Bonjour à tous, je vous sers le chapitre 2 sur un plateau, plus ou moins en argent ^^
Bonne lecture.
Je pensais pouvoir continuer ainsi jusqu'à ma propre mort, mais cela ne fut finalement pas le cas. La nuit de mes seize ans, alors que la lune était absente du ciel, Madame mourut. Quand cela fut découvert, on me rejeta la faute. ''Non contente d'avoir tué Monsieur, voilà qu'elle nous prend notre maîtresse !'' disaient les domestiques en la croisant.
-Ce n'est rien, me certifia Monsieur le lendemain. Ce n'est pas ta faute !
À vrai dire, cela était seulement à moitié vrai. Ce soir-là, Monsieur avait pris avec lui nombre de fantômes qui me tournaient en permanence autour pour aller donner une leçon à Madame. L'homme en avait eu assez des railleries et des méchancetés que faisait sa femme envers la jeune fille. Ce soir-là il avait donc exercé sa vengeance sans penser aux conséquences que cela allait engendrer. À partir de cette nuit, Madame ne cessa de me faire des reproches et revenait rapidement quand Monsieur parvenait enfin à la repousser.
Dès le lendemain, les serviteurs accueillirent les membres de la famille de Madame. Quelques personnes prirent la peine de donner le change en versant quelques larmes. Mais la plupart attendait seulement l'ouverture du testament de l'ancienne maîtresse de maison. Logiquement, le domaine aurait dû revenir à l'héritier de la maison, mais cela faisait bien longtemps que personne ne considérait l'enfant reniée comme l'héritière. À chaque fois qu'elle entendait ''Si seulement l'enfant de Madame n'était pas mort-né'', Madame souriait narquoisement. Elle était heureuse que son cher domaine ne tombe pas dans les mains d'une abomination telle que moi.
Quand le testament fut ouvert, Madame se mit à rire à gorge déployée, comme si la folie l'avait emportée dans la mort. Je ne tardais pas à comprendre pourquoi. De toutes les personnes qu'elle aurait pu choisir pour prendre en charge le domaine, elle avait choisi son cousin le plus détesté. Collectionneur réputé, il aimait s'entourer de belles choses : étoffes, bijoux, œuvres de maître, conquêtes, beautés venues de pays lointains.
Après que le nouveau maître se soit installé dans la maison, il chassa tous les serviteurs. Tous sauf moi. Née dans cette maison, je faisais partie des meubles. Même lui ne pouvait pas aller à l'encontre du testament de sa chère cousine.
Bien que je sois cataloguée comme servante de cette honorable demeure, il me dispensa de l'intégralité des corvées qui m'avaient été assignées jusqu'à présent. Comme les autres femmes qu'il consignait dans des chambres luxueuses, je deviens un objet, un accessoire qu'il pouvait afficher lors des nombreuses soirées qu'il organisait et auxquelles il participait.
Je détestais être vue ainsi. Il m'affublait des robes plus lourdes que la charpente de la maison. Je devais toujours porter des bijoux qui scintillaient au moindre mouvement, de manière à ce que je puisse capter l'attention pour lui. Bien des fois, je passais ma rage sur les vêtements qu'il m'offrait, sur les meubles de ma chambre. Mais cela ne changeait jamais la situation et il me le faisait bien comprendre. Il ne se contentait pas de m'enfermer dans ma chambre comme Madame, il me giflait jusqu'à que je retrouve la raison.
Madame riait toujours à ce spectacle délectable d'après elle.
Souvent, j'allais me réfugier dans l'écurie. Cet endroit avait été mon terrain de jeu quand j'étais plus jeune. Un box demeurait toujours inoccupé et c'était toujours là que je restais, dans un coin.
Ce fut ce jour là que je le rencontrais.
-Bonjour.
Je sursautais violemment en entendant quelqu'un me parler. Un adolescent se tenait dans l'embrasure de la porte de l'écurie. Il ne devait pas être plus âgé que moi. Il avait des cheveux châtains, légèrement dorés par endroit. Ses yeux verts me regardaient avec surprise, de découvrir la compagne du maître installée négligemment dans la paille, et un peu de crainte, de découvrir cette même compagne dans son écurie.
-Vous allez abîmer votre robe, ajouta-t-il.
Il s'approcha en tendant la main pour m'aider à me relever. Je me reculais rapidement. Malgré toutes ses années, j'étais incapable de faire la différence entre les vivants et les fantômes. Mais quand il me prit la main pour me relever, je sus qu'il faisait bien parti des vivants.
-Que faites-vous ici ? Me demanda-t-il. Si le maître découvre que vous êtes ici …
-Tutoie-moi.
-Pardon ?
-Tutoie-moi.
-Je ne peux pas, vous êtes la compagne du maître. Je ne …
-Je ne suis rien du tout. J'ai servi Madame avant qu'il n'hérite du domaine. Je ne suis rien d'autre qu'un accessoire qu'il aime à montrer dans les soirées.
Alors que je le contournais pour rentrer au manoir, le maître ne tarderait pas à me chercher, le garçon me retint par le bras. Je me tournais vers lui. Il ne frissonna pas quand il croisa mon regard si étrange qui déplaisait à tant de personnes.
-Comment tu t'appelles ?
-Curse, répondis-je après un instant.
-Enchanté. Moi c'est Adel.
Je hochais simplement la tête et il me lâcha. Il me lança un à bientôt alors que je m'éloignais. Alors que je regagnais la demeure, je repensais à ce bien étrange garçon qu,i bien que réticent à la base, avait fini par m'approcher un peu.
Adel … c'était le prénom de Monsieur également. Quand j'étais petite, Monsieur m'avait dit que ce prénom signifiait noble. Je souris.
Depuis ce jour, et régulièrement, je me faufilais en dehors de la maison, quand le maître se décidait enfin à travailler pour éviter de voir son héritage péricliter, et rejoignais l'écurie. Adel m'accueillait toujours avec un sourire qui faisait grincer Madame, mais je m'en fichais éperdument.
Je le regardais travailler. J'appris que sa mère était l'une des servantes du manoir et que pour payer son repas et son logis, lui-même s'était mis à travailler aux écuries. Son père était mort quand il avait dix ans et, depuis, sa mère subvenait à leurs besoins. Elle avait travaillé dans de nombreuses maisons, mais ici cela avait été la première à l'accepter sur du long-terme avec son enfant.
-Et toi ? Enchaîna-t-il.
-Comment ça moi ?
-Comment tu es arrivée ici ?
-Je suis née dans cette maison. Mes … mes parents sont morts à ma naissance et … Madame m'a gardée ici.
-Elle était gentille. C'est ce que dit tout le monde en ville.
Je détournais le regard en murmurant :
-Oui, elle était gentille.
Ces mots m'écorchaient la bouche, mais je ne pouvais pas aller contre le fait qu'elle avait quand même accepté que je reste dans cette maison, même si elle ne m'avait jamais reconnue comme étant son enfant.
Les jours passèrent et je me surpris presque à croire qu'Adel était devenu mon ami. Monsieur regardait ça d'un œil bienveillant alors que Madame ne cessait de grincer des dents. Pourtant, je m'amusais bien avec lui. Un jour, il me dit qu'il commençait à s'intéresser à l'alchimie. Il s'agissait d'une science nouvelle, encore bien méconnue du pays. Mais elle semblait passionnante. Adel ne cessait d'en parler, et toujours avec un sourire immense.
Avec lui, je me sentais en confiance. Alors, un jour, je décidais de lui révéler mon secret.
Et voilà, c'est la fin du chapitre. J'espère qu'il vous aura plu.
Je vous souhaite une bonne semaine et à mardi prochain pour la suite.
Sur ce ...
Angel.
