Disclaimer : les personnages appartiennent à JKR.

Nous raccompagnons Ed à la maison. Une fois dans le salon, Hagrid me tend une poigné de poudre verte avant de s'avancer dans la cheminée. Il lance la poudre dans les flammes qui deviennent vertes et s'exclame d'une voix forte, « Poudlard » avant de disparaitre. Je me tourne vers mes parents et les enlace une dernière fois. Puis, je prends Ed dans mes bras en lui rappelant qu'on se revoit dans à peine quinze jours et je lance à mon tour la poigné de poudre verte dans les flammes de la cheminée.

Chapitre 3 : Les premiers désagréments de Poudlard

Je me sens emportée par une force invisible qui comprime tout mon corps et m'empêche de respirer. Ca ne dure pas très longtemps mais la sensation est désagréable et j'ai l'impression que ça fait des heures que je suis entrée dans les flammes vertes de la cheminée. Je me mettrais presque à apprécier le bus de ce matin. Soudain je sens le sol sous mes pieds mais je perds l'équilibre et mes genoux heurtent violemment la pierre froide de la cheminée. Après quelques secondes, nécessaires pour retrouver mes esprits, je redresse la tête en me massant péniblement les côtes. Je réalise alors où je suis. La pièce est vaste et circulaire. Au centre trône un grand bureau dont les pieds ont la forme de serres et sur lequel sont posées toutes sortes d'objets étranges. Je parcours la pièce du regard. Il y a une grande armoire sur le coté et sur les murs, sont accrochés des portraits d'hommes et de femmes plus ou moins âgés. Soudain, je réalise que les personnages des portraits bougent. Je me frotte les yeux avec force avant de les rouvrir.

« N'est-elle pas un peu jeune pour le poste, Dumbledore ? »

Le portrait parle. Je n'en crois pas mes yeux ni mes oreilles. Je regarde le portrait d'un air ahuri. L'homme, vêtu de noir, a des cheveux blancs et parait assez âgé. Une expression refrognée est gravée sur son visage sévère. Il me regarde d'un air hautain.

« Bien sur que non, Phineas, elle sera parfaite, j'en suis sure. »

La voix de Dumbledore me sort de ma torpeur. Il est assis derrière son bureau et me regarde avec amusement. Un éclat malicieux danse dans ses yeux crystallins. Je me rends alors compte que je dois avoir l'air un peu stupide à genoux dans la cheminée et j'essai de reprendre contenance en me levant.

« Asseyez-vous, je vous en prie » me dit le directeur en m'indiquant une chaise en face de lui.

Je m'approche. Je sens les regards des portraits posés sur moi ce qui me met particulièrement mal à l'aise. Des sons étranges provenant de l'armoire un peu plus loin résonnent et me font frissonner. Je ne suis pas sure que je vais aimer cet endroit.

Pendant les heures qui suivent mon arrivé à Poudlard, Dumbledore m'explique ce qu'il attend de moi. Il me présente les autres professeurs et me fait visiter le château en me conseillant de profiter de l'absence des élèves pour me familiariser avec les lieux. Il est tard quand il me conduit vers les appartements qui seront les miens pour l'année.

« C'est ici » me dit le directeur en ouvrant la porte en bois qui se trouve devant nous.

Il s'écarte pour me laisser entrer et je fais quelques pas dans la pièce. Elle n'est pas très grande mais semble confortable. Un grand lit en baldaquin en occupe la majeure partie. Sur la droite, se trouve une armoire en bois brut sur laquelle est fixé un large miroir cerclé d'argent et sur la gauche, une petite porte qui mène à la salle de bain. A coté de la porte, je vois un petit bureau avec de nombreux tiroirs. Mes yeux parcourent la pièce avec attention. J'aime sa sobriété. Il n'y a rien de superflu. La fenêtre derrière le lit laisse entrevoir l'entrée du château et le parc mais la pénombre m'empêche de distinguer ce qui s'y passe actuellement.

« Je vais vous laisser vous installer Mademoiselle Bryce » me dit Dumbledore d'une voix calme, « vous devez être épuisée ».

Il est vrai que cette journée a été passionnante mais aussi éprouvante aussi bien physiquement que psychologiquement. Je ne serais pas contre un peu de calme et de solitude ce qui me permettrait de remettre de l'ordre dans mes idées. Tout cela est tellement irrationnel. J'ai beaucoup de mal à croire ce qui m'arrive et il va me falloir du temps pour me faire à l'idée qu'il existe dans ce monde des choses aussi belles et étranges que la magie, les sorciers et Poudlard. C'est effrayant mais aussi excitant. Au fond de moi, j'aimerais en savoir plus. Je sais que ce que j'ai vu et entendu aujourd'hui n'est qu'une infime partie de ce qui m'attend. Il me reste encore tellement à découvrir. Une foule de questions se bousculent dans ma tête dans l'attente d'une réponse qui ne viendra peut être jamais.

Après m'avoir souhaité une bonne nuit, le directeur quitte la chambre et j'entends bientôt ses pas s'éloigner dans le couloir. Je me laisse tomber sur le lit sans aucune élégance. Dehors, la nuit est tombée depuis longtemps. Je repense à ma journée. Je pense à Poudlard. Des images incohérentes défilent devant mes yeux, souvenirs de ce que je viens de vivre. Etrangement, un sentiment de malaise domine toutes les émotions fortes que je ressens à ce moment précis. Malgré la beauté et la féérie des lieux, malgré l'émerveillement que me procure le monde de la magie, quelque chose me dérange. Je ne me sens pas vraiment à ma place. La magie, les sorciers, tout cela est fascinant mais ce n'est pas mon monde. Je me demande si je vais m'y habituer et surtout, si les gens ici, vont s'habituer à moi.

Pendant les jours qui suivent, j'arpente les couloirs du grand château jusqu'à en connaitre les moindres recoins. Je finis par m'habituer au fait d'être suivi par les personnages des tableaux dans les couloirs, aux armures qui couinent en remuant, aux escaliers capricieux qui changent sans cesse de place. Je ne suis même plus surprise lorsqu'au détour d'un couloir, je croise le spectre translucide d'un des fantômes du château. Chaque jour, je découvre un peu plus des mystères de Poudlard et chaque jour, la petite voix qui me dit que je n'ai rien à faire ici s'intensifie en moi. Au fur et à mesure que se dévoilent les merveilles de la magie, je perçois ses dangers et les risques que j'encours à ne pas être très vigilante.

Je profite de mon temps libre pour me rendre à la bibliothèque et me documenter. Je lis de nombreux livres qui parlent de l'histoire des sorciers, des splendeurs qu'ils ont créées mais aussi des dérives que la puissance non maitrisée de certains ont entrainé. Il m'arrive à de nombreuses reprises d'être effrayée par ce que je lis et par ce que j'apprends car je prends conscience de ma faiblesse. Je sais à quel point je suis vulnérable. Je n'ai pas de don magique. Que pourrais-je faire si un sorcier s'attaquait à moi ? J'ai parfois l'impression d'être une souris lâchée au milieu d'une bande de chats. Pourtant, je ne veux pas que la crainte prenne le dessus sur le reste car je suis aussi consciente de la chance que j'ai d'être ici et je sais que beaucoup de gens tueraient pour être à ma place et vivre ce que je vis en ce moment.

Pendant mes moments de doute, je rends souvent visite à Hagrid. Il habite une petite cabane en bois au fond du parc. Nous passons des heures à discuter de choses et d'autres autour d'une tasse de thé. Nous parlons de magie et de moldus. Il me parle des personnalités importantes du monde de la magie et je lui parle de la façon dont nous vivons sans celle-ci. Sous son apparence d'homme des cavernes, le garde chasse de Poudlard est en réalité quelqu'un de très gentil qui ne se borne pas aux préjugés. Il prend le temps d'écouter mes doutes, il me rassure et il me parle de ses envies de devenir, un jour, professeur à Poudlard. Quand je lui demande quelle est sa matière de prédilection, il me montre une créature étrange mi-scorpion, mi-araignée, lovée prêt de la cheminée. Hagrid aimerait enseigner les soins aux créatures magiques. Il se passionne pour les animaux ou plutôt les créatures de toutes sortes. Ils les soignent et les dorlotent comme s'ils étaient ses propres enfants. Il m'a fait découvrir des êtres que je n'aurais jamais imaginés et il m'a promis de m'emmener dans la forêt interdite quand il en aurait le temps et qu'il jugera que je ne risque rien. Il dit qu'on y trouve des licornes. J'avoue que j'ai du mal à y croire mais après tout ce que j'ai vu, cela ne me surprendrait pas. Je pense qu'il ferait un excellent professeur.

Cela fait environ une semaine que je suis arrivée à Poudlard. Les lieux commencent à m'être familiers. Je suis étendue sur mon lit, perdue dans mes pensées, quand quelqu'un frappe à ma porte. Il est tard. Je soupire avant de me lever à contre cœur. Le professeur McGonagall, qui enseigne la métamorphose, se tient dans l'embrasure de la porte. Ses cheveux noirs sont tirés en arrière et relevés en un chignon serré. Ses lunettes carrées et son regard perçant lui donne un air sévère et forme un contraste surprenant avec sa robe de chambre aux motifs écossais. Je souris. Elle a une toute autre allure, habillée de cette façon. On croirait presque avoir à faire à une autre personne.

« Bonsoir, professeur Bryce, j'espère que je ne vous dérange pas » me dit-elle d'un ton sec, « je suis venue vous apporter le programme des cours que vous devrez dispenser à vos élèves. »

D'un geste distrait, elle me tend une liasse de feuilles reliées par un fils d'argent et je l'attrape avec précautions.

« Bien sur, vous pouvez toujours le modifier. » ajoute-t-elle « le professeur Dumbledore pense qu'il est stupide de laisser des sorciers du ministère qui n'ont pas mis les pieds à Poudlard depuis des décennies, établir le programme d'étude des moldus. Il pense qu'étant vous-même moldue, vous êtes mieux placé pour savoir ce qu'il est important d'enseigner aux élèves. Je dois avouer que sur ce point, je suis assez d'accord avec lui. Quoi qu'il en soit, vous pourrez vous inspirer de celui-ci. »

Je jette un bref coup d'œil au dossier qu'elle m'a remis. Il retrace les notions principales à connaitre par année. En cinquième et septième année, il y a une page spéciale concernant les BUSES et les ASPICS. McGonagall m'explique alors le principe des examens qui visent à évaluer les capacités des élèves. Cela ressemble un peu au baccalauréat chez les moldus. Nous passons plus d'une heure à discuter de la manière dont se passent les cours à Poudlard et je me rends compte que mis à part le contenu des matières, ce n'est pas très différents de ce que j'ai connu au collège et au lycée. Quand nous avons abordé tous les sujets relatifs aux cours, elle me tend un second dossier, plus épais que le premier.

« La liste de vos élèves » me dit-elle, « ils y sont tous, pour chaque année et pour chaque maison. Je me suis permise de vous mettre quelques annotations. Nous avons quelques fortes têtes et j'ai pensé qu'il serait utile que vous le sachiez avant d'être confrontée à eux. »

Je relève la tête. Pour la première fois depuis que je suis arrivée, je réalise que je vais vraiment être professeur. Dans quelques jours, je vais me retrouver devant mes élèves et je ne suis pas certaine d'être prête. Bien sur, c'est mon rêve mais tout cela est arrivé tellement vite. Je ne me suis jamais retrouvé devant une classe, encore moins devant une classe de sorciers. Le professeur McGonagall ne semble pas percevoir mon trouble. Après m'avoir donné quelques instructions supplémentaires, elle prend congé et je me retrouve seule dans ma chambre. Je pose les dossiers que je viens de recevoir sur le bureau et je m'assois sur le lit. Par la fenêtre, je remarque que la nuit est sur le point de tomber. J'aperçois Hagrid qui rentre chez lui et je décide d'aller lui rendre visite avant de me coucher.

Pendant les jours qui suivent, j'étudie le programme et je prépare mes premiers cours. Je n'ai pas voulu regarder les annotations du professeur McGonagall sur les élèves pour ne pas avoir de préjugés avant de les avoir vus. Le jour de la rentrée arrive à une vitesse alarmante et le 1er septembre à 19h, je prends la direction de la grande salle, l'estomac noué par le trac.

J'ai toujours pensé que la grande salle était l'un des lieux les plus beaux du château. En ce jour de rentrée, elle est plus resplendissante que jamais. Les quatre tables sont encore vides mais les élèves vont arriver d'une minute à l'autre. Sur les murs, les bannières aux couleurs des maisons ont été accrochées et des milliers de chandelles flottent dans les airs. Le ciel magique a pris la couleur orangée des soirs d'été. Je ne peux m'empêcher d'admirer la beauté de ce lieu qui ne ressemble à aucun autre.

Le professeur Dumbledore est assis au centre de la table des professeurs, vêtu d'une robe bleu marine qui fait ressortir la couleur de ses yeux. Il discute avec animation avec le professeur Slughorn qui enseigne les potions et est assis à sa droite. Un peu plus loin, je vois le minuscule professeur Flitwick qui enseigne les sortilèges. Je m'approche de la table en silence. Le professeur Vingston m'aperçoit. Il se lève et vient à ma rencontre. Charles Vingston est professeur de défense contre les forces du mal depuis trois ou quatre ans. Il est un peu plus âgé que moi mais ne fait pas son âge. Ses cheveux blonds, ses grands yeux bleus et son visage enfantin le rendent particulièrement séduisant. Nous nous sommes rencontrés à plusieurs reprises au cours des deux semaines passées mais nous n'avons jamais vraiment pris le temps de faire connaissance.

« Prête » me demande-t-il en écartant une chaise pour que je puisse m'assoir.

« Un peu nerveuse » lui répondis-je avec un sourire crispé.

« Ne vous en faite pas, c'est toujours comme ça la première fois, mais, vous verrez, tout se passera bien ».

Son ton est rassurant et je reprends confiance. La soirée s'annonce belle et je suis d'humeur radieuse. Le professeur Dumbledore me fait un petit signe de la main auquel je réponds chaleureusement pendant que Charles Vingston s'installe à coté de moi. Quelques secondes plus tard, les portes de la grande salle s'ouvrent et les élèves commencent à entrer. Les cris et les rirent résonnent de plus en plus fort dans la salle et je me sens contaminée par l'ambiance euphorique qui y règne. Certains élèves me regardent avec curiosité, se demandant surement qui je suis et ce que je fais là. Bientôt ils ont tous pris place à la table de leur maison et le bruit des conversations s'intensifie encore. Charles Vingston se penche vers moi pour couvrir le brouhaha joyeux créé par les discutions des élèves.

« Les premières années ne devraient plus tarder » me dit-il en souriant.

Je me sens rougir sans savoir si cela est du à ma nervosité croissante ou à son sourire charmeur, si proche de moi. Je n'ai pas le temps de répondre. Les portes de la grande salle s'ouvrent de nouveau et la curiosité s'emparent de moi. Le silence s'installe dans la pièce et toutes les têtes se tournent vers la grande porte pour apercevoir les nouveaux élèves. Le professeur McGonagall entre la première, suivie d'une file d'élèves de 10 ou 11 ans parfaitement silencieux. Certains semblent intimidés, d'autres se pavanent la tête haute. J'aperçois Ed au milieu des autres. Il fait parti de ceux qui sont intimidés même s'il ne veut pas le montrer. Je suis heureuse de le revoir et de pouvoir assister à cet instant. Il me sourit quand il m'aperçoit et semble reprendre de l'assurance, du moins en apparence. Je souris à mon tour. Je suis tellement fière de lui.

« Une connaissance ? » me demande le professeur Vingston.

« Oui, mon jeune frère, Edward » répondis-je sans quitter Ed des yeux.

Le professeur McGonagall s'arrête devant notre table. A coté d'elle, un vieux chapeau rapiécé est posé sur un tabouret en bois. Comme tout le monde dans la salle, je regarde le chapeau attendant qu'il se passe quelque chose. Soudain le chapeau s'anime et se met à chanter. Etrangement, cela ne me surprend même pas. Je commence à être habituer à toutes les choses étranges qui se produisent autour de moi depuis quelques temps. Quand le chapeau a fini sa chanson, la répartition des nouveaux élèves commence. Ils sont appelés un à un et après qu'ils aient pris place sur le petit tabouret, le professeur McGonagall pose le chapeau magique sur leur tête. Je vois clairement la crainte dans leurs yeux puis le soulagement quand, après quelques secondes de réflexion, le chapeau leur annonce leur maison.

Le premier élève est envoyé à Serpentard. Le second à Poufsouffle. Bientôt la liste commence à diminuer.

« Bryce, Edward » annonce soudain la voix sèche du professeur McGonagall.

Je me redresse et j'observe Ed s'assoir sur le tabouret. Il tremble légèrement quand McGonagall pose le vieux chapeau sur sa tête. Pendant quelques secondes, un silence de plomb règne dans la pièce. Je ne sais pas vraiment ce que je dois espérer pour lui. Les secondes passent. Ed a fermé les yeux et parait crispé. J'ai l'impression d'attendre des heures avant que le chapeau se décide enfin à parler.

« Gryffondor »

Les élèves de la table de Gryffondor se mettent alors à applaudir à tout rompre et je me joins à eux. Ed se relève. Il se tourne rapidement vers moi et sourit avant de se diriger précipitamment vers ses nouveaux camarades qui lui font déjà une place à leur table. Je le vois serrer plusieurs mains, échanger quelques mots avec ses voisins. Je sais qu'il est heureux et je suis heureuse pour lui.

« Une bonne maison » me dit Vingston en souriant.

Je souris à mon tour. A vrai dire, je ne sais pas du tout s'il s'agit ou non d'une bonne maison mais je suis sure qu'Edward s'y plaira.

Une heure s'écoule avant que tous les élèves soient répartis. Lorsque chacun a regagné sa place, Dumbledore se lève et réclame le silence. Nous nous tournons tous vers lui. Le directeur prend le temps de parcourir la salle de ses yeux cristallins avant de commencer son discours de bienvenue.

« Je vous souhaite la bienvenue à tous, aux anciens qui me connaissent déjà et aux nouveaux qui apprendront à me connaitre. Je souhaite que cette année soit fructueuse pour chacun de vous et j'espère que vous apprendrez à voir au-delà de ce qui est visible » dit-il d'une voix enjouée, « Avant que le banquet ne commence, j'aimerais vous présenter le professeur Bryce, notre nouveau professeur d'étude des moldus qui remplacera le professeur Burbage qui a pris sa retraite. Le professeur Bryce est moldue et j'aimerais donc que vous profitiez de cette opportunité pour connaitre un peu mieux le monde des moldus ».

Quelques éclats de rires particulièrement bruyants retentissent alors en provenance d'un groupe de garçons assis à la table des Serpentards, rompant ainsi le silence qui régnait dans la grande salle jusqu'à présent. Dumbledore m'avait prévenu que certains sorciers avaient une opinion bien basse des moldus qui comme moi n'ont aucun don magique mais je ne peux m'empêcher de ressentir un certain malaise. Je me sens vulnérable tout à coup et je n'apprécie pas vraiment cette sensation. Bientôt, un murmure envahit la salle sans que je sache s'il s'agisse d'un signe positif ou négatif. Mais cela ne dure pas longtemps. Je vois Dumbledore réclamer le silence une nouvelle fois avant de faire un signe vers moi, m'invitant à me lever.

Je sens mes jambes fléchir. Tous les regards sont braqués sur moi, semblant sonder mes pensées les plus profondes. J'essai d'ignorer les murmures. Quelques sifflements retentissent et je me sens rougir. A l'évidence, les élèves ne s'attendaient pas à ce que je sois si jeune. Je remarque que les serpentard me regardent avec dégout et je décide de les ignorer, préférant ne pas imaginer les horreurs qu'ils doivent se raconter à mon sujet. Les élèves des autres maisons sont plus accueillants et après quelques applaudissements sincères, je reprends ma place, plus gênée que jamais.

« Que le banquet commence » déclare alors Dumbledore.

Aussitôt, les plats devant moi se remplissent de toutes sortes de mets et je reste un instant à contempler la nourriture d'un air ébahi, oubliant tout le reste. Quand je relève la tête, je remarque que Charles Vingston me regarde d'un air rieur. Je me sens rougir à nouveau. Forcément, pour lui, tout cela est normal et naturel mais pour moi, qui vient seulement de découvrir le monde de la magie, tout cela parait exceptionnel. Je me sens gagnée par l'allégresse et je décide d'oublier les regards houleux dont me gratifient les élèves de la table des Serpentards et de profiter pleinement de cette soirée.

Je me sers une tranche de rôti de porc et quelques pommes de terre. Le professeur Vingston me sert un peu de vin tout en me parlant des élèves et de Poudlard. Il me donne quelques conseils et me raconte les farces auxquelles il a du faire face à ses débuts. Bientôt, je me sens plus à l'aise et j'oubli les dizaines d'yeux toujours braqués sur moi.

Nous venons d'entamer le dessert. J'approche ma cuillère de la tarte à la fraise qui attend que je la déguste quand soudain je stoppe mon geste. Devant moi, la part de tarte grandit à vu d'œil. En quelques secondes, elle a déjà doublé de volume. Je recule légèrement ma chaise en me demandant si le vin ne commence pas à me faire perdre mes esprits. Inconsciemment, je pose ma main sur le bras de Vingston à coté de moi. Il se retourne vers moi et devant mon air affolé baisse les yeux sur mon assiette. Le morceau de tarte mesure maintenant au moins dix fois sa taille normale et ne cesse de croitre. J'aperçois le professeur Vingston qui sort sa baguette mais avant qu'il n'ait pu faire quoi que se soit, la tarte explose dans mon assiette projetant sur moi une quantité insoupçonnable de jus gluant et de morceau de fraises. Je pousse un cri de surprise en me levant précipitamment. Je suis recouverte d'un répugnant liquide rougeâtre qui coule le long de mon visage, colle à ma peau et imprègne mes vêtements. Dans la salle, les élèves semblent d'abord surpris puis des rires éclatent de toute part quand ils réalisent ce qui vient de se passer. Ce moment est un des pires de mon existence. Je me sens tellement mal, tellement sale, tellement humiliée et tellement ridicule. J'aimerais disparaitre. J'aimerais qu'ils cessent de rire.

Je sens une chaleur se répandre en moi. Charles Vingston s'est levé. Il se tient prêt de moi et agite sa baguette de droite à gauche d'un geste régulier. Bientôt mes vêtements, mes cheveux et mon visage ont retrouvé un aspect normal et je me laisse tomber sur ma chaise, lasse. Dans la salle les rires se sont calmés. Je vois que Dumbledore et McGonagall se sont levés et ont réclamé le silence. Le regard habituellement chaleureux du directeur est dur et je comprends pourquoi tout le monde ici le respecte tant. Je l'entends parler aux élèves mais je ne saisi pas le sens de ses mots. La colère s'est à présent emparée de moi, remplaçant complètement la honte qui me rongeait quelques minutes plus tôt. Mon regard parcourt la salle à la recherche du ou des responsables. Je sais qu'ils ne chercheront pas à se cacher. Ils pensent - et je dois le reconnaitre, ils ont peut être raison, - être plus forts que moi. Mais ils ne me connaissent pas. J'ai survécu à Victoria Adamson pendant un an. J'ai supporté ses commentaires dénigrants, ses humiliations répétées, ses tentatives d'intimidations et ses attaques hypocrites. Je n'ai pas l'intention de me laisser faire par une bande de petits sorciers qui se croient plus intelligents que les autres sous prétexte qu'ils connaissent deus ou trois tours de magie pour enfants.

Je sens la colère s'intensifier en moi au fur et à mesure où mes yeux sondent la salle. Soudain, je croise le regard d'un garçon de Serpentard qui me fixe d'un air malsain. Une lueur maléfique brille dans ses yeux gris et froids. Je crois qu'il appartient au groupe de garçons qui a rit quand Dumbledore m'a présenté. Je perçois un mélange de défi et de dégout dans ses yeux couleur aciers. Je sais que c'est lui et il sait que je le sais. Je ne détourne pas les yeux ce qui semble le contrarier. Ses cheveux sont d'un blond presque blanc et son teint très pale. Pendant de longues secondes, nous nous fixons avec intensité comme si note vie dépendait de l'issue de ce duel silencieux.

« Lucius Malefoy » me dit alors la voix de Charles Vingston en me faisant sursauter.

Je me tourne vers lui avec surprise. Pendant un instant, je n'ai plus rien vu d'autre que les yeux gris et durs de cet élève de Serpentard. Je me suis laissée emportée par ma colère oubliant tout le reste. Le professeur Vingston me regarde d'un air à la fois navré et amusé et je me sens rougir de gêne et de frustration. Je réalise alors que je ne l'ai pas remercié de m'avoir aidé.

« Heu... Merci » me contentais-je de dire, ne trouvant pas les mots appropriés à une telle situation.

Il me sourit.

« De rien. »

La fin du repas fut très désagréable. Je fais de gros efforts pour ignorer le regard satisfait de Lucius Malefoy et de ses amis Serpentards et malgré les tentatives de Charles Vingston pour me faire retrouver le sourire, je ne suis pas d'humeur à rire ni à manger. Je rumine ma rancœur en silence et je suis ravie de voir Dumbledore se lever et annoncer qu'il est temps pour chacun d'aller se coucher.

Je décide d'attendre que la majorité des élèves soit partie pour quitter la salle. Je suis épuisée et je n'ai pas envie de voir exploser une autre part de tarte. Au moment où je me lève, je vois Dumbledore se rapprocher de moi. Il a l'air lasse et fatigué. Une pointe de déception brille dans ces yeux habituellement malicieux.

« J'espère que vous n'aurez pas une trop basse opinion des sorciers après ce soir » me dit-il d'un air navré, « je tiens à vous préciser que les responsables de ce petit désagrément seront sévèrement punis ».

Je souris. Dumbledore à l'air désolé pour moi mais il n'y est pour rien.

« Ne vous en faites pas. Je m'en remettrais » lui dis-je d'un ton assuré.

« Je n'en doute pas » me répond-t-il avec un clin d'œil en s'éloignant pour rejoindre le professeur McGonagall.

Je me dirige à mon tour vers la sortie. Je suis presque aussitôt rejoins par Charles Vingston.

« Je vous raccompagne ? » me demande-t-il

Nous marchons silencieusement pendant un moment. La plupart des élèves sont dans leurs dortoirs. L'obscurité qui règne dans les couloirs rend l'atmosphère un peu inquiétante. On s'attendrait presque à voir surgir un danger de chaque recoin sombre. Au bout d'un moment, je me décide à poser une question qui me tracasse depuis un moment.

« Pourquoi détestent-ils les moldus ? D'accord, nous ne savons pas nous servir de la magie mais nous ne sommes pas non plus des moins que rien. »

John me regarde. Il semble réfléchir.

« Les veillent familles de sorciers tirent leur fierté de leur sang pur. Elles pensent qu'avoir un sang pur vous donne presque un rang royal et que les sorciers devraient réduire les moldus en esclavage. Elles ne méprisent pas uniquement ceux qui n'ont pas de pouvoirs magiques, elles ne sentent supérieures à tous ceux qui sont d'origine moldue. Bien sur, nous ne partageons pas tous cette pensée. Je pense que c'est pour cette raison que Dumbledore vous a fait venir à Poudlard. Les élèves comme Lucius Malefoy n'ont certainement pas beaucoup l'occasion de rencontrer des moldus. Vous avoir comme professeur peut faire évoluer leur perception des choses ».

Je reste sceptique. J'ai beaucoup de mal à comprendre. Nous sommes tous humains. Les forts ne sont-ils pas supposés défendre les faibles et non pas les rabaisser ou les asservir ? Charles Vingston semble percevoir ma colère car il me sourit.

« Rassurez-vous, tous nos élèves ne sont pas comme Lucius Malefoy et ses amis. »

Je ne réponds pas. Je suis à la fois furieuse et frustrée d'être aussi impuissante. Je déteste l'idée de ne pouvoir rien faire, de ne pas pouvoir me défendre.

Nous venons d'arriver devant la porte de ma chambre. Vingston me souhaite une bonne nuit et bonne chance pour mes premiers cours de demain avant de s'éloigner. J'entre dans ma chambre et je ferme la porte à clé. Je sais que se ne sera pas d'une grande utilité contre la magie mais cela me rassure. Je m'assois sur mon lit quand j'aperçois, sur mon bureau, la liste des élèves que m'a donnée McGonagall un peu après mon arrivé et que je n'avais pas voulu regarder. Je me lève d'un pas lourd et je vais m'assoir au bureau. D'un geste lent je commence à feuilleter le livret jusqu'à ce que j'arrive aux élèves de septième et dernière année. Je réalise alors que Lucius Malefoy ne figure pas dans la liste. Je referme le dossier et retourne m'allonger. Je laisse échapper un soupir de soulagement. Je suis rassurée de savoir que Malefoy n'a pas choisi l'option que j'enseigne même si je m'y attendais un peu. Pourtant, d'un autre coté, je me sens un peu déçue et frustrée. Au fond de moi, j'aurais aimé pouvoir prendre ma revanche sur lui.

Je dors très mal cette nuit là. Je rêve de tarte à la fraise géante et de serpents verts aux canines acérées. Il est très tôt lorsque je me réveille. Je suis encore fatiguée mais je n'arrive pas à rester calme dans mon lit. Je décide donc de me lever et de commencer à me préparer.

J'observe mon reflet devant le miroir. Mes vêtements sont sobres et stricts. Mes cheveux châtains sont tirés en arrière. Je me préfère avec les cheveux détachés mais j'ai l'impression que cette coiffure me donne un air plus autoritaire. Je ne suis pas sure que se soit très efficace mais cela me rassure. Je ne veux pas avoir l'air d'une enfant. Après les évènements de la soirée de la veille, je dois mettre toutes les chances de mon coté pour que les élèves me respectent.

Je me dirige vers la grande salle pour aller prendre mon petit déjeuner. J'ai l'estomac noué et je serais certainement incapable d'avaler quoi que se soit. Je décide donc de faire demi-tour et de me diriger vers la salle de classe qui m'est dédiée.

J'entre dans la salle et je dépose mes affaires prêt du bureau qui m'est destiné. Personne n'est encore arrivé. Le cours ne commence que dans une demi-heure. Je parcours la salle des yeux et je sens les battements de mon cœur s'accélérer. Ma première leçon se fera devant des élèves de troisième année de Serdaigle et Poufsouffle qui n'ont encore jamais suivi ce cours. Je respire profondément et je ferme les yeux.

Je crois que je n'ai jamais vu une demi-heure passer aussi vite. Déjà, quelques élèves entrent timidement dans la classe. Ils me saluent et vont s'assoir au fond de la salle bientôt rejoins par d'autres. Les murmures deviennent de plus en plus forts. Certains me regardent en riant. J'essai de ne pas repenser à ma mésaventure de la veille. Quand ils sont tous installés, je me lève et je réclame le silence que j'obtiens, à ma grande surprise, presque instantanément. C'est plus simple que ce à quoi je m'attendais. Je reprends de l'assurance et je me présente. La classe reste silencieuse ce qui m'incite à poursuivre.

« Pour commencer, pouvez vous me dire ce que vous savez des moldus ? »

Les deux heures de cours se passent relativement bien, sans aucun incident notable. Au bout de dix minutes, je réussis à passer outre mon trac et à me conduire normalement. A plusieurs reprises, je me prends vraiment pour un professeur ce que je n'aurais pas cru possible dans un premier temps. Mes élèves n'ont pas tous les mêmes connaissances sur les moldus. Certains viennent de famille de non-sorciers et connaissent donc parfaitement leur mode de vie. D'autres en revanche, sont totalement ignorant de la façon dont on peut vivre sans magie.

Un large sourire est peint sur mon visage lorsque je me rends dans la grande salle pour le déjeuné . J'ai presque oublié les péripéties de la veille. Je ne pense qu'à ce que j'ai ressenti devant mes élèves. Etre professeur, c'est exactement comme je l'imaginais peut importe que les élèves soient des sorciers ou des moldus.

La grande salle est presque vide lorsque j'entre d'un pas léger. Quelques élèves sont installés aux différentes tables et ne me remarquent même pas lorsque je la traverse. Je me dirige vers la table des professeurs où Hagrid et le professeur Flitwick semblent engagés dans une conversation animée.

Le professeur Flitwick se lève au moment où je vais m'assoir et s'éloigne l'air refrogné. Je ne sais pas de quoi ils parlaient mais le minuscule professeur a l'air contrarié. Je regarde Hagrid qui se tourne vers moi en souriant.

« Alors, comment s'est passé ce premier cours ? » me demande-t-il.

Je retrace chaque instant de ma matinée dans les moindres détails, expliquant à un Hagrid amusé tout le bonheur que cela m'a procuré. Je ne me rends pas compte de la vitesse à laquelle le temps passe et bientôt je vois les élèves commencer à se lever et à partir dans différentes directions. Je réalise alors qu'il est temps pour moi de rejoindre ma salle pour dispenser mon deuxième cours de la journée.

« Quelle classe ? » me demande Hagrid alors que je me lève.

« Septième année, Gryffondor et Serpentard » répondis-je avec un sourire crispé.

Je me suis remise à écrire cette fic que j'avais un peu laissé de coté et voila le troisième chapitre. J'espère que vous l'apprécierez. Pour ceux qui s'impatientent, les maraudeurs apparaitront dans le prochain chapitre. J'ai peu de temps en ce moment, donc je ne sais pas quand je pourrais le poster mais j'essaierais d'être rapide. Laissez-moi vos commentaires.