3 Intrusion.
Un blond, taquin, au regard gris, sortit de sa rêverie et regarda le Gryffondor qui revenait chez lui sans se presser. Pour une fois que Potter ne courait pas dans tous les sens, ne prenant même pas le temps de manger parfois ni même de se reposer tellement le travail courait derrière lui. Un Harry Potter tellement dévoué aux autres qu'il ne pensait jamais à lui.
Comment faisait-il d'ailleurs pour soutenir ce train d'enfer ? Tout le monde avait besoin de ses services, et que cela soit aux quatre coins du pays Harry se rendait sur place pour ceux qui était trop malades pour se déplacer. Il était le seul dans ce cas d'ailleurs, les autres médicomages n'aimaient pas tellement courir à droite ou à gauche.
Draco savait que nul autre que Harry n'irait rendre visite aux géants, nul autre n'irait se jeter dans une horde de harpies pour régler un problème d'épidémie bizarre ni aller dans un clan de vampires pour demander la recette de potions pour soigner de jeunes vampires égarés et affamés qui étaient venu frapper un soir à sa porte.
Saint Potter ! Jamais il n'aurait cru un jour qu'ils deviendraient de si bons amis. C'est tout naturellement que le voyant chercher désespérément dans les boutiques de Pré-au-lard des ingrédients rares et coûteux, qu'il s'était proposé de lui rendre de menus services. Le survivant, ravi, avait opiné de suite et les deux hommes avaient solidifié leur nouvelle amitié par une solide poignée de mains.
Draco, qui n'avait rien demandé en échange, ramenait des Ficoïdes tortueux ou de la lactuca virosa si recherchées par le jeune médicomage, pendant ses voyages qu'il effectuait avec Lucius. Parfois des plantes encore plus rares et interdites reposaient au fond de ses malles et jamais personne n'avait soupçonné quoi que ce soit de son trafic.
Seuls Harry, Severus Snape et Braeden St. John, un guérisseur vampire, un ami à eux, étaient au courant. La justice magique n'aurait pas aimé savoir que des plantes et des racines dites, dangereuses, arrivaient jusqu'à eux et étaient entreposées à Poudlard chez Harry.
Depuis maintenant deux ans il faisait le passeur, ils en avaient sauvé des vies à eux quatre, en avaient raté des potions, ils en avaient passé des nuits blanche autour d'un chaudron. Combien de fois avaient-ils recommencé point par point sur un parchemin les dosages à effectuer ? Combien de fois avaient-ils recoupé, haché, écrasé des ingrédients sous la houlette de Severus ? Impossible de se souvenir du nombre exacte, trop de fois sans doute !
Mince ! S'exclama Harry en regardant le Serpentard le toiser de ses yeux gris moqueurs. Il avait complètement oublié que Draco devait venir ce soir.
-Ca fait bien une heure que j'attends, Potter ! Tu m'as oublié ou quoi ?
-Une urgence ! Tu sais ce que c'est, non ! J'ai vraiment pas eu le choix, Draco, désolé que tu aies dû patienter aussi longtemps.
-Pas grave, répondit le blond qui avait appris à faire avec les horaires du guérisseur. Dis-moi plutôt de qui il s'agissait cette fois ? Une goule prise au piège d'une vieille armoire, une harpie insomniaque, un vampire en manque de sang, Un chapeau-rouge neurasthénique, alors quoi ? ajouta-t-il un brin moqueur.
-Mélos, sourit malgré lui Harry en entendant le blond se gausser de lui. Une blessure mal soignée, tout va bien maintenant je retournerais le voir demain. Là je t'avoue que je suis crevé et qu'une bonne douche et un bon lit est tout ce que je demande pour l'instant.
-Je veux bien te croire, tu as l'air exténué, ceci-dit ce gamin est une vraie calamité ! Comment fait-il pour se blesser aussi souvent ? N'est-ce pas pour lui que tu t'étais déplacé la dernière fois ?
-Gamin ? Il fait quand même trois fois ma hauteur je te signale ! Et tu as raison c'était bien pour lui, encore, il s'est assagi pourtant, voilà six mois que je ne l'avais vu.
-Son père devrait l'attacher ça lui apprendra de faire l'idiot et de faire n'importe quoi dans ces montagnes dangereuses.
-On n'attache pas un enfant, Draco, soupira Harry. Aussi infernal soit-il.
-T'es sûr ! Parce que moi, hein !
-Oui, je sais, toi tu n'hésiterais pas à le faire, ricana le Gryffondor.
-Bon maintenant que tu as soigné tout et n'importe qui, Potter. Demain tu vas pouvoir te reposer un peu puisque c'est samedi.
-Ouais ! Et puis j'avais prévu de sortir demain soir.
-Encore !
-Quoi encore ! Qu'est-ce que tu veux dire par là ?
- Rien, Harry, ce que j'en pense de tes virées, ce n'est pas mon problème.
-Alors c'est celui de qui ?
-Personne, enfin si peut-être, mais le jour où vraiment il ne pourra plus supporter ça il se décidera à t'en faire part.
-Ce serait plus simple si tu me disais de qui tu parles, blondinet, je ne suis pas devin, moi.
-Pas question ! Il serait capable de m'arracher les yeux parce que j'ai parlé.
-Alors je vais attendre qu'il se manifeste, ce bel inconnu, pouffa le Gryffondor. En attendant que puis-je faire pour toi ? Si tu m'as attendu ce n'est pas pour rien je suppose !
-Non, idiot ! Tiens, voilà les racines et les cornes du diable que tu m'as demandé de te trouver, dit Draco en lui tendant une poche grise contenant des plantes et une autre contenant les cornes. J'ai eu un mal fou à te les dénicher, dis à Severus d'en faire bonne usage, surtout avec la difficulté que j'ai eu pour les avoir. J'aurai pu lui porter moi-même mais il n'est pas chez lui et puis comme je devais venir te voir.
-Je le lui dirais, merci Draco, soupira sincèrement Harry en prenant les poches grises. Sans toi quelquefois je me demande comment je ferais pour trouver de tels ingrédients. Arthur m'a débloqué beaucoup de liberté mais je me peux pas lui demander plus, il a déjà tant fait pour moi et mes patients.
-Je sais et tu sais que tu peux me demander ce que tu veux, pour moi c'est facile, ricana le Serpentard. Je profite des affaires de mon père pour passer inaperçu et crois-moi si tu veux mais il est tellement occupé qu'il ne s'est encore aperçu de rien. Lui qui dit souvent que rien ne lui échappe !
-Il ne se doute de rien, n'est-ce pas ? S'inquiéta le jeune homme aux yeux verts ensorceleurs. Je ne veux pas avoir affaire avec lui, désolé, Draco, mais ton père m'insupporte !
-Il ne sait rien, je reste très discret rassure-toi. Mais un jour il faudra bien que vous vous entendiez, il n'est pas comme tu le crois, Harry. Il a bien changé, tu l'as admit pour Severus mais pas pour Lucius, pourquoi ? Essaye de faire un effort et tu verras quel homme il est devenu !
-C'est pas demain la veille ! Je ne le supporte pas, lui et ses airs de grandeur, et sa manière de me regarder comme si j'étais une chose horrible qui heurte son regard. Je ne suis peut-être pas beau mais ce n'est pas la peine de me le faire remarquer à chaque fois qu'il me croise. J'ai l'horrible impression de ressembler à une affreuse chose quand les yeux de ton père se posent sur moi.
-Pas beau ! Affreuse chose ! S'écria Draco en soulevant un sourcil étonné. Tu crois ça toi ?
-Ben oui !
-Potter, occasionnellement tu devrais vraiment prendre le temps de te regarder dans une glace. Peut-être serais-tu surpris de ce que tu pourrais y voir.
Harry était vraiment crédule par certain côté, pensa le Serpentard. Comment ne s'était-il pas rendu compte à quel point il était magnifique ! Comment ne pouvait-il pas voir les gens qui se pâmaient devant lui quand il passait devant eux, non mais vraiment plus naïf tu meurs quoi !
-J'y penserais, rigola le brun. Un jour où j'aurai le temps, en attendant je vais porter ces racines et ces cornes à Snape. Si je ne le fais pas de suite il va encore râler pour ne pas changer, il voulait les voir aussitôt que je les aurais, je pense qu'il doit être revenu maintenant, et s'il n'est pas là j'irai plus tard.
-Laisse-le rouspéter, tu sais bien qu'il aime ça !
-Je sais oui et j'aime beaucoup le taquiner à ce sujet d'ailleurs, sourit le Gryffondor. Oh Draco ! Une dernière question, es-tu passé chez lui aujourd'hui ?
-Qui lui !
-Ne fais pas l'idiot, tu sais de qui je parle.
-Bon d'accord j'y suis allé, mais j'ai juste discuté avec Braeden, se défendit le Serpentard. À proprement parlé je ne suis pas allé le voir.
-Draco, laisse du temps à Heath, tu sais je……..
-Pas la peine, Harry. Il ne me voit pas, je n'existe pas pour lui, parfois je me demande pourquoi j'espère quelque chose qui n'arrivera jamais. Je vais cesser de me rendre chez lui, je ferais juste parvenir mes découvertes à Braeden par les hiboux. Je n'espère plus rien de l'autre, je lui suis complètement indifférent.
-Pourquoi n'essayes-tu pas de lui parler ? Peut-être qu'il te remarquera à ce moment-là !
-Je ne vais pas quémander un regard ou un geste du duc, aujourd'hui était le dernier jour où je me rendais chez lui. J'ai trop mal de voir son désintéressement, j'ai trop mal de le voir tourner autour d'autres hommes et de voir son regard me transpercer pendant qu'il les attire vers lui. C'est douloureux, Harry.
Les deux hommes parlèrent encore quelques minutes avant que Draco ne quitte Poudlard pour retourner au manoir Malfoy. Les deux hommes se parlaient ouvertement de leur vie, Draco avait appris à lui faire confiance. Avec Harry il était si facile de s'épancher, il ne jugeait jamais.
Le jeune blond repensa à ce que Harry lui avait dit, que Lucius le haïssait et que son regard était froid quand il le croisait. Draco se demandait plutôt si son père par moment n'éprouvait pas autre chose que de la rancune envers le Gryffondor. Oh ! bien sûr Lucius ne le disait pas clairement, mais il sentait un petit intérêt parfois sous les insultes qui fusaient quand ils en arrivaient à parler du survivant ou quand il le voyait au ministère.
Le jeune médicomage aux yeux verts se rendit dans les cachots du maître des potions après le départ du fils de Lucius, en longeant les serres où Neville excellait. Parvenu devant la grande porte du château il sourit en pensant à l'homme qui devait encore être au travail à cette heure tardive. Snape l'avait averti qu'il allait chercher des feuilles de trémolus chez un vieux sorciers qui les cultivait dans son jardin, et qu'il n'en aurait pas pour longtemps.
Devant le bureau il frappa deux coups avant d'entendre une voix sèche, impatiente et agacée, lui répondre de rentrer.
-Potter, je suis pressé ce soir, je dois sortir, alors quoi que vous ayez à me dire hâtez-vous de le faire !
-Oh je peux repartir de suite, Snape. Si les racines de Graflium et les cornes du diable ne vous intéressent pas je reviendrais quand vous serez plus apte à me recevoir, sur ce, bonsoir monsieur !
Harry refit demi-tour et s'entendit vertement réprimander pour son caractère vif et trop indépendant et sa susceptibilité qui ne s'arrangeait pas avec les années.
Harry sourit, l'homme ne changeait pas, toujours prompt à déverser son amertume. Il aimait ça, de savoir que le professeur restait égal à lui-même, ça rendait leurs conversations dès plus intéressantes et apportait beaucoup d'intérêt dans leurs échanges verbaux, et du piment aussi.
-Revenez ici, impertinent ! Je n'ai jamais dit que vous m'ennuyez, Gryffondor obstiné !
Le survivant se retourna, un éclair de malice dans les yeux.
-Arrêtez de vous foutre de moi, Potter. Donnez-moi ces racines que je vois dans quel état elles sont, et si vous les avez maltraité vous allez m'entendre !
-Vous n'en trouverez pas de meilleurs et vous le savez.
L'homme farfouilla dans les poches sans répondre et, satisfait, les déposa sur son bureau avec douceur.
-Un merci ne sera pas de trop, Snape, soupira le jeune homme. Vous savez jusqu'où Draco est allé pour les trouver !
-Oui, oui, merci, Potter, là ça vous va ? Ou vous voulez aussi que je vous serre dans mes bras !
-Vous feriez ça ? Alors là je n'en reviens pas moi qui croyais que vous étiez plutôt du genre prude ! Mais si ça vous fait plaisir et bien je suis d'accord.
Snape, interdit, regarda le médicomage comme on regarde un fou. Ses yeux noirs se plissèrent méfiants et Harry garda son sérieux difficilement lorsqu'il fit mine de s'approcher pour recevoir son câlin en tendant les bras vers le Serpentard qui recula de deux pas.
-Potter, gronda Severus Snape. Un pas de plus et vous vous retrouverez collé contre le mur de mon bureau.
-Par vous ? Demanda ingénument le jeune sorcier.
-Non, imbécile, par ma baguette magique.
-De mieux en mieux ! Susurra Harry dont les yeux brillèrent sauvagement. Vous n'auriez pas des idées perverses là, Snape ?
-Potter sortez d'ici ! Rugit l'homme qui ne put éviter à sa lèvre, cette traîtresse, de se relever dans un début de sourire. Vous êtes vraiment impossible !
-Je m'en vais, professeur, et je suis déçu que vous deviez sortir ce soir, discuter avec vous est un véritable plaisir.
-Je sais, morveux. Retournez chez vous et mettez vos fesses à l'abri du pervers que je suis.
-Bonsoir Snape, répondit-il en éclatant de rire. A demain ! Ajouta-t-il en sortant du bureau alors que l'homme souriait franchement cette fois.
Pendant ce temps un jeune Serpentard blond rentra chez lui et se rendit au salon où justement son père devait lire la gazette du sorcier. Le tirage supplémentaire du soir que le journal faisait paraître à cause des attaques inexpliquées de ces derniers mois dans le monde magique, recelait des vérités et aussi de fausses rumeurs qu'il était bon de savoir.
Lucius lisait toutes les nouvelles, il s'inquiétait et avec raison d'ailleurs.
Tout le monde se demandait qui était ces hommes, ces assassins, qui agissaient dans l'ombre et surtout la nuit. Comment pouvaient-ils pénétrer dans n'importe quelles maisons dotées de sorts sophistiqués sans aucun risque de se faire repérer et en sortir libre comme l'air après avoir accomplit leur forfait.
Comment arrivaient-ils à échapper aux aurors qui pourtant les traquaient sans merci. Ces hommes étaient une énigme et ça ce n'était pas bon de ne pas savoir. Lucius Malfoy et Severus Snape étaient soucieux de ça, un sentiment d'insécurité flottait dans l'air et mettait la panique parmi les anciens mangemorts qui s'étaient repentis.
-Encore une, rugit Lucius Malfoy entre ses dents. Contre Mulciber cette fois, ils l'ont tué lui et ses deux fils aînés. Ces assassins n'ont pas tué sa femme et sa fille, elles ne portaient pas la marque. Comment ces funestes meurtriers ont pu passer les barrières de son manoir ? C'est incompréhensible, Mulciber était paranoïaque à un tel degré que personne ne rentrait chez lui sans passer par trois sorts différents ! C'est tout de même la sixième famille depuis le début de cette année ! Que fait donc le ministre ! Il attend bien tranquillement que nous soyons tous victimes de ces fous sanguinaires !
-Père, vous êtes injuste, vous savez qu'il a envoyé des aurors pour protéger certaines familles. Je vous rappelle aussi que vous avez refusé cette aide. Arthur Weasley fait tout ce qui est en son pouvoir pour protéger les anciens mangemorts qui ont aidé pendant la bataille finale.
-Je sais, fils, mais je ne comprends pas qui agit dans l'ombre et ça me rend nerveux, je veux savoir de quoi il retourne. Ces hommes sont dangereux et rien ne les arrête semble-t-il.
-Ne vous inquiétez pas, les aurors finiront par les attraper et les enverront à Azkaban.
-Draco fait attention à toi quand tu rentres tard, j'ai un mauvais pressentiment, ajouta Lucius sérieusement. Ces hommes ont l'air bien renseigné sur les familles qu'ils cherchent à éliminer.
-Je ne risque rien, père, je ne porte pas la marque, vous par contre si, ainsi que Severus. C'est plutôt à vous de faire attention et franchement je ne serais tranquille que quand ces hommes seront emprisonnés.
-Je surveille mes arrières et Severus doit faire de même je ne suis pas inquiet pour ça, grommela Lucius Malfoy. D'ailleurs ce soir il vient souper, il va arriver d'un instant à l'autre alors va te changer et rejoint-nous vite.
Quand Draco redescendit, Snape était déjà là. Les deux hommes discutaient des agressions violentes essayant de deviner qui se cachait derrière les longues capes et capuches qui recouvraient entièrement leurs visages et leurs corps.
-Ils apparaissent et disparaissent comme des ombres, rouspéta Lucius. Nous n'avons aucune idée de combien ils sont. Tout ce que nous savons c'est grâce à une vieille folle qui regardait par sa fenêtre quand les Travers ont été assassinés. De plus elle a seulement vu qu'ils portaient des capes longues et des capuches et puis avec la nuit comment savoir si ce qu'elle dit est vrai !
-Nous devons nous méfier, avança Snape en croisant ses jambes alors que Draco lui tendait un verre de whisky. Un jour prochain ce sera notre tour.
-Mais qui ? Severus. Des mangemorts qui ont remis ça par nostalgie des temps anciens, des sorciers en mal de vengeance car malgré notre activité dans l'ordre du phénix ils nous croient toujours coupables, un autre Voldemort peut-être, qu'en penses-tu ?
-Brrr ! S'ébroua le maître des potions. Ne parle surtout pas de malheur, Lucius.
