Hello tout le monde ! Oui, je sais, ça fait une éternité que je n'ai pas posté... Mais en fait, il y a un mois, on m'a volé mon ordinateur. Du coup, j'en ai reçu un nouveau pour Noël et j'ai eu du mal à me remettre à l'écriture, surtout après la déprime d'avoir perdu tout ce que j'avais écris... Mais me revoilà pour continuer ma petite fic chérie. J'espère que ça continuera à vous plaire !


« Vraiment, tu crois que c'est une bonne idée ?

- Chut ! »

Mycroft Holmes entra furtivement en cuisine. Le garçon était tout juste majeur, grand et fin, ses cheveux marron plaqués en arrière sur son crâne. Il portait un magnifique costume sombre, mais sa tenue, d'habitude droite et distinguée, se faisait soudain plus courbée. Voilà qu'il marchait grotesquement, s'appliquant à ne pas faire de bruit en posant tout doucement les pointes de ses pieds sur le sol. Il allait vite, appuyait tout le poids de son corps sur cette minuscule surface, et il semblait manquer de tomber à chaque pas, les bras écartés comme un albatros qui prépare son atterrissage forcé.

Il s'approcha enfin de son but, un plat couvert de petites pâtisseries, et saisit sa préférée : un magnifique millefeuille préparé tout spécialement pour le dîner de ce soir, dont la crème et le feuilleté respiraient le sucre délicieux qui les composaient. Il le dévora du regard, un grand sourire s'étira sur sa bouche alors qu'il l'entrouvrait pour avaler son larcin, mais celui-ci tomba dans un sursaut alors qu'une forte voix s'abattait sur le jeune homme.

« Mycroft ! s'écria Sherlock en bondissant de derrière la cuisinière. Père et mère t'ont déjà répété des centaines de fois de ne pas voler de sucreries, ça te fait prendre des poignés d'amour ! »

L'aîné Holmes sentit tout son visage viré au pourpre quand il réalisa qu'il n'était pas seul avec son jeune frère : un garçon blond était lui aussi sorti de la même cachette, et semblait avoir du mal à se retenir de rire.

« Je te l'avais dit, John ! reprit le brun avec un sourire triomphant. Mycroft a beau avoir l'air d'un honnête gentleman, il reste un parfait goinfre doublé d'un voleur. Il devrait songer à maigrir, tu ne penses pas ?

- Je ne vais pas me mêler de ça, ce serait très incorrect de ma part ! En tous cas, tu avais raison : voilà tes cinq livres.

- Et toi qui ne me croyais pas… »

Alors qu'ils discutaient comme si de rien n'était, Mycroft dévisageait son cadet avec rage et se précipita vers lui.

« Sherlock ! Je t'interdis de te moquer de moi, qui plus est devant… Euh… Qui êtes-vous, jeune homme ?

- Je m'appelle John Erickson, monsieur Holmes.

- C'est mon ami. »

Mycroft tourna la tête vers Sherlock qui venait de parler. Il le considéra quelques secondes et vit que le garçon avait un peu rougit. En effet, c'était bien la première fois que le jeune sociopathe attribuait à quelqu'un un tel statut, et même s'il faisait semblant qu'il s'agissait de la chose la plus naturelle du monde, c'était tout le contraire. Puis Mycroft inspecta John : il était clairement de la campagne et sans beaucoup d'argent. Un garçon intelligent et sportif, un peu plus grand, large et bronzé que son frêle petit frère au teint laiteux. Son regard semblait naïf et un peu perdu, et surtout le plus étrange, c'est qu'il ne lâchait pas Sherlock.

« Ton ami, n'est-ce pas ? dit finalement Mycroft avec un air moqueur.

- Le dîner semble servi, » déclara Sherlock en se dirigeant vers le couloir pour éviter le sujet.

Mycroft les suivit lui et son ami vers la salle à manger, ramassant au passage le millefeuille gâché avec une grimace de tristesse, et le jeta à la poubelle.

En entrant dans la salle, ils virent que certaines personnes étaient assises à table, d'autres non, mais toutes formaient des petits groupes de conversations mondaines. John eu le hoquet et l'impression de disparaître au fond de ses chaussettes au milieu de cette foule. Des maisons pareilles, il en avait rarement vu. La salle devait faire dix fois la taille de sa chambre, et ces longs miroirs, ce lustre en cristal, ces chaises décorées précieusement le mettaient mal à l'aise. Il regarda ses chaussures : elles étaient râpées. En jetant un coup d'œil à celles de Sherlock, il remarqua qu'elles avaient été cirées minutieusement et brillaient comme un sou neuf.

« Tu n'as pas à t'en faire, lui murmura discrètement son ami à l'oreille. Toutes ces paillettes ne compensent pas l'idiotie de tous ces gens. »

John remarqua le regard amer que lançait Sherlock à ses parents avant qu'il ne se soit tourné vers lui pour lui sourire.

« Dis, tu connais ces personnes ?

- Non. Mais j'ai pu déduire plusieurs choses. Déjà, vous allez tous rester dormir dans cette maison ce soir.

- Pourquoi ça ?

- Parce que c'est ce que ma mère a prévu. Nancy m'a parlé des dernières directives données aux domestiques : toutes les chambres ont été rangées, les draps lavés, la vaisselle est parfaitement terminée, tout cela tout juste pour onze personnes.

- Tous les invités ici vont rester dormir ?

- Il me semble, cela ressemble bien à certaines soirées qui ont eu lieu ici. Puis beaucoup de gens comme toi et ta famille vivent éloignés de Londres, alors c'est à votre avantage de rester… »

Ils allaient s'asseoir à table quand quelqu'un appela derrière eux :

« Johnny, viens ici une seconde ! »

Le garçon blond se retourna et vit sa mère, toujours souriante comme à son habitude, lui faire signe de la main. Le garçon alla vers elle et son père, qui l'interrogea pendant que la première époussetait affectueusement l'épaule de sa veste.

« Alors, tu profites bien de cette soirée ? dit l'homme de sa voix grave, un verre de vin rouge à la main. Nous avons passé la dernière heure dans le petit salon à rire avec les autres invités, mais j'espère que tu ne t'ennuies pas trop.

- Pas du tout ! répondit le blond en souriant. Le cadet des Holmes est vraiment très sympathique. Il est brillant, très cultivé sur certains sujets, et il me fait rire. On a visité la maison, on a discuté de plein de choses…

- Tu parles de Sherlock Holmes ? l'interrompt sa mère avec un regard incrédule. C'est étrange. Ses parents n'arrêtent pas de parler de lui comme d'un enfant borné et insipide qui passe son temps à faire des remarques désagréables et à sécher les cours. Il n'a pas d'ami, et si j'ai bien compris il est toujours seul. »

John fronça les sourcils. Il ne lui semblait pas avoir compris ça.

« Il n'a pas d'ami ?

- Et bien, sa gouvernante a un mal fou à le socialiser, il serait très « sélectif » par rapport aux personnes qu'il souhaite fréquenter. C'est une chance qu'il ait été aussi gentil avec toi, John. »

Toujours un peu troublé, John regarda brièvement Sherlock qui semblait l'attendre, assit au milieu de la longue table. Il regardait son assiette vide, les mains appuyées sur sa chaise, balançant ses jambes de haut en bas comme sur une balançoire. Il ne parlait à personne, pas comme son frère qui malgré son dégoût apparent pour ces réunions faisait de son mieux pour sembler aimable. Il s'isolait, exactement comme au moment où il l'avait rencontré contre son arbre dans le jardin. La petite silhouette brune lui semblait bien triste, et lui fit penser au Pierrot de la Comedia dell'Arte, si mélancolique, au visage pâle comme la lune.

« Et bien, ses parents ne l'apprécient peut-être pas à sa juste valeur, » dit doucement John en souriant.

Ils le regardèrent d'un air surpris par cette loyauté soudaine, et sa mère hocha la tête en le regardant s'éloigner vers la table.

« Il a l'air de l'aimer vraiment beaucoup, remarqua-t-elle. Trouves-tu ça bizarre ?

- Un peu, répondit le docteur en posant la main sur l'épaule de sa femme. Mais venant de John, rien n'est très étrange. Il n'est pas vraiment comme tout le monde, lui non plus. »


Tout le monde s'installa finalement sur sa chaise : Richard et Françoise trônaient chacun d'un bout de la table, elle, entourée par ses artistes chéris. Sherlock, John et Mycroft étaient assis au milieu, partagés entre les conversations. Quand finalement les plats furent servis, le gros rigolard se lécha les babines :

« Ma chère Françoise, votre cuisinière est décidemment un vrai cordon bleu. Je me réjouis d'avance à chaque fois que je dois venir dîner chez vous, c'est dire !

- Vous êtes un fin gourmet, Colin, répondit-elle avec son sourire prédigéré. Mais n'oubliez pas que d'autres délices seront servis durant ce repas. Ne vous jetez pas sur les plats comme mon fils Mycroft. »

Le concerné et sa mère s'échangèrent un regard appuyé une seconde, puis se sourirent poliment comme en appréciant une plaisanterie. Sherlock soupira et Mycroft lui jeta un coup de pied sous la table, alors que John pouffait. Le jeune Holmes ne put s'empêcher de penser que ce dîner ne se passait pas si mal que ça, après tout.

« Sherlock, demanda soudain la voix grave de Richard, soit gentil et sert du vin à mademoiselle Carroll, s'il te plaît. »

Sherlock se glaça devant le regard renfrogné de son père. Avait-il réalisé qu'ils ne s'étaient pas vus depuis plus d'une semaine et qu'il ne lui avait même pas dit bonsoir ? Il regarda les invités, puis mentit :

« Je ne vois pas comment je pourrais le faire. Je ne connais personne à cette table, je ne vois même pas qui est mademoiselle Carroll.

- Cesse d'être désagréable. Les noms sont marqués sur les étiquettes devant leurs assiettes.

- Il n'y a aucun souci, Richard. Je comprends votre garçon. »

Celle qui venait de parler était la petite plasticienne brune. Une étincelle brillait dans son regard et elle s'adressait à l'homme avec un sourire.

« Je vous connais très bien, toi et ta femme, mais j'avoue que pas mal de personnes à cette table me sont inconnues. Et si nous nous présentions, en bonne et due forme ? Ca ne fera pas de mal et ça sera plus intéressant que sur des bouts de papiers. »

Sur ces mots, elle se tourna vers Sherlock avec le même sourire.

« Je me nomme Virginia Carroll.

- Et si vous me laissiez jouer à un jeu, mademoiselle ? »

La jeune femme le regarda avec surprise.

« De quoi parles-tu, petit ?

- Ne me dites rien de plus sur vous. Je vous promets de tout deviner par moi-même. Et mes parents n'auront rien à voir avec ça, je vous assure, ils n'ont évidemment pas le temps de me pistonner. »

A ces mots, il adressa un sourire forcé à son père, qui le regardait avec colère. Puis il se retourna vers la jeune femme.

« Qu'en pensez-vous ?

- Sherlock, non… »

Mycroft murmurait en serrant les dents, mais son frère ne lui accorda pas le moindre regard. La petite assemblée avait cessé ses cancaneries et focalisé l'attention sur le garçon.

« Pourquoi pas ? dit finalement Virginia. Ca me semble intéressant, ton tour de magie.

- Il ne s'agit pas de magie, loin de là. Je peux commencer ?

- Vas-y. »

Alors Sherlock posa ses coudes sur la table et noua ses mains devant son nez. Il commença à scruter son sujet mécaniquement, sans ciller. La vitesse affolante à laquelle allaient ses yeux, fouillant dans chaque détail de mademoiselle Carroll, retint l'attention de John. Son ami semblait plongé dans un univers différent, si lointain, comme en transe. Sa réflexion ne dura que trois secondes avant qu'il n'ouvre la bouche

« Vous êtes peintre, dessinatrice, sculptrice. Vos ongles sont abîmés par les produits que vous utilisez à tout bout de chant, vous avez des miettes de pains coincées dans vos manches, pas datant de ce soir, sûrement du pain utilisé pour effacé les traces de fusain. L'argile aussi, teint légèrement le bout des doigts avec le temps. Il assèche également les mains, voilà pourquoi vous passez votre temps à les frotter. Vu vos habits et votre coiffure, je dirais que vous êtes plus encrée sur l'art contemporain que sur d'autres styles. Me suis-je trompé jusque là ?

- Pas du tout, murmura-t-elle.

- Je pense également à votre orientation sexuelle. Vous êtes lesbienne, n'est-ce pas ? »

Tout le monde retint son souffle. Mademoiselle Carroll semblait pétrifiée par les yeux glacés du garçon. Au bout d'un instant de flottement, elle partit dans un rire gêné.

« Bravo, mon garçon. Comment l'as-tu su ?

- Sans compter votre démarche, votre tenue, vos intonations, j'ai compris cela grâce au bracelet à votre cheville, que j'ai aperçu tout à l'heure. Vous êtes jeune, la trentaine maximum. Pour les personnes de votre génération, mettre un bracelet à sa cheville signifie montrer son homosexualité. Un geste discret, mais révélateur, cependant. »

La peintre sourit après un court silence.

« C'est incroyable, petit.

- A vous. »

Sherlock se tournait vers le gros ami de sa mère.

« Colin Pritchard.

- Moi ? répondit-il en se tournant avec surprise.

- Les marques sombres sur vos doigts de la main gauche ainsi que votre ampoule sur le côté du pouce marque clairement que vous êtes violoncelliste, ce n'est pas très difficile à voir. Il est plus compliqué de comprendre que vous êtes alcoolique. Ceci dit, vous avez déjà bu trois verres à l'apéritif et venez d'en descendre un premier alors que nous venons de commencer à manger. Enfin, il y a d'autres symptômes très significatifs : les tremblements de vos mains, la nausée qui semble vous prendre par moment, votre teint…

- Sherlock… commence à grogner Richard.

- Vous. »

Sherlock s'est tourné vers un couple : Patrick et Ornella Nicholson. Un grand type maigre, cheveux gris en arrière, et une femme silencieuse aux courts cheveux blonds, se tournent avec surprise.

« Monsieur est philosophe : un métier d'écrivain –à en juger par votre manche tâché d'encre- qui nécessite les quelques traités de Kant que vous avez dans votre attaché-case. Je ne suis pas un fouineur, il est ouvert près de l'entrée, vous devriez faire plus attention à vos affaires. Vous êtes sur une thèse, peut-être ? Mais ça m'étonnerait que cela marche, il y a panne sèche. Peut-être que c'est pour ça que vous ne dormez plus, selon les poches sous vos yeux. Ou peut-être que c'est pour ça que vous battez votre femme.

- Sherlock ! gronda Richard.

- Madame Nicholson, il n'est pas facile de cacher la trace qu'a laissée la bague de votre mari sur votre joue dans la voiture. Vraiment, frapper sa femme avant d'aller à un dîner mondain, quelle indécence. Surtout quand on n'enlève même pas le sang de sa chevalière.

- Ca suffit ! hurla-t-il enfin.

- Je n'ai pas fini ! »

Sherlock venait de se lever dans un coup de vent, le regard planté dans celui de son père.

« Et enfin, notre invité mystère ! » dit-il en riant, se tournant brusquement vers le grand homme en noir assis juste à côté.

Silencieux, le concerné le regarda gravement. Il ne bougeait pas d'un iota, impassible.

« Hugh Blackmore ? Vous vous êtes dit journaliste anglais, n'est-ce pas ? Ca me semble bien impossible, vu la marque gravé sur votre étui à cigarette, posé à côté de vous sur la table : l'emblème de l'Inde, les quatre lions et le lotus ! Vous n'avez pas placé un mot, je vous ai entendu parler hindi avec mon père, et votre profil physique ne trompe pas. J'ignore si vous savez articuler un mot d'anglais et si mes accusations vous semblent fondées, mais plutôt qu'un simple journaliste, ne seriez-vous pas un de ces politiciens venus discuter d'affaires secrètes avec mon espion de géniteur, par hasard ? Vraiment père, pour faire ce genre de choses, restez à votre bureau !

- Sherlock, dans ta chambre tout de suite ! »

C'était au tour de Richard Holmes de se redresser et d'hurler. Sherlock se tint droit, serrant les dents.

« Vraiment, vous êtes pitoyable, cher papa.

- Tu es fier de toi ? Tu crois vraiment que tu vas devenir quelque chose, que ces talents absurdes de sale petit fouineur vont t'apporter du bon dans ta vie ? Tu me fais honte. Je n'arrive toujours pas à croire que j'ai engendré quelqu'un comme toi. Sors de table. Sors, va-t-en ! Je ne veux plus jamais te voir ! »

Sans poser une question de plus, Sherlock s'enfuit à toute vitesse et disparu, bousculant table et chaises sur son passage. John, bouleversé, voulu se lever pour le suivre, mais Mycroft le retint.

« Je te déconseille de faire ça. Il a besoin d'être seul. »


La suite au prochain épisode ! Contente que ça vous plaise jusque là ! ^^