Merci encore pour tous vos commentaires et encouragements. Voici enfin le chapitre 3. Je suis désolée de vous avoir fait autant attendre, mais j'avais du mal à le sortir. Je m'y suis tout de même reprise à trois fois ;). J'espère que cela vous plaira. Bonne lecture !
Quatre se décida finalement à rompre le silence pesant et posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis l'instant même où Eric était apparu dans la simulation de Tris.
« Est-ce qu'Eric t'a agressée ? Est-ce qu'il a essayé de… »
Le jeune homme hésita à prononcer les derniers mots de sa phrase, ulcéré par la terrible possibilité qu'il envisageait. Cependant Tris l'interrompit, embarrassée.
« Non. J'avais besoin de me défouler, je suis allée à la salle d'entrainement et je suis tombée sur lui par hasard. Il a voulu faire un combat et bien sûr je n'ai pas eu le dessus. » Elle fit une pause cherchant la formulation le ménagerait le plus.
« J'ai dû ruser pour qu'il relâche sa prise et que je puisse bouger les jambes. Ensuite je lui ai mis un coup de genou dans l'entrejambe et je me suis dégagée pour lui échapper. »
« Tu as rusé ? » Demanda Quatre dont le visage n'était plus aussi imperturbable qu'à son habitude.
« Je l'ai distrait en lui laissant croire que j'allais l'embrasser. » Dit-elle tout en faisant la grimace.
Le visage de Quatre devint livide.
« C'est la seule idée qui m'est venue… » Ajouta Tris, très mal à l'aise et peinée de le décevoir.
« Est-ce que tu es attirée par lui ? »
La question avait le mérite d'être directe et cristalline. La réponse, quant à elle, était une tout autre affaire. Son premier réflexe fut de répondre non, tentant de minimiser les dégâts déjà causés à leur relation bourgeonnante. Puis elle ajouta pour le convaincre : « C'est une brute sans cœur. »
« Parfois on est attiré par des personnes qu'on ne devrait pas. » Répliqua-t-il doucement. Il semblait parler d'expérience personnelle, ce qui aiguisa un peu la curiosité de la jeune femme. Mais là n'était pas le sujet, d'autant plus qu'elle avait du mal à soutenir son regard qui était plus attristé qu'accusateur. Et si elle devait être honnête au moins avec elle-même, elle devait admettre qu'elle ressentait de l'attirance physique pour Eric bien que tout dans sa personnalité la rebute.
« Fais attention, Tris. Tu as déjà trop attiré son attention. Tu ne peux pas te le permettre. » Lui dit-il faisant référence à sa divergence. Là-dessus, il quitta la pièce la laissant seule à sa réflexion. Malgré la confusion de ses émotions envers Eric, elle espérait que tout n'était pas fichu avec Quatre.
XXX
Tris n'avait pas trop le moral lorsqu'elle arriva au dortoir. Malheureusement ce qu'allait lui annoncer Christina n'allait certainement pas améliorer son humeur. Al s'était jeté dans le gouffre.
Malgré ce qu'il lui avait fait, Tris ne pouvait s'empêcher de se sentir coupable car elle avait refusé de lui pardonner et indirectement elle était probablement responsable de son suicide.
Les audacieux avaient reçu pour consigne de se regrouper dans la fosse pour un dernier hommage. Cela n'enchantait guère Eric de prononcer un discours mais en tant que leader superviseur des nouvelles recrues, il n'avait pas le choix. Al était un faible. Il avait tout juste passé les épreuves physiques. Même la pète-sec s'était mieux classée que lui et il n'était pas meilleur dans les simulations. Il manquait de force de caractère et de volonté et s'était laissé influencer par Peter. Jamais il ne serait devenu un audacieux. Il avait préféré mourir plutôt que de devenir sans faction et c'est bien là, la seule chose qu'Eric respectait chez lui.
Du haut de la passerelle, il dominait la foule des audacieux qui s'était rassemblée. Il se lança dans un discours éloquent faisant l'apologie de ce geste dont la vacuité rivalisait avec la profondeur du gouffre dans lequel il s'était jeté. Balayant la foule du regard, il repéra la jeune femme dont l'expression de colère indiquait clairement qu'elle n'approuvait pas son éloge funèbre. A la fin de son discours, il porta un toast lançant ainsi le début des festivités.
Pour les transferts peu habitués aux coutumes des audacieux, ces obsèques festifs pouvaient paraître déplacés, voire même indécents. La plupart des personnes présentes ne connaissaient même pas Al, cependant ils le glorifiaient comme s'il avait fait partie des leurs depuis toujours. Ils célébraient le fait d'être en vie quand leur camarade, lui, était mort. Les audacieux vivaient continuellement sur le fil du rasoir avec la mort et de ce fait, ils ne loupaient aucune occasion de célébrer la vie.
Tris ne pouvait en supporter d'avantage. Elle s'éclipsa prétextant auprès de ses amis qu'elle était fatiguée. La journée avait été chargée en émotions et elle avait besoin de s'isoler pour réfléchir. Elle déambula sans but dans les couloirs mais c'est au gouffre que ses pas la menèrent. Elle s'avança sur le bord pour contempler le vide. C'est ici que Peter, Drew et Al avait eu l'intention de la jeter et c'était ici, sur le lieu du crime, qu'Al était venu mettre fin à ses jours. C'était une chose de sauter du toit d'un immeuble dans le cadre de l'initiation. Mais ce saut-là était sans retour.
« Tu as l'intention de sauter rejoindre ton ami ? »
Tris reconnut le ton sarcastique et se retourna vers la silhouette massive d'Eric.
« Si c'était le cas, je suis certaine que mon éloge funèbre serait à la hauteur de ma bravoure. »
Eric sourit amusé par le sarcasme de Tris dont il était si peu familier.
« Tu n'as pas été convaincue par mon éloquent discours, à ce que je vois. »
« Les actions parlent plus fort que les paroles. Un leader tel que toi devrait nous montrer le chemin de la bravoure. » Répliqua-t-elle, d'un air de défi, désignant de la tête le précipice devant eux.
Il ne se départit pas de son sourire suffisant mais réduisit dangereusement la distance qui les séparait. Elle fit un pas en arrière et manqua de trébucher dans le vide. Toutefois Eric la retint par la taille, la faisant tressaillir au contact de ses mains viriles.
« Tu ne me remercies pas ? » La taquina-t-il d'un ton faussement réprobateur.
« Merci. » Lâcha-t-elle sèchement. La proximité avec Eric la mettait par ailleurs mal à l'aise.
« J'espérais quelque chose de plus chaleureux. » Répliqua-t-il, savourant sa réaction contrariée.
Joignant le geste à la parole, il pencha la tête rapprochant ainsi ses lèvres des siennes, sans l'embrasser toutefois. Elle se cabra un peu plus, dangereusement vers le vide, tentant d'ajouter de la distance qu'Eric combla aussitôt. La situation de Tris était tout à la fois précaire et ridicule. Son seul échappatoire au baiser qu'il suggérait était le gouffre.
« Je ne suis pas d'humeur pour un autre de tes jeux pervers. » Lâcha-t-elle entre ses dents.
Imperturbable, il ne se départit ni de son sourire prédateur, ni de l'amusement qui pétillait dans ses yeux. Il ne lui laissait pas le choix et aimait beaucoup lire sur le visage de la jeune femme le mélange confus d'attirance physique et de contrariété rageuse. Sa volonté de vivre l'emporta et elle se résolut à l'impensable : céder. Elle déposa un chaste baiser sur ses lèvres pleines.
Cependant Eric n'avait pas l'intention de se contenter d'un simple baiser d'écolière. Ses lèvres se firent plus pressantes, sa langue invitant celle de Tris à s'étreindre mutuellement. La jeune femme fût désarçonnée par ce baiser envoûtant et addictif si éloigné de la brutalité et de la rudesse qu'elle s'était imaginées. Elle perdit l'espace de quelques instants toute notion de self-control se laissant emporter par le flot passionné de ses hormones adulescentes.
