Dans « After dead » (décembre 2017), Liz raconte.
Échanges entre Liz et Dembe.
Dembe :
- S'il n'y avait pas eu ce test, auriez-vous pensé qu'il puisse l'être ? Vous a-t-il un jour donné des raisons de le croire ? Quand il vous a laissé croire que vous aviez tiré sur votre père, vous pensiez donc qu'il ne l'était pas, et pourtant, depuis ce test ADN, vous avez considéré qu'il vous avait menti et plutôt que de lui en vouloir de vous faire passer pour une parricide, vous sembliez heureuse de l'avoir comme père. Expliquez-moi...
- Avant le test, je le voyais comme un ami. Un protecteur, un mentor. Un homme capable du pire et du meilleur. Un homme dangereux mais incroyablement gentil et patient avec moi. Et avec vous. Je savais qu'il m'aimait et je pensais qu'il m'aimait comme un père, comme Sam m'aimait. Aussi quand j'ai eu les résultats du test ADN, je ne fus pas surprise et j'ai soudain compris pourquoi il m'aimait autant. Et là, aujourd'hui, tout est remis en question. Ou pas. Je ne sais plus, Dembe.
- Il ne vous a jamais menti. Mais il vous a laissé croire ce que vous vouliez. Ce qui en fait un mensonge par omission.
Je ne sais pas encore si je peux en déduire quelque chose de fiable. En fait, je crains de devoir le faire. Parce que, si je remets les choses dans l'ordre, cela donne...
- En 1986, date à laquelle Cooper a récupéré une chemise tâchée du sang de Raymond Reddington, suite à une opération ensemble, s'agissait-il bien du même Raymond Reddington que celui qui, à la même époque était ici, incapable physiquement et moralement, d'être opérationnel ?
- Vous commencez à comprendre ?
Pas le moins du monde ! Je nage en pleine science-fiction ! Qui est Red ? Qui est l'homme qui a fait de ma vie un enfer et...un paradis parfois. Je tiens trop à lui pour m'entendre dire qu'il est un opportuniste de génie qui s'est servi de mon histoire pour gagner beaucoup d'argent. Tout sauf ça. Dembe, s'il vous plaît, rassurez-moi ! Malgré moi, je tremble en posant la question.
- Qui est-il ? Je veux dire...Si Cooper est affirmatif quant à Reddington...
- Raymond est le seul véritable Raymond Reddington encore en vie.
Et là ma tête va exploser !
- Ils étaient plusieurs ? Dembe, soyons sérieux ! Le clonage humain n'était même pas encore une véritable idée de fiction dans les années 80 !
- Vous faites erreur, Elizabeth. Bien avant que le monde ait pris connaissance de la réalité du clonage grâce à la brebis Dolly en 1996, certaines nations y faisaient déjà travailler leurs plus éminents scientifiques sous couvert de l'armée. Les Etats-Unis étaient en retard par rapport aux Russes à l'époque. Sous Brejnev, il y eut plusieurs tentatives de clonage humain qui se sont souvent soldées par des désastres. Jusqu'à ce qu'un certain Heinrich Trettel, résident de l'ex RDA et travaillant pour la STASI et le KGB, découvre un moyen de modifier l'ADN humain et de le recopier sur d'autres humains.
- Trettel, dites-vous ? Un lien avec Eric Trettel, dit l'Alchimiste ?
- Son père, oui.
- Et il avait réussi à cloner ainsi des gens en tuant les originels ?
- Heinrich avait bien avancé ses travaux mais il ne parvenait pas à cloner à la fois l'ADN et l'apparence des gens. Il y avait toujours des imperfections. Son fils trouva la solution.
- Et donc, en 1986, vous pensez qu'Heinrich avait réussi à faire quoi ? Cloner partiellement Red ?
- Une personne en particulier souhaitait pouvoir venir ici, aux Etats-Unis, et y semer le chaos en prenant les traits et l'ADN d'un espoir national. De quelqu'un d'influent. L'homme en question devait être jeune, brillant, porteur de secrets nationaux et fauteur de troubles parmi les légions d'agents du KGB. Mais chose primordiale, il devait ressembler à celui qui allait prendre sa place. Ce qui rendait de fait l'ADN plus fiable.
- Ils choisirent Red pour sa ressemblance avec cet homme ?
- Il avait le bon profil et il ne se méfiait pas. Ou du moins pas assez. Il ne savait même pas que l'autre homme existait.
Macha Elizabeth ou je ne sais qui, tu es la fille de X et de Katarina. Sois la bienvenue en ce monde ! Merci papa !
- Moralité, je suis la fille d'un mystérieux Russe ou Allemand de l'Est, et non de Raymond Reddington. C'est ça ?
- Oui.
- Mais pourquoi ne me l'a-t-il jamais dit ?
- Parce que votre père était un homme terriblement dangereux et influent.
Toujours la même rengaine. La meilleure des excuses pour me maintenir dans l'ignorance. Qui qu'eut été mon père, ce devait être un sacré monstre pour qu'il puisse terroriser tout le monde même après sa mort. Hallucinant !
- Et l'homme qui a tué Tom et m'a volé 10 mois de ma vie, il joue un rôle dans l'histoire ou pas ?
- Il possède la preuve que Raymond n'est pas le Reddington que toute la pègre du monde encense depuis 30 ans.
Là, cela commence à faire beaucoup pour moi. Je me sens dépassée par des événements où trois décennies ont décidé de venir se rejoindre dans mon présent. En me pourrissant l'existence depuis toujours. Ma tête tourne. Trop d'informations qui amènent de nouvelles questions. Car après tout, je ne sais plus qui est mon père. Ou qui était mon père. Et je comprends d'autant moins pourquoi Red tient autant à moi. Et pourquoi il n'est pas là, lui !
Je regarde Dembe qui scrute les eaux calmes du lac. Le regarder m'apaise aussi. Je souffle et soupire.
- Il vous demandé de me parler, n'est-ce pas ? C'est la raison pour laquelle vous n'êtes pas parti avec lui aujourd'hui.
- Je lui ai dit que je le ferai s'il ne s'en sentait pas le courage. Jusqu'à présent, il refusait et même si je n'étais pas d'accord avec lui, je respectais sa volonté. Depuis votre coma, il a bien changé. Je crois qu'il a compris qu'il ne pouvait pas continuer à voir le monde s'écrouler devant lui, à cause de lui, sans vous en parler. Parce que votre monde venait de s'effondrer aussi. Par sa faute. Indirectement certes, mais s'il vous avait tout dit, à vous, à Tom, à Kate, moins de vies auraient été sacrifiées. Mais d'autres auraient été prises. Il a pensé faire au mieux et il sait qu'il s'est trompé. Cependant, en vous parlant, il aurait pris le risque beaucoup trop grand de vous perdre pour toujours. Comme il a perdu Jennifer, Carla, et tant d'autres encore. Ses parents sont morts en le croyant devenu criminel.
- Mais il l'est !
- Regardez autour de vous, Elizabeth. Que voyez-vous ? Pensez-vous qu'un criminel notoirement recherché par tous les agences du pays viendrait trouver un refuge sûr ici, dans l'antre des Services Secrets, en usant de sa véritable identité ?
- Il est toujours en activité ?
Un signe de tête me répond. Et soudain je me mets à comprendre ce que m'a toujours dit Red et ce qu'il a toujours fait devant moi.
- Sa couverture lui pèse...
- De plus en plus. Il vous racontera la suite, si vous voulez bien.
Et comment que je le veux bien ! J'ai l'impression de me réveiller non pas d'un long coma mais d'un profond sommeil pendant lequel je n'ai fait que rêver de choses impossibles avec des gentils et des méchants, tout blanc, tout noir, rien de réel mais tellement vrai et tellement bon et tellement manichéen aussi.
- Vous avez vécu, vous avez aimé, vous avez perdu. Et vous vivrez encore, vous aimerez de nouveau et vous perdrez aussi parfois. Du temps, de l'argent, de l'énergie à vous battre contre des chimères ou à refuser les évidences, vous perdrez des gens que vous aimez et vous apprendrez à tout relativiser. Toute vie a vocation à disparaître. Ceux qui restent pleurent et ceux qui partent cessent juste de vieillir. Ils continuent à vivre dans les cœurs de ceux qui les ont aimés et ils ne meurent vraiment que le jour où plus personne ne se souvient qu'ils ont vécu. Remplissez votre vie de bonheur, Elizabeth, coûte que coûte. Laissez la noirceur aux gens incapables de voir la beauté du monde. Comme ce lac où se déposent des feuilles mortes. Comme le rire d'une enfant. Comme la main d'un homme qui viendra tenir la vôtre un jour et ne la lâchera plus. Le passé ne vaut pas l'avenir. Jamais.
- J'ai perdu mon mari hier, Dembe. Je sais que c'était il y a 10 mois de cela mais pour moi...c'était à mon réveil. Je le savais pourtant. Je le sentais. Le coma est une chose étrange. On entend des voix nous parler, on rêve, mais il nous est impossible de distinguer quelles voix proviennent des rêves de celles qui nous parlent réellement. J'ai rêvé de Tom me disant qu'il allait bien et que je devais vivre. J'ai rêvé de Red me tenant la main, me racontant des histoires, me disant qu'il... J'ai entendu Agnès rire et me baragouiner que je lui manquais. Je vous ai entendu aussi dire à Red de se secouer, de ne pas abandonner. D'espérer. Qui êtes-vous, Dembe ? La voix de la raison ?
Il sourit gentiment. Et humblement.
- Je fais de mon mieux, Elizabeth. J'ai vu tellement d'horreurs au cours de ma vie...Les êtres humains sont capables de tout détruire pour tout reconstruire, avec la même force et la même envie, ce même enthousiasme qu'ils mettent à semer la mort peut aussi semer la vie.
Je soupire de nouveau. Je n'aurai pas besoin d'un psy si Dembe me parle ainsi tous les jours. Il a un don naturel pour apaiser les autres. Je comprends mieux pourquoi Red l'aime autant.
- Vous devriez parler plus souvent. Et dire à Red de vous écouter.
- Il m'écoute. Mais il est torturé. Ce qu'il doit faire le ronge de l'intérieur.
- Et vous êtes là pour veiller sur son âme.
- Je fais en sorte qu'il continue à vivre. Et c'est déjà beaucoup.
- Est-il suicidaire ?
- Non. Mais il est un peu...comment dire...friable parfois. Vous êtes son talon d'Achille.
- Curieuse analogie.
- Pas vraiment non. Comme Achille, il mène un combat et la seule qui peut le lui faire perdre c'est vous.
- Au lieu de me protéger, il devrait me détruire en ce cas!
- Ne lui dites jamais ça ! Il a besoin de vous pour tempérer ses fureurs, pour l'aider à ne pas se perdre de vue. Il refuse d'épouser la noirceur de votre père.
- Il vous a vous, Dembe. C'est vous la sagesse incarnée. L'homme posé.
- Et il est mon frère. Vous, c'est encore plus profond. Il n'y a que pour nous qu'il peut perdre toute humanité. N'oubliez jamais ça.
- Et c'est là que je me perds. Et puis qui était mon père ?
- Celui qui a pris l'identité de Raymond, faisant de lui un traître pour son pays. S'il n'est pas parvenu à semer le chaos promis, c'est seulement parce que vous l'avez tué. Innocemment, certes, mais vous avez empêché plusieurs désastres. Raymond était de nouveau opérationnel et quand il apprit ce qu'il se passait, je vous laisse imaginer sa colère.
[…]
Liz et Red :
Il se dirige vers la fenêtre.
- Mon dos était brûlé au 3ème degré par endroits et au second à d'autres. J'avais reçu 5 balles dans le corps, dont une qui m'a sectionné l'artère fémorale. Quant aux fractures, on ira plus vite en disant que j'étais un sac d'os désarticulé. J'ai dû tout réapprendre. Ce que tu vis là, je l'ai vécu au centuple. Et Richard a omis de te préciser que le souffle de l'explosion avait endommagé mes poumons et mes cordes vocales. J'étais plus mort que vivant quand je suis arrivé ici, Lizzie.
- Mais ils ont réussi à te sauver. Heureusement !
Il se retourne, revient vers moi, me sourit et prend ma main, machinalement, comme si ce geste lui apportait du réconfort.
- J'ai passé plus de 2 ans à tout réapprendre. Sauf à réfléchir. Mon cerveau, par miracle, fonctionnait encore à merveille. A défaut de pouvoir parler, je réfléchissais. Et je ne faisais confiance à personne. J'ignorais qui avait fait ça mais je savais que c'était en lien avec mon activité au sein de la CIA. Quand j'ai fini par pouvoir de nouveau parler, mon premier réflexe fut d'appeler Sam.
- Mon père ?
Il acquiesce de la tête.
- Il était mon ami. Je pensais que lui seul saurait trouver des réponses.
- Il l'a fait ?
- Oui. Mais il était trop tard. 18 mois s'étaient écoulés pendant lesquels il côtoyait mon double sans jamais avoir pensé qu'il s'agissait d'un usurpateur malfaisant. Pourtant, il se posait des questions quant aux revirements successifs de ce Raymond Reddington qui, bien qu'amoureux fou de sa femme, et ayant de vraies valeurs de loyauté, devenait soudain adultère pour les beaux yeux d'une espionne Russe, et s'acoquinait avec des êtres peu recommandables. Sam me connaissait bien. Il savait que j'avais toujours eu des valeurs particulières et que j'étais plus patriote et plus fidèle à mes convictions que n'importe qui d'autre. Il avait du mal à croire que j'ai pu changer pour quelques dollars de plus et pour l'assurance d'une vie de luxe, voire de luxure, dans un pays communiste de mon choix. Ton père, en se faisant passer pour moi, a détruit tout ce que je commençais à construire. Le plus beau dans l'histoire c'est qu'il m'a cru mort...jusqu'à ce soir avant Noël, où je l'ai trouvé baignant dans un bain de sang suite à la blessure que tu lui avais infligée. Si tu avais vu son regard, alors...
Les pièces du puzzle commencent à trouver leur place.
- Tu étais là ?
- Qui t'a sorti de l'incendie, selon toi ?
Je réfléchis un instant, me rappelant ces visions que j'ai de ce fameux soir. L'homme avec la capeline...c'était...
- Bien sûr que c'était toi.
- Et je t'ai confiée à ta mère afin de faire souffrir ton père mourant. Tu l'as tué mais j'aurais se taire à tout jamais. Puis, le lendemain, je suis revenu récupérer son corps. Et l'enterrer.
- Il y a une chose que je ne pige pas, parmi tant d'autres. Pourquoi as-tu disparu pendant quelques temps ? Pourquoi ne pas être retourné auprès de ta femme et de ta fille ?
- Je ne le pouvais pas.
[…]
- Kate ignorait mon existence. Elle pensait que le Raymond qu'elle connaissait était le même que celui qui, quelques semaines plus tard, est venu lui demander de t'emmener à Sam. Je ne sais pas pourquoi je ne lui ai jamais dit la vérité. Peut-être m'était-il plus commode de devenir le criminel que ton père avait fait de moi, plutôt que de dire la vérité à une amie un peu bizarre. Et les années passèrent sans que j'ai eu envie de lui dire la vérité.
- Qui savait qui tu étais ?
- Ton père l'a su juste avant de mourir. Sam, bien sûr. Depuis, seul Dembe est au courant avec ta mère qui l'a su quelques heures avant ton père. Et Kirk aussi. Mais c'est une autre histoire. Et maintenant, tu fais partie du club.
Ma mère...elle manquait au tableau. Et la voici incorporée dans l'histoire sans que j'ai eu besoin de le demander.
- Ma mère savait ?
- Ne te fie pas à son journal. Elle y parle de ton père, pas de moi.
Un mot me revient.
- Qui était l'Américain ?
Il penche la tête et hausse un sourcil pour enfin se rasseoir. Comme épuisé.
- Peut-être moi. Je ne sais pas. Contrairement à toi, je n'ai pas lu son journal, dois-je te le rappeler. Il faudrait dater les choses qu'elle a écrites. Toujours est-il qu'elle fut sacrément bouleversée de me voir devant elle en ce 23 décembre. D'autant plus qu'elle pensait que je t'avais kidnappée. Notre première rencontre fut...mouvementée. Elle pensait comme ton père que j'étais mort. Mais j'étais là, devant elle, et je l'accusais d'avoir détruit ma vie.
-C'était le cas ?
Je sens qu'on en vient au vif du sujet à la façon qu'a Red de se tenir trop voûté et fuyant mon regard.
- Elle participa de loin, quand on lui donna pour mission de séduire un Agent Américain qui était en fait un Agent Russe. Elle le savait mais accepta la mission. C'était son job. J'en avais eu des similaires avant elle.
- Tu me dis que ma mère avait pour mission de séduire un Agent Américain pour obtenir des informations, sachant que l'Agent en question était mort mais était remplacé par un Agent Russe. Et elle accepta tout ça sans broncher ?
- Je doute qu'elle eut réellement le choix. En ces-temps là, une femme espionne Russe devait jouer son rôle pour les hommes et ne pas trop réfléchir.
Je souris.
- Tu l'aimais bien, on dirait.
Lui pas.
- Je lui accordais le bénéfice du doute. Mais elle tua de sang froid des hommes innocents. Des curieux. Des Agents du Renseignement. D'anciens amants dont elle n'avait plus besoin. Elle obéissait certes aux ordres mais je sais qu'elle appréciait certaines parties des contrats.
- Lesquelles ?
Il revient vers moi et se penche sur moi en posant ses deux mains sur chaque accoudoir de mon fauteuil.
- Tu veux vraiment savoir ça, Lizzie ? Vraiment ?
- Je veux tout savoir. Que cela me dérange ou me heurte ou me blesse ou pas. Il est temps d'aller chasser les fantômes, Raymond. Les tiens comme les miens.
Il passe une main sur mes cheveux et se recule pour mieux me faire face. Puis il s'exprime en captant mon regard dans le sien.
- Elle aimait séduire. Ta mère, c'était son meilleur atout et le KGB l'avait enrôlée pour ce genre de mission. Entre autres. Elle devait séduire et se taire. Faire taire aussi si besoin.
- C'est elle qui t'a raconté tout ça ?
Il ne fuit plus. Il me regarde et me parle. Et pour la première fois depuis longtemps, je lui fais confiance. Nous en sommes là, tous les deux.
- Je ne lui pas laissé plus de choix finalement que le KGB. C'était me parler et te sauver, ou se taire et te perdre. Je lui ai promis de te sortir des griffes de ton père à condition qu'elle me dise tout ce qu'elle savait sur ce qu'il avait fait. Elle m'avoua qu'il t'avait enlevée et j'eus tôt fait de te localiser.
- Tout seul ? Je veux dire que tu étais à peine remis de ton séjour ici.
- Sam était en base arrière. Avec des amis à lui. Plus quelques membres du KGB qui vivaient aux USA et ne voulaient plus jamais revenir en URSS. Des dissidents, si tu veux.
- Kirk en faisait partie ?
- Oui mais il ne savait rien de ce que nous allions faire. Il l'a su quand il m'a empoisonné et que je n'ai pas voulu partir sans lui dire la vérité. Kirk...ton père lui avait accordé un visa Américain et une nouvelle identité. Tout ça pour que ta mère ne soit jamais accusée d'avoir tué un agent venu l'interroger sur les activités de son amant. Et celles de son mari. Le pauvre Constantin ignorait tout de ce qui se tramait. Il ignorait que tu n'étais pas sa fille, il ignorait qui était réellement sa femme, il vivait dans un monde idéal sans trop se poser de question. En bon Russe, il avait appris à ne pas s'interroger sur le monde.
- Il ne m'a pas donné cette impression.
- Quand il apprit la mort de la femme qu'il aimait, il a commencé à se poser des questions. Mais pas les bonnes. Il est parti ailleurs chasser ses propres démons.
- Il fait donc partie des rares personnes qui savent.
- Et qui n'en feront rien. Je sais qui est Constantin et comment il fonctionne. Si ton père n'était pas déjà mort depuis bientôt 30 ans, il le tuerait lui-même comme il était prêt à me tuer aussi.
- Il sait pour ma mère ?
- En partie, oui. Je n'ai pas eu le cœur de tout lui dire. Cet homme était brisé et c'est quelque chose que je peux comprendre.
- Et ? Si l'on oublie Kirk, si l'on oublie les Russes et mon père, il reste ma mère et toi.
- Que veux-tu savoir ?
- Quand tu m'as dit qu'elle s'était suicidée, disais-tu vrai ?
- J'ai perdu la trace de Katarina quand elle a fui toute responsabilité en se jetant dans l'océan.
- Mais tu étais là avant ?
- J'étais là, oui. J'étais là pour la pousser à te laisser. Pour lui dire que tu devais vivre sans elle si elle voulait que tu aies une vie normale. Que tu survives à tout ce gâchis.
- Mais elle ne voulait pas le faire, n'est-ce pas ?
- Elle t'aimait. Tu étais son seul véritable amour. Elle aimait ton père aussi mais toi, tu étais tout pour elle.
Je marque une pause en enregistrant tout ça dans ma mémoire. J'ai pleinement conscience que Red va devoir me dire ce qu'il a fait à ma mère et qui semble le miner. La raison pour laquelle il pense me perdre à tout jamais.
[…]
- D'accord. Reprenons depuis le début. Tu as appris grâce à Sam que mes parents t'avaient volé ta vie. Quand tu fus en mesure de quitter cette clinique, fou de rage, tu es allé voir Sam pour avoir l'adresse de ma mère et quand tu es arrivé chez elle, elle y était seule. Vous vous êtes expliqués, elle t'a raconté sa version de l'histoire, t'a dit où trouver mon père (et moi) et ensuite, vous êtes tous les deux allés là-bas.
- Ta mère est partie en premier pour te récupérer. Je l'ai suivie et j'attendais que tu sois sortie avec elle pour aller tuer ton père.
- Mais le plan ne s'est pas déroulé comme prévu. En arrivant, ma mère s'est violemment disputée avec mon père, j'ai saisi une arme qui avait roulé jusqu'à moi pendant leur bagarre et j'ai tiré sur celui qui battait ma mère. Puis je me suis sauvée pour me cacher, tellement j'avais peur de ce que je venais de faire.
- Quand j'ai entendu le coup de feu, je suis sorti de ma voiture mais ta mère m'a intercepté sur le perron et m'a dit ce qu'il venait de se passer. Elle était en larmes et en proie à une certaine panique.
- Qui a allumé l'incendie ? Ma mère ? Toi ?
- Ni l'un ni l'autre. Nous te savions à l'intérieur, Lizzie ! Nous n'aurions jamais fait ça.
Je réfléchis. 3 – 2 = 1.
- Mon père n'était pas mort sur le coup. Il a profité que ma mère et toi étiez dehors à discuter pour mettre le feu à la maison. Et pendant que tu tentais de calmer ma mère, le feu gagnait du terrain.
Il acquiesce de la tête.
- J'ai senti l'odeur en premier. J'ai dit à ta mère de rester dehors et de nous attendre car j'allais te chercher. J'ai crié ton nom mais tu ne répondais pas. J'ai fouillé toutes les pièces jusqu'à la chambre où ton père gisait au sol. Il était encore vivant mais ne pouvait plus se lever. Je lui ai demandé où tu étais et il a trouvé la force de ricaner que tu allais mourir ici avec lui. Une nouvelle balle, de mon arme cette fois, a atteint son bas ventre. Tu avais touché son poumon gauche, à quelques millimètres près, c'était son cœur. Puis je t'ai entendue crier. Et nous sommes sortis de là tous les deux.
- Mais j'ai voulu sortir mon père aussi et c'est là que je me suis brûlé la main.
- Sans oublier ta peluche fétiche.
- C'est vrai, oui. Donc, tu m'as conduite à ma mère et tu es revenu dans la maison pour voir mon père être consumé par les flammes.
- Je ne tenais pas vraiment à y rester aussi. Par conséquent, j'avais tiré ton père vers le cœur du brasier. Il me vociférait des insultes en Russe mais quand les flammes ont commencé à lui brûler les jambes, il s'est mis à me supplier de le sauver ou de l'achever. Je n'en ai rien fait. Je suis resté là à le regarder brûler vif par le feu qu'il avait lui-même allumé.
[…]
- Ta mère était belle mais...comment te dire...elle manquait de chaleur. A part pour toi, elle était du genre égoïste. Son père l'avait élevée comme une fille unique et il lui passait tous ses caprices. Quand elle fut adulte, il essaya à de maintes reprises de corriger le tir, mais il était trop tard. Ils finirent par se fâcher. Il a voulu se réconcilier avec elle quand il apprit qu'il était grand-père. Il est venu s'installer aux Etats-Unis et a repris contact. Elle n'a jamais voulu le revoir. Pire, elle lui interdisait de t'approcher. Et il a respecté cette décision au-delà du raisonnable. Ainsi était ta mère.
- Ce qui est très éloigné des souvenirs que j'en ai. Cependant, en lisant son journal, j'ai appris à discerner sa forte propension à ne parler que d'elle. Jamais elle ne mentionnait son père.
- Je trouve étrange qu'elle ait écrit un journal d'ailleurs. Les gens solitaires, les adolescentes, ont un journal intime. Pas les espions !
- Je crois qu'au fond d'elle-même, elle se sentait seule. Elle écrivait pour laisser une trace.
- Pour incriminer tout le monde sauf...elle. Fuir ses responsabilités face à ce qu'elle avait accepté de faire. Trahir son mari, tomber amoureuse d'un psychopathe, trahir le pays qui lui offrait l'asile et plus tard, quand le bloc soviétique s'est fissuré, trahir la Russie. Tout ce qu'elle faisait de sa vie était une longue liste de trahisons pour de mauvaises raisons. Mais toi, tu la rendais meilleure. Pour toi, elle aurait pu changer.
Une nouvelle gorgée d'alcool pour lui. Je l'imite. On va en arriver au nœud gordien de l'affaire.
- Mais tu lui en voulais pour ce qu'elle et mon père t'avaient fait, n'est-ce pas ?
- Quand je l'ai vue pour la première fois, j'ai pensé me servir d'elle et l'éliminer rapidement ensuite. Je voulais qu'elle me voie tuer ton père. Mais j'ignorais ton existence. Et j'ai eu, dans un premier temps, pitié d'elle. En moi-même je pensais que ce n'était que partie remise. Te sauver d'abord et lui faire payer ses fautes ensuite.
- Et c'est ce que tu as fait ?
L'alcool fait du bien à ma gorge et devient addictif. Je vide mon verre d'une traite et je le tends à Red pour qu'il me resserve. Il me sourit et remplit le verre à moitié. Je n'en suis pas encore consciente mais mes yeux commencent à devenir plus vitreux. Signes chez moi, d'une alcoolisation avancée.
- J'ai tempéré au maximum, lui promettant de te mettre définitivement à l'abri et hors d'atteinte des services secrets de tous bords, de t'offrir une vie tranquille et normale auprès de Sam.
- En échange de quoi elle devait disparaître.
- Quelque chose dans ce goût-là, en effet.
[…]
Puis il se met à parler sans que je puisse l'arrêter. Sa coupe a débordé.
- Avant tes parents et ce qu'ils m'ont fait, je n'aurais jamais pensé que j'avais cette violence en moi. Je suis né dans une famille saine, en tous points de vue. Ma mère était secrétaire dans la Navy et mon père était ingénieur. Un couple uni avec deux garçons en bonne santé. Mon frère avait 6 ans de plus que moi. Il fut enrôlé d'office pour se rendre au Vietnam et y est mort en 1973. Il n'avait que 19 ans. Sa vie et sa mort ont très certainement conditionné mon avenir et les choix que je fis. Je suis entré à l'Académie à l'âge de 17 ans. Avec un an d'avance. J'étais brillant. Je veux dire par là que j'avais la rage au ventre et l'envie d'apprendre. J'ai tout avalé, tout accepté, y compris d'obéir à des ordres qui me paraissaient absurdes. J'étais un soldat et je n'avais pas voix au chapitre.
Je tente de l'interrompre en me glissant vers lui pour lui saisir la main en lui parlant.
- Raymond, tu n'as pas à faire ça.
- Je le dois, Lizzie. Je le dois.
Il est dans le passé, je le vois à sa façon de planter son regard sur le plafond de la piscine. Il continue à parler.
- Parce que j'étais un esprit brillant, j'ai gravi des échelons et j'ai fini par me faire remarquer par ceux qui ont fait de ma vie cet enfer. Ils savent ce qu'ils ont fait. Ils me seront toujours redevables de ça. Toujours. Je n'avais rien demandé quand on est venu me chercher pour intégrer la CIA. J'avais des compétences exceptionnelles selon eux. J'avais 22 ans. J'étais...un gamin qu'on balançait dans le grand bain sans prendre le soin de lui apprendre à nager. J'ai vu la mort de tellement près au cours de mes premières missions que j'ai demandé à réintégrer la Navy. Nous étions en 1982 alors. Plus de Vietnam. Plus de guerres menées officiellement par les Etats-Unis. Par contre, la CIA n'a jamais été aussi puissante qu'à l'époque. Elle créait des conflits, armait des guerres, tout en évitant au monde d'imploser. Son postulat était de tout faire pour maintenir l'équilibre...Tu parles ! Elle a laissé des dictateurs faire de l'esclavage pour quelques dollars. Elle a permis à d'anciens membres du Ku-Klux-Klan d'avoir des vies sereines. Elle a autorisé la vente d'armes en Orient et a soutenu Israël face à la Palestine d'Arafat en arguant du fait que les Juifs étaient leurs alliés tout en prenant les Arabes pour des terroristes assoiffés de sang. Et j'ai participé à tout ça. La Guerre des Malouines ? J'y suis allé pour voir comment les Anglais s'en sortaient dans un conflit créé par la CIA. Et quand je voyais ce qu'on me demandait de faire, je me disais que je semais le mal. Le mal pour le bien. Possible. Aujourd'hui, je ne m'interroge plus sur le pourquoi du comment. Je sais. Nous avons longtemps divisé pour mieux régner, pour asseoir notre vision de la liberté aussi. Marchands de dupes, nous avons dupés le monde et j'admets que nous n'avons pas toujours eu tort. L'Histoire nous jugera bientôt. Quand l'Amérique prendra conscience que son piédestal est aussi solide que les Colosses de Rhodes, que ces Dieux aux pieds d'argile, car tout ce qui fut est voué à changer ou à disparaître. Nous avons imposé au monde notre vision adolescente des choses. Le monde nous a suivi ou combattu. Je ne peux plus, aujourd'hui, croire que ce que je fais est bien. Je suis à mi-chemin entre ton père et moi. Entre ta mère et toi.
- Arrête.
- Laisse-moi continuer. Qu'on en finisse là pour tout arrêter ou avancer ensemble. Tu m'es revenue trop tard. Par peur de tout te dire, je restais dans l'ombre, t'envoyant un soldat très cher payé pour accomplir une mission que je ne remplissais plus. Je ne te voyais pas grandir quand tu étais enfant, mais un jour, Sam décida de m'envoyer des photos. Il voulait que je revienne. Que je te parle. Et je refusais de le faire. Il me racontait alors ton adolescence mouvementée, tes petits-amis, tes questions sur tes parents. Quand tu fus devenue adulte, que tu as intégré le FBI, j'étais fier d'avoir sauvé une vie comme la tienne. Je me disais que toi, tu pourrais peut-être rétablir l'équilibre. Que toi seule pourrait peut-être laver la mémoire de ta mère, en occultant forcément le fait que j'avais demandé, pour ton propre bien, que le Dr Krilov efface de ta mémoire tout ce qui était relatif à ta vie avant Sam.
J'ai besoin de bouger. De suite. Je commence à faire quelques mouvements, suffisamment en tout cas pour que Red revienne au présent. Son regard flou croise le mien et il a tôt fait de comprendre ce que je veux faire. Nous partons donc ensemble en nageant côte à côte jusqu'au rebord de la piscine. Là, il se met debout face à moi pendant que j'étends mes jambes en me tenant au rebord. Je suis bien.
- Je dois tout te dire, Lizzie.
- Je sais.
Mue par une impulsion insensée, je lâche le rebord pour flotter jusqu'à lui et le prendre dans mes bras. Il referme aussitôt les siens sur moi dans une étreinte qu'on pourrait qualifier de fusionnelle. Et je reste là, à attendre qu'il se remette à parler.
Sa voix murmure dans mes oreilles à présent.
- Je voulais à tout prix t'éviter de devenir comme tes parents. Née d'un père psychopathe et d'une mère irresponsable, je craignais que tu aies hérité de leurs gènes.
- Ce qui est partiellement le cas. N'est-ce pas ?
- Mais tu es également le fruit de l'éducation que t'a donné Sam.
- Celle que tu payais.
- Celle que je te permettais d'avoir. Tout ça parce que j'avais pris le soin d'éliminer ta mère de l'équation.
Je me serre plus fort contre lui en enfouissant ma tête au creux de son épaule. Il continue.
- Je ne l'ai pas tuée de mes mains. Quelque part, je crois que je n'en étais pas capable. Mais je l'ai vendue aux Agents Russes et Américains qui rêvaient alors de mettre la main sur celle qui vendait aux plus offrants leurs plus sombres secrets. Elle et ton père avaient fabriqué ce que nous avons ensuite appelé le Fulcrum. Pour eux, c'était un sauf-conduit, une assurance-vie qui pourrait leur permettre de survivre en dépit de tout. Je l'ai plus tard utilisé dans ce même but. Le soir de l'incendie, ta mère me parla de ce Fulcrum et me donna une adresse à Bethesda où elle en avait caché une partie. D'après elle, si je détenais ça, je détenais le pouvoir de contrôler le monde et ceux qui jouaient avec nos vies. C'était tentant, terriblement tentant de saisir l'opportunité de m'émanciper de la CIA. Toutefois, il me manquait deux éléments pour faire fonctionner l'appareil. Tu connais la suite.
- Ma mère avait la mauvaise habitude de tout archiver.
Je le sens sourire contre moi.
- Elle se savait en sursis et mon retour d'entre les morts ne fit qu'accentuer sa paranoïa grandissante. Il va de soi que j'ai profité de son état d'extrême angoisse pour en rajouter.
- En la vendant à ceux qui la voulaient. Morte ou vive.
- J'ai commencé par la séparer de toi afin de te préserver. Personne ne devait jamais apprendre ton existence.
- Pourquoi ?
- Parce que tu étais la fille de deux espions Russes dont un avait l'ADN d'un espion Américain.
- A ce propos...
- Toi et moi avons de nombreux allèles en commun. Sans que je sois ton père.
[...]
- En privant Katarina de sa fille, je prenais irrémédiablement le dessus sur sa vie. Et quand je lui ai ordonné de ne plus jamais essayer de te revoir, elle a accepté. Pendant ce temps, je la faisais coucher dans des gares, dans des endroits miteux, partout où je lui disais qu'elle serait en sécurité et qu'aucun agent ne viendrait la trouver. Je jouais comme un chat avec une souris apeurée. Ce manège dura deux semaines puis je me suis lassé. J'avais envie de passer à autre chose, d'aller retrouver ma femme et ma fille dont ta mère m'avait donné l'adresse après m'avoir raconté ce que ton père en avait fait. Il avait d'abord violé Carla qui pensait que c'était son mari qui, sur un coup de folie, oubliait toute douceur avec elle. Elle n'a jamais compris qu'elle n'avait pas affaire à moi mais à mon double. Ce qui compliqua énormément mon retour. Puis ton père frappa ma fille qui refusait de déménager pour aller vivre dans une autre maison. Elle avait 2 ans et demi. L'âge d'Agnès aujourd'hui. Il la frappa si fort qu'elle se cogna contre un meuble et saigna beaucoup. Elle mit plusieurs années à s'en remettre partiellement. Bref. Pour en revenir à ta mère, je devais trouver un ultime moyen de la faire souffrir. Je lui ai alors proposé de mettre fin à ses jours ou de continuer à vivre dans la misère et la peur en lui laissant entendre que c'était désormais la seule issue pour elle tant les Russes étaient désireux de l'expédier dans une de leur prison de Sibérie, et les Américains désireux de lui faire goûter aux joies de la peine de mort par électrocution. Je lui fis suffisamment peur, je présume, pour qu'elle se donne la mort d'elle-même. Je n'ai jamais vraiment voulu entendre ses excuses. Elle a tout fait pour se faire pardonner, y compris en tentant de me séduire. Elle pensait que c'était sa meilleure arme avec les hommes. Sans doute avec les autres mais certainement pas avec moi. J'aurais pu la violer aussi. J'aurais pu tout lui faire mais rien n'aurait été pire que ce que je lui ai finalement proposé. Et quand j'appris qu'on avait retrouvé son corps dans le Potomac, au lieu de me sentir mieux, j'ai ressenti de la honte et un profond dégoût pour moi-même. Toutefois, par la suite, ma carrière étant terminée, la CIA sachant pourquoi, j'ai, sur leurs conseils intéressés, choisi de devenir le criminel que ton père avait fait de moi. C'était ma couverture pour faire le sale boulot et me laver les mains en livrant des petites frappes à la CIA puis à la NSA, le MOSSAD, le KGB, le MI6, la DGSE, etc...J'étais devenu leur chose à eux. En échange, j'étais libre de m'enrichir autant que je le souhaitais.
Il s'arrête de parler, souffle un peu, me regarde et conclut :
- Voilà, Lizzie, maintenant tu sais absolument tout.
