Emma passait jusqu'ici un excellent samedi après-midi avec Regina. Pour une gosse de riche gâtée, celle-ci faisait preuve d'un tact surprenant. Elle n'avait pas embarrassé Emma en proposant de lui acheter des choses coûteuses, ou encore en dépensant sous son nez des sommes indécentes pour son propre plaisir. Elles avaient passé leur temps à faire du lèche-vitrine tout en sirotant des smoothies et en échangeant des considérations sur tout depuis les garçons jusqu'au lycée en passant par la mode, Regina affectant d'être plus snob et Emma plus susceptible qu'elles ne l'étaient toutes deux réellement. C'était très divertissant, sans doute l'un des meilleurs après-midis qu'Emma ait jamais passés sans Neal.
Comme put le constater Emma, toute majestueuse qu'elle fût, Regina était plutôt une fille bien, même si elle aurait préféré se faire mettre en pièces que de laisser paraître qu'elle n'était pas une horrible garce après tout. Emma lui parla de sa vie dans davantage de familles d'accueil qu'elle n'était capable de s'en remémorer, dont jamais aucune n'avait souhaité l'adopter ; des amitiés perdues et du manque de stabilité dans sa vie ; de ces fois où elle avait dormi dehors ; et de la grande question de son existence : pourquoi ? Pourquoi l'avait-on abandonnée ? Qui était sa mère ? Pourquoi n'avait-elle pas voulu d'elle ? Elle parla aussi de Neal à Regina, et de ce qu'il représentait pour elle en dépit de son goût infortuné pour les plans foireux.
Regina n'avait pas encore dit grand-chose sur sa famille, à part que son père était le plus adorable des hommes, et qu'elle lui était reconnaissante de lui donner l'impression d'être unique et adorée, puisque pour sa mère elle ne semblait être qu'une source de déception majeure.
― Ma mère est une femme d'affaires très influente, tu sais. Elle veut que je lui succède plus tard, mais il faut que je fasse mes preuves. Rien de ce que je fais n'est assez bon pour elle, dit-elle d'un ton neutre.
― Et tu as envie de lui succéder ? demanda Emma.
― Ca, c'est une toute autre question, répondit Regina.
Elle s'arrêta devant une vitrine où étaient exposés des vêtements chics, et traîna Emma à l'intérieur.
― Viens ! On ne va rien acheter, juste essayer deux ou trois trucs !
Ca, se dit Emma, c'est ce que j'appelle changer de sujet.
Regina sélectionna quelques vêtements avec soin et considéra Emma.
― On fait à peu près la même taille. Sauf que tu as moins de poitrine.
― Oui, et moins de hanches et moins de tout, marmonna Emma dans sa barbe tout en suivant jusqu'aux cabines d'essayage Regina et son corps parfaitement galbé partout où il fallait, chargée d'un tas de vêtements à essayer. Regina la fourra dans une cabine et tira le rideau.
La cabine était assez spacieuse pour deux et comportait un banc rembourré pour s'asseoir, en face d'un miroir qui couvrait le mur opposé.
― Enfile ça, je suis sûre que la couleur t'ira bien, dit Regina en lui tendant un élégant chemisier de soie vert pâle. Celui-ci est pour moi !
Elle avait choisi le sien d'un superbe rouge foncé. Regina ôta sa veste haute couture et son élégant corsage.
― Je vais l'essayer avec la jupe droite, ajouta-t-elle en se débarrassant de ses coûteux talons aiguilles, ce qui lui fit perdre dix bons centimètres. Elle ôta également d'un geste fluide son jean moulant de couturier.
Emma, qui faisait de son mieux pour ne pas regarder, surprit le reflet de Regina dans le miroir et se figea, si ébahie qu'elle en oublia d'avoir honte de son t-shirt acheté aux puces, de son jean élimé et de ses sous-vêtements en coton premier prix. Regina était superbe, dans un luxueux ensemble de lingerie coordonnée en soie grise et dentelle qui mettait en valeur son corps parfait. Elle était joliment musclée. Sa silhouette aux proportions harmonieuses était dénuée de la moindre partie disgracieuse, et Emma regarda avec regret ses seins magnifiques, sa taille fine, son ventre plat et ses fesses rondes et fermes disparaître sous le chemisier rouge et la jupe noire.
Bon sang, que Regina était sexy ! Comment diable faisait-elle pour avoir toujours autant l'air d'une reine rien qu'en sous-vêtements ?! Les paupières d'Emma papillonnèrent, et elle se demanda vaguement pourquoi elle avait la gorge sèche et se sentait toute chose. Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait une autre fille en sous-vêtements, ou même nue, mais elle n'avait jamais été aussi stupéfaite à la vue d'un corps féminin. Elle avait très envie de tendre la main pour vérifier si cette peau sans défaut était vraiment faite de chair et de sang, et aussi douce qu'elle en avait l'air. D'où sortait cette pulsion ? Que diable avait-elle qui ne tournait pas rond aujourd'hui ?
Emma fit de son mieux pour se ressaisir et ôta son t-shirt. Elle enfila le chemisier couleur pastel et savoura la sensation inédite sur sa peau de la soie fraîche qui se réchauffait au contact de son corps. Regina, vêtue de son chemisier et de sa jupe, chercha Emma des yeux pour avoir son avis et s'arrêta pour la regarder.
― Oh Emma, tu es adorable ! Je savais que cette couleur était faite pour toi !
Emma avait envie de dire tu es si belle que j'en pleurerais. Au lieu de cela, les yeux pétillants, elle afficha un grand sourire espiègle :
― Tu as l'air tellement plus vieille dans cette tenue, la taquina-t-elle, on dirait la PDG de Yahoo ou un truc comme ça !
― Premièrement Marissa Mayer est une blonde aux yeux bleus, ma chère Emma. Tu auras remarqué maintenant que je suis de type légèrement plus hispanique. Et deuxièmement… Eh bien en fait, ça me va. Bien sûr, je finirais par viser Google, mais… PDG de Yahoo, c'est un début !
Les plans de carrière de Regina dans le monde de l'internet furent interrompus par la sonnerie de son portable. Elle le prit dans sa veste pour consulter l'écran et pâlit sensiblement.
― Un problème ? demanda Emma.
― C'est ma mère. Il faut que j'y aille. J'avais complètement oublié que j'avais un cours de danse supplémentaire cet après-midi. Elle va me tuer, et ensuite me priver de sortie pendant au moins six mois.
Regina retirait les vêtements du magasin et remettait les siens aussi vite qu'elle le pouvait.
― Mon dieu quelle idiote. Je ne vais jamais avoir fini d'en entendre parler. Je déteste la danse classique !
― Vraiment ? dit Emma – de fait, la danse classique expliquait bien des choses pour ce qui était de la grâce majestueuse, du maintien magnifique et du corps joliment musclé de Regina. Pourquoi ?
― Parce que c'est de la torture ! Il faut prétendre que ton corps est capable de réaliser tous ces mouvements contre nature, et tu ne dois pas laisser voir à quel point ils sont douloureux en fait. Le maître de ballet me déteste. Ca fait longtemps qu'il m'aurait mise dehors si ma mère n'avait pas insisté pour que je reste. Je n'ai pas le corps qu'il faut pour la danse classique, tu sais. J'ai les bras et les jambes trop courts, trop de poitrine et trop de hanches. Il dit que je suis grosse. J'en ai marre de tous ces régimes inutiles ! Je ne peux pas changer la façon dont je suis bâtie ! Je déteste la danse classique parce qu'elle me pousse à détester mon corps !
― Hm, et on prétend que le sport c'est bon pour la santé, fit remarquer Emma en allongeant le pas pour suivre Regina qui sortait du magasin en hâte.
Le corps de Regina est la chose la plus magnifique que j'aie jamais vue ! pensa-t-elle avec colère. A quel point a-t-il fallu la pousser pour qu'elle finisse par le détester ? Et avant de pouvoir s'en empêcher, elle s'entendit dire :
― Je te trouve magnifique, Regina. Ne laisse jamais personne te convaincre du contraire.
Regina tourna vers elle ses yeux d'un brun profond qui recommençaient à pétiller.
― Merci, mademoiselle Swan ! Il se pourrait que tu sois la première fille à me dire ça sans souhaiter secrètement ma mort !
Emma sentit ses joues brûler sous le regard taquin de Regina.
― Contente-toi de ne pas te laisser influencer par ces abrutis, d'accord ? marmonna-t-elle. Il est très bien ton corps ! Si tu deviens anorexique, je te jure que j'irai mettre le feu à l'école de danse et que je te gaverai de hot-dogs, de frites et de soda !
Regina la regarda en souriant :
― Comme c'est chevaleresque de ta part, dit-elle d'une voix douce.
