Un poignard en os, très peu affuté s'enfonça très lentement dans l'épaule du sabreur, qui serra les dents en se jurant de ne pas faire plaisir aux enfoirés d'ici en criant.
Le blond semblait s'amuser à torturer son ami, un sourire de satisfaction flottait sur son visage alors que du sang éclaboussait son costume déjà en pièce. Il tourna lentement la lame pour la bouger dans l'articulation, faisant se déplacer les os de l'épaule par à-coups.
Un filet de sang coulait le long de la lèvre du sabreur, il serra si fort les dents qu'il en saignait. Son tortionnaire semblait savoir quels étaient les endroits sensibles du corps, vu qu'il approcha son instrument de l'œil unique de Zoro.
La pupille dorée se fixa dessus, voyant arriver sa fin, la pointe effleurait la rétine, pour s'arrêter, reculer et revenir. La main qui la tenait semblait hésiter, ne voulait pas faire perdre sa vue à son jouet. Il fallait qu'il voit son visage le découper en morceau, même s'il ne savait pas vraiment pourquoi.
Alors il se reconcentra sur le torse, tranchant lentement si lentement la peau qui se trouvait sur les clavicules, puis il se retourna vers la table, tout excitée, pour récupérer une fiole contenant un liquide verdâtre. Du poison ? Non bien pire.
À peine le fluide toucha-t-il la peau du vert que celui-ci gémit fortement entre ses dents, se retenant de hurler, de l'acide glissait entre ses muscles, dévorait ses chairs et rongeait ses os. Il tira d'un seul coup sur ses chaînes, espérant déboiter les pierres, mais cette fois-ci c'était bien plus solide.
Sanji, satisfait de son petit effet, versa un autre étrange liquide, de la soude pour inactiver l'acide, ce qui entraina des brûlures bien pires et des vapeurs toxiques.
Zoro se relâcha d'un seul coup, son cerveau avait décidé de tout stoppé en lui faisant perdre conscience, mais le blond ne l'entendait pas de cette oreille, il comptait bien jouer avec lui toute la journée.
Il le gifla violemment sur sa mâchoire enflée, le réveillant instantanément. Il reprit un couteau et commença à titiller la blessure que Mihawk avait infligée au sabreur. Un point très sensible de son anatomie qui avait mis du temps à se refermer.
Il s'amusait à enfoncer la lame à deux centimètres de profondeur, pour la faire pivoter et dessiner parfaitement les contours de l'ancienne blessure. Un flot de sang rouge teinta le sol, mettant trop en péril la vie de son jouet pour qu'il continue ainsi. Il décida donc de cautériser au fer rouge sa « bêtise », toujours avec ce même sourire malsain qui déformait ce visage d'ange.
Une pupille dorée se planta dans la sienne, pas pleine de haine non, mais pleine d'incompréhension et de volonté. Son jouet ne plierait pas comme ça, il le savait déjà, pourtant il ne le connaissait pas, non ?
Mais cette volonté ne lui déplaisait pas, il pourrait s'amuser bien plus longtemps, c'était plus amusant que lorsqu'ils cédaient immédiatement, demandant à ce qu'on arrête, à ce qu'on les tue, plutôt que de laisser ce supplice continuer.
Non là ça durerait, il prendrait son temps pour le briser, le faire devenir inerte, faible, pour finalement arrêter sa vie.
Une odeur de chair brulée monta jusqu'à ses narines, ainsi qu'un gémissement, contenu par une mâchoire serrée.
Il sourit et s'éclipsa quelques instants pour revenir avec un chalumeau dans le but de lui bruler la peau des pieds, doucement, centimètre par centimètre.
La journée fut très longue pour le pauvre bretteur, seule sa volonté de fer lui permettait de tenir encore debout à la fin. Ses dents lui faisaient mal comme tout le reste à tel point il les avait serrées pour ne pas crier. Il se demandait quand avait-il ressenti une telle douleur ?
Lors du combat contre le grand corsaire ? Non
À Thriller Bark ? Non plus
Son entrainement ? Non, tout cela était bien pire, car en plus de la douleur, il se faisait torturer par une personne qu'il ne pouvait haïr, jurer de tuer ou de torturer à son tour. Non c'était son nakama, celui auquel son équipage tenait. Celui que l'on accuserait de tout ça. Et son rôle à lui était de veiller sur son équipage, aussi il devait tenir, il ne savait pas combien de temps avait-il dormi, combien de temps tout cela avait duré, mais ils viendraient, ils arrêteraient le blond et lui pourrait lui en faire voir de toutes les couleurs pour obtenir compensation.
Il devait se concentrer sur ça, pas sur le regard bleu glace qui se tenait en face de lui, alors qu'il soulevait avec difficulté sa cage thoracique.
Quel crétin ce capitaine de mettre autant de temps, à croire qu'il s'était perdu. Non avec l'autre sorcière rousse dans les parages, ce n'était pas possible, sauf si elle avait décidé de les abandonner… Et d'abandonner l'argent qu'ils lui devaient ? Aucune chance.
Donc il n'y avait pas de raison qu'ils mettent beaucoup de temps, il peut tenir, il doit tenir.
Il ferma les yeux quelques instants, espérant qu'à la fin de sa sieste il serait libre de botter les fesses d'un certain cuistot. Mais non au réveil, tout ce qu'il eut ce fut des phalanges sur l'os de sa joue.
« T'espères pas encore dormir, c'est que j'en ai pas fini avec toi, fichu sabreur
- Cuistot de pacotille, soupira-t-il avant de se reprendre un coup de poing »
Même pas il avait réagi à l'insulte, Zoro devait réfléchir à des moyens de lui rappeler qui il était. Et le meilleur était sans doute de mal parler de Nami et Robin.
« La sorcière rousse sera tellement effrayée qu'elle ne voudrait plus jamais te regarder en face et t'enverrais voir les poissons. Au moins ça amusera l'autre tarée, pour une fois une de ces phrases glauques sera vraie
- J'en… ai… rien à faire de ces donzelles »
« Et merde » songea le bretteur, notant tout de même l'hésitation avant la réponse. Si ni son amour des femmes ni les insultes lancées à l'encontre de sa cuisine ne le faisaient douter, il n'y aurait qu'une solution, un bon coup sur le crâne, qu'il se ferait une joie de lui donner une fois libre.
Mais à la fin de cette nouvelle séance de torture, il n'était même plus capable de tenir debout, les chaînes de ses poignets mordant sa chair le retenaient dans une position plus qu'inconfortable, mais il n'avait plus la force, ou plutôt ses tendons étaient tellement abimés après les multiples coupures et l'acide, que même avec toute la volonté du monde, il ne pourrait pas les forcer à le faire se tenir sur ses jambes.
Il faisait pâle figure, lui le futur plus grand sabreur du monde, la peau teintée de différentes teintes de rouge, suivant l'ancienneté des blessures. Certaines plaies commençaient à puruler, lui causant une forte fièvre, mais il ne criait pas, il ne criait plus, il devait garder son énergie à rester en vie, ce qui devenait de plus en plus dur.
Son œil doré se fixa avec difficulté sur la silhouette en face de lui, elle était avachie contre un mur, une clope au bec. Il aurait presque pu croire que c'était bien son nakama si ses mains n'étaient pas teintées de son sang.
Il devait dormir, il en avait besoin, tout de suite, pour récupérer ne serait-ce qu'un peu d'énergie.
Cette fois-ci, quand il ouvrit les yeux, il n'y avait personne. Cela le soulagea, il pouvait encore se reposer, mais son corps était bouillant, son organisme se battait contre la maladie, contre l'anémie, contre tout. Il ferma son œil unique, usant du Haki pour sentir autour de lui ce que ses sens naturels ne pouvaient lui indiquer.
Le souffle des pierres, celui du métal, des bruits sourds, loin très loin, des explosions peut-être ? Un espoir revint, son équipage, il était enfin là, il allait raser ce fichu manoir, faire revenir à la raison ce crétin de cook, et lui pourrait retourner à ses entrainements, même si Chopper allait lui interdire pendant un moment.
Il soupira, des pas précipité résonnaient dans l'escalier, mais ce n'était pas le bruit des tongs du capitaine, ni celui des pieds nus du cyborg, encore moins celui des sabots du médecin, pas plus que celui des talons de l'archéologue et de la navigatrice, ce ne pouvait être que le sniper, le musicien ou…
Mais il les connaissait trop ces chaussures, pour les avoir tant entendu s'écraser sur le bois, sur ses sabres, sur la tête de l'homme élastique.
C'était son tortionnaire qui accourait, une longue pointe à la main, il venait mettre fin à ses souffrances, un air déçu sur le visage, il aurait sans doute voulu continuer la torture, mais les Mugiwaras venaient mettre fin à cet enfer.
Zoro sourit, il affronterait la mort comme il l'avait toujours fait, avec force et honneur.
Il fixa la pupille bleu du cuisinier, toujours avec cette même volonté, de vivre, d'être le plus grand sabreur du monde, de ne jamais avouer sa défaite.
