Merci pour les bons commentaires!

Bon, voilà la réaction tant attendue de Shinra! J'espère qu'elle vous plaira!

Ah, aussi, je me suis vraiment amusé à écrire les répliques d'Izaya. J'espère que vous allez les aimer, j'en suis assez fière. C'est le genre de réflexions que je ne pouvais pas me permettre de faire dans Premier amour... (désolé pour la digression, c'est juste que j'aime tellement pouvoir faire Izaya de cette façon, c'est revigorant!)

Et pour Shizuo... Bah, vous verrez bien!

Bonne lecture!


- J'hallucine Izaya...

J'ouvre les yeux sur une expression qui me ferait rire en d'autres circonstances. En effet, Shinra a les yeux écarquillés, la bouche grande ouverte, et ses bras tombent mollement le long de son corps. Nous nous fixons pendant un moment, jusqu'au moment où l'asticot se décide à n'en faire qu'à sa tête comme d'habitude et à entrer en se faufilant à mes côtés. Sans le vouloir, je lui crie :

- Eh, attends, entre pas comme ça!

Il ne m'écoute pas du tout et se fraie un chemin jusqu'au salon. Je m'apprête à le suivre lorsque je remarque l'expression de Shinra. Ses yeux et sa bouche sont encore plus ouverts qu'avant, si cela est vraiment possible, et il me regarde comme si j'étais un extraterrestre. Je me fige et lui rends son regard. Ce qu'il doit penser de moi en ce moment, je n'ose pas l'imaginer...

Je brise finalement notre échange non verbal et entre moi aussi. Le médecin ne m'en empêche pas et je me dirige donc vers son salon. Je me laisse tomber avec lassitude sur le sofa. Le vermisseau prend place à mes côtés, comme pour me narguer. Je l'ignore du mieux que je le peux, mais mes poings sont serrés et je sens que ma rationalité est à deux doigts de me quitter.

Shinra entre à son tour et s'installe à ma gauche, de l'autre côté de mon hallucination. Il me regarde et me lance :

- Eh bien, jamais j'aurais cru...

- Si tu savais, moi aussi je me demande pourquoi...

Le silence se fait entre nous. La peste se relève et je le suis du regard pendant qu'il tourne en rond dans la pièce. Il se positionne finalement devant le médecin et lui demande :

- Ne~ Shinra, tu ne me vois pas?

- Évidemment qu'il te voit pas, t'existes pas! Idiot!

C'est sorti sans que je le veuille. Shinra me regarde, bien sûr. Je sens qu'il veut me dire quelque chose mais qu'il ne sait pas comment s'y prendre. Je sais ce qu'il pense de toute façon, que je suis fou à lier. Je le sais mieux que quiconque. Tout ce que je veux, c'est qu'il me guérisse.

Sans que je m'en sois rendu compte, la larve s'est placée devant moi et me fixe. Je lui rends son regard avec hargne.

- Tu sais, Shizu-chan, je ne suis pas une hallucination! J'en suis sûr!

- Ah oui? Et comment tu me le prouves, hein? Je rajoute plus bas : et puis d'abord, pourquoi je te parle encore?

- Tu vois bien que j'ai une existence propre. Je peux réfléchir, agir à ma guise, raisonner. Au cas où tu ne t'en serais pas rendu compte – ce qui me semble plus que probable, considérant tes capacités d'observation et de déduction –, j'ai encore mon intelligence, ce qui veut dire que tu ne m'inventes pas, car avec ton cerveau atrophié, je serais tout juste capable d'agir comme un mollusque, et encore...

Sa réplique me plonge dans la colère que je retenais jusqu'alors. Je me lève, l'empoigne par l'encolure. Il ne me dit rien, ne réagit pas, il se contente de me fixer de ce regard hautain et manipulateur que je déteste tant. Son sourire machiavélique toujours imprimé sur le visage, il me susurre la dernière chose que je veux entendre en l'occasion :

- Cela ne sert à rien, Shizu-chan.

Je le relâche sans ménagement et me rassois. Tout en enfouissant mon visage dans mes mains, je me plains à voix haute :

- J'en peux plus, Shinra! Prescris-moi quelque chose, fais-moi une opération, donne-moi des calmants, n'importe quoi, mais je t'en supplie, fais-le disparaitre!

- Cela ne sert à rien, Shizu-chan, je serai toujours là.

- Tais-toi!

- Non, Shizu-chan, tu dois faire face à la vérité.

- Tais-toi, tais-toi, FERME-LA!

Le bruit d'une porte qu'on ouvre précipitamment se fait entendre. Les trois personnes présentes dans la pièce – si on compte mon hallucination comme une personne – se retournent vers l'entrée et y voient Celty, qui sort son portable et commence à y écrire quelque chose. Toutefois, en levant la tête, elle s'arrête complètement. Si elle avait un visage, j'y verrais surement la même expression que sur celui de Shinra il y a peu. Elle laisse tomber son appareil et le sac qu'elle tenait sur le sol et je note que ses mains tremblent. Mais pourquoi semble-t-elle en état de choc? Qu'a-t-elle vu?

Finalement, elle récupère péniblement son portable pendant que personne n'ose réagir. Elle s'approche alors de l'asticot et tape un message que je ne peux voir. Tout ce que je peux constater, c'est qu'il est destiné à cette vermine, il n'y a aucun doute là-dessus.

- Oui, c'est bien moi. Surprise? Eh bien, je dois dire que je suis soulagé que tu puisses me voir, cela va me permettre de convaincre ce protozoaire qui est juste là que je ne suis pas qu'une banale hallucination. Ce demeuré se croit vraiment capable de reproduire mes facultés cognitives! Quelle blague stupide! Je ne suis pas qu'un piètre produit de son imagination par ailleurs déficiente – il est incapable de voir plus loin que le bout de son nez! Voyons voir, si j'avais à me qualifier, ce serait de fantôme? Ou alors de mort-vivant? Non, ce n'est pas tout à fait juste...

Celty écrit un nouveau message et la larve y prête attention. Il lui répond alors :

- Oui, je suis bien mort, gracieuseté de cet homme de Néandertal qui n'a jamais compris à quoi servait réellement un panneau de signalisation.

C'est la goutte qui fait déborder le vase. On dirait vraiment qu'il fait exprès de me fâcher. Je ne me soucie plus du tout qu'il soit une hallucination ou un fantôme. Je me lève sans faire trop de bruit et m'approche de lui. Lorsque j'en suis suffisamment près, je lui donne un coup de poing en plein visage. Il n'a pas le temps de réagir; il n'a pas prévu que j'utiliserais mes poings à la place de soulever un objet quelconque, je suppose. À dire vrai, je ne sais moi non plus pourquoi j'agis de la sorte, mais je ressens la nécessité de le frapper de mes mains. Alors qu'il est au sol, je m'assois à califourchon sur lui et le secoue tout en lui criant au visage :

- Tu le fais exprès? Mais pourquoi tu me hantes? Qu'est-ce que ça te donne? T'en avais pas assez de me pourrir la vie vivant, faut en plus qu'une fois mort tu continues? Mais à quoi ça t'avance? Merde, réponds-moi, pourquoi tu fais ça? J'en peux plus, moi, pourquoi tu disparais juste pas de ma vie? Je pensais m'être débarrassé de toi et voilà que tu me reviens encore plus énervant qu'avant. Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?

- Et moi, qu'il me rétorque, tu crois que ça m'amuse? Tu crois vraiment que je veux passer le restant de ta vie à te suivre comme une ombre sans pouvoir interagir avec un seul de mes humains?

- Pourquoi tu me laisses pas tranquille?

Il éclate de rire devant mon air ahuri. J'en suis tellement surpris que je le relâche mollement et me relève jusqu'à avoir le dos droit. Je le fixe alors qu'il rit comme un maniaque – a-t-il finalement perdu la raison? Il se calme soudainement et se rassois pour me regarder droit dans les yeux. Il semble tellement sérieux que je me sens un peu mal à l'aise.

- De quel droit tu me le demandes? Je te rappelle que tu es celui qui m'a tué! C'est parce que tu as mis fin à ma vie que je ne peux pas rejoindre le paradis. C'est ta faute si je ne peux pas passer à autre chose, Shizuo!

Je suis tellement surpris par sa réplique et son appellation que je n'ai pas le temps de prévoir son prochain mouvement. Il me fait tomber sur le dos et monte sur moi sans que je réagisse. Il enserre mon cou de ses mains tout comme je l'ai fait un peu plus tôt et me lance, avec un sourire sadique :

- Je te rends la pareille, Shizu-chan. Je vais peut-être enfin être libéré de ta présence!

Je sens que mon souffle commence à me manquer, mais j'utilise quand même la force qu'il me reste et le repousse en lui donnant un coup dans les tripes. Il me relâche et se tient le ventre; une expression de souffrance est visible dans ses yeux. Tiens donc, il peut ressentir la douleur? Un sourire se dessine sur mon visage alors que je roule sur lui et inverse encore une fois nos positions. Je ferme mon poing droit et le frappe en pleine figure. Je savoure la douleur que j'y lis – même après la mort, je peux le faire souffrir!

J'enchaine les coups de poing en changeant de mains, d'endroits sur son visage, d'angles d'attaque. Je ne me suis jamais senti aussi libre de toutes restreintes. C'est plus jouissif que n'importe quelle drogue, plus satisfaisant que n'importe quelle bonne action. Je frappe et frappe et frappe encore plus, pendant qu'il ne réagit pas, qu'il ne peut pas réagir parce que je ne lui en laisse pas le temps, ni le loisir, ni la possibilité. Je frappe toujours plus, me laisse aller à ma colère, ma fixation, mon obsession, me laisse aller à cette douce folie meurtrière qui m'empoigne souvent mais jamais de façon aussi tenace, aussi extraordinaire. J'oublie mon semblant de rationalité, j'oublie la situation dans laquelle je suis, j'oublie qu'il existe un univers en dehors de mes poings et de son expression pour une fois vide de mépris.

Le monde peut bien aller voir ailleurs si j'y suis. Rien ne saurait m'affecter en dehors de sa souffrance et de ma propre délivrance.

Un très grand rire monte de ma gorge et éclate à l'air libre. C'est libérateur, plus que toutes les crises que je n'ai jamais eues. Même le choc de mes poings sur sa peau me plait. La douleur que je ne ressens que vaguement me fait rire, le bruit de chaque coup que je lui porte me fait sourire. Je m'esclaffe devant son impuissance et ma toute-puissance. J'ai finalement le dessus sur lui, bien plus que lorsque je l'ai tué. J'ai enfin, enfin le dessus sur lui, et rien ne pourrait me plaire plus que de le dominer de la sorte.

Au travers de mes rires, je sens des larmes qui coulent le long de mes joues. Je ne sais pourquoi ni ne me préoccupe même de la raison ou du fondement de ces pleurs. Je suis beaucoup trop occupé par ma passion meurtrière pour m'en soucier.

J'ai peut-être bien perdu la raison, et ce, pour de bon.