qu'il avance à l'aveuglette sans savoir qui est le meurtrier. Ca va en fait bien au delà de ça, avec plusieurs niveaux d'analyse. Ca fait référence à la noyade, déjà, quand on est sous l'eau et qu'on est " aveugle ", à la jouissance sexuelle comme le montre la photo de couverture, ( on ferme souvent les yeux à la ce moment là ) et il est "aveuglé" par ses désirs. Enfin aveugle a un sens plus profond, émotionnel et vécu, et là seulement le dénouement pourra t'éclairer.

Sur ce, la suite !


Un soir, Harry abandonna l'occlumencie. Il en avait marre et puis, ça faisait une semaine qu'il n'avait plus fait de rêve. Aucune raison pour que ça continue...

... bon. Peut-être que sa colère s'était apaisée... Peut-être suffisamment pour que, peut-être... ça lui manque un tout petit peu...

Toujours est-il qu'il s'endormit avec une appréhension plus forte qu'auparavant. Et si ça recommençait, le confrontant de nouveau à Snape ? Et si, pire encore, ce n'était pas le cas... ?


Harry toqua à la porte avec un mélange d'hésitation et de rage.

- Entrez.

Il entra dans la pièce sans dire bonjour. Assis à son bureau, Snape le dévisageait intensément.

- Vous êtes en retard.

Les mots flottèrent dans la pièce avec une double signification que ni l'un ni l'autre ne semblèrent totalement saisir. Pourtant, il y eut un instant grave et hésitant qu'ils ne brisèrent pas.

Harry posa ses affaires par terre dans un mouvement rageur, faisant plus de bruits que nécessaire avant d'aller se placer comme d'habitude, évitant consciencieusement de le regarder.

- Pouvons-nous commencer, Monsieur ? Lança-t-il avec froideur.

Snape le dévisagea intensément, un rictus amusé au coin des lèvres. Sa manière pour lui faire comprendre qu'il lui en voulait toujours avait quelque chose qui l'amusa.

Il se leva et contourna son bureau pour se placer à son tour.

- Bien sûr, Monsieur Potter, répondit-il de son ton velouté, s'attirant un regard furieux.

Il avait cette manière de pincer les lèvres, comme pour s'empêcher de dire quelque chose et la colère flambant dans ses yeux qui en disait bien plus long encore que ses mots... Snape réprima un frisson. Un instant, il crut faire face à Lily. Ce qui, de toute évidence, échappa totalement au jeune homme.

Il se reprit. Il ne devait pas oublier la raison pour laquelle il était là. Apprendre l'occlumencie à Potter. C'est tout.

- Légimens !

Il s'attendait à pénétrer dans le flot habituel de souvenirs, pourtant, ce ne fut pas le cas. Il plongea dans un silence profond, aussi blanc qu'une page vierge et la surprise lui fit perdre le contrôle.

Il grogna. Potter ne faisait jamais les choses à moitié, n'est-ce pas ? Quand il décidait enfin de s'y mettre, il décidait de passer au niveau supérieur. Au blanc vierge et lumineux succéda brutalement une obscurité qui réveilla aussitôt une terreur inexplicable en lui. Mais il réalisa bientôt que ce n'était pas tout à fait noir : il y avait de la lumière, sous une porte. Et Potter agenouillé devant lui, dans l'espace exiguë qu'ils partageaient.

Snape fronça les sourcils.

- Potter ! Qu'est-ce que vous faites ! Vous êtes sensé me repousser, pas me piéger dans un placard à balais !

Quelque chose comme de la tristesse et de la compassion mêlées traversèrent le visage d'Harry.

- Je pourrais vous repousser, professeur. Je le ferais. Juste après ça.

Snape siffla entre ses dents serrées, jetant un regard agacé autour de lui. Il pourrait se dégager d'une simple pensée, pourtant, il ne le fit pas. Potter avait du cran, il fallait le reconnaître, et il avait dû sacrément s'entraîner en une semaine pour en arriver à ce résultat.

- Au risque de vous décevoir, je n'ai pas toute la nuit à consacrer à votre personne, Potter, trancha Snape d'un ton mordant.

Mais Potter ne se démonta pas. Il continuait à le fixer avec une insistance qui le mit mal à l'aise.

- Savez-vous où nous sommes, professeur ?

- Dans l'unique espace de réflexion logique que possède votre esprit ?

Il y eut un silence. Puis un petit rire dénué de joie.

- C'est une drôle de façon de dire les choses. En fait, c'est la où j'ai passé mon enfance, jusqu'à ce que les Durley décident de me donner la deuxième chambre de Dudley après ma première année à Poudlard, parce qu'ils avaient peur des représailles si on venait à savoir qu'ils me gardaient enfermé ici pendant des jours, parfois plus quand j'étais puni.

Snape tourna les yeux vers Potter pour le dévisager, sans qu'aucune émotion ne trahisse son apparente impassibilité. Du coin de l'oeil, il observa les lieux, du moins ce qu'il pouvait en deviner entre les toiles d'araignées. Ils étaient effectivement posés sur un matelas. De maigres jouets, livres et trophées bizarres s'étalaient sur la petite étagère. Au mur, des dessins, dont l'un, caché entre deux autres, représentant un gâteau d'anniversaire et l'inscription écrite d'une main d'enfant "Bon anniversaire Harry".

Inutile d'aucune occlumencie pour deviner de quoi il s'agissait et le coeur de Snape se serra. Il fixa son regard sur Potter, les yeux légèrement plissés. Celui-ci lui rendit son regard, calme et un peu absent.

- Vous savez, dit-il enfin en pinçant les lèvres d'un air hésitant, comme si c'était le lieux et le moment pour une quelconque conversation, recroquevillés dans sa tête, dans l'espace trop petit du de son "placard d'enfance", entre les balais et les toiles d'araignées, je... je ne sais pas trop comment...

Il haussa les épaules.

- Vous n'êtes pas vraiment un monstre, Snape - le dit Snape haussa un sourcil à cette déclaration soudaine - Je veux dire, vous êtes vraiment... méchant, parfois. En fait vous êtes carrément injuste tout le temps avec moi, enfin pratiquement tout le temps. Bref. Je vous déteste pas. D'une certaine manière c'est comme si vous... comme si vous me compreniez ? D'une façon que Ron et Hermione ne...

Yeux baissés, il ne termina pas sa phrase.

- Serait-ce une déclaration d'amour, Potter ? Lança Snape d'un ton atrocement railleur et même condescendant.

Les joues de son étudiant se colorèrent de taches rouges.

- Je sais que ça ne change rien et que vous continuerez à me haïr et si vous vous y prenez bien, moi aussi, je continuerais à vous haïr... Mais avant, je voulais que vous voyez ça.

La dernière chose que vit Snape fut l'expression de détermination sauvage qui enflamait le visage de Potter.

A première vu, ils étaient dans le quartier moldu où Potter avait grandi. C'était un coin reculé d'un parc et les lieux étaient presque déserts en cette fin d'après midi. Seul un gamin errait entre les balançoires et les jeux pour enfants. Bien qu'il doive avoir dans les 9 10 ans, il était difficile de réellement déterminer son âge. Il était petit et maigre, presque pas d'une façon qui pouvait se vérifier sur la balance, c'était plus dans sa façon de se tenir, sa façon d'être et de se mouvoir, comme... Snape regarda l'enfant marcher sur une ligne dessinée sur le sol, dans son short trop grand duquel dépassait ses genoux noueux et son tee shirt immense rentré dans la ceinture, les bras non pas levée de part et d'autre de lui, comme un équilibriste conquérant le monde, mais placés le long du corps, comme une ombre qui veut être oubliée, comme... comme quelqu'un qui a grandi dans un placard et qui n'a pas l'habitude de l'amplitude des mouvements. Comment n'avait-il pas pu remarquer ça lorsque Potter s'était présenté à Poudlard pour la première fois ? Et pourquoi cela le mettait-il tant en colère contre Albus - Albus qui avait juré de le protéger, qui l'avait fait juré de le protéger, et qui l'avait laissé subir tout cela sans rien dire ?

Mais tu as vu ce que tu as voulu voir. Ce n'est pas la faute d'Albus : c'est toi qui a préféré oublier cette partie de l'histoire.

Il regardait les cheveux noirs en batailles, à la recherche des yeux verts cachés entre les mèches sur ce visage penché, inaccessible. Lorsque des éclats de voix retentirent soudain derrière eux, ses épaules eurent un léger sursaut. Aussitôt, un groupe de gamins plus âgés - ou simplement plus développés qu'Harry - débarquèrent à grands éclats de voix, s'appropriant l'espace. Parmi eux, un énorme garçon que Snape reconnu aussitôt : il s'agissait du cousin de Potter.

- Alors, le taré ! Tu parles encore tout seul ?

Ce n'était pas Dudley qui avait dit ça, mais ça sembla beaucoup l'amuser. Il éclata d'un grand rire gras et parfaitement idiot. Harry grommela quelque chose.

- Quoi, j'ai rien entendu ?

Cette fois-ci, Harry releva la tête et fit volte face. Ses yeux verts flamboyant percutant avec défi ceux de l'autre garçon. Ce n'était pas la première fois que Severus le voyait dans les souvenirs de Potter.

- J'ai dit : si seulement il y avait quelqu'un, ici, à l'intelligence suffisante pour ça, je serais ravi de lui faire la conversation.

Snape fut surprit par la maturité de ses mots, autant que par sa ténacité, malgré les tremblements presque invisibles de son corps.

Mais cela ne fit que renforcer les éclats de rire des autres. Qui, d'ailleurs, se rapprochèrent.

- Tu vas le payer ! S'écria Dudley d'un ton surexcité. Pas vrai, les gars ?

Un autre garçon, avachi sur le tourniquet, le détailla des pieds à la tête.

- Ouais, ya qu'à le regarder. J'sais pas qui voudrait parler à un petit monstre comme lui. Z'avez vu comme il maigre ? Regardez, on voit les os, là, sur ses genoux, c'est trop bizarre.

- Ouais ! Approuva Duldey, qui semblait beaucoup s'amuser. Dégueux.

Harry tremblait franchement à présent. Les poings fermés, suant de fureur.

- J'me d'mande à quoi ça doit ressembler, dans son pantalon.

- Hey ! S'écria soudain le garçon dont Snape avait oublié le nom, mais si ça se trouve il a même pas de zigounette !

- Hé si ça se trouve c'est même pas un mec !

Il y eut alors de véritables hurlements de joies et d'un élan commun, ils se ruèrent tous sur Harry. L'un d'eux le saisit pour le soulever de terre tandis qu'Harry se débattait désespérément, criant et gesticulant comme un chat furieux, en vain.

- Non ! Dudley, non ! Non !

Mais Dudley ne semblait pas près de s'arrêter en si bon chemin.

- Pas de trucs bizarres, hein, Potter ? Sinon tu sais ce qui t'attendras en rentrant. T'as pas envie que ça recommence, hein ?

- Va-y, Dud, enlève-lui son putain de calsif !

- Oui, dépêche-toi, on aimerait bien voir !

- Non ! Non !

Trop tard. Dulley arracha violemment son short, le blessant par la même occasion. Les rires explosèrent. On le lâcha et Harry tomba brutalement. Son short et sa culotte trop grande et trouée baissée sur ses maigres chevilles, son minuscule sexe exposé.

- Putain c'est même pas une fille !

- Quoi, t'avais envie de la baiser ?

Nouveau rire.

- Ah putain non ! L'horreur !

- Il devrait disparaître, moi j'dis.

Le visage presque contre terre, Harry tremblait. Ses épaules frêles parcourues de frissons.

- He, Potter, t'as entendu ?! Tu devrais disparaître.

Alors, il y eut un brusque sanglot, une détonation, et Harry disparut.

Tout comme la vision, d'ailleurs, qui cessa aussitôt. Appuyé contre le bureau, le souffle court, Snape releva les yeux. Lentement. Regarda Potter, à peine. Il voulut dire quelque chose, mais les mots s'étranglèrent dans sa gorge. Harry le fixait, figé au milieu de la pièce, l'expression parfaitement neutre.

- Mon arrogance et mon brillant cerveau gryffondorien savent parfaitement ce que c'est qu'être humilié au milieu d'un groupe de petits cons comme mon père, professeur.

Et sur ces derniers mot, il quitta rapidement la pièce.


Harry se réveilla au milieu de la nuit. L'air lui manquait, il était en sueur. Il roula sur le dos à la recherche d'air, pestant contre lui-même. Il ne contrôlait pas ce qu'il se passait dans ces rêves. Dans ces rêves, il n'était qu'un étudiant de cinquième année, inconscient même du fait de rêver. Pourquoi avait-il montré ce souvenir à Snape, pourquoi ? Merde, mais quel con ! Comment lui faire face de nouveau, maintenant ?!

Tu ne lui feras jamais face de nouveau, Harry. C'est un rêve. Snape est mort.

Merlin, il avait besoin d'air. Il rejeta les couvertures et sortit de la chambre sans prendre la précaution de marcher sur la pointe des pieds. De toute façon, Ron et Hermione dormaient ce soir dans un endroit plus privé.


Merlin. Merlin, si Snape avait pu vomir sur le champ, il l'aurait fait. Mais seule son âme, dans l'obscurité, vomissait en silence une souffrance qu'il n'était plus certain de posséder tout à fait. Était-ce la sienne, celle de Potter ? Celle d'une vie gâchée, d'amour souillé, de connections méprisées ?

Oh comme il l'avait haït. Comme il l'avait haït, exutoire à sa propre souffrance, exutoire parfait, inhumain, produit de l'amour monstrueux entre la femme aimée toute sa vie et cet être répugnant de James Potter. Harry Potter, le survivant, objet sans pensées, sans sentiments, page blanche sur laquelle il avait pu écrire le poids de toute sa haine.

Et maintenant, découvrir... découvrir qu'il aurait pu en être autrement. Se prendre cette ressemblance en pleine face, pire que des remords, c'est la lumière aveuglante dans les yeux habitués à l'obscurité.

Alors, à travers les battements de coeur, quelque chose qui ressemble à la sensation d'un corps.

Un tressaut. Électrique.

Douloureux.

Humain.


- Professeur ?

Ca faisait un moment qu'Harry toquait sans obtenir de réponses. Il poussa sur la poignée. La porte s'ouvrit devant lui dans un grincement et il pénétra dans la pièce plongée dans l'obscurité.

- Snape ?

Sa baguette en main, il lança un lumos.

- Langage, Potter.

Harry sursauta et se retourna. Dans un coin de la pièce, plongé dans la pénombre, avachi dans un fauteuil qui ne s'y trouvait pas en temps normal, Snape.

Sa posture d'ordinaire si raide, si maintenue, était complètement oubliée. Les jambes étendues, le corps relâché, abandonné, la tête reposant mollement sur le côté.

- Quelque chose... quelque chose ne va pas, professeur ?

Un petit rire épuisé secoua la poitrine de Snape. Il ouvrit difficilement les yeux.

- Brillante observation, Potter.

Ce qui ne fit même pas sourire Harry. D'un coup de baguette, il alluma la lumière et s'approcha un peu plus, hésitant. Snape avait l'air vraiment très mal en point. Il se redressa difficilement, et un rictus de souffrance déforma un instant son visage, bien qu'il tenta de le dissimuler.

- Je vous ai envoyé un hibou, Potter... pour annuler votre leçon de ce soir. Retournez à votre dortoir.

Harry ne bougea pas d'un pouce. Observant le regard fuyant et exténué de Snape.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Demanda-t-il gravement.

Snape le fusilla du regard.

- Cela ne vous regarde en rien. Retournez à votre dortoir immédiatement.

Mais Harry restait là, à le fixer, immobile.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé, professeur ?

- Potter... soupira Snape en se laissant retomber dans le fauteuil, visiblement à court d'énergie. Qu'imaginez-vous, exactement ? Que jouer les espions auprès du seigneur des ténèbres est une sorte de promenade de santé... ?

Quelque chose sursauta désagréablement au niveau du sternum d'Harry.

- Non, il ne vous a pas découvert !? S'écria-t-il, soudain effrayé par cette terrible éventualité.

Snape adressa un pâle sourire au plancher. Ses yeux, sans éclat, ternes.

- Non, Potter, répondit-il doucement. Rassurez-vous, je sais faire mon boulot. Vous êtes parfaitement en sécurité, ainsi que votre parrain et vos amis.

Troublé, Harry le fixa pendant quelques secondes, les paupières battantes.

- Vous, vous n'êtes pas en sécurité.

Les mots étaient sortis avant qu'il n'en comprenne lui-même la signification. Mais ses battements de coeur, plus rapides qu'à l'ordinaire, parlèrent avant que son cerveau n'est pu seulement les appréhender. Il ne voulait pas que Snape risque sa vie de cette façon là. Et plus que tout il détestait son absence totale de contrôle sur la situation, ne pas savoir quand il partait, quand il revenait, s'il reviendrait... dans quel état. Sans pouvoir rien faire, rien du tout.

Il croisa le regard de Snape qui l'observait avec un curieux mélange de méfiance et de trouble.

- Ceci ne rentre pas en ligne de compte, répondit-il à voix basse, d'un ton qui sonna presque comme une menace.

Harry frissonna et donna un coup de baguette à la cheminée qui s'enflamma aussitôt.

- Ca devrait, décréta-t-il en se débarrassant de sa cape d'un air décidé. Bien, alors je reste - non, ce n'est pas une proposition, Snape, c'est une affirmation.

Snape, qui s'était soudain redressé, la bouche ouverte prête à déverser un flot de menaces qui feraient frémir jusqu'aux plus téméraires serpentard et les mains serrées sur les accoudoirs, le fixa intensément pendant une seconde. Si son regard avait pu le tuer, Harry se serait effondré sur place.

- Sortez, Potter. Immédiatement.

Harry le défia du regard. Ce regard vert si flamboyant.

- Non. Si je sors, je vais prévenir Madame Pomfresh et elle sera là dans la minute qui suit. Elle ne vous quittera plus d'une semelle, sans parler de Dumbledore.

Un demi sourire déforma la bouche de Snape, donnant à son expression quelque chose de presque sadique.

- Voilà, Monsieur Potter, quelque chose de particulièrement Serpentard.

Harry n'osa tout à fait sourire.

- Mais c'est vous qui avez décidé de m'insulter de crétin de Gryffondor chaque fois que vous me voyez.

Snape se laissa retomber au fond du fauteuil et ferma les yeux.

- Je ne vais pas mourir dans la seconde. Je n'ai aucunement besoin d'être surveillé.

Étrangement, Harry n'en était pas convaincu. Mais encore une fois, les mots dépassèrent sa pensée :

- Non, mais peut-être que vous avez besoin d'aide.

Ils se dévisagèrent en silence pendant un instant. Un petit sourire étira les lèvres de Snape, se délectant visiblement de la gêne soudaine du jeune homme.

- Oh, et que proposez-vous, Potter, vous occuper de moi, me faire le thé ?

Harry haussa les épaules.

- S'il le faut. Où avez-vous mal ?

Au silence de Snape et à son regard posé sur lui, Harry devina qu'il essayait de le percer à jour.

- Vous pouvez lire dans mon esprit, Professeur. Je n'ai aucune intention de vous faire du mal.

- Parce que vous pensez être tellement puissant que je ne puisse me défendre contre vous ?

Harry soupira, exaspéré.

- Non, tout simplement parce que je pense que ça vous ferait du bien, pour une fois, de faire un peu confiance aux autres ! Je ne vous ai pas vu au repas. Vous avez mangé, au moins, ce soir ?

Snape secoua la tête.

- Je n'ai pas faim, et aucunement besoin de me présenter aux repas pour pouvoir me nourrir si j'en éprouve le besoin. Partez, maintenant.

Harry hésita. Une appréhension mêlée d'un certain vertige au niveau de l'estomac.

Il tira un tabouret près de Snape et sans le regarder, tendit une main vers lui, comme un médecin inspectant un patient.

Snape tressaillit.

- Qu'est-ce que vous faites ?!

Harry déglutit et sans lever les yeux observa seulement :

- Vous êtes maître des potions. Vous devriez bien avoir quelque chose ici que je puisse utiliser pour vous soulager.

Il y eut un silence. Un terrible silence.

- Hermione m'a - quand - Ombrage, enchaîna Harry, s'embrouillant dans les mots, les joues embrasées. Après les retenues d'Ombrages, Hermione m'avait fait une potion pour... ma main et ça... ça calmait la douleur.

Il jeta un regard hésitant à Snape, dont il était impossible de deviner la moindre émotion.

- Je suis ravi d'apprendre qu'en dépit de mes compétences amplement prouvées en la matière, vous préférez toujours l'aide de Miss Granger à la mienne.

De toutes les remarques cinglantes que Snape aurait pu lui lancer après une telle déclaration, Harry ne s'attendait absolument pas à celle-ci. Il fut si surprit qu'il en oublia sa gêne et le fixa, les yeux ronds.

- C'est vrai, répliqua-t-il d'un ton moitié sarcastique moitié atterré avant même d'y réfléchir une seconde, comment n'y ai-je pas pensé ? Après des heures à me faire charcuter par Ombrage, j'aurais dû savoir que la meilleure chose à faire était de venir supplier mon professeur de potion adoré de bien vouloir soulager ma pauvre petite main meurtrie de Garçon-qui-a-survécu. Je suis certain, professeur, que vous auriez pris cette mission très à coeur.

Snape allait le tuer, cette fois, véritablement. Mais à son grand étonnement, il laissa échapper quelque chose comme un... non, définitivement pas un rire, et encore moins un gloussement. Même les rires de Snape semblaient avoir quelque chose de triste, comme si la joie ne pouvait vraiment l'atteindre - comme s'il ne le méritait pas. Mais, de près ou de loin, ça y ressemblait. Harry lui sourit, prêt à ouvrir la bouche pour lui demander une seconde fois où est-ce qu'il pourrait trouver une potion adéquate lorsque Snape répliqua en le regardant droit dans les yeux :

- Ai-je, Monsieur Potter, une seule fois failli à vous apporter mon aide lorsque vous en aviez besoin ?

Harry détourna aussitôt la tête, sentant la chaleur affluer à son visage. Le reproche était bien là, bien caché, habilement sous entendu.

- Dans le placard derrière le bureau, dans la fiole verte.

- Quoi ?

Le regard de Snape croisa le sien et Harry, en comprenant trop tard de quoi il voulait parler, eut la soudaine impression qu'il le mettait au défi de réellement obéir. De toute évidence, Snape était persuadé qu'il décamperait sur le champ.

- La potion, Monsieur Potter, glissa-t-il de sa voix doucereuse. Qui, soit dit en passant, est plus un onguent qu'une potion. Il n'existe aucune potion capable de guérir tout à fait les sortilèges du seigneur des ténèbres.

Harry, déterminé, se leva pour contourner le bureau d'une démarche un peu raide et un peu trop rapide.

- Celle-ci ?

Snape ne répondit pas, mais Harry prit son silence pour une affirmation. Il se rassit sans aucune élégance.

- Bon, où voulez-vous que je l'applique ?

Une partie de sa voix semblait l'avoir déserté. Tout, absolument tout dans cette situation devrait le répugner, lui qui ne supportait même pas, il y a encore quelques semaines, de le regarder en face sans éprouver une intense répulsion. Mais là tout de suite, parmi toutes les émotions incompréhensibles qui l'assaillaient, le dégoût n'en faisait pas parti. La terreur, certainement, oui...

- Sur les jambes, répondit Snape d'une voix étranglée.

Harry devina que c'était sans doute la première réponse correcte qui lui était venu à l'esprit et que ses lèvres aient réussi à prononcer. Si la situation avait été inversée, Harry doutait d'être parvenu à répondre quoi que ce soit. Il s'éclaircit la gorge.

- Euh professeur vous devriez... euh... c'est mieux si...

Snape lui épargna de finir sa phrase. Il donna un coup de baguette, dénudant ses jambes jusqu'au niveau des cuisses. Harry lui lança un coup d'oeil.

Snape regardait ailleurs, l'air particulièrement tendu, et il parut soudain clair à Harry que se dévêtir de la sorte devant lui, après le souvenir de la pensine, devait être particulièrement difficile. Il détourna le regard et débouchant la fiole, s'agenouilla à terre pour appliquer l'onguent, commençant par le bas des jambes.

Le temps, la logique, tout sembla s'évaporer, comme si la réalité, derrière la porte du bureau, n'existait plus vraiment tandis qu'il faisait remonter ses doigts jusqu'àu creux à l'arrière du genou, massant la peau blanche presque imberbe. Dans le silence des minutes qui s'écoulaient, la gêne s'évanouit. Ne restait plus que lui, Harry, et ce désir incompréhensible au creux du ventre. Sans un mot il bougea de l'autre côté pour s'occuper de la deuxième jambe. Alors il osa jeter un oeil à Snape. Lèvres étroitement closes, yeux fermés, il avait la tête appuyée contre le fauteuil. En pressant les muscles entre ses mains, Harry ne pu s'empêcher de continuer à le regarder. D'ordinaire, il aurait lancé un froid " cessez de me regarder, Potter " mais il n'en fut rien. Il y avait quelque chose, sur son visage... quelque chose comme de la souffrance, quelque chose comme de l'abandon et alors qu'Harry laissait sa main remonter derrière sa cuisse, un gémissement s'échappa des lèvres de l'homme, une expression fragile traversa son visage et ses mains serrèrent le cuir des accoudoirs.

Harry se haït pour ça, non... il eut peur, vraiment peur de lui-même à cet instant-là, mais le son léger, le frémissement sur le visage de Snape éveilla en lui un désir sauvage, envoyant une décharge électrique entre ses jambes. Alors, il continua à faire courir ses deux mains, en gestes de plus en plus précis, pressant, dessinant des cercles et montant, descendant.

Si Snape n'avait voulu plus, il l'aurait envoyé voler au travers de la pièce en un instant, baguette ou non. Mais Harry comprit en un éclair presque violent que Snape avait l'habitude de dégoûter les gens, et que sans doute personne n'avait jamais fait ça de son plein gré. La tension qui durcissait ses cuisses au ryhtme de son massage et les gémissements de plus en plus suggestifs qu'il semblait incapable de contenir étaient une preuve suffisante. S'il ne voulait que ça, il l'aurait laissé partir, mais Harry sut, d'une façon inexplicable et brutale, que personne d'autre que lui ne le ferait et qu'à cet instant, Snape aurait tué n'importe qui pour qu'il continue. Peut-être était-il capable de l'y forcer. Et tout là dedans aurait dû l'effrayer, il n'était pas tout à fait sûr que ça ne le dégoûte pas, mais le pire de tout c'est que ça l'excitait aussi à un niveau indescriptible. Le voir lutter contre lui-même, assailli par la même excitation sauvage, essayant désespérément de calmer les spasmes qui secouaient son corps... Son autre main se posa inopinément sur son autre jambe pour remonter en une pression suffisante jusqu'à la naissance des cuisses, pressant plus fortement, et un gémissement soudain s'échappa des lèvres de Snape, son corps s'arquant avant qu'il ne réussisse à contôler son mouvement. Tête tournée, les lèvres ouvertes en un souffle irrégulier, il serrait, desserrait compulsivement les poings. Harry ne put s'empêcher de jeter un oeil à son entre-jambe cachée par les tissus, mais pas suffisamment pour en masquer la protubérance. Cela l'aurait sans doute fait sourire s'il n'avait pas lui-même une gêne sous sa robe. Il insista longuement sur le haut des cuisses, l'intérieur, allant même jusqu'à se glisser en dessous, torturant délicieusement Snape qui tressaillait, serrant les dents pour ne pas gémir, serrant les poings pour ne pas forcer sa main à l'endroit où il désirait le plus qu'elle soit.

Mais il n'en eut pas besoin. N'y tenant plus, Harry l'enjamba dans un élan impulsif, animal, pour presser son corps contre le sien. Le cri que Snape poussa n'eut d'égal que le plaisir qui incendia leur bas ventre au contact de leur sexes durs séparés par les tissus de leurs robes et que ni lui ni Snape ne retirèrent, au risque de briser la délicieuse interdiction de l'instant.

Brusquement, Snape saisit ses fesses pour le forcer d'avantage contre lui et Harry gémit, les mains cramponnées aux épaules de l'homme, le visage au dessus du sien, remuant férocement sur lui, sans aucune sorte de délicatesse. Ils étaient animés par le même désir désespéré qui ne permettrait aucune sorte de concession.

Snape poussa un long gémissement.

- Oui... oh oui, Potter, continuez, continuez...

Ses supplications incontrôlées, tout autant que la friction, rendirent Harry complètement fou. Envahi de son odeur piquante, dans la violence de leurs corps à corps, son esprit lui échappa totalement. Il n'était même plus certain d'être réellement dans cette pièce. Il n'y avait plus qu'eux et la délivrance si proche...

- Oh... Potter... comme ça, comme...

Le reste de sa phrase se perdit en un long cri presque douloureux et Harry pu sentir qu'il

venait. Il se cramponna à son cou en sentant la jouissance, presque, presque...


... et se réveilla dans la chambre vide des Weasley, tremblant de tout son corps. Avant même d'avoir retrouvé ses esprits il fourra la main dans son pyjama et jouit presque instantanément.

Essoufflé, il roula sur le dos. Quand, quand est-ce que les choses avaient à ce point changé ?

Le coeur battant à une allure infernale, il fixait le plafond au dessus de lui, les yeux révulsés, incapable de bouger.

Ca devait terminer comme ça, n'est-ce pas ? La tension accumulées ces derniers temps menait irrévocablement à cet instant.

Snape ne s'était pas transformé en un canon de beauté en une nuit. Il avait toujours le même nez, les mêmes cheveux, toutes ces caractéristiques physiques qui dégoûtaient tant Harry auparavant. Alors, comment pouvait-il... comment...

Le fait est que pour une raison qui le terrifiait, Snape l'excitait comme rien ni personne ne l'avait jamais excité, comme il ne savait même pas qu'il pourrait être excité un jour.

Il aimait Ginny, réellement. Elle était douce et téméraire à la fois, il aimait son élégance naturelle et ses allures de garçon manqué, il aimait la toucher, aussi. Elle le rassurait et illuminait sa vie, quand Snape le poussait dans ses retranchements les plus obscurs. Alors, pourquoi... ? Pourquoi avait-il cette sensation, pourquoi à cet instant Snape occupait-il toutes ses pensées à sa place ?

La réponse était déjà là, claire, dans l'obscurité de la chambre.

Elle n'éveillait pas en lui le même désir intense et sans concession. Elle ne le bouleversait pas jusqu'au plus profond de lui même. Parce qu'il le haïssait, Snape voyait les ombres en lui et de fait, le voyait plus justement, ou du moins ne l'idolâtrait pas. Il avait le droit, avec lui, d'être complètement lui-même, parce que Snape connaissait déjà le pire en lui. Le dégoût qu'il avait pu éprouver et qui traînait encore comme une ombre ne rendait l'attraction que plus forte. L'interdit qu'il représentait, l'allégorie même du "non désirable" le rendait extrêmement attirant, devenant une porte close, un mystère, un défi. Non, il n'était pas beau au sens classique du terme, mais il dégageait une sensualité féroce, par ces choses mêmes qui avaient pu déclencher un sentiment de dégoût et qui prenaient aujourd'hui un tout autre sens. C'était quelque chose dans sa façon de bouger... le contraste entre son maintient et contrôle permanent et la fragilité qui avait pris ses traits lorsqu'Harry l'avait touché... Le désir qui ébranlait son corps, donnant à son visage quelque chose de vulnérable et la tension qui durcissait ses cuisses... Sa façon de le presser contre lui, agrippant ses fesses avec une force désespérée et l'extrême fragilité de sa voix, à cet instant...

Harry sentit une nouvelle vague de désir l'envahir.

En même temps qu'une détresse sans nom.

Il était en train de tomber amoureux d'un homme qui était mort. Snape n'avait jamais appris à le connaitre, pour la simple et bonne raison que tout ce qu'il vivait dans ces rêves n'était rien d'autre que ce qu'ils étaient, des rêves.

A l'instant où cette pensée l'écrasait tout entier, bloquant sa respiration, un malaise soudain l'envahit, comme si quelque chose arrivait, quelque chose de violent qui lui retira toute volonté. Il perdit connaissance avant d'avoir pu identifier de quoi il s'agissait...


... pour se réveiller dans le noir complet. Harry se redressa et à quatre pattes, scruta l'obscurité. Des bruits... des gémissements de douleurs.

- Il y a quelqu'un... ?

Les bruits cessèrent. Reprirent en grognements, comme des mots qui ne se forment pas.

- ... Potter. Potter.

Le sang afflua d'un seul coup à son cerveau, lui provoquant un léger vertige.

- ... Snape ?!

Il tâtonna dans le noir complet.

- Ou êtes-vous ?

Quelque chose entre le rire et le sanglot lui répondit.

- Ne partez pas ! S'il vous plait, ne partez pas.

Le coeur d'Harry battait beaucoup trop vite. Jamais, jamais il n'avait entendu ce ton de voix chez Snape. Snape était bien des choses, mais ce n'était pas quelqu'un qui avait peur.

- Où êtes-vous, professeur ? Répéta Harry.

- ... je ne sais pas.

Bien, ça commençait à échapper à toute logique. Harry ouvrit la bouche sans savoir quoi dire, incertain de la marche à suivre à présent.

- Professeur... ? Osa-t-il enfin d'une voix tremblante, vous... vous êtes... euh... vous êtes dans ma tête ou alors vous êtes vraiment euh... vous-même ? Auquel cas vous devriez être mort et ça veut dire que... euh... est-ce que vous vous souvenez aussi de... euh... tout à l'heure... quand... ou... ?

Il y eut un terrible silence. Harry se racla la gorge.

- Potter, je suis fasciné, comme d'habitude, par votre extraordinaire faculté à exprimer clairement vos pensées, répondit une voix sarcastique. Jusqu'à preuve du contraire, je suis "moi-même" et non une fabrication de votre esprit pervers. Quant à vous dire si je suis mort, voilà une question fort intéressante.

Il avait omis de répondre à sa dernière question et Harry n'osa demander plus. Snape semblait contrôler ses gémissements de douleur.

- Où êtes vous, vous êtes blessé ?

La réponse tarda à venir.

- ... je ne sens pas mon corps. C'est comme si il y avait juste ma conscience. Mais la douleur... depuis que... depuis...

Il s'éclaircit la gorge.

- Quand vous, enfin nous... ça a réveillé la douleur.

Harry battit des paupières, incertain si oui ou non Snape était en train de dire ce à quoi il pensait. Mais il rejeta ces pensées pour plus tard, il y avait quelque chose de bien plus urgent et capital.

- Si vous étiez mort, vous ne ressentiriez pas la douleur, non ?

Aucune réponse.

- Snape ? Snape, vous m'entendez ?

- Potter, répondit une voix faible et soudain lointaine, aidez-m...


La vision s'échappa d'un seul coup et Harry rouvrit les yeux, le coeur battant à tout rompre.

Snape était vivant. Il en était persuadé. Snape. Vivant. Quelque chose comme de la lave en fusion coulait sans ses veines, bloquant toute autre pensée. Parfaitement réveillé, il se leva instantanément et se précipita vers sa valise pour prendre un sac à dos et y fourrer ses affaires. Snape était vivant, il le savait, et il allait le retrouver.

Dans un élan de culpabilité, il se rendit compte qu'il n'avait pas cherché à en savoir plus lorsqu'on lui avait dit que le corps avait disparu. Il était fort possible que des mangemorts l'aient trouvé avant eux... dans le tumulte de la bataille, il y avait un millier de raisons pour lesquelles on aurait pu ne pas trouver le corps de Snape. Non d'un chien, il était mort à côté de lui, comment pouvait-il être encore en vie ?

Le doute ternissait l'espoir qui l'avait saisi. Mais il le chassa dans un coin de son esprit. Coûte que coûte, il retrouverait Snape.

Ne serait-ce que pour être en paix avec ça. Même si ça signifiait le retrouver mort.

Il descendit presque sans bruit les escaliers, indécis de ce qu'il devait dire aux Weasley. Devait-il laisser un mot pour tout expliquer ou seulement leur prévenir de son absence ?

En arrivant dans la cuisine, sac à dos sur l'épaule, prêt à partir, il se retrouva nez à nez avec Hermione. Assise à la table dans son pijama, Pattenrond sur les genoux, en train de lire en buvant une tasse de thé, la jeune fille leva la tête vers lui, décontenancée.

- Oh, Harry, tu m'as fait peur ! Je n'arrivais pas à dormir alors...

Elle se figea en inspectant sa tenue et la rougeur disparut de son visage pour quelque chose de plus dur. Il avala sa salive, mal à l'aise.

- Où est-ce que tu vas ?

Elle ne prit pas la peine de lui demander s'il partait : c'était évident. Il laissa son sac tomber à terre et s'assit en face d'Hermione. La, tout de suite, dans l'intimité de la cuisine, il fut incapable de se décider de mentir à sa meilleur amie.

- A Poudlard.

Elle haussa un sourcil, accoudée sur son livre ouvert.

- A Poudlard ? Pourquoi ?

Harry fixa un accro dans le bois de la table.

- En fait, je vais transplaner à près-au-lard, précisa-t-il prudemment.

Elle le dévisagea pendant un instant. Il croisa son regard avant de baisser de nouveau les yeux.

- C'est à propos de Snape, n'est-ce pas ?

Il sursauta sous l'effet de la surprise et fixa la jeune fille avec des yeux ronds. Elle sourit puis détourna les yeux, soudain étrangement gênée.

- Je... je t'ai souvent entendu ces derniers temps, hum... dans ton sommeil.

Il rougit fortement. Priant tous les dieux possibles qu'elle n'ait rien entendu cette nuit. Ce qui, de toute évidence, au vu de la rougeur sur les joues d'Hermione, relevait de la requête impossible. Il s'éclaircit la gorge.

- Hermione, je... euh... cette nuit... si tu... je suis...

Elle secoua la tête, faisant voler ses boucles brunes.

- Non, non, te justifie pas, Harry.

Il y eut un silence gênant.

- Bon, alors, explique moi, qu'est-ce qui se passe ? Enchaîna Hermione.

Il lui lança un coup d'oeil et la vérité franchit ses lèvres sans qu'il ne puisse la retenir :

- Je pense que Snape est vivant.

Le regard qu'elle lui lança - exactement celui qu'il avait imaginé et qui voulait dire " oh mon pauvre Harry je suis désolé de devoir te dire que tu délires encore une fois " l'énerva et il enchaîna avant qu'elle n'ait pu exprimer sa pensée :

- Hermione, s'il te plait, ne me dit pas que c'est impossible. On n'a pas retrouvé son corps, n'est-ce pas ?!

Elle le fixa pendant quelques secondes, bouche ouverte.

- Harry, dit-elle d'une voix très douce, le professeur Snape a été mordu... égorgé - sa bouche se tordit dans une grimace de dégoût - par Nagini. Il est mort dans tes bras, il est...

- Je sais ! Aboya Harry en se levant d'un bon, la tête entre les mains, avant de reprendre d'une voix plus basse, Hermione, je sais. Mais je n'arrête pas de rêver de lui et...

- Et il n'y a rien de plus normal à ça, le coupa Hermione comme si elle avait peur qu'il n'éclate au moindre éclat de voix un peu trop fort. Tu viens de découvrir que l'homme que tu as tant détesté était en fait...

- Vivant, Hermione, il est vivant, je le sais, je le sens ! S'écria Harry en lui faisant face de nouveau, quelque chose proche de la folie animant ses traits.

Mais elle poursuivit comme si de rien n'était.

- ... était en fait celui qui t'a protégé depuis le tout début par amour pour ta mère, Harry. Ce qui ne change rien au fait que c'était un homme méprisable et odieux qui n'a jamais été capable de dépasser sa colère pour voir les choses telles qu'elles étaient.

Il la fixa, attéré, en proix à une rage incroyable : car il avait peur, il avait tellement peur qu'Hermione ait raison. Il détourna la tête, les larmes aux yeux. Elle continuait à le fixer avec une compassion insupportable.

- Harry... Snape était un homme courageux, mais ça ne fait pas de lui un homme bien. Et tu ne peux pas... tu ne peux pas continuer à entretenir cette...

Il la foudroya du regard.

- Quoi, Hermione ? Quoi, exactement ?

Elle rougit, mais ne détourna pas la tête.

- Tomber amoureux d'un homme mort avec qui tu n'as partagé que de la haine toute ta vie n'est ni sain ni respectueux.

Un sourire féroce retroussa les lèvres d'Harry. Étrangement, il était persuadé que Snape aurait préféré le voir se branler désespérément sur son souvenir délirant que le voir lui vouer un respect profond et larmoyant. Du moins, le voir torturé par un amour impossible et inassouvi le satisferait certainement. Sa pensée dû être un peu trop claire car Hermione rougit une nouvelle fois, plus fortement. Elle se prit le visage entre les mains.

- Oh, Harry. Mon dieu. Tait-toi.

- Mais je n'ai rien dit, protesta-t-il avec un sourire trop large.

- Tu penses trop fort...

Il se rassit sur le banc et rattrapa son sac.

- Je dois y aller, Hermione. Je dois en avoir le coeur net.

Elle hocha la tête, les lèvres étroitement closes.

- Que dois-je dire aux Weasley ?

Il haussa les épaules.

- La vérité.

Elle lui jeta un regard goguenard, un sourcil haussé. Il rougit.

- Oui enfin euh... tu peux, tu sais, rester vague sur les détails.

Elle étouffa un petit rire entre ses mains et se leva pour le prendre dans ses bras. Il l'enlaça en retour.

- Soit prudent, Harry.


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