Lorsque Klaus se réveilla le lendemain matin, Doug avait déjà rejoint les autres en bas. Il le trouva assis à la table de la salle à manger avec John, Mary et Stève. Les autres dormaient peut-être encore. Ou alors il était le dernier à se lever. Dans tous les cas, il allait pouvoir s'asseoir près de Doug. Ou plutôt en face, sinon ça pouvait signifier qu'il avait envie de le pêcho. Est-ce que Klaus avait envie de se taper Doug ? Pas franchement non. Et puis même s'il en avait eu envie, il fallait déjà qu'il réussisse à parler au principal concerné. Klaus s'installa donc en face de Doug qui mangeait ses céréales d'un air encore endormi.
"Doug, tu peux me passer le paquet de céréales s'il te plaît ?"
Celui-ci s'exécuta sans un mot, mais il poussa le paquet en direction de Klaus d'une façon un peu reluctante. Bien que pas trop non plus, il ne fallait pas éveiller les soupçons des autres sur leur "disputes". Ils n'avaient pas besoin de ça en ce moment.
D'accord...donc, Doug poussait le vice à ne pas faire de drame devant les autres mais il se débrouillait pour bien signaler à Klaus qu'il ne voulait pas échanger un seul mot avec lui.
De leur côté, John, Mary et Stève se lançaient des regards entendus pour savoir s'ils allaient demander à Klaus les tenants de la discussion qu'il avait eu la veille avec Miss Moore. Stève n'était pas vraiment pour, la vie de Klaus ne regardait que lui. John, qui avait été mis au courant par sa tante avait déjà son avis sur la question. Et Mary, quant à elle, était dévorée par la curiosité. Finalement, c'est cette dernière qui prit l'initiative.
"Klaus, je ne sais pas trop comment te demander ça mais...qu'est-ce qui s'est passé avec Miss Moore hier soir ?"
La pièce se fit encore plus silencieuse qu'elle ne l'était déjà et Doug releva la tête pour regarder Klaus, confus. De quoi s'agissait-il ?
Après avoir vu que personne ne reprendrait son activité tant qu'il n'aurait pas répondu, Klaus soupira et poussa son bol de céréales au loin.
"J'ai rompu avec elle." dit-il simplement.
Doug, qui avait encore des céréales dans la bouche à ce moment, manqua de s'étouffer.
"Quoi ?! Mais... Mais... Mais quoi ?!" s'exclama Mary, comme si elle ne s'attendait pas déjà à cette nouvelle.
"Tu as cassé avec Miss Moore ?" demanda Doug d'une petite voix, adressant la parole à son ami pour la première fois depuis leur argument. "Pourquoi t'as fait ça ?"
Klaus était tellement surpris d'entendre la voix de Doug qu'il lui fallut quelques secondes pour réaliser qu'une réponse était attendue de lui.
"Euh... tu vois, j'ai vachement réfléchi et je me suis dit que j'étais pas prêt à m'engager dans une relation sérieuse et..."
"En gros elle te faisait chier ?" demanda Stève, toujours brute de décoffrage.
"Ouais voilà, en gros c'est ça."
Doug regardait Klaus plus franchement qu'il ne l'avait fait depuis qu'ils s'étaient retrouvés. Il n'arrivait pas à croire que son ami avait rompu avec Miss Moore, tous les deux semblaient tellement... l'un dans l'autre à vrai dire. Et maintenant qu'il était revenu, Klaus ne se soucierait plus d'elle ? Avait-il tant changé pendant son absence ? Tout cela était étrange, et en même temps il se sentait presque heureux que Klaus ait quitté Miss Moore. C'était assez horrible de sa part de penser ça, et il ne savait pas vraiment pourquoi il le pensait non plus, mais c'était le cas. Peut-être que maintenant que lui et Klaus étaient à nouveau célibataires tous les deux, leur amitié pourrait redevenir comme avant ? Doug l'espérait sincèrement, même s'il n'était pas prêt à pardonner Klaus dans l'immédiat, et encore moins si ce dernier ne faisait rien pour améliorer la situation. Il savait que le fuir n'était pas la meilleure façon de régler les choses, mais il n'avait pas du tout envie de lui parler pour le moment.
"Et tu le vis bien, ça va ?" demanda John, ramenant Doug à la réalité.
"Carrément ! Je me sens plus moi qu'avant. Force Mustang pinerait bien quelques méchants là !"
"Je suis content de t'avoir à nouveau parmi nous" sourit Stève avant de se retourner vers son petit-déjeuner.
Le reste du repas se fit dans le calme et de nouvelles personnes arrivèrent au fur et à mesure. L'heure de la réunion arriva cependant bien vite. Klaus aida à débarrasser la table et Doug la nettoya rapidement avant de se diriger vers la cave. Mais Klaus fut suffisamment rapide cette fois-ci pour l'intercepter. Il avait toujours dans l'idée de s'expliquer avec son ami.
"Doug, j'crois qu'il faut qu'on parle là."
"Moi j'crois pas."
"Doug, j'aimerais qu'on s'explique !"
"Non, non, non !" s'emporta Doug.
Klaus fut tellement surprit qu'il ne dit rien durant quelques secondes. Doug lâcha un soupir d'exaspération.
"Écoute Klaus, au cas où tu ne l'ai pas remarqué, je n'ai absolument pas envie de te parler. On dort dans la même pièce, on est ensemble pour le repérage, et tu devras t'en contenter pour le moment !"
"Ça veut dire que tu vas me reparler un jour ?"
"Ça veut dire que si tu veux éviter les prises de têtes devant les autres pour garder une bonne ambiance au sein du groupe qui vient tout juste de se reformer, tu ferais mieux de me laisser tranquille."
Là-dessus, Doug se détourna et descendit rejoindre les autres à la cave. Klaus resta interdit, si Doug ne voulait même pas l'écouter, comment allait-il s'excuser ?
Il descendit à son tour dans la cave et prit place à côté de Karin. Les groupes et les secteurs assignés à chacun d'eux étant déjà fait, Duco prit le temps de répéter la consigne principale, la seule qu'ils devaient tous respecter.
"Vous ne faites qu'observer. Si vous tombez sur les hommes du gouverneur, vous ne faites rien, encore moins si vous êtes seuls."
"Nan mais c'est n'importe quoi !" s'exclama Klaus.
Duco afficha un air exaspéré.
"Quoi encore Klaus ?"
"C'est quoi ces méthodes relous pour traquer l'ennemi ? On n'a jamais fonctionné comme ça !"
"Ouais, enfin, à part The Lord, vous n'êtes pas vraiment allés sur le champ de bataille donc vous n'avez jamais fait quoi que ce soit si je me rappelle bien."
"Ouais et bah justement ! Contre The Lord, on n'a pas eu besoin d'établir des stratégies ! On n'a pas joué les mauviettes en se planquant dans les buissons ! On y est allé en mode pinage et on a sauvé le monde !"
"John a sauvé le monde." rectifia Duco.
"C'est pareil."
À ce stade, Duco n'était pas vraiment sûr s'il fallait argumenter ou non.
"Moi je suis d'accord avec lui !" s'exclama Karin, alias Captain Sports Extrêmes. "Si on a une bonne connaissance de son corps, y a pas de raisons qu'on ne s'en sorte pas. Alors arrêtons d'agir comme des chagasses et allons chercher quelques bonnes sensas'."
Tous se levèrent et approuvèrent les dires de Klaus et Karin. Il ne fallait pas se mentir : aucun n'était vraiment doué pour tout ce qui était lié à la stratégie. Aucun ne réfléchissait vraiment, il leur semblait plus naturel et plus sûr de foncer tête baissée.
Tous ceux qui avaient des pouvoirs, à l'exception de Jane, John et Jennifer, et qui étaient assignés au repérage se dirigèrent alors vers la porte et quittèrent la pièce avec l'intention d'aller piner quelques hommes. Duco ne chercha même pas à les arrêter, ce qui inquiéta fortement John qui se leva à son tour.
"Mais arrêtez-les ! Vous savez comme moi que s'ils se font repérer, ils sont mal ! Ils sont incapables de se débrouiller, avec ou sans stratégie !"
"Vous savez John, je vois vos amis de cette manière : des enfants en pleine croissance. Pour qu'ils comprennent que c'est dangereux et qu'il ne faut pas recommencer, il faut les laisser se faire mal."
"...c'est pas un peu radical comme solution ? Ils risquent bien plus que deux trois bleus et une égratignure au genou."
"Ils sont assez nombreux pour pouvoir s'en sortir. Et je vous parie ce que vous voulez qu'ils auront changé d'avis ce soir. Julien !"
"Oui Duc' ?"
"Aujourd'hui, tu restes avec moi, j'ai un autre travail à te donner."
"Je leur fais de l'ombre c'est ça ? Je suis trop doué pour mon équipe ?"
"Exactement, donc j'ai besoin de toi à la base."
"Pas de problèmes, tu peux compter sur moi !"
"Ah et Jennifer, vous partez en mission avec John."
La surprise de cette dernière fut totale.
"Pardon ?! Vous ne disiez pas hier que mes pouvoirs ne faisaient pas de moi une super-héros qualifiée pour ce type de mission ?"
"Vous vous expliquerez avec John, c'est lui qui m'a demandé de vous laisser venir avec lui."
Parce qu'il en avait marre des débats stupides et interminables, Duco s'en alla immédiatement, suivi de près par Julien. Jennifer se retourna vers John et hésita quelques instants avant de lui adresser la parole.
"C'est vrai ce que Duco a dit ?"
"Oui." lui répondit John.
"Pourquoi ?"
"Parce que tu as autant le droit d'être dehors à patrouiller que les autres. Tu es une super-héros, peu importe que ton pouvoir ne te serve pas à grand chose sur la terre ferme, tu as quand même le droit de faire tes propres choix. D'être une super-héros si tu en as envie."
"Tu te rends compte que je ne fais aucun choix entre toi et Duco ? L'un m'impose de rester à la maison pour faire la popote et l'autre m'envoie sur le terrain sans me consulter."
"Oui et bah, comme ça, tu vas avoir l'expérience du terrain et tu pourras décider de ton rôle dans l'agence !"
Jennifer réfléchit quelques instants. Elle ne savait pas comment interpréter le geste de John. Il n'avait jamais reconnu son pouvoir, personne ne l'avait fait d'ailleurs. Qu'il le reconnaisse aujourd'hui était assez inattendu et très bizarre.
"Bon bah euh... merci alors. Mais attention ! Ca veut pas dire que je suis une femme soumise et sans volonté !" déclara Jennifer.
"Non non je sais !"
"Ok... On y va du coup ?"
"Ouais. Rattrapons les autres avant qu'ils ne soient trop loin."
Ils s'empressèrent donc d'enfiler leur costume, de sortir de la maison et de se diriger vers le groupe de super-héros au bout de l'impasse. Tous étaient revêtus d'uniformes flambant neufs, leur donnant l'allure des Grands d'autrefois.
Tous les passants se retournaient en les voyant marcher dans la rue. Que pouvait-il bien se passer pour qu'une bande entière de super-héros patrouille dans la ville ? Sûrement quelque chose de grave. Une grande bataille devait se préparer.
Klaus était à l'avant du groupe, juste derrière Mary, suivi de près par John. Il était bien déterminé à fracasser quelques têtes. Après la discussion qu'il avait eu avec Doug, il avait besoin de se défouler.
Derrière eux, tous les super-héros discutaient plus ou moins énergiquement de cette mission. Beaucoup étaient impatients de se battre, et le reste espérait surtout qu'ils s'en sortiraient indemnes.
Il ne fallut que peu de temps avant que tout ne devienne la cacophonie et le désordre complet. Personne ne s'écoutait, tous voulaient se diriger dans des directions différentes, et tous avaient des raisons plus ou moins valables pour appuyer leur raisonnement.
Lorsqu'ils arrivèrent à un croisement Mary, qui marchait loin devant les autres, arrêta net sa progression et se retourna vers les autres super-héros. Elle leur défendit d'aller plus loin et surtout de faire du bruit.
"Qu'est-ce qui t'arrive ?" demanda Stève.
"Je suis désolée d'avance pour ce que je vais dire, mais ça pu un tout petit peu du cul." s'exclama Mary en désignant l'autre côté du mur.
En se penchant plus ou moins discrètement, ils purent voir des hommes du gouverneur. Ils étaient près d'une trentaine et récupéraient du matériel de pointe d'un camion de livraison. Cela ressemblait étrangement à des armes sortant tout droit d'un roman de science-fiction.
Les super-héros firent demi-tour et se cachèrent derrière le mur. Ils se lancèrent des regards paniqués, l'air blafard.
Mary reprit la parole. "Nous ne sommes que douze, et encore, certains d'entre nous ne sont même pas des super-héros. On ne fera jamais le poids. On a besoin de renfort."
"Il n'y a plus aucun super-héros à la base, ils sont tous venus !" contrecarra Klaus. "Ca ne servira à rien d'y retourner, autant attaquer tout de suite."
"Mais maintenant qu'on sait où ils se cachent, on peut aller voir Duco et faire un plan. On peut essayer de trouver des hommes, de recruter, " commença John "et on reviendra une fois qu'on sera prêt. On a un avantage, on sait où ils se cachent mais eux ne savent pas où nous sommes. Servons-nous en pour monter une stratégie qui nous assurera la victoire."
"Mais on est déjà sur place !" insista Klaus.
"Ils sont trop nombreux et on se sait pas ce qu'ils sont capables de faire, Klaus. Ne prenons pas de risques."
"Franchement," interrompit Stan "moi ça me va comme technique. C'est pas que je suis contre les missions suicidaires hein, mais j'aimerais quand même rester en vie."
"Je suis d'accord avec Stan." renchérit Burt. "Ca fait belle lurette qu'on a pas combattu de super-vilains de leur calibre. Sans aucune information à leur propos, il y a peu de chance qu'on parte les pieds derrière en les attaquants."
"Qu'on parte les pieds derrière ?" demanda Doug, confus.
"Ouais, qu'on s'échappe vivant quoi." répondit Burt.
John le regarda étrangement. "Franchement, est-ce que toutes tes expressions datent du siècle dernier ?"
Sa remarque provoqua à nouveau le désordre général. Tandis que Burt et John se disputaient à propos de la langue française, Stève et Mary débattaient pour savoir ce qui était le plus sage : rentrer à la base ou attaquer. Quant au reste, certains voulaient de l'action et d'autres préféraient jouer la carte de la prudence. Seul Klaus ne prenait pas part à la cacophonie. En essayant de se faire le plus discret possible, il observait les hommes du gouverneur. Il ne voulait pas attendre que Duco prenne la décision d'attaquer. Il connaissait ce genre de "stratégie" qui prenait des jours et des jours pour se mettre en place. Si le gouverneur et ses hommes étaient aussi dangereux que Duco le prétendait, il fallait les mettre hors d'état de nuire le plus vite possible. Il fallait privilégier l'action plutôt que la réflexion cette fois, faire un plan ne servirait à rien. Surtout étant donné qu'aucun d'eux ne respectaient les plans une fois sur le terrain. Klaus avait pris sa décision.
De son côté, Mary avait également pris la sienne et poussait les super-héros à rebrousser chemin, toujours sans se faire remarquer. Klaus commença à suivre le groupe diligemment et une fois qu'il fut assuré que personne ne faisait attention à lui, il partit dans la direction des hommes du gouverneur.
Pendant ce temps-là, à la base, Duco était penché sur des papiers concernant la mission, Julien à sa droite.
"...et tu vois, c'est pour ça que je m'étais dit qu'avoir un délégué du personnel au sein de l'équipe ce serait cool. Et j'aimerais bien me présenter. D'ailleurs, je vais commencer ma campagne maintenant. T'en penses quoi de mon idée Duc' ? Tu voteras pour moi hein ? Oh ! Et je pourrais corrompre les plus reluctant en leur offrant des fondants au chocolat ! Je suis brillant, brillant ! Comme l'étoile dans le ciel, j'éclaire le monde et pfiouuuu..." déblatérait Julien depuis une vingtaine de minutes. Duco, toujours concentré sur ses papiers, ne l'écoutait qu'à moitié, ne parvenant pas réellement à suivre son monologue absurde. Il n'en avait pas vraiment envie de toute façon.
En continuant son explication qui n'avait de logique que pour lui, Julien se leva et commença à ajouter des bruitages et des mouvements à celle-ci. A force de sauter partout, Julien finit par apercevoir ce sur quoi Duco travaillait si sérieusement. Il vit entre autre un plan de la ville avec une zone entourée en rouge. Une zone qui n'avait été attribuée à aucun des groupes que Duco avait formé.
"Duc', cette zone...c'est notre base ou celle des hommes du gouverneur ?"
"A ton avis ?"
"Comment t'as su où ils se trouvaient ?"
"Par déduction."
"Pourquoi t'as envoyé les autres en repérage alors ?"
"Pour être tranquille. T'as bien vu leur comportement ? Ils sont intenables et j'avais besoin de calme pour réfléchir à une stratégie qui nous assurerait la victoire."
"Je vois."
Julien n'avait rien à ajouté, il était extrêmement sérieux pour une fois. Le calme s'imposa dans la pièce. Au bout de quelques minutes, Duco se leva et regarda Julien dans les yeux.
"Julien, j'ai une mission pour toi. Il n'y qu'à toi que je peux la confier. Mais tu dois me faire deux promesses."
"Tout ce que tu veux Duc'."
"La première, c'est que tu ne parleras à personne de ce que je m'apprête à te demander. La deuxième, c'est que tu ne me poseras aucune question sur pourquoi je vais te demander d'effectuer cette mission. Tu vas te contenter de faire exactement ce que je te dirai de faire. D'accord ?"
Julien se sentit à peu mal à l'aise. Mais il avait confiance en Duco, s'il voulait garder certaines choses secrètes, il avait forcément ses raisons.
"D'accord." acquiesça Julien. "Tu es un des seuls ici à réellement m'apprécier et à me faire confiance, je ne te décevrai pas."
Duco lui sourit légèrement. "Merci Julien."
Le retour des super-héros à la base ne fut pas long, beaucoup étaient préoccupés par ce qu'ils venaient de découvrir et ils avaient hâte de rentrer et d'établir un plan. Personne n'était en sécurité dehors, et qui pouvait dire ce que tramait le gouverneur ?
Au moment où Jennifer passa la porte d'entrée, John lui attrapa le bras, la faisant sursauter.
"Jennifer, je peux te parler un instant ?"
Cette dernière prit quelques secondes avant de répondre. Avant aujourd'hui, les deux anciens amants n'avaient pas échangé un seul mot. Et voilà que John décidait de l'emmener en mission, et d'avoir une discussion ensuite ? Quelque chose clochait.
"Je t'écoute."
"Non pas ici. Ailleurs, où on sera seul."
Jennifer n'opposa aucune résistance et suivit John à l'extérieur. Elle n'avait pas forcément envie de parler avec lui, mais la curiosité la dévorait. Ils firent le contour de la maison après avoir vérifié que personne ne viendrait les déranger. John sentit la tension monter, il ne savait pas par où commencer la discussion. Se retrouver seul avec Jennifer le mettait très mal à l'aise. Mais s'il voulait arranger les choses, il n'avait pas vraiment le choix. Jennifer de son côté ne savait pas trop quoi penser. Elle se demandait ce que pouvait bien lui vouloir John. Elle espérait ne pas regretter sa décision après avoir entendu ce qu'il avait à dire.
Au bout d'un moment John se décida à parler.
"Je sais que ce que je vais dire ne va pas servir à grand chose et que ça n'effacera rien de tout ce que j'ai pu dire ou faire mais... Je suis désolé. Pour mon comportement à ton égard, et pour tout le reste."
"D'accord."
La réaction de son ancienne petite amie le surprit tellement qu'il trouva la force de la regarder dans les yeux.
"Et c'est tout ? T'as rien d'autre à dire ?" s'étonna-t-il.
"Qu'est-ce que tu veux que je te dise ?"
"Je sais pas moi...j'imaginais que tu m'en voudrais et que tu m'engueulerais avant de me taper et..."
"Et tu m'empoignerais pour me calmer avant de m'embrasser fougueusement et de me dire que tu m'as toujours aimé, que tout ce que tu as fait, tu l'as fait dans mon intérêt et que tu veux qu'on ressorte ensemble ?"
"Bin...c'est pas tout à fait ça mais y a de l'idée."
"T'es plus avec l'autre ?"
"L'autre...ah tu parles d'Héléna ? Non mais en fait, j'ai jamais vraiment été avec elle, c'était à cause d'Hypnos tu vois..."
"T'as couché avec elle ?"
"Pardon ?"
"T'as très bien entendu."
"C'est une question piège ? Je suis obligé de répondre ?"
"Pourquoi ? T'assumes pas ?"
"J'ai un peu peur de crever en fait."
"Donc t'as couché avec elle."
"Oui."
Jennifer ne répliqua pas. Elle ne savait pas vraiment quoi penser de la situation.
"Qu'est-ce qui te fait penser que je vais te tomber dans les bras ?"
"Rien."
John avait retrouvé un air sérieux. Que voulait-il dire à la fin ?
"Tu ne me retomberas pas dans les bras aussi facilement, j'en ai bien conscience, pas après tout ce qui s'est passé. En revanche, je ne pense pas que ce soit impossible."
"Ah oui ? Et pourquoi cela ?"
"Je ne peux pas t'oublier Jennifer. Je n'y arrive pas et je ne veux pas. Tu es ce qui m'est arrivé de mieux dans la vie. Lorsque j'ai commencé à glisser du côté du mal, j'ai préféré me séparer de toi pour te mettre hors de danger, mais crois-moi, ce fut la chose la plus douloureuse que je n'ai jamais eu à faire. J'ai préféré te faire comprendre qu'il fallait que tu partes plutôt que de te le dire en face parce qu'il m'était impossible de te dire que je ne t'aimais plus. Jamais je n'aurais pu paraître crédible en disant ces mots."
Maintenant que Jennifer y pensait, John avait raison. Elle avait déduit logiquement qu'il ne l'aimait plus mais jamais il ne le lui avait dit en ces termes.
"Je t'aime Jennifer."
"Pardon ?"
"Je t'aime Jennifer. Donne-moi une autre chance, s'il-te-plait."
Les battements du coeur de la jeune femme s'accélérèrent. Que dire, que faire ?
En voyant qu'elle ne répondait pas, John se dit qu'il valait peut-être mieux lui laisser le temps d'encaisser tout ça.
"Je vais te laisser quelques jours pour y repenser. Prends ton temps, je ne m'attends pas à ce que tu me pardonnes tout de suite."
Il commença à tourner les talons lorsque Jennifer le rappela.
"Attends !"
Le coeur de John rata un battement.
"Oui ?"
Jennifer vint se placer devant lui et planta son regard dans le sien, un air déterminé collé au visage.
"Plus de mensonges maintenant. On se dit tout. Et je serai sans pitié avec tes potes s'ils sont désagréables avec moi. Et je veux que tu m'accordes du temps, pas comme lorsqu'on était au village ou dans le bunker. Et aussi..."
John ne la laissa pas finir sa phrase et la serra dans ses bras. Il avait compris. Il se sentait tellement heureux. Il ne pouvait pas voir, mais sur le visage de Jennifer s'était dessiné un petit sourire. Elle n'était pas vraiment sûre d'avoir tout pardonné à John, mais pour le moment, tout semblait rentrer dans l'ordre. C'était rassurant.
Au bout d'une minute ou deux, ils se séparèrent l'un de l'autre et alors que John ouvrait la bouche pour dire quelque chose, un cri le coupa en plein élan.
"JOHN ! JOOOOOHN !" hurlait Doug en courant ridiculement vers lui. Il lui fonça dessus et commença à gesticuler en parlant, rendant incompréhensible son discours. "Et on avait dit qu'on rentrait ! Il est têtu comme pas possible et il écoute jamais sérieux ! Alors ouais des fois c'est cool, mais là c'est n'importe quoi ! Je le trouve nulle part, je suis sûr qu'il y est retourné ! JOHN QU'EST-CE QU'ON FAIT ?!"
Il se retourna et commença à faire les cents pas.
"Oh mon Dieu ! Et s'ils l'ont fait prisonnier, comment on va le récupérer ? Oh non ! Ou pire, s'ils le tuent ? John on peut pas laisser ça arriver ! Deux fois, non c'est pas possible, on peut pas le perdre une deuxième fois. Ca fonctionne pas sinon, je peux pas prendre sa responsabilité pour le groupe une seconde fois, on a besoin de lui ! Et... Et..."
Doug s'agitait encore plus et commençait à avoir des larmes qui lui montaient aux yeux, rendant son discours encore moins compréhensif.
"Doug, Doug !" s'exclama John en attrapant son ami par les épaules. "Je comprends rien à ce que tu racontes. Calme toi, respire et explique moi."
Le jeune homme fit alors ce que son ami lui ordonnait et inspira profondément.
"Klaus." commença t-il, comme si ce nom expliquait à lui seul sa panique. "Il a disparu. Je n'y ai fait attention que plus tard, mais il n'était pas avec nous quand nous sommes rentrés, et il n'est nulle part dans la base. Je crois qu'il est retourné voir les hommes du gouverneur. Tu as bien vu qu'il n'était pas du tout d'accord avec le fait de rentrer sans rien faire. Je suis certain qu'il a fait quelque chose de stupide cet idiot !"
John et Jennifer échangèrent un regard. "Oh le con..." soupira John. "Venez, on va voir les autres et planifier rapidement une mission de sauvetage."
Doug s'approcha de John et s'accrocha à son bras comme s'il était un roc pendant la tempête. Tous trois se dirigèrent rapidement vers la base et appelèrent tout le monde à se diriger vers la cave. Une fois tout le monde installé en urgence, John prit la parole.
"Les gars, je vais pas y aller par quatre chemin, c'est la merde."
"C'est une question de vie ou de mort tu veux dire !" s'exclama Doug.
"Les hommes du gouverneur nous ont retrouvés et nous sommes attaqués c'est ça ?" demanda Mac Kormack.
"Non c'est..." commença John.
"Comment on va faire ?!" continua Stan sans écouter John. "On est foutu ! On a pas de plans et on a même pas l'avantage du nombre ou d'une arme secrète. Je suis trop jeune pour mourir !"
"Ouais ! Moi aussi !" renchérit Burt.
"Je savais que j'aurais pas dû m'engager encore une fois dans ce genre de connerie..." se plaignit Stève.
"Non mais vous vous entendez ?" contrecarra Captain Sports Extrêmes. "Faites pas vos chagasses les filles ! Un combat est toujours une bonne opportunité pour mesurer la connaissance que vous avez de votre corps ! Et si vous ressortez avec une clavicule et deux trois côtes cassées, c'est encore mieux. En plus on aura même pas eu à se déplacer pour aller sur le champ de bataille cette fois, c'est tout bénef' !"
Duco, qui était à la droite de John, haussa un sourcil en direction de ce dernier. Le chaos éclata alors dans l'assemblée, chacun essayant de parler plus fort que les autres.
"OH !" hurla John par-dessus le brouhaha. "Calmez-vous ! Nous ne sommes pas assiégés, le gouverneur ne sait pas où nous nous trouvons !"
Le silence reprit place dans la pièce.
"La raison pour laquelle je vous ai tous convoqué est parce que Klaus a disparu. Et aucun de vous ne semble l'avoir remarqué d'ailleurs, alors que nous sommes tous dans la même pièce."
A ces mots les super-héros regardèrent autour d'eux et s'aperçurent qu'en effet, Klaus n'était pas présent.
"Qu'est-ce qui s'est passé ?" demanda Mique.
"Doug pense qu'il est retourné affronter les hommes du gouverneur tout seul, et je pense qu'il a raison."
"Quoi ?!" s'exclama Mary. "Mais on avait dit qu'on rentrait, et il avait accepté ! Il était juste derrière nous quand on rentrait et... et... Oh la vache ! Qu'est-ce qu'on fait ?"
"Il faut qu'on aille le chercher !"
"S'il est pas déjà mort..." murmura Claudine.
Tout le monde la regarda avec des yeux ronds.
"Bah quoi ? C'est une possibilité. Il fait pas le poids contre eux et.."
"Merci Claudine !" l'interrompit John. "Je pense qu'on a compris l'idée."
Doug la regardait avec des larmes pleins les yeux, bien conscient que sa théorie était la plus plausible.
"Voilà ce que je vous propose. On se divise en quatre groupes et on encercle la zone où on a vu les hommes du gouverneur. On essai de trouver Klaus, et le premier groupe qui trouve des informations va chercher les autres, c'est compris ?"
Tout le monde acquiesça.
"Bien. Karin, Burt et Stan, vous vous occuperez du côté Nord. Stève, Mary et Mique du côté Ouest. Mac Kormack, Doug et Julien, du côté Sud. Et enfin, Jane et Jennifer vous viendrez avec moi et nous nous occuperons du côté Est. Les autres vous resterez à la base au cas où Klaus reviendrait. Tout le monde à vos postes, nous n'avons pas une minute à perdre."
John lança un regard inquisiteur à Duco et ce dernier hocha la tête, lui donnant la permission d'effectuer la mission.
Tous ceux qui avaient été assignés au sauvetage étaient à présent dehors, déjà répartis en groupes et prêts à partir.
"Bien, voilà ce qu'on va faire." commença John. "On va aller là-bas tous ensemble et on se séparera au croisement de la rue d'avant. Faites tous un détour pour éviter de vous approcher de la zone de trop près. Une fois que vous êtes à votre place, et seulement à ce moment là, vous pourrez vous rapprocher discrètement. Mais pas avant. Des questions ?"
"Non. Allons-y avant qu'il ne soit trop tard." pressa Doug.
"D'accord. C'est parti ! Et bon courage."
Il se dirigèrent donc vers la planque des hommes du gouverneur et se séparèrent avant d'y arriver.
Doug était à fleur de peau, que ferait-il si Klaus était mort ? Il ne pouvait pas le remplacer une seconde fois, et encore moins si son absence était due à sa mort. La première fois il avait une raison de se battre, il avait une force qu'il puisait dans le souvenir de John et Klaus. Parce que malgré ce qu'il avait dit à son ami, ce n'était pas vraiment pour tout le groupe de super-héros qu'il s'était endurci, mais pour John et lui. Parce que leur souvenir lui donnait la force de se battre et de tout faire pour les retrouver. Ils étaient comme les trois mousquetaires, mais en version super-héros. Et si l'un d'eux manquait, ce n'était plus pareil. Klaus ne pouvait pas mourir. Il le retrouverait quoi qu'il arrive, et vivant, il se le promettait.
Alors oui, il était en colère contre Klaus, mais cela ne voulait pas dire qu'il n'avait pas besoin de lui quand même. Pourquoi avait-il toujours besoin de se fourrer dans des situations pareilles cet imbécile ?
Pendant que Doug maudissait intérieurement Klaus pour son acte inconscient, il avançait en tête de son groupe dans une petite ruelle jonchée d'ordures. Et alors qu'il allait faire une remarque sur l'insalubrité des lieux, il s'arrêta net, l'air livide.
"Doug ? Ca va pas ?" demanda Mac Kormack.
Doug lui lança un regard paniqué avant de s'élancer vers l'arrière d'un container. Il voyait des pieds dépasser et priait pour que ce ne soit pas son ami étendu sans vie sur le sol.
Il prit une profonde inspiration et regarda.
"Oh merde ! Merde, merde, merde !"
Klaus était allongé sur le côté et il était en très mauvais état. Il avait des marques un peu partout et le nez et les mains en sang. Doug approcha son oreille de sa bouche et lâcha un soupire de soulagement lorsqu'il l'entendit respirer faiblement. Il était mal, mais en vie, s'il se dépêchait de l'emmener, Mary devrait pouvoir le sauver.
Alors que Doug s'apprêtait à soulever son ami pour le ramener à la base, il vit un morceau de papier plié dans sa main. Il le récupéra et le lu.
"Qu'est-ce que c'est ?" demanda Mac Kormack.
Doug lui tendit le papier.
"La prochaine fois, nous ne serons pas aussi clément." lu l'ancien patron d'Hero Corp. "Une menace ? Ils veulent nous effrayer."
"Je pense oui. Je vais ramener Klaus à la base. Je vous laisse vous occuper d'aller prévenir les autres tous les deux."
"D'accord. Klaus va s'en sortir ?"
"Il est en vie pour l'instant. Mais si vous pouviez ramener Mary le plus vite possible, ce serait bien."
"Je fais ça, à tout de suite."
Et Mac Kormack disparut en emportant Julien avec lui.
Doug se retourna vers son ami et le souleva doucement. Il était plus lourd et plus grand que lui et cela compliquait sérieusement la tâche, mais Doug n'en démordit pas. Il le ramènerait à la base sans encombre.
La marche jusqu'à la base fut lente et difficile, mais sans problèmes. Mary était déjà là et l'attendait dans le salon, prête à s'occuper de Klaus dès qu'il lui serait confié. Doug le posa délicatement sur le canapé et se recula.
"Tu peux le sauver hein ? Tu as ramené John à la vie, tu devrais réussir à soigner Klaus sans problème non ?"
"Je vais faire tout mon possible, ne t'inquiète pas."
Elle s'activa alors autour de son patient et une lumière blanche commença à s'échapper de ses mains. Elle les fit passer au dessus du corps de Klaus des pieds à la tête, et au bout de quelques minutes elle se retourna vers Doug.
"Il devrait aller bien maintenant. Il n'a plus aucune blessure externe, il est juste épuisé. Je ne sais pas quand il se réveillera cependant, tout dépendra de lui."
Avec l'aide de John, Doug déplaça Klaus jusque dans leur chambre où ils le déposèrent sur son lit.
"Je vais rester près de lui." assura Doug à John sans parvenir à décrocher son regard du corps inerte de Klaus.
John lut dans le regard de son ami l'inquiétude et la peur dont il ne voulait pas faire preuve. La peur de perdre un être cher.
Il posa sa main sur l'épaule de Doug avant de sortir de la chambre.
"Il s'en est toujours sorti, Doug. Il a juste besoin de repos."
Celui-ci se retrouva alors seul, face à son ami inconscient.
"Je t'en supplie Klaus, réveille-toi...ne me laisse pas..."
Durant les deux jours qui suivirent, Doug ne bougea pas de son "poste". John voulait que chacun se relaye pour veiller sur Klaus mais Doug avait refusé. Mary lui apportait les repas directement dans la chambre et Stève devait s'assurer qu'il dormait un minimum. Le soir du second jour, John obligea Doug à prendre l'air et prit la place de son ami. Il venait tout juste de s'installer en face du lit où était allongé Klaus lorsqu'il entendit un faible gémissement. Il s'approcha de lui pour s'assurer qu'il n'avait pas rêvé et vit la tête de son ami bouger légèrement. Ce dernier finit par ouvrir les yeux.
"Oh la vache, comment j'ai trop un mal de tête de salope !"
"T'es réveillé..."
John se précipita hors de la chambre et s'écria du haut des escaliers, suffisamment fort pour que toute la maison entende.
"Klaus est réveillé !"
Un bruit de verre brisé s'échappa de la cuisine. Le coeur de Doug rata un battement et ses jambes le menèrent jusqu'à sa chambre. En voyant Klaus en train d'essayer de s'asseoir sur son lit, Doug laissa échapper un soupire de soulagement et s'écroula sur son lit. Klaus était en vie.
