Coucou tout le monde,
Juste pour vous remercier pour vos messages...j en suis encore toute tourneboulée... ;) je me sens comme les petits bonhommes dans tex avery qui quand ils sont heureux touchent à peine terre et marchent sur la pointe... bref bref j espère que la suite vous plaira tout autant. Voilà donc le chapitre 2 avec mes Wallens chéris jolis et quelques elfes de notre connaissance. ..pour nos héros de Mirkwood il faudra attendre un peu...le voyage doit se faire et sans TGV c est un peu plus long...
Tyra Misu: merci beaucoup et je te retourne tous tes compliments!
Julie: ton message m a fait très plaisir et merci pour tes indications, n'hésite pas!
Amandine: heureuse que ça t ai plu, c'est tip top... ,)
Nanoush: le personnage d'Anaïsa me rappelle étrangement quelqu un...
Bonne lecture!
Disclaimer: rien ne m'appartient pas, tout est à m. Tolkien (oh mon maître! Je m'incline) sauf Ilyrià et le peuple Wallen dont je suis la farouche gardienne...
Chapitre 2
Elrohir,
Le voyage s'était fait sans incident notable, ce qui avait eu pour conséquence d'avancer leur arrivée au port d'ancrage. S'y poster en étant attendu était sensé faire arrimer la cité par magie.
Effectivement, la cité Wallen apparut devant la délégation elfique composée des fils d'Elrond de Lindir, son Grand Intendant et d'une dizaine de cavaliers. Thranduil n'avait affecté aucun elfe sylvestre comme pour marquer sa désapprobation. Elrond en avait été profondément agacé, chose rare chez lui. Elrohir soupira. Son père était pourtant la bonté elfique dans tout ce qu'il y avait de plus pur.
Cependant, Legolas avait prévu de les rejoindre à Imladris, faisant fi des directives de son père. Il ne voulait pas donner une impression désastreuse du Royaume Sylvestre à sa future fiancée. On pouvait compter sur lui pour toujours faire ce qu'il fallait. Les jumeaux du Perendhil aimaient beaucoup leur cousin des bois. Il réussissait si bien à contrôler ses emportements hérités de son père à la différence de ce dernier. Elrohir n'était pas sûr d'apprécier le Haut Roi. Il était trop difficile de le percer à jour. Il pouvait être si coléreux et en même temps si loin des choses du monde. Cela dit, l'ellon pouvait comprendre la réticence de Thranduil à marier son fils unique à une femme d'une autre race, condamnant par la même même le fëa de Legolas. Le cœur des Elfes était si fragile, ne pouvant tomber amoureux et unir son fëa qu'une seule fois au cours de leur existence immortelle. Comment les Valar pouvaient demander un tel sacrifice?
Elrohir s"était porté volontaire pour cette mission, souhaitant d'une part aider Legolas et d'autre part, il était curieux de voir la mythique cité sur l'eau ainsi que de rencontrer son fameux roi, Sturten. Cela promettait d'être intéressant... Et oui, l'ellon ne fut pas déçu...
Elrohir ne put s'empêcher de pousser une exclamation d'admiration devant le spectacle qu'offrait la cité Wallen. Toute de pierres grises et bleutées incrustées d'ambre et d'airain, la Cité se composait d'une immense Tour aux façades escarpées parsemée de grandes baies ouvertes sur l'extérieur et d'imposants balcons. De longues passerelles formaient une étoile à huit branches autour de son centre, chacune terminée par de grands îlots d'habitations en tourbières. Ces derniers comme la Tour étaient jonchés de bruyères et autres fougères sauvages ainsi que de rochers énormes. Aussi incroyable que cela puisse paraître, l'elfe pouvait distinguer au milieu de ces habitats des lacs aux eaux très claires et ce qui semblaient être des vallées et des landes ! Elrohir en restait sans voix.
La cité s'arrima seule au ponton comme par magie, permettant aux elfes d'avancer doucement avec leurs montures.
A son extrémité les attendaient deux hommes dont un plus en retrait. L'ellon, comme ceux derrière lui, dévisagea enfin avec curiosité le Roi de légende.
Tout en le Wallen respirait le Chef de guerre. Il était grand et massif pour son âge avancé. Son visage buriné était sillonné de rides et barré d'une profonde cicatrice qui allait de sa tempe gauche à sa mâchoire droite. Il portait un cache- œil noir incrusté lui_même d'airain. Un pli sévère barrait ses lèvres fines. Il était réellement impressionnant dans son pourpoint de cuir finement travaillé d'argent.
L'homme derrière lui était tout aussi particulier dans son genre, un guerrier à n'en pas douter. Les yeux plissés et les bras croisés, il faisait penser à une bête sauvage. Alors que son Roi était fièrement campé en face d'eux, l'autre Wallen était négligeament adossé au mur derrière lui mais Elrohir ne s'y trompait pas. Il était à l'affût. L'elfe se demanda de quel animal pouvait dépendre cet homme, certainement une bête dangereuse. De ça, il en était persuadé.
Son père avait tenu à faire un bref récapitulatif de ce qu'était le peuple Wallen pour faire le tri entre les racontars et les "vérités" comme il disait toujours avec un sourire indulgent. Elrond leur avait ainsi expliqué que l'esprit des hommes et des femmes Wallens étaient couplés dès la naissance à un animal et qu'ils en développaient des caractéristiques morales mais aussi physiques. Ils pouvaient ainsi à loisir laisser transparaître certaines de ces particularités mais ne pouvaient se transformer entièrement en leur double si ce n'était le Roi Sturten en un immense phénix. Seule différence entre tous, la famille royale avait la capacité de se transformer en animaux fabuleux même si seul le Roi, de par son avatar pouvait se régénérer. C'était tout bonnement incroyable…
L'ellon s'inclina respectueusement devant le Roi tout comme son frère Elladan et leurs soldats, la main sur le cœur.
- Elen sila lunenn' omentielvo, aran Sturten, dirent les jumeaux d'une voix égale. ( Une étoile brille sur l'heure de notre rencontre, Roi Sturten).
- Siulad, Cund Elrohir, Cund Elladan, répondit le Wallen, bourru. ( Bonjour Prince Elrohir, Prince Elladan).
Les jumeaux furent agréablement surpris de l'attention du Roi à leur égard en parlant elfique.
- Votre cité est un pur joyaux, Majesté, dit Elladan en Westron, réellement enchanté du panorama.
- Hum... certes. Votre arrivée n'était pas prévue si tôt, mes seigneurs.
L'homme derrière le Roi leur jeta un regard noir.
- La route a été beaucoup plus calme que ce à quoi nous nous attendions.
Le Roi les interrompit d'un geste brusque, se moquant de toute bienséance.
- Finnàm va vous emmener à vos appartements. Vos hommes seront logés dans une des annexes.
- Peut-être aurons-nous le privilège de rencontrer votre fille...commença Elladan.
- Et nous celui de faire la connaissance de son fiancé, cracha le dénommé Finnàm, toujours adossé contre le mur et se curant les ongles avec un immense coutelas sans que le Roi ne le reprenne pour son impudence.
- C'est donc cela, le fameux caractère Wallen! Se dit Elrohir, médusé.
- Le Prince Legolas devait satisfaire à un certains nombres d'obligations, répondit doucement Elladan, en véritable diplomate digne de leur père. Mais il s'est arrangé pour nous rejoindre à Imladris…
- Il s'est arrangé? Le jeune Wallen ricana. J'en suis fort aise, mes Seigneurs, conclut-il en appuyant ironiquement sur ses deniers mots.
La tension était palpable et Sturten décida alors d'intervenir même si l'attitude de Finnàm l'amusait. Il se retint de leur lancer un "Bienvenue chez les Wallens!".
- Ma fille rentre aujourd'hui de voyage. Elle passera l'Irmensùl plus tard dans l'après-midi.
- L'Irmensùl?! S'exclama Elrohir sous le regard réprobateur de son frère. Il ne s'agit dont pas d'une légende pour elfing?!
Le Roi Sturten perdit contenance et éclata d'un rire tonitruent.
- Une légende!.. tout comme nous, gamins!
Comme si les deux ellons n'avaient pas eux- même plusieurs centaines d'années! Mais bon, le Seigneur était millénaire peut-être plus vieux même que leur père ou leur grand-mère Galadriel.
Elrohir ne se laissa pas démonter pour autant.
- Pourrions-nous y assister, Majesté? Jamais mémoire d'elfe n'a été témoin de ce prodige!
Sturten haussa les épaules.
- C'est là un privilège Wallen exclusivement… mais nos clans ne formeront bientôt qu'un . Je suppose que c'est dans l'ordre des choses!
Et le Wallen les planta là, sa cape volant autour de lui, sans aucun mot. Finnàm fit signe aux jumeaux de le suivre tandis qu'un autre homme venait s'occuper de leur soldats. Ils grimpèrent un long escalier de marbre et Finnàm ouvrit une porte, s'effaçant pour les laisser passer. La pièce était spacieuse et cossue. Toute de bleu clair, elle était ouverte sur l'extérieur, d'immenses voilages se balançant au gré des vents. Des lits doubles ainsi que quelques meubles en bois noble se disputaient l'espace.
- Je reviendrai vous chercher avant l'arrivée d'Ilyrià, grommela Finnàm et d'un ton sec: Besoin de rien?
- Merci, cela ira, assura Elrohir avec un léger sourire. Et encore charmé de votre accueil.
Finnàm le fusilla du regard et referma la porte dans un claquement. Elrohir se tourna vers son frère et éclata de rire devant sa moue réprobatrice:
- Quoi?! Avoues-le que tu t'es mordu la langue pour ne pas le narguer un peu!
- Mon frère, Tu es impossible... soupira Elladan en exagérant ostensiblement, fais attention tout de même, ce Wallen n'a pas l'air commode….
Elrohir eut un petit rire cristallin:
- Oui! Je ne me mettrai pas dos à lui... Je craindrais trop de me retrouver avec un couteau entre les omoplates!
Elladan se mit à rire lui aussi.
- Je pense que lui-même y pensait fortement! Par les Valar, ces Wallens sont décidément bien étranges! Quel caractère! Et si cela est inhérent au peuple entier, je souhaite bien du plaisir à notre cher Prince!
- Son immortalité risque de lui paraître bien longue!
Finnàm,
Le guerrier Wallen descendit les marches d'un pas pressé. Il s'arrêta devant ses propres appartements situés au rez de la tour. C'était sa qualité de Commandant de la Garde qui lui conférait l'honneur de loger dans l'espace central de la cité. Ces derniers se composaient de quatre pièces distinctes, deux chambres pour lui et sa sœur Anaïsà, un salon et une salle d'eau communs. Pas de cuisine, comme tous les soldats de la Garde, ils prenaient leur repas au mess de la cité véritable malstrom humain! Il adorait se retrouver au milieu de ses hommes, chahutant et buvant pinte sur pinte. Les Wallens avait un appétit de vivre intense qui se traduisait dans leur façon d'être et ce, à chaque instant.
Mais pour le moment, il n'avait guère envie de rire. Ces elfes lui tapaient sur le système même s'il devait bien avouer que les jumeaux du Perendhil lui plaisaient assez. Leur air rieur et certaines de leurs remarques effrontées avaient failli lui arracher un sourire. Mais il lui avait suffi de se rappeler le motif de leur venue pour le rembrunir. Il soupira de frustration. Quel bien pouvait-il ressortir d'une telle union? C'était... contre-nature! Finnàm frissonna, dégouté. Son amie jetée en pâture à ces oreilles pointues sur l'autel du plus grand nombre. Finnàm se pinça l'arête du nez en inspirant un grand coup. Il devait faire confiance à son Roi comme il l'avait toujours fait.
Le Wallen se leva d'un bond et se déshabilla rapidement, éparpillant ses affaires au gré de ses pas. Il sourit à la pensée de sa sœur. Elle revenait avec Ilyrià et serait sans aucun doute folle de rage en voyant le désordre dans leur habitation. Pour le moment, il n'en avait cure, seule l'urgence de liberté comptait. Il pouvait sentir la moindre parcelle de son corps crier au loup comme à chaque fois qu'il était tendu. Sa pré-dominance animale résonna dans sa tête comme le fracas des boucliers pendant une bataille. Mais il n'était pas question d'y céder. Pas maintenant, le temps lui était compté. Le loup en lui hurla et, pour ne pas trop souffrir de ne pas s'abandonner, il se laissa aller un minimum: ses ongles s'allongèrent en de longues griffes recourbées et, l'instinct avec la rage combinée, il lacéra la porte de sa chambre avant de se plonger la tête dans un baquet d'eau froide, sa longue tresse lui fouettant le dos. Un grondement sourd monta du fond de ses entrailles par dépit de ne pas pouvoir se laisser aller encore plus. Il se regarda dans la glace et ses yeux ne purent s'empêcher de se poser sur sa poitrine couturée de cicatrices. Même après toutes ces années, les boursoufflures étaient toujours aussi écarlates et profondes. Il eut un sourire mauvais et avec toute la colère qui le consumait, son poing s'écrasa dans le miroir.
La douleur fulgurante lui procura un sentiment de sérénité qui l'apaisa. Ne se souciant pas du sang qui ruisselait de sa main meurtrie, il se rhabilla lentement. Il savait ce qu'il avait à faire et l'idée de quitter sa cité bien-aimée ne le perturbait plus autant.
Il était Finnàm'Ail, Commandant de la Garde Wallen, et allait faire honneur à son peuple, à son Roi. Il protégerait Ilyrià au péril de sa propre vie. De ça au moins, il pouvait en être sûr.
Elrohir / Elladan
Les heures d'attentes étaient vite passées. Elrohir avait visité une grande partie de la cité Wallen, émerveillé par cette architecture si différente de tout ce qu'il avait pu voir durant sa longue existence. Tout, des couleurs aux vents océaniques s'engouffrant partout dans ces falaises escarpées rappelait la mer. De plus, son peuple était loin de cette réputation de sauvages sans esprit qui le caractérisait.
Il avait découvert des personnes totalement inhabituelles, capables de choses toutes aussi incroyables. Il avait vu un jeune garçon travailler le fer pour en faire des armes avec une dextérité digne des plus grands maîtres forgerons de Gondolin avec comme enclume son simple bras transformé en patte de mumak (oliphant) !
Certes, une certaine anarchie régnait dans la cité, chacun faisant ce qui lui plaisait quand et comme il le voulait mais il pouvait sentir leur communion spirituelle, leur cohésion à tous.
Il avait déjeuné seul avec son frère dans les appartements qu'on leur avait alloués. Un banquet allait être servi le soir même pour fêter le départ de la fille du Roi et lui souhaiter tout le bonheur possible pour ses futures épousailles.
Il lui tardait de faire la connaissance de la jeune femme, de voir qui était cette Wallen qui allait unir son destin au peuple elfique sans connaître quoique ce soit d'eux. Elrohir la plaignait sincèrement : une union sans amour était inconcevable à ses yeux et il rendait grâce aux Valar qu'il ne s'agisse pas de lui ou de son jumeau.
- Et Vert Boisn'est pas le royaume elfique le plus sympathique qui soit, pensa-t-il navré. Quant à son Roi…
Il espérait que le Seigneur Thranduil ne serait pas trop brusque avec cette étrangère. Mais il en doutait connaissant le caractère ombrageux du Souverain.
- Heureusement pour cette jeune fille, Legolas saura l'épauler à défaut de l'aimer, murmura-t-il pour lui-même.
Quelqu'un frappa à la porte et l'ellon alla ouvrir. Le commandant Wallen était devant lui, l'air maussade, la main droite bandée d'un linge imbibé de sang mais il n'avait pas l'air de s'en préoccuper outre mesure. Les yeux d'Elrohir s'accrochèrent à ceux de Finnàm et ils se défièrent du regard quelques secondes. Le guerrier rompit le silence le premier de mauvaise grâce.
- Si mes Seigneurs sont prêts… Il est l'heure de se rendre dans la salle de l'Irmensùl. Sturten vous y attend. Sa fille et ma sœur ne devraient pas tarder à revenir…
- Avez-vous déjà passé l'arbre- mondes vous-même Finnàm ? demanda Elladan avec curiosité en se rapprochant d'eux.
Le Wallen grimaça,visiblement peu désireux de s'étendre sur ce sujet.
- Non, répondit-il laconique.
- N'en avez-vous jamais eu envie? reprit Elrohir, un brin surpris. Découvrir d'autres mondes… ce soit être incroyablement enivrant! J'ai toujours pensé qu'il s'agissait de légendes pour enfants… Ce doit être grisant, finit-il, rêveur.
- Ma cité est la seule qui m'intéresse. Je ne vois pas l'intérêt de voir d'autres choses.
- Mais vous allez la quitter un certain temps, objecta Elladan.
Finnàm haussa les épaules.
- Les ordres sont les ordres. Ilyrià mérite d'être accompagnée par des gens de « son » peuple. Elle sera suffisamment seule plus tard.
La discussion était close et les ellons le comprirent parfaitement.
Ils suivirent Finnàm en silence jusqu'à une immense double porte sertie d'onyx. Le Wallen poussa la porte avec force et les laissa passer. Les jumeaux entrèrent alors dans une vaste salle incroyablement blanche et fermée contrairement aux autres pièces de la cité. Les murs et toute la salle étaient dépouillés de meubles, tableaux ou autres décorations. Seul un immense frêne blanc lui aussi en occupait le milieu, la surplombant légèrement grâce à la dizaine de marches qui y menaient. Et le plus fantastique était que l'arbre en question semblait sortir des dalles blanches autour de lui. On aurait dit que l'arbre avait éclaté le sol en poussant… Et ses feuilles! Si belles, si argentées... Son tronc était si large qu'il aurait fallu au moins dix hommes pour en faire le tour. Plus les elfes se rapprochaient, plus l'air se faisait oppressant.
Quelle était donc cette magie à l'œuvre? Comme un tel miracle était possible dans un tel endroit, en haut d'une tour sans fenêtre ?
Le Roi Sturten entra à leur suite, sa cape bleue volant derrière lui et d'une humeur visiblement exécrable. La contrariété se lisait sur son faciès tanné.
Il aboya quelque chose en Wallen à une pauvre ère qui avait eu le malheur de croiser son regard. Il se mit à faire les cents pas devant les marches de l'Irmensùl, en lui jetant de fréquents coups d'œil. Elladan et son frère comprirent que les demoiselles tant attendues se faisaient justement… attendre ! Finnàm, quant à lui, ne bronchait pas, imperturbable, debout à côté de la grande porte. Soudain, le Roi s'arrêta, fixant le précieux végétal de son œil unique, un pli sévère sur les lèvres.
Elladan recula de quelques pas par prudence. Son jumeau, au contraire, s'avança intrigué. Ses grands yeux bleus s'élargirent sous la surprise de ce qu'il voyait. L'Irmensùl grésillait et vibrait tout à la fois de plus en plus fort. Son tronc semblait onduler. Elrohir ne put s'empêcher de faire encore quelques pas fasciné, le faisant se positionner ainsi au bas des marches. Il y a eut des remous sur l'écorce de l'arbre et brusquement ce fut comme s'il se déchirait.
Un éclat de lumière lui fit baisser les yeux une seconde et quand il les releva, il vit deux formes entrelacées surgir. Une des deux entités, toute bleue sauta prestement sur ses pieds et se redressa. C'était une toute petite jeune femme avec une coiffure des plus étranges. Son allure féline lui fit penser immédiatement au Commandant de la Garde.
L'autre femme, car il sembla bien que c'en était une, roula sur elle-même, beaucoup moins gracieuse que sa compagne, jusqu'à buter contre ses jambes. Elle les agrippa manquant de le faire basculer lui aussi. L'ellon trouva la situation assez piquante et un sourire espiègle étira ses lèvres. Il aida la jeune femme à se relever et ne put s'empêcher de la dévisager ouvertement.
De longues boucles noires encadraient d'immenses yeux vairons, un brun et un vert d'eau nota l'elfe, un petit nez et une bouche rouge aux lèvres un peu trop charnues. Des tatouages noirs en forme d'écailles partaient de ses oreilles jusqu'au milieu de ses joues en deux triangles couchés. Loin des critères de beauté elfique qui privilégiaient les corps en déliés, la Wallen était de petite taille et toute en opulence. Sa peau dorée n'était que peu couverte par les frusques insolites beaucoup trop courtes et moulantes qu'elle portait. Elle avait de longues traînées noirâtres sur les joues signe qu'elle avait dû pleurer. Elle était pitoyable et en même temps étrangement altière. Elrohir frémit en plongeant son regard dans le sien qui, indécis, passait du clairement méprisant à la plus grande stupeur.
La main enserrant toujours la sienne, il la salua d'une voix douce.
- Elen sila lunenn'onientielvo, Wen Ilyrià, car il ne doutait pas un instant que ce fut elle puis un brin moqueur, la route a-t-elle été bonne?
La fille de Sturten retira sa main brusquement et se redressa fièrement. Elle le toisa du regard et sans un mot pour lui alla saluer son père.
- Athair ( Père), dit-elle, en posant les deux mains sur les épaules du Roi et en baissant la tête respectueusement.
La colère du Souverain Wallen fondit et il l'embrassa affectueusement sur le front en la soulevant de terre dans ses bras. Les jumeaux furent sidérés d'une telle démonstration en public. Ce peuple était définitivement bien curieux!
- Beannachd Erù ort! Comment vas-tu ma fille? Il la regarda de haut en bas et continua toujours en Wallen : Dans quel état me reviens-tu? Et devant ces… nos invités?
- Est-ce mon futur…époux? Ilyrià désigna Elrohir du menton.
- Cha, a Ghraidh. ( Non ma chérie). Il te rejoindra sur la route.
- Bien… le rencontrer à demie nue aurait été de mauvais goût !
Sturten éclata d'un gros rire et lui envoya une chiquenaude qui lui fit faire un bond. Alors, elle passa devant les deux ellons comme une Reine aux pieds nus et sortir sans leur adresser un seul regard. Derrière elle sortit l'autre jeune femme qui leur adressa un sourire contrit mais chaleureux. Sturten les regarda, un mince sourire aux lèvres :
– Ma fille, mes Seigneurs! Nous nous reverrons ce soir, au banquet, et vous goûterez à l'hospitalité Wallen!
Là-dessus il sortit en trombe, suivi comme une ombre par Finnàm ,qui ne prit même pas la peine de leur jeter un seul regard.
Elrohir se baissa et ramassa les chaussures d'Ilyrià abandonnées à ses pieds, songeur. Il ne pouvait nier que la jeune femme l'intriguait. L'ellon avait hâte de la revoir et de tenter d'en découvrir un peu plus à son sujet. Elladan vint à côté de son frère et regarda les étranges ballerines surélevées. Il arqua un sourcil étonné.
- Décidément bizarre, mon frère !
– Intrigante, mon frère…, murmura doucement Elrohir.
Elladan jeta un regard aigu à son jumeau. Son air rêveur de lui plaisait pas et, pour lui faire recouvrir ses esprits, lui mit une claque derrière la tête. Elrohir grogna en se frottant le crâne avec un regard noir tandis que son jumeau s'exclama :
– Tu es impossible mon frère!
– Tu n'y entends rien, Elladan! Je suis juste surpris par ces gens. Leur différence m'enchante. Je les trouve... rafraîchissants !
– Mmmm... fit Elladan, à demi convaincu. Allons-y, la soirée risque d'être mouvementée, je le sens.
Ilyrià,
Ilyrià bailla longuement, son corps endolori se délassant dans l'eau chaude de son bain. Elle s'étira et y plongea la tête. Qu'il était bon de se décrasser! Elle saisit une petite brosse et se frotta la peau jusqu'à ce que celle-ci soit écarlate.
La jeune femme repensa à sa rencontre avec les fils du Seigneur Elrond, le Perendhil si elle avait tout compris… Elle avait été d'une incorrection absolue et savait que, si elle recommençait, son père la punirait sévèrement. Une fois l'avait fait rire aux dépens des Elfes, deux fois lui causerait du tort à elle.
Les Elfes…
Ilyrià se sentit rougir. Elle devait bien s'avouer qu' Anaïsa avait raison une fois de plus. Mais cela, elle ne le dirait pas même sous la torture ! Les Elfes n'étaient pas aussi vilains et féminins qu'elle se plaisait à penser. Au contraire, ils avaient l'air puissant et redoutable sous leurs dehors nobles et légèrement coincés…
La jeune femme ne put s'empêcher de se demander de quoi Legolas Vertefeuille pouvait avoir l'air, maintenant qu'elle avait eu deux spécimens sous les yeux. Ilyrià secoua la tête, faisant voler ses boucles noires.
Elle sortit à regret du tub et s'enveloppa dans une grande serviette de bain moelleuse. Passant une mains sur la psyché, elle en chassa la buée et se regarda attentivement, laissant glisser le tissu à ses pieds. Elle soupira de frustration en regardant son corps trop petit et trop en rondeurs à son goût puis elle se sourit. Décidément, toutes les femmes qu'elles soient Wallen, humaines ou autre avaient les mêmes préoccupations!... Toutes sauf peut-être les elfines…
La Wallen se rapprocha du miroir et effleura le tatouage d'écailles sur son visage. Ca aussi, elle doutait que cela plaise à son futur « peuple ». Ilyrià grimaça mais redressa le menton: elle se fichait de plaire, elle était une digne représentante de la culture Wallen et en porterait les marques avec fierté.
Un petit rire goguenard interrompit sa rêverie.
- Tu comptes aller au banquet de ton père ainsi vêtue, a Ghraidh ?
Elle se retourna. Finnàm était dans l'embrasure de la salle d'eau, l'épaule appuyée au chambranle de la porte. Il jouait négligemment avec son couteau, à son habitude. Il le remit dans son fourreau d'un geste vif et fit quelques pas pour se retrouver face à elle. Il frôla son épaule nue de sa main rendue rugueuse par le maniement des armes et la vie au grand air.
- Quoique personnellement, je trouve la tenue de naissance très… attirante, Ily, sourit-il, d'une voix rauque.
La Wallen ne bougea pas malgré le contact brûlant sur sa peau et posa une main sur sa joue.
- Athair m'a dit que tu m'accompagnas jusqu'à Vert Bois…
- Tu ne seras pas seule, a Ghraidh…
- Tu me manquerais trop, mo caraid (mon ami)…
Finnàm se détacha d'elle, ramassa ses vêtements sur le sol et les lui tendit.
- Tu devrais finir de te préparer, Boireannach (femme) !
Ilyrià lui jeta un regard noir que démentait son sourire et enfila une longue robe bleue aux épaules nues et aux manches vaporeuses, rien de trop Wallen qui aurait pu paraître impudique ! D'un mouvement de tête, elle invita le Commandant de la Garde à lui lacer sa tenue en se retournant. Il le fit rapidement d'un geste habile pour un guerrier.
- Question d'habitude même s'il délace plutôt que l'inverse ! pensa-t-elle, amusée.
Quand il eut fini, il la fit se retourner à nouveau et, la prenant dans ses bras les yeux dans les yeux, il déposa un chaste baiser sur ses lèvres.
- Et ça, a Ghraidh, murmura Finnàm la bouche toujours sur la sienne, c'est la fin d'une époque et la promesse d'un avenir nouveau pour toi…
Ilyrià baissa son visage, résignée.
- On ne peut pas dire qu'il me laisse le choix de cet avenir…
Finnàm colla son front au sien.
- Ton père mais ton Roi. Ses volontés, nos ordres. Il sait ce qu'il nous faut. Le Phénix est sage, n'en doute jamais…
La Wallen se redressa et planta son regard dans celui du Chef de la Garde. Il avait l'air si sûr de lui qu'elle reprit confiance. Elle se détacha de lui et remit ses cheveux en place en lui adressant un clin d'œil taquin.
- Les Wallens en force! Montrons qui nous sommes! fanfaronna la jeune femme.
Elle passa devant lui qui, rieur, lui asséna une grande claque sur le fessier. Iliryà le fusilla du regard.
- Un vieux réflexe ! s'excusa-t-il en levant les mains, l'air tout sauf désolé.
Ilyrià arriva à la grande terrasse surplombant la tour de la cité qui servait habituellement aux réceptions et autres festivités. Elle promena son regard appréciant les merveilles de sa cité comme si c'était la dernière fois qu'elle pouvait en profiter et malheureusement il y avait de grandes chances que ce fut le cas… Elle voulait tout mémoriser pour pouvoir à loisir se remémorer chaque détail de sa maison, de son foyer.
Des tables rondes avaient été dressées ça et là de façon à entourer un grand espace dédié à la danse, surplombées par une table rectangulaire plus imposante, celle du Roi et de ses invités. Des torches immenses, plantées dans de petits bacs de sable blanc, étaient dispersées un peu partout et des arches de fleurs roses, bleues et or rendaient le lieu féerique.
De nombreux Wallens se pressaient déjà sur la terrasse, mélange réellement hétéroclite de leur peuple. Ils étaient tous si dissociables les uns des autres et en même temps on ne pouvait nier leur appartenance au même peuple.
Leurs tatouages s'en rappelaient pour eux. Effectivement, hommes et femmes étaient vêtus chacun comme il l'entendait car il n'existait pas de code chez eux en matière de coiffure, vêtements ou couleur. Non, leur signe commun à eux était le tatouage de « lien » apposé sur les enfants à leur douzième anniversaire, celui du Soleil, puis à leur quatorzième, celui de la Lune, pour qu'ils puissent être protégés quelque soit leur animal. Ainsi Finnàm les avait de tatoués sur chaque côté de son crâne nu le long de ses tresses, son cousin Klaùs, lui, sur le cou. Anaïsa les avait fait tatouer sur son front et son menton, Sturten sur son torse et elle-même l'un au dessus de l'autre le long de son dos. Les tatouages de lien étaient ensuite suivis par d'autres en rapport avec leur animal totem à l'âge adulte, comme ses écailles faciales et celles le long de ses jambes.
Une fois ses digressions finies, Iliryà salua plusieurs de ses compagnons en tentant de repérer Anaïsa. Une main sur son avant-bras la fit se retourner pour se retrouver nez-à-nez avec Klaùs. Il lui adressa un de ses typiques sourires narquois.
- Alors fête de départ, cousine ? Pour te souhaiter courage et bravoure dans cette épreuve, fit-il avec dédain en regardant tout autour de lui.
Ses yeux se posèrent sur les Elfes qui arrivaient tout juste et une flamme y brilla un instant, ses pupilles s'étrécirent pour se fendre comme celles d'un serpent.
- Klaùs, l'apaisa Ilyrià à voix basse. Mon père ne pardonnerait pas que tu t'en prennes à ses invités, tu le sais. Sa colère serait cataclysmique… Ne me fais pas ça, pas ce soir, le dernier dans ma cité, notre cité…
Ses paroles radoucirent son cousin qui inspira profondément et lui dit où transperçait une colère rentrée :
- Je ne peux pas cautionner…
- Personne ne te le demande, l'interrompit Sturten qui venait juste d'apparaître derrière eux, Tout ce que JE te demande, c'est d'obéir mon voyage te sera bénéfique et t'ouvriras l'esprit qui, je le crains, est peut-être un tant soit peu étriqué.
- Mon père ne sera sans doute pas d'accord… se rebiffa Klaùs qui venait de voir ce dernier aux côtés du Roi.
- Tu as toujours eu un caractère emporté, mon fils. Il est temps que tu t'assagisses. Mo brathàir, thu Righ, (mon frère, ton roi) est ici le seul à savoir ce qui est bon pour notre peuple. Conclut Crawen, l'air plus ennuyé qu'autre chose de devoir faire la leçon à son héritier.
Klaùs se raidit sous les remontrances de son père. Ilyrià vit combien il était vexé de s'être fait reprendre en public comme un enfant récalcitrant et elle éprouva de la peine pour lui. Il était si fier! Il était évident que son caractère particulièrement colérique allait lui porter préjudice un jour ou l'autre… La jeune femme crut qu'il allait éclater et fut surprise de le voir courber l'échine.
- Mo Righ, dit-il humblement. Veuillez excuser mon manque de discernement et permettez que je me retire pour finaliser les préparatifs de mon départ aux côtés de mon adorable cousine, votre fille.
- Va mon neveu, répondit Sturten d'une voix plus chaleureuse. Et sache que mon affection t'accompagnera toi aussi.
Le congé était donné et le Wallen inclina la tête, une main respectueuse sur l'épaule du Roi. Il se détourna pour partir et Ilyrià fut décontenancée lorsqu'elle croisa son regard où un éclat calculateur et froid brilla l'espace d'un instant. Il partit rapidement et elle se dit qu'elle avait dû rêver cette sournoiserie au fond des yeux de celui qu'elle avait longtemps considéré comme son frère.
Ses pensées furent vite interrompues quand les jumeaux d'Imladris vinrent leur présenter leurs respects.
Ils étaient resplendissants dans leurs tuniques pourpres brodées d'or. Leurs cheveux étaient tressés à la mode elfique et retombaient avec grâce sur leurs épaules. Ils saluèrent le Roi et sa fille, la main sur le cœur.
- Aran Sturten, Aranel Ilyrià, mae govannen.
Ladite princesse les regarda médusée de voir leurs gestes et leurs voix si coordonnés. C'en était étourdissant ! La seule différence à son sens résidait dans leurs yeux. Elladan avait un regard sage et serein alors qu'en Elrohir se lisait l'envie de rire de tout ainsi qu'une légère impudence qui lui plaisait bien.
Elle leur sourit, sentant les regards de son père et de son oncle dans son dos. Après les formules d'usage, Sturten les pria de les suivre à sa table qui croulait déjà sous les victuailles préparées pour l'occasion. La seule place vide était celle de Klaùs et les jumeaux évitèrent tout commentaire, diplomates. Ilyrià fut placée entre son père et l'ellon aux yeux rieurs, Elrohir, alors qu' Elladan fut installé à la gauche du Roi. Elle soupira de soulagement quand elle aperçut Anaïsa et son frère à une table proche entourés eux aussi d'elfes. Elle s'autorisa alors à se détendre un peu.
Après quelques silences, les conversations se délièrent un peu. Sturten et Crawen se lancèrent dans une discussion avec Elladan sur la situation économique et géo-politique inhérente à chaque royaume présent sur Arda. Iliryà bailla discrètement du moins le crut-elle jusqu'à ce qu'Elrohir se moque gentiment d'elle.
- Nous vous aurions-nous perdue, Aranel ?
Sa voix était douce et chaleureuse. La jeune femme s'en voulut de la trouver aussi sympathique et propre aux confidences mais elle chassa cette idée. Elle ne pouvait être en lutte constante avec des gens qui allaient faire partie intégrante de sa vie désormais. Ces deux-là, elle pouvait les tolérer, ce qui ne serait probablement pas le cas de celui auquel on la destinait comme une jument à sa saillie ni du Seigneur Thranduil pour lequel son propre père ressentait une profonde aversion.
- La politique m'ennuie prodigieusement ! dit-elle en picorant des baies rouges dans la jarre de fruits devant eux.
- Tout comme moi, Wen nîn.
- Et qu'aimez-vous donc? Quels sont vos loisirs? demanda-t-elle en se calant le menton dans le creux de sa main.
Elrohir sourit. Elle avait l'air si jeune et immature! Elle n'avait pas l'air de se rendre compte qu'elle parlait avec quelqu'un qui avaient plusieurs centaines d'années de plus qu'elle. Il sentit un profond désir de protection envahir son cœur pour cette enfant.
- La nature, la chasse…
Ilyrià l'interrompit, surprise.
- Je croyais les Elfes Noldor plus pacifistes que les Sindar ?
L'ellon se mit à rire: Vous seriez vous documentée à notre sujet ?
Le rouge monta aux joues de la Wallen.
- Peut-être ai-je fait quelques recherches… Je ne voudrai pas avoir l'air totalement stupide, marmotta-t-elle, un soupçon de contrariété dans la voix.
Elrohir posa une main sur la sienne en un geste conciliant.
- Vous êtes prévoyante, mellon nîn… Et vous avez raison en ce qui nous concerne… disons que je suis l'exception qui confirme la règle… dit-il avec un clin d'œil espiègle qui la fit éclater de rire.
Son père se retourna vers elle, visiblement satisfait de son attitude amicale avant de refaire face à ses interlocuteurs.
Le dîner était terminé, ne restaient sur les tables que les coupes de fruits et de vin accompagnés de plats des diverses friandises dont Ilyrià raffolait, un peu trop d'ailleurs à son goût!
Son père se leva, écrasant de majesté, et tous se turent instantanément dans l'expectative la plus totale. Sturten prit la parole d'une voix grave et profonde, martelant chacun de ses mots :
- Mes amis Wallens, ma famille et chers invités de Fontcombes – il se tourna tour à tour vers les fils du Perendhil- J'ai réuni la cité ce soir pour dire au revoir (sa voix trembla un quart de seconde mais il se reprit aussitôt)… pour dire au revoir à ma chère fille Ilyrià, ainsi qu'aux membres de la garde qui l'accompagneront… Finnàm, sa sœur Anaïsa et mon neveu Klaùs. Que votre voyage se fasse sans encombre jusqu'à ta nouvelle demeure mon enfant et que ton union engendre de nombreux héritiers ! – tous se levèrent et applaudirent avec l'enthousiasme qui leur était caractéristique mais Sturten les fit taire d'un geste de la main- Mais sache, continua-t-il son œil rusé rivé à sa fille, que les tiens seront toujours à tes côtés dans ton cœur mais aussi prêts à te porter assistance!
La menace était à peine voilée et les jumeaux l'avaient bien comprise. Ils saluèrent le Roi d'un léger signe de tête.
- Alors buvons et dansons! tonna Sturten en vidant d'un trait une énorme chope d'hydromel.
Tous les Wallens se mirent à rire et suivirent l'exemple de leur Souverain. Les musiques douces traditionnelles firent place aux rythmes plus soutenus qu'ils appréciaient. Le vin aidant, Ilyrià se sentit l'âme entreprenante. Elle se tourna vers Elrohir, les yeux brillants d'excitation.
- Vous sentez-vous de me faire danser ou cette musique vous ferait-elle peur, Sieur Elrohir d'Imladris?!
L'ellon se leva en riant, lui offrant le bras.
- Je ne saurai résister à ce défi, belle dame !
Ilyrià se leva à son tour et se laissa entraîner par son cavalier au milieu des autres danseurs, ignorant le regard amusé d'Anaïsa qui, à son tour, céda à une invitation d'un des elfes de la délégation.
Elrohir était un agréable danseur et même s'il n'y entendait pas grand-chose aux pas Wallen, il restait incroyablement gracile. Ils évoluèrent ainsi plusieurs fois et Elladan prit le relais à deux reprises, tout aussi charmant que son frère quoique plus pondéré.
Il fut doux à la jeune femme de profiter de ces derniers instants dans sa cité au milieu des siens sans penser au lendemain et aux adieux. Elle ne rentra que tard dans la nuit, encore grisée de ce sentiment de liberté qui, elle en était persuadée, allait bientôt lui être arraché.
