CHAPITRE 3 : Une cicatrice enfouie
Le lendemain, la nouvelle que Gryffondor avait sa nouvelle équipe semblait avoir fait le tour de l'école. Crabbe promit à Jimmy de lui expédier un cognard dans la figure, et ce dernier frissonna. Ginny qui passait par là lui rétorqua de faire gaffe à ce qu'il mangeait avant le match car elle pourrait très bien verser du Pouss'os dans son pudding. Crabbe blêmit à cette pensée et repartit l'air bougon.
West devint encore plus populaire, mais il commençait à être légèrement harcelé, il expliqua donc gentiment à une Serdaigle de 4ème année qu'Hermione comptait sur lui pour travailler et qu'ils ne pouvaient pas se concentrer avec tout ce boucan. Cette dernière lui en fut reconnaissante et put repartir dans son explication de la guerre contre les trolls au XIIe siècle.
- Que dirais-tu de faire une pause ? lui proposa-t-il en fin d'après-midi, non pas que je n'aime pas Morad le Brutal.
Hermione referma son livre et lui lança un regard chargé d'ironie.
- C'est bon, tu l'as bien méritée, allons prendre l'air.
Ils partirent vers le parc, il faisait encore bon en ce mois d'octobre, même si l'Angleterre était plus fraîche que la France. Ils s'assirent près du grand chêne, sous l'initiative d'Hermione. Ils observèrent le calme du lac quelques minutes puis West dit :
- Vous ne m'avez toujours pas répondu depuis la dernière fois.
- A quel sujet ?
- Quand je vous ai demandé comment vous avez révélé Vol… enfin Tu-Sais-Qui au monde entier.
- Ah…
Il remarqua qu'elle semblait plus terne, presque triste.
- Ecoute, si tu ne veux pas en parler je comprends que…
- Non ne t'inquiète pas, ce n'est pas un bon souvenir c'est tout…
- Mince… je suis désolé Hermione. C'est ma saleté de curiosité… je n'aurais pas dû, excuse-moi.
Elle le regarda se confondre en excuse en secouant la tête, curieux n'était pas le mot qu'elle choisirait pour le décrire, loin de là.
- Tu n'as pas à t'en faire, tu ne savais pas, et puis après tout je peux t'en parler.
Elle lui raconta alors dans les grandes lignes tous les tourments de leur précédente année.
- Oh je vois… donc Harry a perdu un proche…
- Oui, la dernière personne qu'il considérait comme sa famille.
- Je comprends pourquoi il a fait cette tête quand j'en ai parlé…
- Tu n'y pouvais rien.
- J'imagine qu'il doit haïr encore plus Voldemort maintenant.
Hermione nota qu'il avait à nouveau prononcé son nom sans problème. Il cachait définitivement quelque chose.
- A quoi tu penses ? demanda-t-il.
- Moi ? Euh… un peu à tout je suppose.
- Vraiment ?
- Oui, en fait je me rends compte que je ne connais rien de ton passé. Tu ne parles jamais de toi.
- Que veux-tu savoir ?
- Comment as-tu grandi ? Pourquoi tu es venu ici ? Plein de choses.
- Et bien, je ne sais pas par où commencer.
Il s'interrompit lorsqu'il entendit des bruits de pas. Ils relevèrent la tête et eurent la désagréable surprise de retrouver Malefoy, toujours suivi de Crabbe et Goyle.
- Alors le petit prodige, il parait que tu as encore été génial hier.
Il ne répondit pas.
- Fiche-lui la paix Malefoy, répondit froidement Hermione.
- C'est bizarre, j'ai cru que la Sang de Bourbe m'avait parlé, mais ce serait insensé n'est-ce pas ? demanda-t-il aux deux autres, une personne de son rang n'adresserait jamais la parole à quelqu'un comme moi.
Hermione se sentit encore une fois blessée à l'intérieur, elle n'eut cependant pas le temps de réagir. West avait bondi sur ses deux pieds, et il envoya un terrible coup de poing dans sa mâchoire avant que Crabbe et Goyle n'aient pu faire le moindre geste. Il l'attrapa par la chemise et le lança incroyablement fort contre le large tronc de l'arbre contre lequel il se fracassa avant de tomber par terre. Crabbe et Goyle se jetèrent à présent sur lui pour l'arrêter mais même avec les deux gorilles sur le dos, il continuait à remuer, donnant des coups de pied dans le ventre de Malefoy alors que ses coudes se chargeaient des ventres de ses deux assaillants, qui d'ailleurs avaient l'air de passer un sale quart d'heure. Hermione resta pétrifiée sur place, elle ne comprenait tout simplement pas ce qu'il se passait, il était entré dans une colère noire à une vitesse complètement folle. Il mit un coup d'épaule dans le menton de Crabbe qui partit en arrière et lança au blond :
- Que je ne t'entende plus jamais l'appeler comme ça ! Tu as compris ?!
- Que se passe-t-il ici ?
Ils se tournèrent tous vers le professeur McGonagall dont l'horreur gagnait le visage au fur et à mesure qu'elle découvrait la scène, Crabbe à terre qui se massait le visage, Goyle qui ceinturait West du mieux qu'il le pouvait et Malefoy, le visage en sang qui se tordait de douleur par terre.
- Venez dans mon bureau Miller, dit-elle d'une voix sans timbre.
Il se dégagea de l'emprise de Goyle puis suivit son professeur sans un mot. Hermione reprit alors ses esprits et le suivit rapidement, ne voulant pas rester avec les trois autres.
- Goyle, emmenez ces deux là à l'infirmerie, ajouta-t-elle.
Il réagit trois secondes plus tard, comprenant que l'on s'adressait à lui.
Ils arrivèrent enfin dans le bureau de McGonagall, il n'y avait plus trace de colère sur le visage de West, il avait à nouveau ce regard fermé qui restait fixé au sol.
- Attendez dehors s'il vous plait, Miss Granger.
Elle hocha la tête faiblement et sortit. Le professeur de métamorphose était assis derrière son bureau et lançait un regard menaçant au jeune homme qui ne levait toujours pas les yeux, il semblait résigné.
- Asseyez-vous, dit-elle sèchement.
Il le fit sans pour autant lever la tête.
- J'aimerais savoir ce qui vous est passé par la tête lorsque vous avez agressé ces trois garçons.
Il ne répondit pas immédiatement, il finit cependant par dire doucement :
- Excusez-moi professeur.
- Ce ne sont pas des excuses que je demande mais des explications, répliqua-t-elle d'un ton calme mais néanmoins impressionnant.
- Je… j'ai… il a insulté Hermione.
- Quoi ? Vous me dites que vous vous êtes mis dans cet état pour une petite provocation verbale ?
- Oui… mais… elle concernait… les origines d'Hermione.
- Oh… je vois… soupira McGonagall avant de reprendre, sachez néanmoins que je ne saurais tolérer ce genre de comportement, je suis très déçue !
- Je suis désolé professeur, ça ne se reproduira plus, dit-il d'un air impassible.
- Je l'espère pour vous ! En tout cas, je ne peux sanctionner Mr Malefoy sans preuve de ce que vous dites… même si je veux bien vous croire. En revanche, vous, vous n'échapperez pas à la retenue. Demain soir dans mon bureau à 19h.
- Très bien professeur.
Il sortit toujours le regard baissé. Hermione le vit sortir et accourut, elle n'était pas en colère, elle ne pouvait pas l'être devant son air abattu.
- Pourquoi tu as fait ça ? demanda-t-elle en posant une main sur son bras, tu sais j'ai l'habitude avec lui. Ça ne fait rien il ne faut pas l'écouter.
- Excuse-moi Hermione… je ne voulais pas que tu me vois comme ça… je… j'espère qu'on sera toujours amis…
Hermione sourit et répondit :
- Évidemment qu'on est toujours amis, je te rappelle que j'ai besoin de toi pour l'Histoire de la Magie.
Cette phrase lui redonna quelques couleurs et Hermione se rapprocha lentement et lui murmura :
- Comment je pourrais t'en vouloir alors que tu as seulement voulu me protéger ?
- Il faut que je t'avoue quelque chose.
Elle s'interrompit, elle se doutait bien qu'il y avait autre chose, on ne se mettait pas dans un état de rage si intense pour une insulte.
- Je… en fait ça concerne mon enfance.
- Je t'écoute.
Il semblait avoir beaucoup de mal à se décider, pas sûr de vouloir en parler. Il vérifia qu'il n'y avait personne dans le couloir et dit d'un air triste :
- En fait c'était quand j'avais trois ans, des Mangemorts ont attaqué ma maison pour tuer... mon oncle. C'est un Auror.
- Oui, je savais bien que ton nom me disait quelque chose.
- Bref, lui et ma tante passaient des vacances chez moi avec la famille étant donné qu'ils ne descendaient d'Angleterre qu'une fois par an. Seulement lorsqu'ils sont arrivés, un gros combat a eu lieu dans le salon, je m'en rappelle comme si c'était hier, moi j'étais caché sous un bureau. Les sorts fusaient de partout et mon oncle avait du mal à tous les repousser.
Hermione lisait toute la détresse dans son regard.
- Ma grand-mère a été tuée par un sort perdu et mon père s'est effondré à ses côtés en larmes… Alors, il a regardé celui qui avait fait ça puis il s'est rué sur lui, cependant un autre éclair… et il avait rejoint ma grand-mère… dit-il avec un tremblement.
Hermione prit instantanément sa main dans la sienne comme pour le réconforter, cette douce chaleur s'insinuant dans chaque doigt le poussa à continuer.
- Ensuite, ma tante a transplané avec ma mère alors que mon oncle s'est jeté sur moi et m'a emmené. Je n'ai eu que le temps de voir le sourire goguenard du tueur, puis plus rien, nous étions hors de danger. Ma mère a pleuré toutes les larmes de son corps, moi je ne réalisais pas. Après tout je ne connaissais rien à la magie, et je pensais qu'il fallait plus qu'une lumière verte pour abattre mon père.
- Attends tu… tu ne connaissais pas la magie ?
- Non, mes parents étaient Moldus… seul mon oncle était sorcier, moi je l'ai découvert plus tard. Ma mère est... morte de chagrin quelques mois plus tard. Et mon oncle m'a élevé comme son fils, j'ai reçu la lettre de Beauxbatons et je suis parti. Cependant maintenant qu'il est revenu, mon oncle a préféré que je vienne à Poudlard pour garder un œil sur moi.
- Tu… tu…
- Je suis comme toi Hermione, mes parents étaient de simples commerçants dans une boutique de souvenirs Moldue. Jamais ils n'auraient fait de mal à qui que ce soit, pourtant, leur destin a croisé la route de Voldemort et c'en était fini.
Hermione avait les larmes aux yeux. Elle le prit immédiatement dans ses bras et le serra le plus fort possible. Le jeune homme semblait soulagé d'un poids, c'était bon de se confier à quelqu'un, surtout quelqu'un comme elle, il respira l'odeur fruitée de ses cheveux ondulants et se calma légèrement. Il ajouta dans un murmure :
- Et quand cet imbécile t'a traitée de… enfin, tu vois ce que je veux dire… je me suis rappelé que c'était à cause de gens comme lui que mes parents sont morts et qu'en plus on leur manque de respect.
Elle pleurait à présent, il avait été tellement émouvant, son histoire n'était pas si différente de Harry finalement. Il n'avait peut-être pas de cicatrice sur le front, mais celle qu'il avait sur le cœur le faisait d'autant plus souffrir. Qu'aurait-elle donné à présent, pour pouvoir elle aussi défigurer cet idiot de Malefoy ?
- N'en parle pas aux autres, s'il te plait, ajouta-t-il.
Elle releva la tête pour le regarder dans les yeux.
- Je n'ai pas honte de mon passé, mais je ne veux pas faire pitié aux autres, je ne veux pas qu'ils me rappellent sans arrêt ce qu'il s'est passé en voulant me consoler et je n'aime pas parler de moi…
- Oui… je comprends… pardon je ne voulais pas…
- Toi c'est différent, tu ne m'as pas forcé ne t'inquiète pas, je te l'ai dit parce que je voulais que tu me connaisses mieux. Je sais que je ne suis pas quelqu'un d'avenant et sociable mais sache que j'apprécie ta compagnie.
Elle lui sourit tendrement et acquiesça. Ils repartirent vers la Salle Commune, elle avait une main dans son dos et la tête sur son épaule, mais elle se fichait des apparences, elle avait besoin d'être sure qu'il allait bien, il fallait qu'elle reste en contact avec lui. La porte de la classe de métamorphose s'ouvrit, laissant apparaître le professeur McGonagall, les joues humides, le teint pâle, ce jeune garçon avait réussi à percer sa carapace de pierre.
