Remus resta immobile un long moment, ne faisant qu'augmenter sa culpabilité. Pouvait-on réellement le pardonner un jour ?

Il se leva au bout d'un certain temps, sans qu'il ne sache exactement quand, semblant avoir perdu toute notion d'heures ou de minutes. Il remarqua juste qu'ils n'étaient plus que trois dans la pièce. Les deux parents Weasley parlaient entre eux, gardant un œil averti sur Remus, surtout quand celui-ci bougea enfin.

- Je veux voir Harry. Je dois lui parler.

- Pourquoi ?

- Il... J'en ai juste besoin.

- Percy et moi on doit partir travailler, on va t'accompagner chez Harry.

Lupin hésita mais finit quand même par hocher la tête sous le regard oppressant des deux occupants de la pièce. Percy entra aussitôt dans le salon, comme s'il avait attendu son signe pour se manifester et ils sortirent de la maison. Mrs. Weasley embrassa les deux hommes de sa famille et hésita un moment devant Remus.

- Tu n'as vraiment pas à t'en vouloir...

Il évita son regard et fit semblant de ne pas avoir entendu, ne désirant en aucun cas répondre. Ils pivotèrent et atterrirent devant l'appartement que Ginny et Harry avaient loué ensemble récemment. Ils n'étaient pas chez eux, certainement à l'hôpital, mais Lupin annonça qu'il les attendrait ici, s'asseyant poliment sur le canapé. Percy pivota à nouveau et disparut de la pièce. Remus soupira, croyant que le père avait suivi le fils, mais sursauta presque quand celui-ci prit la parole.

- Pourquoi ne pas aller à l'hôpital ? Tu aurais besoin d'un coup de neuf.

- Non ! Non... Ça va, je vais bien... Je n'ai même pas mal, c'est juste quelques égratignures, ça partira...

Il essaya de trouver d'autres mots à aligner mais sa voix s'éteignit. Voyant qu'il ne servait pas à grand chose de tenter de convaincre l'homme, Arthur transplana à son tour, cependant inquiet pour son ami. Ce dernier soupira et s'appuya sur les coussins du canapé brièvement. Il se releva ensuite et pivota à son tour.

Il atterrit enfin où il voulait aller depuis le début. Le seul endroit où il était à l'abri des regards, où on ne pouvait le trouver, et où il se sentait un minimum bien. La Cabane Hurlante. Une fois arrivé, il s'effondra enfin complètement. Il se laissa tomber sur les genoux et se mit à pleurer à chaudes larmes, pensant à son fils, étendu sur un lit d'hôpital, une horrible morsure quelque part et le corps déchiqueté... Jamais il n'aurait dû accepter de sortir avec Tonks. Jamais il n'aurait dû céder à ses arguments. Il lui avait bien dit qu'il était dangereux et qu'un jour il y aurait un drame... Elle avait dit qu'elle n'en avait rien à faire, tant qu'elle était avec lui... Ceci n'était certainement plus d'actualité. Il avait failli tué son propre fils... A cette pensée, à cette image de lui blessant son fils, à cette sensation d'avoir son sang dans sa bouche, il ne put se retenir une deuxième fois et, à quatre pattes, il atteignit un coin de la pièce où il déversa le repas de la veille.

Que pensait Tonks en ce moment, en ne le voyant pas revenir ? Était-elle triste ou bien soulagée ? En colère ou bien inquiète ? N'avait-elle pas menti dans son mot ? Comment pouvait-elle seulement envisager la possibilité d'un jour pardonner Remus ?

Il se traîna vers un autre côté de la pièce et s'assit là où il s'était retrouvé de nombreuses fois, recroquevillé au sol après une nuit dont il ne gardait aucun souvenir. Ses amis venaient généralement bien après son réveil, venant le réconforter dans ses pensées sombres. Ses amis... Tous étaient morts. Était-ce aussi de sa faute ? Après tout, il était dans la même pièce que Sirius le jour où celui-ci était mort. Il aurait pu le sauver s'il avait mieux combattu, ou éloigné son ami de l'arcade, ou quelque chose d'autre. Et Lily et James, n'aurait-il pas pu les aider ? Par un quelconque moyen...

L'image de Tonks le suppliant de les épargner, elle et son fils, lui revint en tête brutalement. Il cria pour faire partir l'image de son cerveau qui semblait jubiler à l'idée de lui remettre inlassablement les mêmes scènes en boucle. Après avoir poussé son cri, cela ne fit que s'empirer. Il entendait à présent la voix de sa femme, pleurant, désespérée, cherchant par n'importe quel moyen à faire revenir Remus à la surface... Il se prit la tête entre les mains et serra ses cheveux, essayant de faire partir tout ça de sa tête. Rien ne partit malgré ses cris et les mèches de cheveux qu'il s'arrachait. Il finit par se lever et lâcher sa tête, s'en prenant à présent à tout mobilier tenant encore debout dans la maison. Les lieux étaient déjà délabrés depuis bien longtemps, et peu de mobilier y avait été placé, en raison de son utilisation qui en avait été faite – on n'avait pas vraiment besoin de décorer une pièce où un loup-garou était supposé se retrouver une fois par mois. Pourtant, tout ce qu'il renversa, brisa, cassa, provoqua de terribles bruits qui devaient s'entendre bien au-delà de la maison.

Quand à peu près tout fut détruit, Remus appuya ses mains contre un mur, un poing serré. Il éprouvait encore tellement de haine, envers lui-même... Son poing s'écrasa à nouveau, contre le bois du mur cette fois. Celui-ci se brisa et Lupin éprouva une vive douleur sur chacun de ses doigts. Quand il retira sa main du trou formé, il se coupa encore plus contre le bois cassé. La douleur semblait tellement dérisoire à ses yeux en ce moment... Pourtant, il commençait à perdre trop de sang, depuis la veille, et il se sentit plus faible qu'avant. Il finit par basculer, sans même tenter d'amortir sa chute, et sa tête cogna violemment le sol dur, n'arrangeant pas son état.